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lundi, 07 mars 2011

Sonietchka de Ludmila Oulitskaïa.

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"Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietschka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses eprits qu'à la dernière page du livre."

Sonietchka est une jeune femme au physique disgracieux. La lecture est sa grande passion, elle lui permet d'embellir une vie assez fade. Elle travaille dans une bibliothèque lorsqu'un jour un homme se présente, à la recherche de romans français.

L'univers est plutôt sombre dans ce roman, Sonietchka travaille dans un sous-sol, elle n'en souffre pas puisqu'elle préfère la compagnie des livres à celle d'autrui. Deux semaines plus tard, elle va épouser cet homme. Ils auront une fille Tania, personnage solaire qui fera entrer dans la vie de ses parents Jasia, son amie. L'intrigue va s'intensifier grâce à ces deux personnages.

En tournant les pages, j'espèrais une Sonietchka passionnée par ses lectures. La littérature pouvait être l'instrument nécessaire pour fuir l'ennui. Ludmila Oulitskaïa met en scène un personnage assez mièvre, presque absente. Elle n'est ni heureuse, ni malheureuse. Des drames se tissent et l'intérêt de cette narration réside probablement dans le caractère immuable de Sonietchka à s'adonner à la lecture ,imperturbable. Elle est indubitablement la digne représentante de l'héroïne russe malmenée par la pauvreté, l'âpreté d'une vie consacrée au labeur et l'injustice.

Prix Médicis étranger en 1996. Edité chez Folio.  

 

mercredi, 23 février 2011

Winter de Rick Bass.

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En 1987, Rick Bass décide de faire une pause dans sa carrière de géologue pour se consacrer à l'écriture. Avec son épouse, il se met en quête d'un refuge pour passer l'hiver et recherche un endroit isolé. Ils vont débarquer au Montana, dans la vallée du Yaak, à quelques kilomètres de la frontière canadienne. Leur chalet offre une vie plutôt rustre:pas de chauffage, pas d'éléctricité, ni téléphone. Aux alentours, la nature vierge, encore sauvage, leur offre le spectacle des montagnes enneigées, demeures des caribous et autres grizzlis. 

 

Ce récit s'ouvre en automne. La mission du couple sera de préparer l'hiver ( 40 degrés au-dessous de zéro) en coupant du bois. La vallée du Yaak n'est pas déserte. Quelques couples ont trouvé leur hâvre de paix dans ce magnifique territoire.

L'auteur offre une belle réflexion sur la vie retirée du monde actuel lésé par le consumérisme. Il chemine vers la quête du dépouillement. Le rythme narratif est assez lent, à l'image de la vie béate au coeur de la nature.

Je ne sais pas si je m'attendais à plus d'éléments pittoresques dans ce récit ou si la forme du récit journalier n'a entâché ma lecture mais je suis restée en dehors de l'histoire. J'aime beaucoup ce mouvement littéraire du "natural writting" mais j'avoue ne pas avoir été sensible à cet écrit.

Roman traduit par Béatrice Vierne.

mardi, 25 janvier 2011

La Porte de Natsume Sôseki.

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Dans La Porte, Sosuke présente un couple banal formé par O-Yone et Sosuke. Ils vivent repliés dans leur maison et ne cherchent pas le contact des autres. Le roman commence par une lente -mais néanmoins intéressante-description de la vie de ce couple. 

Au fur et à mesure que le roman avance, Sosuke ouvre la porte sur un terrible secret: le mariage de Sosuke et O-Yone repose sur un adultère. Yasui, le meilleur ami de Sosuke, lui a présenté sa petite amie O-Yone comme étant sa jeune soeur. Ils sont tombés amoureux et ont donc fui à travers le Japon pour oublier l'origine malsaine de leur amour. C'est un délit très grave pour la société de l'ère Meiji.

 

Quand ils sont rentrés à Tokyo, quelques années plus tard, l'oncle et la tante de Sosuke reçoivent mal O-Yone. Ils la jugent responsable de l'abandon des études de Sosuke. Cette faute sera reponsable également de leur difficulté à avoir des enfants.

Yasui va réapparaître dans la vie de ce couple. Sosuke préfère fuir dans un temple bouddhiste à Kamakura. Un maître zen lui offrira la possibilité de franchir la porte de la rédemption. Le personnage adoptera la résignation face à sa faute et retournera à l'immobilisme.

Le roman commence en Automne, l'arrivée de Yasui a lieu en hiver et le roman s'achève au Printemps sur une réflexion fataliste de Sosuke: "Oui, mais l'hiver ne tardera pas à revenir".

Roman très contemplatif, très poétique comme beaucoup de romans japonais. Le roman se clôt de manière surprenante comme s'il n'y avait aucune tension, ni péripétie.

La Porte est construit comme un puzzle: une remarque anodine dans un chapitre est une pièce importante dans un autre chapitre et l'ensemble forme un très bel écho de la littérature japonaise.

Roman publié chez Sillage.

 

lundi, 20 décembre 2010

Un Bûcher sous la neige de Susan Fletcher

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Il est de ces livres dont vous entendez parler deci delà sur la blogosphère...je suis heureuse de l'avoir trouvé sur mon chemin en ce mois de Décembre neigeux.

 

C'est une première rencontre avec la plume de Susan Fletcher pourtant ses précédents romans, dont  La Fille de l'Irlandais, m'intriguent énormément.

Pour ce roman Un Bûcher sous la neige, je craignais l'affluence d'éléments historiques mais fort heureusement c'est Corrag qui nous conte l'histoire et ses confidences m'ont emmenée, là-bas, dans les Highlands, pour un voyage époustouflant.

 Nous sommes à la fin du XVIIe siècle, en Ecosse, au cœur d'une période de rois rivaux, de désordre politique et religieux et de massacres. Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, emprisonnée, attend le bûcher.

Depuis son cachot, Corrag raconte le massacre de Glencoe au révérend Charles Leslie, venu d'Irlande. Le révérend se montre révulsé par la sorcière et attend d'elle de percer le mystère de Glencoe.

Au delà du mystère, Corrag nous conte sa vie, tous les chemins parcourus sur le dos de sa jument à travers l'Angleterre mais aussi l'Ecosse vers cette terre sauvage au Nord du Pays, celle des Highlands. Depuis son cachot putride, Corrag parle de la forêt, des rivières, des arbres, de sa jument, des poules et des chèvres pour seule compagnie et d'un amour naissant pour Alasdair.

Les lettres de Charles Leslie destinées à son épouse Jane offrent des courtes pauses au récit de Corrag.

 

« Quoique je fusse dans la pénombre, et elle sur la paille humide, elle a déployé la vallée devant moi avec toutes ses brumes et ses collines, si bien que je me serais cru là-haut sur les rochers. »

Dehors la neige...et sous mes yeux tout le talent de Susan Fletcher pour conter l'univers des sorcières, femmes répudiées par l'étroitesse d'esprit de certains hommes, et la bonté des fleurs en incipit de chaque chapitre.

Une lecture teintée de l'univers de

Coup de coeur 2010! 

Roman traduit par Suzanne Mayoux, publié en Août 2010 chez Plon.

 

jeudi, 02 décembre 2010

L'Arbre des pleurs de Naseem Rakha.

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 Voilà, je viens de refermer ce roman... et une grande émotion m'envahit. C'est parfois difficile de mettre en mots ses émotions, je vais tenter toutefois...

 Irene et Nathan Stanley vivent paisiblement dans l'Illinois avec leurs deux enfants Shep et Bliss.. Pour le travail de Nathan, sherif adjoint, toute la famille part s'installer dans l'Oregon. C'est à cet endroit que Shep leur fils alors âgé de quinze ans sera assassiné suite à un cambriolage. Le coupable, Daniel Robbins, est condamné à la peine capitale.

Toute la famille pense que l'exécution du meurtrier les délivrera du poids de la douleur. Toute la famille, sauf Irene. Les années passent et le chagrin n'abandonne pas la mère de Shep. La mort de Daniel ne l'apaisera pas, elle en est convaincue.

A l'insu de tous, elle décide de correspondre avec le meurtrier de son fils. Commence alors la longue route du pardon et l'échange épistolaire révélera un jour ou l'autre le secret qui entoure la mort de Shep.

Naseem Rakha aborde dans ce premier roman des sujets qui divisent-la peine de mort, l'homosexualité- et n'apportent  en général qu'une vision assez manichéenne de la société.Les avis sont tranchés. Ce livre raconte la vie d'une femme sur le chemin difficile du pardon. Irene est un très grand personnage. On suit ses turpitudes d'esprit, son éveil au pardon au fil des ans. C'est un être de souffrance comme chacun des personnages. On s'interroge sur les choix d'Irene et de Daniel entre le pardon, la tolérance mais aussi l'erreur. Le lecteur, comme chaque personnage du roman (Irene, Bliss, Tab Mason) se positionne avec la sensibilité de son vécu.

L'épreuve est lourde mais le livre est rempli d'espoir.

Je vous livre un extrait au moment où Irene retourne sur la tombe de Shep dix-neuf ans après, auprès de l'arbre en pleurs...

"Des cercles de lichen de la taille de noisettes s'étaient entremêlés aux lettres et aux chiffres gravés sur la pierre tombale blanche de son fils. Des tiges de brome des toits jaillissaient à sa base, à l'endroit où auraient dû s'épanouir des fleurs. Juste au bord du monticule de terre, Irene remarqua un alignement de cailloux aux formes étranges. Elle en dénombra dix-neuf et s'interrogea sur l'identité de celui qui les avait  déposés là, année après année. Peut-être le jeune trompettiste de l'enterrement. Ou alors un professeur, un voisin...

Elle s'accroupit, caressa la pierre. D'un chuchotement, elle brisa alors le silence avec les seuls mots qu'elle pouvait formuler: "Je suis de retour". "

S'il ne devait reposer au pied de votre sapin de Noël qu'un seul livre, choisissez celui-là.

Je remercie  Blog-O-Book  et  L'archipel pour l'envoi et je vous laisse écouter cette chanson "Douce nuit" qui n'est pas anodine dans le roman.

                         
 

 

vendredi, 08 octobre 2010

Là-haut, tout est calme de Gerbrand Bakker.

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 J'étais en quête d'un bon roman pour commencer cet automne, d'un formidable compagnon pour ralentir le temps, pour pénétrer dans une bulle de douceur contemplative. J'ai ouvert ce roman et j'ai pris mon temps...

Helmer vit seul. Dans la ferme familiale, son père se prépare au grand et ultime voyage.

Un beau matin, Helmer décide d'installer son père dans la chambre "là-haut", où "tout est calme". Est-ce déjà l'antichambre du paradis?

Les journées s'écoulent en compagnie des animaux. Le temps s'étire. Le quotidien est rythmé par les travaux de la ferme.

J'attends. Le journal est devant moi, sur la table, mais je ne peux pas lire. Je suis assis, les yeux fixés au-dehors. La pendule ronronne, tout est calme là-haut, il reste quelques gorgées de café froid dans ma tasse. Il n'y a pas que là-haut que c'est calme, c'est calme partout, la pluie bat doucement sur le rebord de la fenêtre, la route est mouillée et déserte. Je suis seul, je n'ai personne contre qui me blottir."

Helmer a une vie brisée depuis la mort de son frère jumeau Henk. Il tente d'enterrer les souvenirs mais Riet,la fiancée de Henk réapparaît dans sa vie.

Gerbrand Bakker  brosse le portrait de personnages rudes aux creux de ce roman d'atmosphère. Le père tyrannique et machiavélique me rappelle certains personnages de Mauriac.

Le thème de la gémellité pred tout son sens dans cette quête quotidienne du bonheur pour Helmer: tenter d'oublier la disparition de son frère noyé en s'immergeant  à son tour dans l'eau à Heather Hill. Plonger pour mieux refaire surface et faire ce constat heureux ou malheureux de sa solitude et de sa singularité.

La narration est ponctuée par l'apparition d'une corneille mantelée. L'oiseau serait-il de mauvaise augure? Tenterait-il d'annoncer la mort?

Je vous laisse découvrir ce sublime roman, cette renaissance symbolique d'un homme qui toute sa vie s'interroge sur sa condition de "moitié d'homme".

Merci Cathulu

mardi, 28 septembre 2010

L'Arbre du père de Judy Pascoe.

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Simone, 10 ans, vient de perdre son père. Elle imagine que le Flamboyant situé à côté de sa maison, lui parle. C'est l'esprit de son papa qui s'adresse à elle. La famille troublée par la perte du pilier fort se persuade  de cette communication avec le défunt. Simone trouve les réponses à ses questions en se nichant au creux de l'arbre. Elle épie sa maman et sa nouvelle relation avec cet homme, le plombier. Celui qui conseille d'abattre l'arbre car il devient trop envahissant.

Judy Pascoe décrit formidablement tout le travail du deuil, de la perte. Le roman prend un petit air fantastique lorsqu'une branche nommée "langue de vipère" tombe dans la chambre, le lendemain de la venue du plombier. L'arbre transcende toute la famille, ses croyances, ses faiblesses.

Il faudra une autre force de la nature pour trouver une solution à l'envahissement de l'arbre dans la maison et dans la vie de chacun des membres de cette famille.

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Etrangement, je suis allée voir le film de Julie Bertucelli avec Charlotte Gainsbourg et j'ai lu ensuite le roman de Judy Pascoe. J'étais très enthousiaste en sortant de la salle. Le film est magnifique, c'est une véritable ode aux forces de la nature. J'ai frémi lors de la scène de tempête. Je trouve que le roman va encore plus loin en nous dévoilant l'adolescence de Simone. Certains passages sur l'orage m'ont rappelé celles de Batailles dans la montagne de Jean Giono.

"On aurait dit un épisode biblique dans un jardin de banlieue, comme la femme qui s'était transformée en statue de sel ou la tour bavarde qui s'était effondrée, ou la division de la mer Rouge. Je ne savais pas laquelle mais c'était tout aussi puissant."

La maman de Simone est sauvée par son instinct de vie.Si elle s'était résignée, elle n'aurait pas vécu. Elle entre dans cette relation étrange et surnaturelle avec l'arbre mais elle garde un pied dans la vie réelle.

J'ai tenté de lire ce roman en VO pour mon challenge mais mon niveau d'anglais n'a pas permis de relever les particularités de style. C'est un très beau roman et une belle adaptation cinématographique.

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 Merci à Anne Berton pour la traduction.

mercredi, 25 août 2010

Les Tendres plaintes de Yoko Ogawa.

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Quel bonheur de lire ce livre. Je l'ai emporté partout avec moi lors de mon séjour parisien. C'est au Jardin du Luxembourg que j'ai quitté Ruriko, Nitta et Kaoru.

La narratrice, Ruriko, vient apaiser ses peines dans un chalet familial au coeur de la forêt. Elle exerce le métier de calligraphe et souhaite profiter de ce moment de repos pour terminer la biographie d'une vieille dame.

Par une nuit de tempête, elle rencontre ses voisins. Kaoru, l'assistante de Nitta, facteur de clavecin. Le silence de Nitta intrigue et charme Ruriko. S'installe alors un huis-clos entre ces trois personnages touchés par un passé sentimental douloureux. Ruriko a quitté son mari infidèle, la femme de Nitta l'a quitté et Kaoru s'est enfuie de Nagasaki, après avoir perdu son compagnon de manière affreuse.

Ce roman publié au Japon en 1996 est un condensé remarquable des leïtmotivs chers à Ogawa: l'importance de l'écriture sous toutes ses formes, le retrait du monde et sa course infernale et puis quelques références communes à d'autres oeuvres notamment les doigts qui rappellent L'Annulaire. Les paysages sont magnifiques, une grande quiétude s'échappe de cette jolie prose. Le regard porté sur la nature, sur ses sonorités, la magie des nuits, la solitude des individus donnent au récit beaucoup d'intensité.

J'aime beaucoup les romans où la description l'emporte sur l'action et je suis vraiment charmée par l'art d'Ogawa. Le thème du huis-clos et du refuge ont attiré mon attention. C'est un petit bijou sur l'air des "Tendres plaintes" de Jean-Philippe Rameau. On trouve beaucoup de douceur dans ce livre. Ogawa offre une belle description de l'art sublimé de fabriquer un instrument: le clavecin. La musique est omniprésente.Un doux moment de lecture.

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino et Yukari Kometani.
Actes Sud, juin 2010.

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mardi, 03 août 2010

Les Invités de l'île de Vonne Van Der Meer.

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 Située sur une île, au large des côtes hollandaises, une maison nommée Duinroos (Rose des vents) accueille chaque année de nouveaux occupants, du mois de Mars à la fin de septembre. Les vacanciers se succèdent et leurs histoires personnelles nous sont livrées au fil des pages : un couple tente de réparer son amour, une jeune fille et une femme plus mûre confrontent leur désir de maternité, un veuf reprend goût à la vie, une famille évite le pire et trouve le meilleur, un couple se forme pendant qu' un autre se délite, une femme convalescente renoue avec elle-même et ses souvenirs... Près d'eux, une femme de ménage, les surveille, prend soin d'eux, en secret, puis referme la porte, après leur passage, et ramène les coquillages sur la plage
J'ai lu ce livre avec beaucoup d'émotions au coeur du gîte breton. C'est une manière très originale de camper des personnages avec cette unité de lieu: la Rose des vents.
Chaque histoire, si singulière, nous révèle toutes les facettes d'une personnalité.
La maison devient de plus en plus familière au fil des récits. Certains personnages m'ont plu davantage, notamment la femme convalescente qui saisit le bonheur dans l'instant présent.
La plume de Vonne Van Der Meer est très sensible. Ce roman est comme un livre de nouvelles dont le personnage principal reste la Rose des Vents. Elle nous offre de très beaux moments qui ponctuent la vie:amour, couple, naissance, maladie, deuil. On a beaucoup de mal à quitter ce lieu.
Une très belle lecture pour saisir l'importance de l'instant présent, de tous ces moments anodins qui font notre vie.
Merci à Katell pour cette belle découverte lors du Swap au long cours 2009. J'ai hâte de lire la suite Le Bateau du soir.vonne van der meer.jpg
 

jeudi, 17 juin 2010

L'Amour secret de Paola Calvetti.

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"Sans savoir à notre insu, le temps, pour nous consoler, étend un voile sur ce que nous appelons la vérité. Elle était là depuis quelques minutes, et je n’ai trouvé mieux que de lui adresser un sourire chaleureux. De ceux que j’ai appris à doser. Il fallait surtout que je cesse de fixer ce grain de beauté placé à quelques centimètres de sa lèvre supérieure. Un défaut, aurais-tu dit, qui m’a ramené trente ans en arrière. Un détail insignifiant, au charme affecté et absurde, mais puissant comme une rafale de vent. "

 

 Dans son premier roman, Paola Calvetti aborde son sujet de prédilection : l’amour, rendu plus fort par les obstacles, et capable à lui seul de bouleverser nos vies ordinaires. Tout comme dans L’amour est à la lettre A, Paola Calvetti emprunte au genre épistolaire. Constanza prend sa plume pour écrire à Gabriella, une vieille amie, pour lui conter sa rencontre avec Lucrezia. Celle-ci est la fille de son amant récemment décédé, Andrea.  Célèbre violoncelliste, elle a découvert dans une petite boite les nombreuses lettres qu'elle lui a écrit durant toute sa vie. Surprise, la musicienne décide de rendre visite à  cette femme. Parsemée au fil de l’histoire, la correspondance entre Andrea et Costanza apporte un semblant de dialogue sur le fil du temps. 
 La Milanaise Paola Calvetti a longtemps été journaliste à La Repubblica, et écrit aujourd’hui dans le Corriere della Sera. De 1993 à 1997, elle a dirigé le bureau de presse du théâtre de la Scala de Milan.

J'avais apprécié L'Amour à la lettre A, même s'il me laisse désormais un vague souvenir. J'étais donc assez heureuse de retrouver la plume de Paola Calvetti. Pourtant, ma lecture fut laborieuse. Les choix narratifs m'ont surprise. L'amante Costanza se confie à son amie Gabriella tout en s'adressant à Lucrezia. Heureusement, elle vouvoie la jeune fille, ce qui permet de mieux saisir la trame narrative. Ce procédé stylistique est assez déroutant.Le roman est bâti comme une symphonie, tout est bien orchestré au fil des pages Prélude, Premier Mouvement, Entracte, Deuxième Mouvement, Entracte... Les lieux sont également très agréables : La Provence en l’occurrence mais aussi la Bretagne.

Tous les éléments sont réunis pour offrir un bon moment de lecture et pourtant, je suis restée en dehors des confidences de Costanza. Les ressorts du genre épistolaire sont mal définis à mon sens et n'apportent rien à la narration. C'est une histoire pleine de douceur, les personnalités féminines sont remarquables mais la forme narrative dessert  cette histoire d'un amour secret. La fin du roman est beaucoup plus aérienne mais néanmoins insuffisante pour colorer ce trio de personnages.

En revanche, l'amour de la musique est évoqué avec beaucoup d'élégance.

"Aimer un homme marié, c’est apprendre à composer. On cultive l’art de retenir, résumer, enfermer dans des limites spatiales et temporelles. Il y a eu des périodes où mon amour n’était que douleur. Je vivais à la fois sa présence physique et son éloignement affectif. Une pure contradiction. La souffrance m’accompagnait tout au long de la journée, plantée dans ma poitrine, à l’endroit où je sentais auparavant palpiter de doux et naïfs papillons. Parfois il me suffisait d’entendre une note de musique ou de croiser quelqu’un qui me faisait penser à lui pour que le minuscule bien-être que je croyais avoir conquis se dilue dans la mélancolie."

 

Je remercie Suzanne et Presses de la cité pour l'envoi de ce roman.

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jeudi, 03 juin 2010

Quand souffle le vent du Nord de Daniel Glattauer.

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 Emma envoie un mail à un organisme de presse pour mettre fin à un abonnement. Seulement, quelques lettres mal placées font parvenir ce mail sur la boîte de Léo.  Ce dernier précise l'erreur. Quelques mois plus tard, un mail groupé relancera l'échange.
Au fil des mails, Emmi et Léo vont se livrer, se deviner et faire part de leurs émotions et sentiments. Chacun devient dépendant de l'autre. Emmi est mariée, Léo se remet d'une histoire d'amour achevée.
Glattauer réussit avec brio à donner une épaisseur à ses personnages au fil des mails. Une trame narrative s'installe progressivement.
On s'attache aux personnages même si personnellement j'ai trouvé quelques longueurs. Le mail propice à l'introspection rend la progression du roman très lente parfois (ou alors comme je suis impatiente, avais-je l'envie que ses deux personnages se rencontrent?).
On s'interroge sur la nature de cette rencontre virtuelle. L'auteur réussit une belle prouesse et la fin m'a beaucoup amusée.
Ce roman livre en creux la question de l'idéalisation du monde virtuel. On s'interroge sur la place de la rencontre réelle entre deux individus. Comment peut évoluer ce type d'échange? Glattauer nous appporte quelques éléments de réponse et un moment plaisant de lecture. Et puis, je pense que ce roman peut avoir un écho dans nos vies personnelles à l'heure où nous passons parfois beaucoup trop de temps sur le net...
Merci Christine!
Traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret. 

lundi, 03 mai 2010

Petits contes de Printemps de Sôseki

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Les billets récents de Bladelor et Lau (pourtant sceptiques toutes les deux!) m'ont donné l'envie de me plonger dans ce livre: Petits contes de Printemps de Natsume Sôseki, offert par Katell lors du Swap au long cours 2009.
Je ne connaissais pas l'auteur Sôseki, il fut l'un des grands auteurs japonais du début du XXème siècle, et un des premiers à réaliser dans son oeuvre la synthèse des influences de la littérature japonaise classique et de la littérature occidentale, dont il était fin connaisseur. Il fut d'ailleurs professeur de littérature anglaise à l'université de Tokyo. Son portrait orne les billets de 1000 yens.

   Les textes très courts rassemblés dans ces Petits contes de printemps furent d'abord publiés en feuilleton dans un grand quotidien japonais au printemps 1909: fragments de journal intime, petites tranches de vie du voisinage, souvenirs de sa jeunesse ou encore de son long séjour d'étude en Angleterre (de 1900 à 1903). Sôseki s'y révèle un maître de la forme brève et de l'économie. Et la délicatesse de touche, la finesse d'observation, la précision et l'attention aux détails, même les plus ténus, qui caractérisent toute son oeuvre font ici tout simplement merveille. 
   Chaque petit texte s'apparente à une miniature colorée et vivante du quotidien au Japon. La richesse du vocabulaire sur les us et coutumes du pays, le mobilier (cha no ma-l'espace de vie, fusuma-cloison mobile, shôji-cloison coulissante), la cuisine japonaise (le zôni-plat typique du jour de l'an) apportent un dépaysement fort plaisant et une immersion agréable dans la culture japonaise.
De plus, l'auteur nous offre ses impressions sur la culture occidentale lors d'un séjour à Londres dans "L'Odeur du passé".
 Certains de ces contes sont tendres("La  tombe du chat") et ironiques ("Jour de l'an"), d'autres un peu plus désabusés.
 Les petits contes de printemps s'amusent des registres littéraires : récits, chroniques, nouvelles, paraboles ou contes. Le personnage central est l' écrivain, présenté comme une sommité à qui l'on rend visite ("Jour de l'an", "Le faisan").
Pourtant, dans quelques nouvelles isolées, Sôseki nous apprend à nous méfier de la réalité. Sous couvert des apparences,un souvenir d'enfance peut devenir un conte fantastique ("Le Serpent"). Dans ces récits du quotidien et de l'ordinaire, il mélange le réalisme et le fantastique. Il s'amuse également des genres et trompe le lecteur dans cette frontière si mince entre le vrai et le réel. 
Cette lecture fut très plaisante. Chaque conte décrit un certain minimalisme positif  et j'aime beaucoup ces petits tableaux d'une culture qui me plait tant.Je suis sous le charme de ces petits contes dont la beauté réside essentiellement sur le style , plus que sur le contenu.
Merci Katell.

Petits contes de printemps, Sôseki, Traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu, Philippe Picquier (Picquier Poche), 2003.

vendredi, 30 avril 2010

Le Réfectoire un soir et Une piscine sous la pluie d'OGAWA.

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Retrouver la douceur de la plume d'Ogawa le temps de deux nouvelles.
 La première Le réfectoire évoque la rencontre entre une jeune femme et un homme accompagné de son enfant. Tous deux sont plongés dans la contemplation d'un réfectoire le soir. Cette contemplation ravive le souvenir pour l'homme d'une piscine sous la pluie. Avec cette rencontre, Ogawa met en scène les souvenirs et les peurs de l'homme mélancolique. On se retrouve hors du temps, dans la description de moments bouleversants et d'instants précieux. Une belle nouvelle aux accents nostalgiques.
Avec Un thé qui ne refroidit pas, on  découvre une jeune femme, troublée par la mort d'un camarade. Dans l'ambiance étrange de la cérémonie funèbre, elle rencontre quelqu'un qui va faire basculer son quotidien. Ce court récit est un petit bijou. La narration est ciselée d'impressions notamment dans la description de la maison de K. Les personnages semblent être entre deux mondes, sur un fil imaginaire. Les scènes se matérialisent, on partage avec les personnages la tasse de thé et la mousse au citron tant la plume d'Ogawa offre de très belles descriptions. Les petits gestes anodins donnent toute la force au récit.J'ai particulièrement aimé la compagne de K.
Deux charmantes nouvelles sur l'absence et les réminiscences de l'esprit à la manière d'Ogawa que je vous invite à savourer le temps d'un thé!
Merci Christine pour ce délicieux moment d'écriture poétique et la beauté de l'estampe japonaise.

mardi, 30 mars 2010

Le Goût des pépins de pomme de Katharina Hagena.

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A la mort de Bertha, sa petite-fille Iris, hérite de la maison de famille dans le nord de l’Allemagne. Bibliothécaire à Fribourg, cet héritage l’encombre. Mais en visitant la maison, de nombreux souvenirs de son enfance lui reviennent en mémoire. On découvre alors l’histoire émouvante et rocambolesque de trois générations de femmes : sa grand-mère, sa mère et ses soeurs et elle-même. Des destins liés par de nombreux secrets…
J'ai repéré ce roman chez Aifelle. Je trouvais cette couverture très jolie et puis l'histoire de la famille et les réminiscences d'Iris m'intriguaient. Ce roman ressemble à la madeleine de Proust: chaque objet rappelle à la mémoire d'Iris un ensemble de souvenirs. Une toile se tisse entre tous les personnages féminins, la trame narrative est toute en sensibilité.
"Plus les mailles se distendaient dans la mémoire de Bertha, plus gros devenaient les fragments de souvenirs qui s'échappaient à travers. Plus la progression progressait dans sa tête, plus extravagantes devenaient les choses qu'elle tricotait, des choses dont les bords, parce qu'elle laissait continuellement des mailles de côté, en entrecroisait d'autres ou en tricotait de nouvelles, croissaient et se recroquevillaient en tous sens, béaient et feutraient et se défaisaient de partout."

 

Iris détricote le fil de la vie des trois soeurs sorcières, sa mère et ses tantes, comme celles de Macbeth. Les trous de mémoire sont devenus tricots. La narratrice découvre dans cette maison les petits  bouts de fil qui mènent à la vérité sur l'histoire d'une famille.
"En revanche, était-il raisonnable de chercher la vérité précisément là où l'oubli n'était pas? La vérité ne se cachait-elle pas avec prédilection dans les failles et les trous de la mémoire, Mais les mots, au bout du compte, ne m'avançaient pas à grand chose." 

Iris nous emmène au fil des pages au creux de cette maison, aux abords d'un jardin magnifique, en quête d'une âme, celle de la maison qui renferme tant de doux moments, tant de silences et de secrets.

"Quiconque oublie le temps cesse de vieillir. L'oubli triomphe du temps, ennemi de la mémoire.Car le temps, en définitive, ne guérit toutes les blessures qu'en s'alliant à l'oubli." 

Voici un magnifique roman qui vous emporte pour découvrir cette maison dans laquelle je me suis réfugiée le temps d'un  week-end. Partez à votre tour à la découverte  d'Iris, Bertha, Inga, Harriet et Christa...tant de femmes si mystérieuses qui ont partagé le même verger.

Merci Aifelle. Ce livre voyageur reprend sa route, j'espère qu'il ravira chacune des lectrices lors de ses escales.

Découvrez la playlist Stacey Kent avec Stacey Kent

mardi, 09 mars 2010

Exit le fantôme de Philip Roth.

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Exit ghost fait  référence à une didascalie de Shakespeare dans Hamlet. Le fantôme qui doit quitter la scène, c’est sans doute Nathan Zuckermann, le double de l’écrivain, bien diminué par la vieillesse.
Âgé de 71 ans, opéré d’un cancer de la prostate, qui l’a rendu impuissant –à son grand désespoir – et incontinent, Nathan Zuckermann s’est retiré pendant onze ans dans un coin perdu des Berkshires, "ayant pris la décision de vivre loin de tout", cultivant la solitude, se consacrant à la lecture et à l’écriture.
 Il revient à New-York pour une intervention bénigne, censée retarder un peu sa déchéance physique. On est en 2004, juste après la réélection de Bush. Il retrouve la compagne d'un ami écrivain,E.I. Lonoff, une femme déboussolée et tourmentée. Il fait aussi la connaissance d’un jeune couple d’écrivains, avec qui il envisage un échange de maisons, et devient fou de désir pour la superbe Jamie, si attirante dans l’éclat de ses trente ans…
Est-ce le
temps du renouveau? Celui d'un nouveau départ? Tout semble possible...Mais le monde a changé.
Nous les gens qui lisons et écrivons, nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l’ère littéraire.
Évoquant "l’avidité frénétique de la pulsion biographique" incarnée par le personnage de Richard Kliman, Nathan s'indigne contre cette " deuxième mort " qu’est une biographie:
"licence d’exploitation d’une vie qui est fixée à jamais dans l’esprit des gens…châtiment d’une inquisition menée par le biographe".
Une certaine distance s'impose face à la politique du pays:
"ayant vécu captivé par l’Amérique pendant près de trois quarts de siècle, j‘avais décidé de ne plus me laisser prendre tous les quatre ans par des émotions d’enfant – des émotions d’enfant et une douleur d’adulte".
Un beau rendez-vous avec le temps, un peu d'humour acide, une belle réflexion sur la littérature et les mystères de l'écrivain: un bel opus assez mélancolique mais néanmoins très captivant. Je découvre Philip Roth suite à son passage sur le plateau de La Grande librairie, je ne suis pas très littérature américaine mais j'ai bien apprécié sa vision de l'Amérique actuelle.

dimanche, 17 janvier 2010

Sans gravité de Vendela Vida

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(Triptyque réalisé par Isa)
"Dans ma tête, l'histoire est toujours au présent, elle commence toujours à deux heures et quart. Je me promène le long de l'allée du parc quand j'entends derrière moi un homme dire : "Madame ?". Puis, l'homme,  l'entraînant un peu l'écart, sur un banc, lui pointe un revolver sur la tempe.
"Je veux mourir", "Je veux pas mourir seul"
"Je veux mourir avec quelqu'un."...
Ellis, fraîchement débarquée à New-York, inscrite en histoire de l'art à Columbia, est sortie miraculeusement indemne de cette rencontre. Elle décide de réciter quelques vers de poésie à cet homme et le convainc de ne pas se donner la mort. La jeune étudiante n'en est pas moins profondément ébranlée. Sa vie semble lui glisser entre les doigts, elle a peu d'amis, ne s'entend guère avec sa colocataire et multiplie les relations instables. Cette rencontre perturbe le cours de sa vie et on assiste au point de vue de son entourage sur cet évènement. Chacun juge, émet une hypothèse, tandis qu'Ellis s'interroge.Elle semble seule, emprisonnée dans ses pensées comme  un personnage dans un tableau artistique de Duchamp.
"Je jette un oeil par une fente et aperçois le corps d'une femme nue, prostrée, abandonnée au flanc d'une colline. De la main gauche, elle tient une lampe à pétrole, dont la flamme brûle toujours.
De l'endroit où je suis, je ne vois pas son visage. Il faut que je le voie. Qui lui a fait ça ? Est-ce qu'elle était en train de pique-niquer ?  Je tire fort sur les battants  de bois patiné. Ils ne s'ouvrent pas. Je ne peux voir la femme qu'au travers d'une petite fente, mais je ne peux ni m'en approcher, ni la regarder, ni la toucher."

 

Ma lecture fut laborieuse, voilà une dizaine de jours que ce livre m'accompagne et me laisse perplexe. Je suis restée muette face aux vicissitudes d'esprit de cette étudiante. J'ai aimé son parcours, l'excipit est merveilleux. Ellis avance, Vendela Vida offre le pardon et ce livre se termine sur quelques anecdotes, la vie continue...C'est un beau premier roman mais je suis restée en dehors de l'histoire, un rendez-vous manqué peut-être...

Editions de l'Olivier - Janvier 2005 - traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso et Stéphane Roques.

mardi, 05 janvier 2010

Le Pigeon de Patrick Süskind

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Jonathan Noël, quinquagénaire, est un vieux garçon qui vit seul. Traumatisé par les persécutions nazies et le départ de sa maman pendant la guerre, il vit dans la routine  du quotidien. Sa chambre de bonne est un îlot de sécurité.Le quinquagénaire occulte ce passé douloureux en prenant un soin extrême à ce que rien ne vienne perturber un quotidien organisé avec la précision du métronome.
 «De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu’on ne pouvait se fier aux humains et qu’on ne saurait vivre en paix qu’en les tenant à l’écart.»

 

Il se sent protégé par ce mode de vie. Il redoute les changements.Il ne quitte ce havre douillet que pour aller travailler en tant que vigile sur le parvis d’une banque.

Pourtant, un beau matin, un évènement banal va bouleverser son quotidien. Alors qu'il quitte sa chambre,il tombe inopinèment sur un pigeon dans le hall de son immeuble. Cette rencontre va perturber sa vision du réel.

«Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie.»

 

Dès lors, on va suivre les délires paranoïaques de Jonathan tout au long d'une journée. J'ai repéré ce roman chez Emilie, étudiante en psychologie. J'ai lu Le Parfum dont j'ai peu de souvenirs mais je trouve que l'intérêt de ce court roman réside dans la tension dramatique parfaitement mise en scène par l'auteur.Le malaise va grandissant et l'attitude de fuite est remarquable. Patrick Süskind montre combien un évènement peut ranimer la douleur des souvenirs. La rencontre avec le pigeon rappelle celle des champs de bataille, du soldat face à l'ennemi .

«Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: le pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet oeil, une sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet oeil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un oeil sans regard. Et il fixait Jonathan.»

 

L'oeil du pigeon incarne toutes les peurs humaines . Certains passages sont jubilatoires dans la tension que met en scène l'auteur pour décrire des petites choses en apparence anodines mais dramatiques pour notre vieil homme.Un bon livre sur le sentiment de peur qui tétanise nos vies et une possibilité d'en rire.

Je remercie mon frère pour ce beau moment de lecture.

Découvrez la playlist Lhasa avec Lhasa De Sela

 

 

jeudi, 26 novembre 2009

La Tournée d'automne de Jacques Poulin

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(Marque page réalisé par Katell)
 
Une tournée d'automne ou plus exactement celle qui précède...la dernière soit disant pour le Chauffeur. Dans son bibliobus, il entreprend la tournée des villages de la Côte Nord québecquoise. Il est âgé, un peu usé comme son vieux bus mais aime à faire partager son plaisir de la lecture à des gens passionnés.
Il est un peu las...mais très vite il rencontre Marie, une femme aux cheveux gris. Cette femme douce est  la "bonne maman" d'une troupe de saltimbanques et de musiciens français. C'est une très jolie rencontre et un beau périple  tout en douceur et poésie. Un nomadisme tranquille s'installe entre Marie et Le Chauffeur amoureux tous les deux des chats et de la nature.
L'écriture est simple, sans fioriture. On apprend beaucoup auprès  de ces deux individus à l'automne de leur vie.
Katell souhaitait me faire partager la poésie de cet auteur. Ce livre fut commenté dans le cadre du blogoclub de lecture en Septembre et j'avais manqué ce rendez-vous. Je suis ravie et charmée par ce petit roman qui évoque avec douceur la passion des livres, des chats et de la nature. J'ai aimé la caractère mystérieux du Chauffeur, sa dépersonnalisation par l'auteur et puis la beauté des paysages québecquois.
 " C'était un petit camion Ford de deux tonnes. Il avait beaucoup roulé, il était vieux, mais on ne lui aurait pas donné son âge. De couleur gris ardoise, il avait fière allure avec ses formes arrondies, ses rideaux aux fenêtres et le mot Bibliobus peint en blanc sur le côté.
Il ouvrit une des portes arrière, abaissa le marchepied et monta à l'intérieur...Après toutes ces années, le charme opérait toujours: sitôt la porte fermée, on se trouvait dans un autre monde, un monde silencieux et réconfortant où régnaient la chaleur des livres, leur parfum secret et leurs couleurs multiples, parfois vives, parfois douces comme le miel."
" Les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder. "
 
"Il ouvrit la fenêtre pour mieux entendre la musique. C'était une petite musique de fanfare avec des cuivres et des tambours. Il se pencha au dehors, mais elle venait de l'autre bout de la terrasse Dufferin. Comme le temps était beau, il décida d'aller voir."

 

Merci à Katell pour cette belle découverte.

Roman publié chez Babel.

 

lundi, 16 novembre 2009

Mange, prie , aime d'Elizabeth Gilbert

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(Carte provenant du Népal)
J'ai lu la critique de Cathulu à la sortie du livre et pourtant il a attendu un certain temps sur ma PAL, avant que je ne l'ouvre.
Sa couverture peut laisser entendre qu'il s'agit d'un roman léger, d'un roman féminin mais il n'en est rien.
J'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de cette femme qui décide de changer de vie à trente et un ans alors qu'elle semble posséder tout ce qu'une Américaine souhaite obtenir: un mari, une maison, une carrière. A l'heure où la question de la venue d'un enfant se pose, Elizabeth décide de ne pas devenir maman et de divorcer. Elle est alors rongée par l'angoisse, le doute et l'insatisfaction.
Désemparée, elle décide de tout plaquer. Elle part seule à travers le monde et choisit trois destinations: l'Italie, l'Inde et l'Indonésie. Cette femme veut choisir sa vie et nous la suivons dans ses pérégrinations et ses merveilleuses rencontres.
J'ai aimé ce livre même s'il ne renferme pas une grande  qualité  littéraire mais pour l'interrogation qu'il sucite et le message qu'il délivre.
"La vie d'une femme est un vaste continent sur lequel plane l'ombre d'une épée." Virginia Woolf.
Son voyage en Italie , propice à l'hédonisme,apprend beaucoup sur l'histoire de la langue italienne, sur Rome décrite telle une vieille dame et sur la Sicile.
"Celui qui n'a pas vu la Sicile ne peut pas avoir une idée claire de ce qu'est l'Italie". Goethe.
"Je grimpe jusqu'à mon appartement, au quatrième étage, seule. J'entre dans mon minuscule studio, seule. Je ferme la porte derrière moi. Un autre coucher solitaire à Rome. Une autre longue nuit de sommeil devant moi, avec personne ni rien dans mon lit, sinon un tas de guides de conversation et de dictionnaires italiens. Je suis seule, toute seule, complètement seule. En interceptant cette réalité, je lâche mon sac, je tombe à genoux et j'appuie mon front contre le sol. Là, avec ferveur, j'adresse à l'univers une prière de remerciements".
En Inde, Elizabeth apprend la méditation et le yoga dans un ashram et s'adonne à une quête spirituelle.Elle ne veut plus être Madame Moulinaparoles poursuivie par ses soeurs Blablas. Le roman se poursuit sur un ton plus sobre et une atmosphère différente.
"Cela dit, quelle est la bonne heure du jour, ou de la vie, pour rester assise sans bouger et détachée de tout ? Quelle est l'heure où il n'y a pas quelque chose qui bourdonne autour de vous, qui tente de vous distraire et de vous faire sortir de vos gonds ? Aussi ai-je pris une décision, inspirée une fois encore par mon guru, selon laquelle nous sommes tous appelés à devenir les savants de notre propre expérience intérieure. Je me suis dit que j'allais tenter une expérience. Et si pour une fois je m'y collais ?".
Elle renoue avec une vie sociale en Indonésie où elle va s'ouvrir de nouveau au monde,à la misère de la population indonésienne et à sa richesse d'esprit. Elzibabeth s'interrogera alors sur les désirs de l'ego et le sens du mot bonheur.
Les gens ont tendance à penser universellement que le bonheur est un coup de chance, un état qui leur tombera peut-être dessus sans crier gare, comme le beau temps. Mais le bonheur ne marche pas ainsi.Il est la conséquence d'un effort personnel. On se bat, on lutte pour le trouver, on le traque, et même parfois jusqu'au bout du monde. Chacun doit s'activer pour faire advenir les manifestations de sa grâce.  Et une fois qu'on  atteint  cet état de bonheur, on doit le faire perdurer sans jamais céder à la négligence, on doit fournir un formidable effort et nager sans relâche dans ce bonheur, toujours plus haut, pour flotter sur ses crêtes.
 Avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision, l'auteur invite à la réflexion sur des sujets très profonds, on en oublierait presque le côté très extravagant des américains.Elizabeth Gilbert offre quelques beaux portraits de personnages très attachants.
Roman traduit par Christine Barbaste.
                                                                     

jeudi, 22 octobre 2009

Le Poisson de Jade et l'épingle au phénix

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 Voici un petit conte chinois anonyme du XVII ème siècle qui raconte l'histoire d'un couple aux moeurs légères. Ce petit conte est libertin  et poétique, il alterne prose et poésie pour relater le parcours d'un jeune homme de dix-huit ans,étudiant et orphelin , nommé Xu Xuan.
Le Poisson de jade et l'épingle au phénix nous livre sa rencontre avec Rongniang, sa voisine. A partir d'un rêve commun, le conte tisse une histoire d'amour et d'adultère . Xu Xuan sera condamné.
Ce petit conte nous offre de très bons moments de poésie:
Dessus le pavillon, les belles entrevues
Ont égaré mes sens, troublés à leur insu.
Un vol par trop goûteux gâte-t-il pas la fleur?
Papillons de Printemps: modère-t-on leurs ardeurs?
Ce coeur qu'amour embaume, las! à qui le confier?
A de longues rêveries, je l'ai abandonné.
Ces rires tendres et doux se troublent et disparaissent,
Laissant, indifférents, ce coeur qu'un mal oppresse.
J'ai passé un agréable moment de lecture avec ce conte offert par Katell lors du swap d'été,un beau voyage dans la Chine du XVII ème siècle, période féconde de la production romanesque chinoise que je connais peu, merci!

samedi, 17 octobre 2009

La Cucina de Lily Prior

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Ce roman de Lily Prior évoque la vie de Rosa Fiore, dans la campagne sicilienne, juste avant la seconde guerre mondiale. Elle va quitter la cuisine familiale, après le meurtre de son premier amour, pour s'émanciper à Palerme. Rosa exerce alors le travail de bibliothécaire et voue une véritable passion pour la cuisine. Sa rencontre avec "l'Inglese" va lui ouvrir la voie de la sensualité et des plaisirs pantagruéliques.
Ce livre est un hymne à la rusticité de la campagne et à la cuisine sicilienne. J'ai particulièrement apprécié l'évocation épique de la Sicile, la richesse de sa terre et la présence en demi-teinte des Hommes de la Mafia. Je trouve cependant dommage que nous ne puissions retrouver en annexe les recettes siciliennes de Rosa, toutes ces recettes qui honoraient  les repas dominicaux ches mes grands-parents siciliens... 
Une très belle invitation au voyage et à la gastronomie!
Roman traduit par Marie-France Girod.
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Livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique Babelio, je remercie  Hachette livre et Guillaume pour l'envoi.
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Ce livre m'a donné l'envie de revoir le film "Chocolat" de Lasse Halström avec J. Binoche adapté du roman de Joanne Harris et de me plonger dans ce magnifique livre de recettes de Giada de Laurentiis
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                                 (Ringratio mio fratello!) 

jeudi, 19 février 2009

Le Matou d'Yves Bauchemin

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Florent Boissonneault, jeune montréalais, rêve de posséder son propre restaurant et Elise, son épouse, de fonder une grande famille. Un jour, Florent rencontre un étrange vieux monsieur, Egon Ratablasvasky, qui lui propose de l'aider à racheter "La Binerie", un petit restaurant en vente à un prix dérisoire. Enfin propriétaires, Florent et Elise prennent en affection "monsieur Emile", un jeune garçon de six ans délaissé par sa mère et qui a trouvé refuge, avec son chat, dans leur restaurant. Mais la générosité de Ratablasvasky laisse place à une méchanceté sordide que seule la malignité du matou de "monsieur Emile" pourra finalement déjouer...

J'ai choisi  ce livre après le départ de Nolwenn pour le Canada. Je ne  connaissais pas du tout la littérature de ce pays et Naniela m'ayant prêté ce livre, il fut élu.

La critique est élogieuse à son sujet (Grand prix de littérature au Québec et adaptation cinématographique), Beauchemin a un réel talent de conteur. Ce roman est très fantaisiste, mêlant humour et mystère.

Les personnages sont très cocasses et attachants. J'ai lu récemment sur un blog littéraire un commentaire où la lectrice soulevait le fait qu'elle n'avait réussi à s'identifier aux personnages aussi lui fut-il difficile d'apprécier le roman.

J'ai aussi ce sentiment, comme si je n'étais pas  au rendez-vous avec ce roman picaresque. La longue histoire imaginée par Yves Beauchemin et son toboggan d'évènements bizarres et imprévus ne m'ont pas emportée.

Pour autant je reconnais l'immense talent de conteur de cet auteur montréalais.

Merci à Naniela pour le prêt.

«La chance est une dame qui a la peau des joues fort raide et se donne rarement la peine de sourire deux fois de suite à la même personne.» Yves Beauchemin.


mercredi, 14 janvier 2009

Desperate...

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Arlington Park est une petite banlieue anglaise, ni trop chic ni trop ringarde, c'est un quartier tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec ses habitants tout aussi quelconques.

C'est la nuit, les rares passants rentrent chez eux, affrontant sans ciller la pluie torrentielle, lorsque Juliet Randall se réveille d'un cauchemar. Ce cafard qui faisait son nid dans ses cheveux lui semble l'image fantasmée de sa vie devenue impossible. Ancienne étudiante brillante, désormais mariée et mère de deux enfants, Juliet a le sentiment d'être assassinée à petits feux par son semblant d'existence.
Et puis l'on découvre la petite vie des autres habitantes du quartier mais ce n'est pas très passionnant...Je me suis ennuyée alors qu'au départ j'étais très enthousiaste.
Rachel Cusk organise son récit à la manière de Wirginia Woolf dans Miss Dalloway en racontant  la journée de ces femmes au foyer.
J'ai apprécié deux passages: le club de lecture et l'analyse des Hauts du Hurlevent et la splendeur toute hypocrite du repas entre amis .
Mon personnage préféré reste Christine lors du repas!
C'était un endroit dangereux où vivre, une famille: aussi tumultueux que la pleine mer sous un ciel traître, avec ses allégeances passagères, ses rafales de cruauté et de vertu, ses grandes vagues d'humeur et de mortalité, son incessante alternance de tempête et de bonace" .

"C'est ici que Maisie se sentait le plus éloignée de ses aspirations, voyait son mari et ses enfants comme les étrangers qu'ils étaient de temps à autre. C'est ici qu'elle sentait le plus souvent qu'il étaient dans une pièce de théâtre,et que ce n'était pas une pièce de théâtre qu'elle appréciait"

 

vendredi, 02 janvier 2009

La Dame en blanc de Wilkie Collins

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Quatrième de couverture: Dans la fournaise de l'été,en ce milieu du 19 ème siècle,William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s'apprête à quitter Londres pour enseigner l'aquarelle à deux jeunes filles de l'aristocratie, dans le Cumberland.
Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents,comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue,semblant fuir un invisible danger...
Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques,n'apaise pas le jeune William autant qu'il le souhaiterait.La demeure de Limmeridge recèle en effet de biens lourds secrets,et lorsque resurgit la mystérieuse Dame en blanc, il est bien difficile d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'un présage funeste...
J'en suis à la page 276,je suis en retard pour cette note qui devait paraître hier,aussi je viens éditer mon billet une fois tournée la page 476! A ce stade de ma lecture,j'apprécie le style de l'auteur qui me rappelle celui d'Anne Perry.Je n'aime pas particulièrement le genre "roman policier" mais l'univers de ce roman est particulièrement prenant.Depuis l'arrivée du comte Fosco,l'intrigue s'intensifie.Je ne sais toujours pas quel rôle va jouer Anne Catherick dans cet univers très "cosy" ,je me replonge dans le livre! Wilkie Collins donne admirablement une épaisseur aux personnages ,notamment pour ceux de Marian Halcombe et Fosco(personnage très ambigü) mais je suis un peu déçue pour l'instant sur le manque d'éléments historiques de cette période victorienne.Donc pour l'instant impression mitigée: les dernières pages vont-elles me révéler un coup de coeur?!
EDIT :Voilà je viens de refermer ce roman...dois-je parler de coup de coeur? Pas vraiment mais j'ai fort apprécié les cent dernières pages où le tempo s'accélère et les intrigues s'emmêlent!J'ai surtout  aimé les diverses focalisations qui donnent un autre élan à l'enquête.
Ce livre m'a donné envie de lire d'autres oeuvres de cet auteur ,je vais faire le tour du blogoclub pour connaître vos avis.
Livre lu dans le cadre du Blogoclub de lecture:

mardi, 18 novembre 2008

La Chute du British Museum de David Lodge

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J'ai reçu ce livre de la part de Lisa dans le cadre du Swap London avec joie car je l'avais moi-même choisi pour ma swappée Maijo.J'aime beaucoup les romans de David Lodge et je me souviens d'une anecdote particulière qui remonte à quelques années déjà.J'étais alors étudiante en lettres modernes et pour financer mes achats de livres,j'exerçais le job de surveillante dans un lycée.Le samedi matin,je surveillais les devoirs des terminales.Une fois le sujet distribué,je me suis plongée dans le roman Un Tout petit monde.J'étais tellement emportée par le style de l'auteur et son ironie que j'en oubliais mes élèves!Aussi quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris les classeurs de cours ouverts sur la table...au bout de deux heures!Je n'avais pas relevé le nez ou alors si peu que les élèves en ont bien profité!
La Chute du British Museum développe deux thèmes:l'un moral et religieux(les enseignements catholiques sur le contrôle des naissances) ,l'autre littéraire(l'ironie  sur la névrose du chercheur littéraire).
Nous suivons les aventures d'Adam Appleby,jeune étudiant chercheur catholique,marié,pauvre,tenaillé par l'inquiétude que sa femme puisse tomber enceinte une quatrième fois.
L'auteur  nous raconte ses aventures picaresques sur une journée mêlant tour à tour la parodie,le pastiche et l'allusion.
J'ai beaucoup aimé le passage des rêveries d'Adam,ses idées fantasques,ses hallucinations motivées par son anxiété chronique.
C'est un chouette roman qui même dans une période difficile a réussi à me faire rire!
Je retiens l'épisode du chiffon mouillé dans l'ascenceur qui rappelle le roman de William Golding Chute libre,les rêveries d'Adam dans les embouteillages qui rappellent celles de Mrs Dalloway de Virginia Woolf mais aussi la bureaucratie vue par Kafka dans le passage du renouvellement de sa carte.
Ce roman est truffé d'allusions (Conrad,Hemingway,DH Lawrence...),il est difficile pour le lecteur français de toutes les relever à la première lecture .
Merci beaucoup à Lisa pour ce choix,j'espère que Maijo appréciera tout autant ce livre que moi.

mercredi, 29 octobre 2008

La Ferme des animaux de George Orwell

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Après 1984 et son étude des régimes totalitaires en général, Georges Orwell écrit ce terrible pamphlet contre le soviétisme. Toute l’histoire de l’URSS est reprise dans le récit de la révolte des animaux d’une ferme.
Tous les événements sont repris un à un : la révolte initiale, les grands procès, les purges, le pacte germano-soviétique etc...

 

Les communistes de la ferme sont les cochons qui vont petit à petit s’instituer en intelligentsia avec à leur solde une meute de chiens policiers...
Georges Orwell dénonce la perte des idéaux initiaux (symbolisée par les modifications fréquentes des principes) et l’exploitation de la ferme par la classe dirigeante qui finit par prendre la place de l’homme tout en exploitant encore plus durement les animaux.

La critique est féroce et le constat difficile à accepter... on appréciera le fait qu’il ait écrit ce livre au sortir de la deuxième guerre mondiale (après une expérience douloureuse pendant la guerre d’Espagne)... Il fait ainsi encore la preuve de ses capacités de visionnaire...

J'ai lu la note de Keisha la semaine dernière sur ce livre et je me suis laissée tenter par ce classsique.Je l'ai souvent vu cité par des ami(e)s ,aussi il me tardait de découvrir cette fable animalière si riche par sa modernité.

Grâce au procédé de la caricature,Orwell dénonce le mythe soviétique en grossissant le trait de la masse et de ses dirigeants.

J'ai beaucoup aimé  l'attaque du mythe fondateur du théoricien politique "Sage l'ancien" et la mise en scène de son discours au début du livre.

Une contre-utopie à mettre entre toutes les mains. 

jeudi, 23 octobre 2008

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Shaffer et Barrows

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Quatrième de couverture:
Janvier 1946:Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre,Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman.Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey,cette petite île anglo-normande oubliée,lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre,la curiosité de Juliet est piquée...
Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants-aussi fantasques qu'attachants- de Guernesey,Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth,une femme d'exception...
Je suis d'abord tombée sous le charme de la couverture,de sa quatrième et il est tombé dans mon panier.Je l'ai refermé ce matin avec beaucoup de difficultés,je n'avais pas envie de le reposer.Quel coup de coeur!
Ce roman épistolaire renferme beaucoup de chaleur humaine,de témoignages sur cette période difficile de l'Histoire,d'anecdotes trucculentes (je pense au personnage d'Isola notamment),de finesse et de drôleries.Un petit monde très attachant se profile à la lecture suivie des lettres de ses habitants de Guernesey et de Juliet.
J'aime beaucoup les romans épistolaires et j'ai retrouvé ce plaisir grâce à ce livre magnifique.On s'attache très vite aux personnages.On aimerait participer nous aussi aux réunions du cercle littéraire et profiter pleinement de ce bonheur de vivre -malgré tout,malgré l'Histoire- de ces insulaires.
Ce livre est un livre voyageur pour qui le souhaite...

dimanche, 21 septembre 2008

Haruki Murakami

415C6SRJW1L__SL500_AA240_.jpgVoici le livre choisi ce mois-ci pour le Club de lecture de la blogosphère animé par Sylire et Lisa.

Je m'excuse pour le retard.

Quatrième de couverture:

Hajime a connu pour la première fois l'amour en compagnie de la douce Shimamoto-San.Séparés par la vie,il n'a poutant jamais oublié.Aujourd'hui,à l'aube de la quarantaine,Hajime est devenu un homme ordinaire et s'est construit une vie agréable entre sa famille et un métier qui lui plaît.Ce fragile équilibre résistera-t-il à ses retrouvailles avec Shimamoto-San?

Mes impressions de lecture:

C'est un beau roman,j'aime beaucoup l'univers de cette histoire.J'apprécie tout particulièrement le point de vue masculin d'Hajime sur ses premiers émois sentimentaux.

On savoure comme lui chacune de ses retrouvailles avec Shimamoto-San.On aimerait percer le mystère de cette jeune femme,de cet amour qu'elle rend impossible.Les questionnements sur cette relation sont multiples.

J'aime beaucoup le style de l'auteur et la traduction proposée par Corinne Atlan n'enlève rien au charme poétique de cet écrivain japonais.

La dernière scène des retrouvailles entre Hajime et Shimamoto-San est d'une troublante énergie et sensualité.L'écriture de l'acte amoureux n'a rien de vulgaire chez l'auteur .

J'aurais aimé en connaître davantage sur le personnage de Shimamoto-San mais ce mystère donne à l'oeuvre toute sa beauté ,sa sensualité et sa poésie.

J'aimerais poursuivre ma découverte de cet auteur ,peut-être avec le titre Kafka sur le rivage.

Je tenais à remercier le Club de lecture de la blogosphère pour ce choix.J'aime découvrir de nouveaux auteurs ,des choix littéraires qui ne sont pas forcément les miens lorsque je me rends en librairie;c'est la raison pour laquelle j'apprécie les échanges et les découvertes engendrés par ce club de lecture .

jeudi, 10 juillet 2008

Un Jardin dans les Appalaches de Barbara Kingsolver.

51VrLtvnCTL__SS500_.jpgVoilà je viens de refermer ce livre très intéressant.Je ne connaissais pas Barbara Kingsolver,je n'avais encore rien lu de cet auteur.C'est grâce au club de lecture des bloggueuses que je me suis intéressée à ses écrits ,depuis j'ai envie de tout lire!

Le thème du livre c'est le récit autobiographique de l'auteur qui décide de s'installer en famille dans une ferme des Appalaches et de se nourrir des aliments qu'ils produisent.Ce récit est ponctué d'articles très intéressants de Steven L. Hopp(son mari) sur les périls que court la planète,sur la mouvement slow-food,sur les locavores.Camille la fille termine chaque chapitre  en nous rappelant les légumes saisonniers et les recettes possibles à chaque période de l'année avec ce que la terre nous offre localement.

Ce livre nous rappelle avec humour et gourmandise (avec quelques propos de politique économique mais très habilement et explicitement formulés ) qu'il est possible de bien manger sans artifices en mettant dans nos assiettes la nourriture produite sous nos pieds.

J'ai beaucoup aimé cette première découverte avec Kingsolver puisque je suis moi-même très attentive au contenu de mon assiette.Je réalise depuis peu une éviction du gluten et de la caséïne  pour des raisons médicales et je redécouvre une cuisine saine et inventive.Elle me rappelle celle de ma nonna sicilienne basée sur les légumes et les produits frais.

Voilà ce livre est un coup de coeur pour moi,je me suis empressée d'emprunter à la médiathèque Un Eté prodigue afin de poursuivre ma découverte de Kingsolver.

Quelques passages:

L'allongement de la durée de vie dans les rayons tend aussi à réduire le goût.Aussi étrange que cela puisse paraître,nous avons accepté un échange en ces termes:"Procure-moi tous les légumes en toute saison même s'ils n'ont que le goût de laur réplique en carton-pâte."

"Pour nous cuisiner est une véritable distraction.Quand j'ai le cafard,je vais dans la cuisine.Je feuillette les pages de mes livres de recettes favoris,en me réjouissant à la perspective du joyeux tintamarre d'un repas familial.Tout ce qui sort du sol et a trait à la nourriture stabilise mon âme."

 

 

Je vous recommande aussi comme en écho à ce livre un petit document aux éditions Jouvence pour apprendre à s'alimenter avec les fruits et les légumes de saison.

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jeudi, 19 juin 2008

Yoko Ogawa

 

juin 2008 005.JPGLes billets de Lou et Katell m'ont incitée à découvrir Ogawa.

J'ai choisi ces trois courts récits  avec un intérêt plus particulier pour La Grossesse.

Trois voix différentes portent ces trois récits.

Celle de la jeune fille enfermée dans l'orphelinat que dirige son père où il lui faut vivre la même vie collective et morne que ses camarades dans La Piscine.

Celle de la jeune femme qui ,souhaitant venir en aide à son cousin,lui indique l'adresse d'un foyer sans savoir que ce lieu,qu'elle a naguère habité,est le théâtre d'un étrange processus de dégradation dans Les Abeilles.

Celle d'une femme qui observe d'un oeil froidement objectif la grossesse de sa soeur dans La Grossesse.

J'ai été surprise par la simplicité dans cette manière d'écrire de l'auteur laissant planer une  certaine angoisse et l'inquiétude grandissante sous couvert d'ironie.

Le monde décrit par Ogawa est celui des peurs inavouées dans un monde étrange ,reflètant l'inquiétude et une perversité troublante.

J'aimerais poursuivre ma découverte de cet auteur ...