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lundi, 30 août 2010

Alice Kahn de Pauline Klein.

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Intriguée par l'article paru dans les Inrockuptibles, je me suis laissée tenter par ce premier roman de Pauline Klein Alice Kahn.  Voici un petit roman bien singulier. Une fille se fait passer pour une autre et déjoue les pièges de l'identité. Pauline Klein  semble s'amuser tel un marionnettiste avec ses personnages. La narratrice d'Alice Kahn semble inexistente, transparente comme une page blanche à noircir, une enveloppe vide à remplir. Elle se croit invisible jusqu'à sa rencontre fortuite avec William Stein, un photographe. Ce dernier la prend pour une autre, celle qu'il attend Anna. La narratrice décide de devenir cette autre. "Anna" devient alors l' image d'elle-même , magnifiée et fantasmée. Anna devient une oeuvre en cours, elle la façonne comme un artiste crée son oeuvre. Un véritable trompe-l'oeil qui prend place dans un cadre. Le monde de l'art contemporain est évoqué avec beaucoup d'ironie, un monde que Pauline Klein a fréquenté  lors de sa sortie de l'école d'art Central Saint Martins de Londres.

La fiction et la réalité se confondent, les personnages comme des poupées matriochkas s'emboîtent. Pauline Klein brouille les frontières, se joue de la réalité.

"Je suis devenue cette fille, je vais m'y habituer, et lui aussi. Il remplacera ses mains par les miennes, ses souvenirs par les nôtres. Il retouchera l'image, le sens et les détails. Il va me confondre, me fondre dans son décor. Je jouerai à celle qui s'y sent bien, jamais à ma place; je remonterai sa pente, à la recherche de ce qu'il a connu, en essayant de ne ressembler à rien d'autre." 

Véritable prouesse dans ce premier roman très fantaisiste qui rappelle le temps de l'enfance. La narratrice s'absente d'elle-même et devient celle qu'elle magnifie. Anna devient chef d'oeuvre, son portrait une fois encadré disparaît. D'une femme transparente, elle devient celle qu'on encadre et qu'on admire.

"Elle est devenue tout ce que je n'étais pas, et tout ce que je voulais être". 

 

La quatrième de couverture "...mais je dépose des traces de ma présence." est un très bel écho à ce premier roman très singulier. Très belle plume originale que je vous invite vivement à découvrir. J'aime beaucoup cet univers fantaisiste et le portrait de l'auteur dans cette vidéo diffusée par Médiapart me séduit beaucoup.

Roman publié chez Allia.


Pauline Klein - Alice Kahn (Mediapart)

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Ce livre est un livre voyageur, il part chez  Clara  puis Keisha, Cathulu, Violette, Catherine, Shlabaya, Stephie, Marie, Leiloona et Malice.

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samedi, 14 août 2010

Mémé passe à la télé de Martine çuhaciender

"Nous sommes tous des magiciens de la vie et il suffit de quelques mots parfois pour changer le cours du destin.

 Saurons-nous les dire à temps ?"

 

 

 

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J'aime beaucoup cette phrase et je me suis vraiment amusée à lire ces quinze nouvelles de Martine çuhaciender. Le titre interpelle et l'humour ne manque pas de nous faire sourire.

 Dans Génétiquement votre, l'humour se fait de plus en plus caustique lorsqu'elle relate les désirs des futures mères "high tech" pour leurs enfants. J'ai apprécié sa manière de souligner les souhaits des futures parturientes et leurs projets. Je me suis toujours amusée à entendre les propos des mamans certaines d'agir de telle ou telle manière avec leurs enfants. Le débit de paroles de cette assemblée souligne habilement l'importance parfois de se taire sur un tel sujet. La plume de Martine çuhaciender m'a époustouflée! Je trouve qu'il faut beaucoup de talent pour laisser un message si fort dans une forme si brève. 

La vie n'est pas un long "roman-fleuve" tranquille est ma préférée! Une femme, absorbée par la lecture de son roman à l'eau de rose,  se débarasse de tout ce qui entrave la quiétude propice à la poursuite de sa lecture.  Cette nouvelle fait frissonner malgré tout!

J'aime beaucoup les nouvelles et celles de Martine çuhaciender  sont parfois cyniques, tantôt émouvantes mais nous laissent toujours le sourire aux lèvres. Ces personnages sont formidables de drôlerie. Une belle peinture de l'âme humaine teintée d'ironie.

Mémé passe à la télé, Martine çuhaciender, Editions Siloé.

Merci à Clara qui en a fait un livre-voyageur.

 

 

mercredi, 11 août 2010

Le Crieur de nuit de Nelly Alard.

le monde de mirontaine 002.JPGJ'ai reçu ce livre voyageur et je me suis empressée de le lire. Une fois les premières pages lues, impossible de le reposer!

Nelly Alard nous conte l'histoire d'un père tyrannique. Tout commence par sa mort, racontée par sa fille. C'est petit à petit, l'aveu d'une renaissance depuis le départ de ce père autoritaire et fou à lier. Pendant une semaine, les anecdotes sur son enfance vont revenir à la mémoire de la narratrice. Les phrases sont houleuses, la narration comme les blocs de granit de cette région bretonne donne au récit une grande intensité. Les chapitres sont ponctués d'extraits des Légendes de la mort  d'Anatole le Braz où l'on apprend que "le crieur de nuit" est un esprit malfaisant, traduction française du "hopper-noz" breton. Pendant une semaine ce cri haletant de la narratrice fera écho à la présence de l'esprit de son père, son errance entre la vie et la mort. La figure de la mère est magnifique dans ce roman. Une très belle histoire de famille.

Chacun trouvera un écho dans cette histoire si singulière d'un père aussi austère qu'autoritaire.

Gallimard, mars 2010.

Premier roman de Nelly Alard

Merci à  Clara !

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Tom petit Tom tout petit homme Tom de Barbara Constantine

TOM.jpgC’est l’histoire de Tom et de sa mère Joss. Tout cela semble banal et pourtant  Tom, 11 ans, a une maman de seulement 25 ans. Joss est tombée enceinte sans que le papa n'en soit avisé.
Ils habitent un vieux mobil-home et vivent de petits larcins. Joss travaille à mi-temps et souhaite passer le bac en candidat libre. Tom rend visite quotidiennement au potager des voisins. Un jour, il rencontrera Madeleine, une dame âgée, très mal en point. Il prendra en charge ses animaux, son jardin puis son quotidien. Son papa va réapparaître sans qu'il le sache et un fil transparent va relier tous ces personnages. Une histoire peut-être un peu trop cousue de fil blanc mais que j'ai tout de même appréciée pour la légèreté de ton. Barbara Constantine est très habile pour inventer des histoires touchantes, faire sourire malgré des sujets difficiles. L'enfance de Tom n'est pas si singulière mais de manière romancée, elle est beaucoup plus jolie que dans la réalité.

Les petits clins d'oeil aux précédents romans (Clara et le livret de recettes) sont des petites pépites de bonheur au coeur du roman!

Un roman qui apporte beaucoup de fraîcheur et de gaieté! Ce n'est pas mon préféré de l'auteur, car je vois un petit côté annagavaldesque, et j'aimais mieux les non-dits de Mélie.

Calmann-Lévy, mars 2010.

vendredi, 06 août 2010

A Mélie sans mélo de Barbara Constantine.

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BREIZH 2010 271.JPGMélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Sa petite-fille, Clara, vient pour la première fois passer toutes les vacances d'été chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie !
Mélie, le mélo, c'est pas son truc. Elle va passer l'été (le dernier ?) à fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant la Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi... le vieux Marcel qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique, Fanette, sa mère, qui va lui trouver un beau-père, Bello, son parrain, qui va agrandir sa bande de filleuls musiciens. Et puis, comme la vie est vraiment dingue des fois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !
BREIZH 2010 272.JPG
 
 Deuxième opus de Barbara Constantine: mon préféré! Sincérité, générosité, fraîcheur sont au rendez-vous. J'ai aimé passé une partie de mon été en compagnie de Mélie. Cette grand-mère rappelle le doux temps de l'enfance, celui des étés joyeux dans leur simplicité. Avec Mélie, on regarde les bambous pousser, on fait de la confiture, on observe une pluie d'été... Les chapitres courts, les dialogues très perspicaces apportent beaucoup de dynamisme au récit. Le style de Barbara Constantine aborde des sujets parfois difficiles mais avec beaucoup de légèreté et d'humour.Cette histoire permet de retrouver la part d'enfance en chacun de nous. La musique de Nougaro et Trenet accompagne l'été de Mélie et Clara.
Une belle parenthèse de fraîcheur et de tendresse qui nous rappelle l'importance des plaisirs simples partagés par Mélie et son entourage! Un bel hommage aux petits bonheurs du quotidien.
Calmann Lévy, août 2008 - 245 pages -

mercredi, 04 août 2010

Allumer le chat de Barbara Constantine

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J'ai souvent offert ce livre, tant les critiques étaient élogieuses. Il était grand temps de me faire ma propre opinion et je ne suis pas déçue. Difficile de résumer ce roman mais voici quelques bribes.

C’est l’histoire de Bastos, un chat qui parle, qui a reçu ce prénom de blonde pour avoir passé son enfance à triturer les paquets de sèches de son maître, Raymond. C’est l’histoire de Raymond, aussi, un type qui rêve de cribler de balles cet animal, mais qui rate son coup .

C’est l’histoire de Paul, 10 ans, alcoolique. C’est aussi celle de Pierrot, employé des pompes funèbres, mais passionné de photo, et qui trouve sa voie en photographiant "ses clients", à la morgue. Il en fera un livre et passera à la télé.

C’est aussi l’histoire de Rémi, un enfant adorable et de Marie Rose, qui prépare des pâtés de rats que tout le monde redemande. Son livret de recettes à la fin du livre est un moment incontournable!

Ce livre renferme un monde un peu fou. Les personnages sont attachants et leurs histoires très insolites. Je n'aime pas trop le langage parlé en littérature mais la plume de Constantine est si vive qu'on a quelques difficultés à abandonner cette joyeuse bande. Le rythme est assez rapide et j'avoue parfois m'être perdue dans la galerie des personnages. Néanmoins, ce livre offre un bon moment de détente et de drôlerie. Barbara Constantine a parfaitement mis en scène la vie d'une petite commune rurale.

C’est une nuit de pleine lune. Le chat Bastos est en vadrouille. La pleine lune, ça lui fait toujours un drôle d’effet. Il a la pupille dilatée, la démarche ondulante, le sourire carnassier… il est chaud bouillant. Il a repéré une jeune chatte qui vient d’arriver dans le quartier. Il est en route. Plus que deux jardins à traverser. Il l’entend déjà, la drôlesse.
    Elle aussi, la pleine lune lui fait de l’effet. Elle n’a que sept mois. Et déjà, elle appelle.
    Quel tempérament !
    C’est Rémi qui l’a trouvée dans une poubelle et qui l’a donnée à Jack. Raymond a dit que c’était un mâle, alors ils l’ont appelée Riton.
    Il y a quelques heures, c’était une petite chatte, mignonne, joueuse et câline… une enfant. Là, sous l’emprise des sens, une maniaque sexuelle. Avec une voix à la Marlène Dietrich. Bastos est tout retourné. Il se dit que « Satan l’habite ». Ce n’est pas très fin, mais… c’est la pleine lune, il a une excuse.

 
 

 

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Allumer le chat de Barbara Constantine
(Points, Calmann- Lévy,  2007, 258 p)

lundi, 02 août 2010

Zola Jackson de Gilles Leroy

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Zola Jackson, femme noire, retraitée de l'enseignement, vit à la Nouvelle Orléans. L'histoire se passe lors du déluge imposé par l'ouragan Katrina. Prisonnière des eaux avec sa chienne lady, Zola fera défiler le parcours de sa vie. Elle se remémorre la difficulté de la vie,celle de la communauté noire mais aussi la sienne, marquée par le deuil. Dans la solitude de sa maison, tandis que les eaux montent, elle se souvient de son fils tant aimé. Caryl, mort dix ans plus tôt, hante son esprit et illumine le récit.
 "Caryl a éclaté de rire. Quant il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens."
 

Zola est une femme remarquable, forte face à la tempête. Elle fait preuve de beaucoup de tempérament lorsqu'elle refuse les secours puisque sa chienne Lady ne peut être sauvée par la même occasion. Elle attend le calme après la tempête, peut-être le temps de partir et quitter cette ville qu'elle observe de manière lucide.

"Je pourrais fuir, si seulement j’en avais envie. On pourrait se trisser, Lady, on en a les moyens, tu sais ? J’ai mes écono-croques à la banque, de quoi nous laisser vieillir toutes les deux. On pourrait s’inventer une autre vie sous des ciels tempérés. On pourrait…. Sauf qu’on ne quitte pas cette ville. On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu’une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste. Ce n’est pas le goût du malheur, non, et pas faute d’imagination. C’est juste qu’on a personne d’autre où aller."

Je suis tombée sous le charme de ce roman, lu en quelques heures. Un roman mélancolique dans sa toile de fond mais dôté d'un personnage principal sensible et touchant. Zola domine ce récit de catastrophe. Gilles Leroy revient sur les conditions d'évacuations différentes selon votre couleur de peau et surtout votre condition sociale.

"Zola Jackson, tu fus une bonne mère, peut-être. Maintenant tu es pour sûr une vieille enquiquineuse et un héritage embarrassant. Tu es si noire, Zola Louisiane Jackson, et ton fils café au lait, ton fils mulâtre aux merveilleux yeux verts a ces traits fins qui répondent aux canons de la beauté blanche suprême – si noire, vieux pruneau sec, bien sûr que ton fils a honte de toi ! Bien sûr il te fuit ! Tu n’iras jamais dans les hauteurs vertes et fraîches de Buckhead ; les grandes demeures de vieil Atlanta ? Et pourquoi pas le bal annuel du gouverneur ! Ne rêve pas ma fille, jamais tu n’y entreras, sauf à ramper sous la porte de service. Tu n’es qu’un boulet de charbon." 

 

 

 

mardi, 27 juillet 2010

Concerto à la mémoire d'un ange d'EE Schmitt.

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 Le dernier opus d’Eric-Emmanuel Schmitt est un recueil de quatre nouvelles. Chacune a sa propre vie, sa propre identité, son propre style mais toutes ont la même toile de fond.J'ai beaucoup aimé ce principe d'unité entre les quatre nouvelles et les échos entre elles. Il s’agit en effet de quatre histoires de rédemptions possibles ou repoussées, quatre récits où les personnages sont confrontés à leur propre conscience, avec la possibilité éventuelle de se racheter au prix fort. L’ensemble est ainsi particulièrement riche et homogène.On rencontre tour à tour deux jeunes rivaux dont la vie sera à jamais bouleversée par le geste inconsidéré de l’un d’eux, une veuve empoisonneuse, un marin délaissant sa femme et ses filles et un Président de la République infidèle. C'est une première lecture de cet auteur, et je dois dire que je ne suis pas déçue.
L’évocation rapide dans chaque nouvelle de Sainte Rita, la patronne des causes désespérées, nous rappelle par ailleurs subtilement que tous les mouvements de ce Concerto suivent bien une même partition. Une très belle réflexion sur l'honnêteté et la conscience, dans un style très limpide. Eric-Emmanuel Schmitt offre à la fin de ce recueil son carnet d'écriture. C'est une démarche très interressante pour poursuivre la réflexion sur nos choix de vie en choisissant l'ombre ou la lumière.
Lecture commune initiée par Pimprenelle.
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mardi, 22 juin 2010

La Délicatesse de David Foenkinos.

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Première rencontre avec David Foenkinos pour ce huitième roman La Délicatesse. Une écriture très surprenante dont voici l'intrigue: un marque-page est placé à la page 321 d'un roman russe que lisait Nathalie. A ce stade de la lecture, son mari part faire son jogging. Quelques heures plus tard, Nathalie apprendra que son mari ne sera pas de retour. Il a été fauché par une voiture. "Instinctivement, elle mit un marque-page dans son livre et se précipita dehors". Le marque- page scinde sa vie en deux.

"Que fallait-il faire ? Peut-on poursuivre la lecture d’un livre interrompu par la mort de son mari ?"

 

La vie reprend son cours.

Et puis un beau jour, un homme pourtant insignifiant, Markus, passe par là et elle l’embrasse sans réfléchir! Une histoire tendre  racontée par un auteur doué pour saisir la magie de chaque instant avec un humour très décalé. Foenkinos évoque l'amour d’un type au physique plutôt désagréable mais attachant, d’un autre Charles sûr de lui mais méprisable… sans oublier les meubles Ikea et les petits pains Krisprolls. L'écriture subtile est toujours en quête du second degré. Quant au récit, il est parsemé de notes assez palpitantes et d'apartés plutôt comiques. Parmi ceux-ci, on retrouve  les chansons qu’auraient pu écrire John Lennon s’il n’était pas mort en 1980, tout le mal que pense l’auteur de l’invention de la moquette qui tue le bruit sensuel des talons aiguilles,  les ingrédients du risotto aux asperges, le nombre de langues -dont le suédois- dans lesquelles on peut lire La Modification de Michel Butor Prix Renaudot 1957 et bien sûr la définition donnée par Le petit Larousse de la délicatesse.

C'est un bon moment de lecture, même si je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur opus de l'auteur. L'humour et la fantaisie sont au rendez-vous mais une petite lassitude s'installe au fil de la lecture. Je pense que la forme est très subtile, l'auteur maîtrise parfaitement le second degré mais j'ai trouvé la substance du livre un peu trop légère, comme si le talent de l'auteur ne se résumait qu'au style décalé.J'ai néanmoins envie de lire un autre titre de cet auteur pour apprécier réellement tout son talent. 

Peut-être est-il temps de relire un bon classique et de laisser de côté momentanément la littérature contemporaine?!

samedi, 12 juin 2010

L'Avant-dernière chance de Caroline Vermalle.

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"Son corps raccommodé se tenait encore, avec un peu de mal, certes, mais il tenait. Mais l'homme à l'intérieur, il n'était plus debout depuis bien longtemps. Il attendait, presque vaincu d'avance, que les pronostics se réalisent, que les statistiques soient démontrées, que les probabilités le frappent. Mais rien ne venait, alors il avait décidé de partir à la rencontre des probabilités. Quatre-vingt-trois ans, un corps malmené de tous les côtés, trois mille cinq cents kilomètres et deux mois d'expédition.Le calcul était tellement vite fait que ça l'avait même étonné que Charles insiste pour qu'il parte avec lui. Il devait la faire cette grande boucle, avant que les escadrons d'aides médicales débarquent, avec leur artillerie d'humiliations bien intentionnées, et qu'elles lui prennent tout, jusqu'au dernier geste."

A Londres, Adèle, sur un tournage de film, reçoit un texto surprenant: son papi, mort quelques jours auparavant, lui souhaite un joyeux anniversaire.

Adèle va remonter le fil des souvenirs et évoquer au fil des 246 pages le dernier périple de son grand-père Georges. Accompagné de son voisin Charles, ils décident tous deux de conjurer le sort de la vieillesse et de la routine du quotidien en réalisant un tour de france en voiture. On les accompagne au fil de leurs étapes pour découvrir une Bretagne magnifique.

Inquiète pour la santé de son aïeul, Adèle lui fait promettre de lui envoyer des nouvelles tous les jours par texto. Cette correspondance virtuelle entre Adèle et son grand-père est tendre. L'échange de textos apporte de la complicité entre "un papy kiki" et la jeune femme fuyante devant l'âge de Georges.

Ce récit est très plaisant, j'ai ri en découvrant l'apprentissage de l'écriture SMS par Georges. Les dialogues entre les deux voisins sont d'une richesse! Le texte est teinté de nostalgie. Etrangement, je me suis arrêtée un peu avant l'épilogue...j'avais envie de laisser les choses comme elles étaient, presque pas l'envie de connaître la fin, que  nous connaissions dès l'incipit.L'émotion est forte en reposant ce livre.

Merci à Keisha pour le prêt!

Caroline Vermalle a reçu le prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro.

mercredi, 09 juin 2010

L'Homme à l'envers de Fred Vargas.

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A la lueur de la lampe, je me suis plongée dans ce polar pastoral pour quelques heures de douce lecture.
Le mardi, il y eut quatre brebis égorgées à Ventebrune, dans les Alpes. Et le jeudi, neuf à Pierrefort. Un loup solitaire? Roué, cruel, avec son cul bas sur ses pattes grises? La Bête du Mercantour.
Mais au village de Saint-Victor-du-Mont, tous n'y croient pas à la bête. Ce n'est pas une bête. C'est un homme. Un loup-garou.
"Elle était étendue dans la paille crottée, sur le dos (...) A la gorge, une blessure avait laissé échapper un flot de sang."
Elle, c'est la Suzanne, la grosse. La mère adoptive du jeune africain Soliman. Tout le village s'interroge. Elle a accusé Massart d'être le responsable, pour avoir adopté un loup. Lawrence, le blond canadien, est venu observé les loups. Sa petite amie, Camille, va s'unir à Soliman et le Veilleux sur les pas de Massart.
A Paris, devant son écran, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles du Mercantour. Il ferme les yeux. Son enfance pyrénéenne, la voix des vieux...
"Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit..."

J'ai bien apprécié ce road-movie, même si l'intrigue se devine assez vite. C'est le premier roman de Vargas que je lis et j'ai aimé sa façon très sporadique parfois de donner une épaisseur psychologique aux personnages et le choix des mots poour planter le décor.Fred Vargas modifie par petites touches les personnages, tout à coup voilés d'étrangeté. Elle malmène la réalité. Je lis peu de polar mais je relirai avec plaisir d'autres titres de cet auteur dont la plume est tour à tour malicieuse,subtile et humoristique.

Je remercie Pimprenelle,initiatrice de cette lecture commune.

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mardi, 08 juin 2010

La Patience de Mauricette de Lucien Suel.

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Mauricette est âgée, elle perd un peu la tête. L'histoire se passe de nos jours mais la narration nous entraîne dans les vagues souvenirs de l'enfance de Mauricette en  1938 dans la région d’Armentières et Comines en Flandres, près de Lille.
En août 2008, Mauricette Beaussart, 75 ans, est admise pour cause de troubles mentaux à la «Clinique» faisant partie d’un EPSM (Etablissement publique de santé mentale). Elle va s'enfuir pour voir la mer avec son amie .
Son ami Christophe Moreel, inquiet, part à la quête de Mauricette. Les chapitres se succèdent tantôt la parole est donnée à Christophe, tantôt les pages du journal de Mauricette nous sont donnés à lire. Mauricette souffre de crises de mélancolie profonde, cette femme passionnée de poésie exerçait le métier de professeur de lettres. Ses propos sont décousus, mais ces petites parenthèses de "tempête sous un crâne" sont belles. On apprend beaucoup dans ce tourbillon de pensées, même si les confidences de Mauricette nécessitent parfois la relecture! Son cabas vert renferme quelques trésors, comme l'illustration de ses pensées dispersées.
Elle joue avec les mots: «Je broute mes médicaments», «Je suis ta soignée», avec des chapitres de narration pure qui relate l’histoire de Mauricette jalonnée de quelques grands malheurs familiaux (touchant sa mère, son père, son petit frère Emile).
C'est lors d'un séjour à l'EPSM  que Lucien Suel (originaire des Flandres artésiennes où il est né en 1948) a écrit son roman.
La Patience de Mauricette offre un très beau parcours de vie, d'une femme aimant la poésie et qui se joue des mots.
Roman lu dans le cadre de Dialogues croisés   
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vendredi, 28 mai 2010

Du Vent dans mes mollets de Raphaële Moussafir.

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C'est talentueux de pouvoir restituer la parole enfantine lorsqu'on est adulte, Raphaële Moussafir a ce talent. Dans la préface Du Vent dans mes mollets, Howard Butten précise à juste titre:
 " Rien n’est plus insupportable qu’un texte enfantin dans la bouche d’un auteur adulte qui joue l’enfant. J’en sais quelque chose. Quelle joie donc – quel soulagement surtout – de trouver entre mes mains le roman que vous avez entre vos mains. J’ai commencé à le lire avec trépidation. Je l’ai fini en grande paix.
Rare. Rare. Croyez-moi. "

Rachel a neuf ans, de mauvaises notes à l’école, mal à la tête, souvent, et surtout s’endort tous les soirs toute habillée avec son cartable et ses affaires de gym. Inquiète sa mère lui propose d’aller voir Madame Trebla, une dame " qui parle avec les enfants et qui après quelques dessins, arrive à les convaincre de se mettre en pyjama le soir, d’enlever leur cartable et leurs chaussures avant de se coucher à l’intérieur de leurs couvertures. "

On retombe en enfance avec Rachel qu'on accompagne au fil des dix rendez-vous avec Madame Trebla. Elle évoque sa vie, ses camarades, ses parents, sa nourrice aux gros seins et toutes les pitreries de son âge. L'adhésion au club Barbie est d'une drôlerie, sans parler des scènes torrides entre Ken et Barbie!

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Copyright MamZelle Rouge.

Outre cette légéreté, sous couvert de l'espièglerie, Rachel s'interroge. Les questions sur la mort, l'antisémitisme et même la politique, tant de sujets graves qui affleurent.

J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, et il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes et ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste.
Madame Trebla m’a donné un bonbon et un mouchoir et elle m’a dit de me sauver. "

 

Nous sommes à mi-chemin entre Zazie dans le métro de Quenau et Le Petit Nicolas.

Du vent dans mes mollets " a été montée au théâtre Mouffetard en 2004.Il existe une version illustrée par Mam'zelle Rouge.

 

Une suite existe Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets.

 Vous pouvez écouter un extrait de ce livre ici sur le site "Lire dans le noir".



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Copyright Mamzelle Rouge.

mercredi, 26 mai 2010

La Grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt.

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Mamoune a loupé une marche de sa vie. Elle vieillit Mamoune... alors ses filles ont décidé de la placer en maison de retraite. Jade, sa petite fille, préfère l'héberger dans son appartement parisien. Entre elles se tisse une rencontre entre deux âges, Jade va apprendre à connaître Jeanne.
Mamoune vient d'un pays voué à l'élégance du fatalisme, son "avenir est tout entier plongé dans son passé". Jade va apprendre, petit à petit, le passé de cette grand-mère passionnée de lecture. Ce plaisir qu'elle s'offrait en catimini, les livres cachés dans la Bible. Elle consignera toutes ses lectures dans un cahier de notes "Il est ma vie, racontée par les plus grands auteurs du monde".
Mamoune s'interroge sur ses choix de vie, elle observe les traces du temps sur ses mains pendant que Jade semble dans l'urgence de faire les bons choix.
"Bonnes ou mauvaises, les conséquences de nos actes sont toujours des mystères".
Jade et Jeanne vont partager ce quotidien, des nouvelles habitudes parisiennes mêlées aux réminiscences d'une vie campagnarde, d' un parfum de rose et de violette.
Mamoune livrera son amour des livres:
"Dans la lecture parfois, je retrouvais cette exaltation, ce désir immense qui emportait mon estomac jusqu'au ciel. J'ai été comme enfermée dans ma vie douce, dans un corps lent et serein tandis qu'à l'intérieur dormait un volcan. Cette terre n'allait-elle jamais exploser? La lecture et ce rêve en étaient les fragments les plus visibles, mais rien ne trahissait l'aventurière endormie. Je ne regrette rien. J'ai été heureuse de ma vie simple près de cet homme tout en mesure."
Les enfants sont des trésors, des pages blanches avec toutes les histoires possibles. Jade écrit un roman comme un chantier de bonheur et sa grand-mère va l'aider dans sa réécriture. Jeanne abordera les conditions de la vie de la femme qui me semblent, à titre personnel, plus pertinentes que les propos d'Elizabeth Badinter. On apprend beaucoup avec Mamoune pour qui: "L'école de Jules Ferry m'avait appris à lire, celle de la lecture à vivre".
Comme dans le tableau de Gustav Klimt "Les trois âges de la vie", la vieillesse et la jeunesse s'emmêlent, se rejoignent...
Qu'il est doux ce temps partagé auprès de ces deux femmes. Les figures féminines sont belles, intenses . Jade et Jeanne nous livrent leurs amours, les  lectures comme des galets sur les chemins de la vie. L'une apprend à l'autre à faire des choix, à avancer en ne s'arrêtant pas sur les dangers de la vie, ceux qui pourraient l'écourter ...
"Vivre dans la peur, c'est vivre à moitié, prendre la rue du plus tard, c'est arriver à la place du jamais."

Cette phrase trouve son écho dans un épilogue très surprenant. Etait-ce si utopique de croire en cette réunion des deux âges de nos jours? Qu'importe, j'ai appris beaucoup en compagnie de Jade et Jeanne. Leurs confidences dans cet appartement parisien, sur  fond des Variations Goldberg de Bach ont illuminé mes moments de lecture. Frédérique Deghelt offre un très bon roman et une jolie mise en abyme de l'écriture.

Un grand coup de coeur pour moi!

trois-ages-femme-1905.jpg Extraits

"Maintenant quand je parcours ce livre de citations, de poèmes, d'extraits de tous les ouvrages que j'ai aimés, c'est un peu comme si ma vie rêvée se tenait là, blottie entre les pages. Je ne peux jamais relire ce cahier sans qu'il me tire des larmes. Il est ma vie, racontée par les plus grands auteurs du monde. C'est un livre unique, le plus précieux que je possède. J'ai mis mes pas dans les mots que me soufflait le ciel, celui qui abrite mes amours d'écrivains."

"Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupéré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'exaspération, découvert les vertus de l'amour rêvé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au rayon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

"La mort, c'est la vie aussi. La guerre t'a pris ton frère qui était mon seul fils. La vie est une salope qu'il faut chérir de toutes ses forces. Vis ma fille, prends le bonheur dans chaque instant et pleure les morts sans les rejoindre si ce n'est pas encore ton heure, c'est la moindre des dignités."

"Son image idéale d'une mamoune tout amour qui ne s'énervait jamais en avait été perturbée. Aux commandes d'un ordinateur, sa grand-mère était comme certaines personnes au volant, insolite et prête à tuer..."


D'autres avis :
Choco, Katou, Theoma Cuné, Clarabel, Leiloona, Liliba, Anne, Bellesachi Vero La pyrénéenne, Isa, Edelwe, Celsmoon ...

Merci à Marie de Chez Lectures Pêle Mêle de Marie pour le partage de ce livre voyageur.




 

  

jeudi, 20 mai 2010

Romicide de Gianni Pirozzi.

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Romicide...un roman proposé par le club de lecteurs de la librairie  Dialogues! . Un polar sur le monde des Roms ne pouvait m'échapper! Voici la réédition de ce livre, qui fut récompensé par le prix du premier polar SNCF en 2001.
Romicide est une immersion, assez sombre, dans le milieu des Roms. Bertrand Rozenn est chargé d'enquêter sur un meurtre particulièrement sordide. Un rom hongrois est retrouvé torturé à la périphérie de Rennes. Rozenn s'obstine à résoudre cette enquête et prend comme indic Augusto Rinetti, le gardien du terrain où vivent les gens du voyage. 
Gianni Pirozzi propose le portrait attachant d'un homme à la dérive. Rinetti, l'homme divorcé, est prêt à tout pour conserver son droit de visite pour son fils Pietro.
"Un bruit de voiture qui s'arrête devant la caravane. Sa femme tourne alors le visage vers lui, elle ne dort pas. D'un geste de la main, Kertesc  lui intime l'ordre de rester à sa place. Il se lève et va ouvrir. Debout sur le marchepied des caravanes, les hommes sont restés pour regarder la cérémonie, les bras croisés. Les hommes et les enfants n'ont pas le droit de regarder aux fenêtres."

Nous sommes plongés dans le monde parallèle du voyage, le décor austère est posé. Gianni Pirozzi cultive l'économie des mots. En une seule phrase, le drame prend place. Qui était le vieux Kertesc? Ce vieil homme aux pieds brûlés, ce Rom qui n'en finit jamais de mourir tant la mémoire réclame du temps et sa justice également. La Bretagne, en arrière-plan, est une terre propice pour accueillir cette histoire d'amour et de mort. Tous les personnages qui peuplent Romicide, portent un lourd secret.

Pirozzi offre une très belle immersion au coeur du peuple tsigane. La rudesse des campements et la richesse de leurs talents sur fond de coutumes sont relatées du point de vue d' un Gadjo. Beacoup  de stéréotypes sur le monde des Roms véhiculent, plus ou moins péjoratifs, dans ce polar. Mais Gianni Pirozzi, travailleur social,a un beau passeport pour explorer les marges et montre dans ce roman, la puissance des cellules familiales, bénie des dieux.

Avec le personnage d'Abdi, l'auteur s'intéresse encore davantage à la mosaïque de notre continent et évoque ainsi le sujet des  sans papiers. Etre sans papier sur le territoire français, c'est une expérience terrible. Etre Rom et sans papier, c'est pire encore. De toutes les populations migrantes, ce sont les Roms qui cristallisent le plus de fantasmes : cambriolages, trafic et esclavage d'enfants, mendicité... Les expériences de vie auprès d'eux apportent  une toute autre vision.

Ce livre se lit comme on regarde un film d'Emir Kusturica, face à la pauvreté et la rudesse des décors, une richesse humaine explose.

Roman publié chez Payot Rivages.

Livre lu dans le cadre « Dialogues croisés »dialogues croisés.png

   

Découvrez la playlist ROM avec Django Reinhardt

 

 

lundi, 17 mai 2010

Vent printanier d'Hubert Haddad.

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C'est du point de vue de l'enfance que les nouvelles de Vent Printanier (nom de code de la rafle du Vel d'hiv) évoquent l'épouvantable connivence de Vichy avec la solution finale. De retour sur les lieux de l'impensable, Hubert Haddad écrit ces histoires vraies de tout leur poids d'imaginaire, vraies des milliers de fois à Drancy ou ailleurs, et aujourd'hui comme en filigrane dans les regards effrayés des exclus sur un monde en lente perte d'humanité.
Quatre nouvelles... "Méranda ou le devoir de mémoire", rencontre entre un vieil antiquaire et la peur du pitchipoï (la destination inconnue) chez Miranda, spectre qui hante les nuits d'Adèle. A la poursuite du chat muche, la frayeur s'invite et les réminiscences de la guerre affluent.
"Vent Printanier", un jour de Printemps, Michaï, vieux musicien ambulant rescapé des camps, se retrouve devant la gare de Bobigny. Un campement de Tziganes vient d'être explusé pour les commémorations de la déportation. Le vieil homme y rencontre un petit garçon en quête des siens, Nicolaï...
"Michaï jeta un coup d'oeil sur l'esplanade abandonnée. Un feu éteint entre quatre pierres, des chaussettes accrochées à un fil, un bidon d'eau, des baguettes de pain détrempées... L'explusion avait dû être expéditive. C'était presque toujours ainsi: les autorités locales chassaient les descendants des martyrs pour honorer ceux-ci en paix".
"La Nuit du fou ou les sonneurs de l'ancien monde" explore les souvenirs d'un photographe de Murnau en quête des siens.
"Maintenant retiré, plus que jamais actif, il poursuivait sa prospection à travers les épiphanies d'un chaos: l'extraction quotidienne de ces faces de martyrs en lesquelles il voulait  se persuader à chaque agrandissement d'avoir reconnu enfin ses père et mère, à l'imitation du talisman de l'orphelinat, photographie prise jadis ici-même, dans cette boutique du quartier de la Mortaise, près de trois quarts de siècle plus tôt."

Ecrivain, poète, romancier, Hubert Haddad revient sur cette page sombre de l'Histoire de France. Partout dans le monde, subsiste cette crainte. Chaque individu qui subit la contrainte et la violence apporte son témoignage. C'est l'histoire d'une rencontre entre de vieilles personnes qui ont vécu La Rafle et des enfants d'aujourd'hui. Le point de vue de l'enfant est abordé de manière très poétique.Les craintes subsistent, les expulsions sont différentes mais elles existent toujours sous couvert d'autres principes.

La nouvelle "Vent Printanier" a pour origine un fait divers réel, qui évoque l'expulsion d'un camp de tsiganes d'un campement où doit avoir lieu la commémoration de la déportation. Beaucoup de cynisme dans cet évènement quand on sait que les tziganes ont été emportés également par ce "vent printanier".

Très belle lecture à partager avec les enfants, en classe ou ailleurs...

Nouvelles publiées chez Zulma, Diffusion Seuil, mai 2010.

 
 

mercredi, 28 avril 2010

Les Aimants de Jean-Marc Parisis.

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100 pages pour un jeu de l'oie amoureux... le lieu: Paris, ses ruelles, ses bars...un "Gatsby de banlieue", étudiant à la la Sorbonne, futur journaliste et puis elle, Ava, la Parisienne et ses livres. Elle oublie son âge à l'épicerie du temps.
"Elle couvrait ses livres de papier cristal, en les tournant, les retournant, comme une mère lange un nouveau-né. Puis elle les alignait dans sa bibliothèque tels des soldats prêts au rapport. Les livres divulguaient bien des choses si on savait les interroger. Ses enquêtes la menaient dans les marges  blanches, qu'elle annotait de sa fine écriture de gauchère, sur les rives de l'abstraction, dans le chant des mots qui n'ont plus rien de réel que les mystères qu'ils soulèvent. Dangereux mystères qui empêchent souvent la vie à vivre, parce qu'ils la négligent ou s'en vengent. Derrière ses baies vitrées plein sud, Ava jardinait son âme en altitude. Elle s'isolait et s'exaltait dans cet appartement qui sentait la rose et le vétiver. C'était une prison et un paradis."
Double de la Nadja de Breton, ensemble ils vont évoluer dans le Paris des années 80 pour tisser une histoire d'amour puis d'"anamour". On s'échappe avec cet homme qui se souvient de cette magnifique histoire, du sentiment amoureux à celui d'amitié, de cet amour parfait. L'amour se délite, la chair exulte et la mort l'emporte.

"Mort, où est ta victoire? Dans l'ironie."

Jean-Marc Parisis a réussi à m'emporter avec l'histoire de ses deux "aimants", notamment dans la deuxième partie où l'écriture semble beaucoup plus dense et poétique. Après la perte, toute la relation prend son sens. Ce roman est tout aussi magnétique que son titre.

Publié chez Stock.

                    

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mardi, 27 avril 2010

D'où je suis, je vois la lune. Maud Lethielleux.

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"Un livre, c'est pas comme la vie, t'es obligée de faire ça bien" Moon.
Que vous dire de Moon... c'est une écorchée vive, là où elle vit "il y a une seule pièce, vaste et lumineuse, un ciel pour plafond et des bruits comme cloison." Elle occupe ses journées à vendre des sourires et griffonner de jolis mots dans des petits carnets volés au supermarché. C'est "une paysanne des rues", accompagnée de son chien Comète, qui "fait son tour du monde en quatre-vingt pensées". Elle est bien entourée Moon avec Michou, Suzie  et leur caddie; Boule son crâne rasé et sa boule de billard à dégainer en cas de baston et puis Fidji et ses projets sur Paname. Pour cet homme, Moon décide d'écrire un roman, un vrai.
"Le début, je voudrais que ce soit une vague de tsunami sur un terrain vague."

 

Maud Lethielleux nous offre une jolie mise en abîme  de l'écriture et du pouvoir des mots (bravo pour ce clin d'oeil à Ninon) . Moon déambule avec ses potes dans le calepin, en quête de publication mais surtout de liberté car "la vraie vie n'est pas à la hauteur de [ses] mots". 

"La vraie vie est emballée dans du papier cadeau, quand tu l'ouvres tu trouves une boîte, c'est comme les poupées russes, chaque boîte en contient une plus petite, l'espoir diminue au fur et à mesure que tu les ouvres mais tu continues d'espérer, tu revois tes projets et tes ambitions à la baisse, les boîtes continuent d'être vides. Tu passes ton temps à les ouvrir et à la fin la dernière est tellement minuscule que tu ne fais même pas l'effort de l'ouvrir, tes doigts gelés sont trop gros pour elle et tu ne veux plus être déçue, tu préfères la laisser là pour quelqu'un d'autre, à moins qu'elle ne soit écrasée par un passant pressé. La vraie vie, c'est une petite boîte dont plus personne ne veut, que même si elle était pleine, elle ne serait rien aux yeux des autres. Parce que les autres sont bien trop occupés avec leurs propres boîtes, et parce que les petites choses n'intéressent personne."

 

Voilà, j'ai refermé ce roman, ravie et rassurée. Maud Lethielleux nous a offert un second roman aussi beau que le premier! Moon est un personnage fort sympathique qui ,sous couvert d'un langage naïf,pointe le doigt sur les travers de la société actuelle. Elle nous offre de grands moments de poésie et nous rappelle une grande valeur, celle de la liberté. En tournant la dernière page, Moon nous manque déjà...

Empressez-vous de découvrir Moon et ses mots.

"D'abord, ça dit quelque chose, ça explique une hypothèse, mais en plus ça fait un son, ou deux, ou trois, et des fois quand tu le mets à côté d'un autre, ça fait comme une chanson, c'est ce que j'appelle les mots amoureux, tu les mets côte à côte et ils s'additionnent pour donner de la beauté à celui d'à côté ou simplement du sens, ils donnent de l'existence à leur conjoint. Mais c'est comme tout, t'as aussi les égoïstes, ceux qui prennent toute la place, qui se la pètent. Ceux-là, laisse tomber, ils sont beaux mais ils servent à rien, ils disent rien de profond, ils font leurs intéressants pour que t'oublie les autres. T'as aussi les arnaqueurs, ceux qui font croire qu'ils sont nécessaires, super indispensables et à la fin tu t'aperçois qu'ils gâchent tout, c'est des lourdingues. Et puis, t'as des mots tout cons tout simples, t'en mets plein les uns après les autres, ils sont pas spécialement beaux; ils disent pas spécialement quelque chose, mais tous ensemble, mis bout à bout, ces petits trucs de rien, ils te font chialer tellement ils te font du bien. C'est ceux-là mes préférés, les mots de rien, les pions de la vie, les petits fous."

Roman publié chez Stock.

dimanche, 18 avril 2010

Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé.

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(Collage réalisé en mixed-media)
Quel beau livre, je suis encore bouleversée par cette lecture. Il est difficile de donner ses impressions  sans ternir la beauté de ce roman.
Le roman s'ouvre sur le retour de Vera Candida à Vatapuna, quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire. Elle remonte le temps pour nous confier l'histoire d'un gynécée très particulier formé par trois générations de femmes:
~ Rosa Bustamente ,la grand-mère prostituée, qui ne peut avoir d'enfant avant quarante ans. C'est la femme magnifique, forte, mais sujette au carcan propre à son sexe.
~ Violette, la fille et la mère éphémère. C'est la femme simple, celle dont la vie semble loupée. Celle qui ne changera rien à l'histoire des femmes si ce n'est en donnant naissance à Vera Candida.
~ Vera Candida, la téméraire qui décide de quitter l'île natale. Avec elle, naît cette possibilité d'un affranchissement. C'est lhéroïne du roman, celle qui porte les secrets des générations précédentes, celle qui donne aux femmes cette possibilité de se libérer de ce carcan, notamment avec une autre figure féminine incarnée par sa fille.
"C’est très difficile, pensait Vera Candida, d’oublier que votre enfant est un organe siamois de l’un des vôtres, c’est très difficile de ne pas le considérer tout le temps comme un membre supplémentaire et parfait de votre propre corps ".

 

Ce qui relie ces trois générations de femmes est teinté par le mal, la soumission et la pauvreté. Pour fuir ce cercle infernal, Vera Candida va partir pour Lahomeria. Avec sa soif de liberté, elle part pour braver les précédentes téméraires qui se sont abstenues. Elle va quitter l'île tropicale où le climat est lourd. Chaque description offre au lecteur une plongée dans cette île magnifiquement construite, avec sa végétation exeptionnelle mais la chaleur est tellement accablante et propice au pourrissement qu'il faut vite s'extraire de ce lieu.
"Mais un jour ce qui devait arriver arriva : un petit garçon de Vatapuna attendait Rose au retour de sa pêche. Il était assis sur la plage, il la regardait venir du large à l'abri sous son chapeau de paille verte. (Cette paille n'est pas encore mûre et elle mûrit sur la caboche. Le chapeau change insensiblement de couleur jusqu'à devenir marron, c'est un plaisir pour les yeux et une surprise quotidienne, un couvre-chef comme ça; la paille dore puis brunit et, pour que le processus s'arrête, il faut la baigner chaque jour dans de l'eau citronnée. Comme les enfants portent souvent ce genre de chapeau à Vatapuna, ils  dégagent tous une délicate odeur de citronnade. Mais trêve de couleur locale)."
On se sent très proche de ces femmes, dans la transmission de leurs secrets.Véronique Ovaldé propose des silences à partir desquels il faut avancer. Nous sommes à mi-chemin entre la soumission volontaire et l'émancipation illusoire du deuxième sexe. C'est compliqué d'être une femme. Dans Déloger l'animal, l'auteur proposait le point de vue d'une petite fille, avec Vera Candida c'est l'histoire d'une femme dans sa quête d' émancipation. La présence d'Itxaga est très belle dans ce portait merveilleux des trois femmes. Je refeme ce roman la tête pleine d'images ovaldesques et c'est sublime!
Roman paru en juin 2009 aux Editions de l'Olivier.
Catherine, tu m'as offert ce livre en annotant "Pourvu qu'il soit aussi bon que les précédents", ce roman est tout simplement magnifique, le chapitre "L'épine dans les pétales de rose" m'a beaucoup émue. Merci pour ce merveilleux moment de lecture.

jeudi, 15 avril 2010

Cher Amour de Bernard Giraudeau

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C’est une lettre d’amour, que Bernard Giraudeau adresse à une mystérieuse "madame T". Il ne la connaît pas et pour la séduire, il déploie sous ses yeux ses carnets de voyage. Des voyages lointains, l’Amazonie, l’Érythrée, le Cambodge... Des voyages immobiles aussi, seul sur une scène de théâtre. Des bribes d’histoires et de destins pour dire l’essentiel, la passion de la vie et la beauté du monde. 
Cher Amour s'adresse à une femme que le narrateur n'a pas encore rencontrée, une femme rêvée, éminemment désirée, qu'il invoque et qu'il attend.
"Je vous aime depuis si longtemps, depuis avant le début, voyez-vous."

 

Je découvre la plume de cet homme boulimique de la vie. Il vole des instants, des visages et s'amuse à inventer des vies. Beaucoup d'exotisme dans ce roman pour fuir un quotidien ordinaire, une belle célébration de l'éphémère. Le voyage est indissociable de l'écriture. Les lettres à Madame T. sont des prétextes au partage. Il sème des grains de sagesse à un moment fort de sa vie, celui de l'immobilisme forcé, sans misérabilisme, face à la maladie. J'ai aimé cette parabole à la fin du livre, celle du peintre qui dessine le portrait d'une femme.   

"Le prendrez-vous ce temps de me lire pour me prolonger un peu en vous?"

 

Une jolie mise en abyme de l'homme en arrêt de jeu, solitaire sur une scène de théâtre.On ouvre son carnet de voyage où il  raconte à Madame T. l’Amazonie, le Chili, les Philippines, son embarquement sur la Jeanne d’Arc comme écrivain de la marine, cite Pessoa et London, évoque Rimbaud et Michaux, lui parle de théâtre, de cinéma, mais elle reste un peu lointaine, comme indifférente:

« Vous êtes une étoile lointaine et moi un amant de papier »

 Il émaille son récit d’autres présences féminines sensuelles parfois perdues dans la vénalité des bordels, de ses amours de traverse... Les femmes de Manille, du Chili sont magnifiques, leurs rêves et leur avenir nous emportent.La dédicace nous rappelle celle de Baudelaire dans Les Paradis artificiels. Cette confidence à la femme irréelle est bouleversante d'intensité et sa magie est de ne reposer que sur la feuille blanche.

Roman publié chez Métaillé.

mercredi, 24 mars 2010

Des Bibliothèques pleines de fantômes de Jacques Bonnet.

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Avez-vous peur de mourir dans votre sommeil, enseveli sous l'écroulement de votre bibliothèque ? L'accumulation de livres ne met-elle pas en danger l'existence même de votre famille ? Classez-vous les volumes par thème, langue, auteur, date de parution, format ou selon un autre critère de vous seul connu ? Peut-on faire voisiner sur une étagère deux auteurs irrémédiablement brouillés dans la vie ? Autant de graves questions se posant à cette espèce en voie de disparition : les bibliomanes, qui, outre la passion de posséder les livres, ont celle de les lire. Les bibliothèques sont des êtres vivants à l'image de notre complexité intérieure. Elles finissent pas composer un labyrinthe dont pour notre plus grand, et dangereux, plaisir, nous pouvons très bien ne plus sortir. Dans ce petit traité sur l'art de vivre avec trop de livres apparaissent, parmi nombre d'autres, Pessoa tentant de devenir bibliothécaire, Matisse postulant au poste de " contrôleur du droit des pauvres " ou encore le capitaine Achab et le mystère de sa jambe abandonnée à Moby Dick. En fait, ces milliers de pages qui occupent nos étagères sont peuplées de fantômes bien vivants qui, une fois rencontrés, ne nous quittent plus.

Voici ce que nous révèle la quatrième de couverture de cet essai repéré chez de nombreux lecteurs. J'avais très envie de me plonger dans les confidences de ce bibliomane et la superbe couverture m'incitait à découvrir toutes ces bibliothèques. Un livre sur les livres...difficile de résister pour une passionnée!

Jacques Bonnet possède des dizaines de milliers de livres, j'en suis loin mais son intérêt pour les bibliothèques, sa manière érudite de nous les présenter m'a vraiment séduite.Il évoque le choix des livres, les typologies de livres mais aussi la manière de les classer. Beaucoup d'anecdotes fourmillent notamment celles du "fantôme".

"Fantôme: feuille, carton que l'on met à la place d'un livre sorti d'un rayon de bibliothèque, d'un document emprunté." Petit Larousse.

 

J'ai aimé sa façon d'aborder les livres "non scolairement prescrits" comme L'Ecume des jours de Boris Vian à sa sortie. J'ai souvent eu des difficultés à apprécier les lectures imposées pendant ma scolarité. J'aime les retrouver désormais en ne cherchant plus à décrire la focalisation et les figures de styles.

Grâce à cet essai, j'ai très envie de découvrir les romans d'Alberto Manguel:

 

 

  • Une histoire de la lecture, Actes Sud, 1998 (Prix Medicis de l'essai)
  • Journal d'un lecteur, Actes Sud, 2004
  • La Bibliothèque, la nuit, Actes Sud, 2006

Merci Mariel pour ce prêt!

Ce livre me donne l'envie de faire le point sur mes bibliothèques. On en trouve dans chacune des pièces de la maison.(Clic clic sur les photos)

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Celles du salon abritent les livres de littérature, les albums de jeunesse, les livres voyageurs...
On trouve les érudits, mes livres d'ancien-français du temps où Greimas me tenait compagnie pendant mes années de recherches en philologie. Je traduisais la Geste des Lorrains.
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(Vous pouvez observer l'ombre de mon chien qui m'assiste toujours dans mes prises de photos!)
Et puis on trouve parfois des livres dont on ne sait se séparer, je les appelle mes chatons. Une fois, j'eus l'idée de les remettre dans une bouquinerie de la ville voisine. Les bras chargés, j'explique à la bouquiniste l'amour que je porte à mes livres, mon attachement à leur lecture, au fait qu'ils marquent bien souvent une anecdote de ma vie...Parfois un Orban très peu intéressant aurait fait de la place dans ma bibliothèque...mais il me rappelle ce dimanche où je l'ai lu, assise dans mon petit appartement, une heure avant de rechercher mes résultats de grossesse...Alors je suis repartie avec mes livres sous le bras comme si je revenais de la SPA, sur le point d'abandonner quelques chatons avant de renoncer!
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On retrouve également une partie de la PAL actuelle...
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Et puis les "orphelins" ceux collectés à Emmaüs pendant mes études de lettres, des classiques pour la plupart. Des livres, issus de brocantes, déposés sur une table par  mio padre, certain de me faire plaisir de cette manière.
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Et puis la bibliothèque de mon bureau,tour à tour celle d'une professeur de lettres , d'une professeur d'école et d'une maîtresse en pyjama depuis que j'enseigne par correspondance. C'est celle que j'ouvre le moins...tout simplement depuis qu'une enfant que j'accompagne ( je dis "enfant" plus "élève" et j'apprécie cette liberté!), une enfant tzigane est restée perplexe face à un problème de mathématiques proposé en remédiation dans un de ces livres.
"Madame M., vous savez les problèmes qui parlent de poules et d'oeufs à partager, je m'en fiche un peu dans mon camp. Nous les voleurs de poules, on a plutôt des problèmes de bâches!"
Depuis j'ouvre de moins en moins les livres scolaires et cherche sous mon chapeau des problèmes plus "terre à terre" pour des enfants libres dont le périmètre de clôture n'a aucun sens face à l'immensité de leurs parcours.
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 Voilà un petit aperçu de mes bibliothèques sans compter les livres "SDF" qui sont encore dans des cartons...A venir un billet sur les bibliothèques du Petit Korrigan, celle de la cuisine...
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Découvrez la playlist Livres avec Kings of Convenience

dimanche, 28 février 2010

La Diagonale du vide de Pierre Péju.

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Marc Travenne, designer, décide de ne pas prendre l'avion qui l'emmenait pour un énième voyage d'affaire. Il préfère se réfugier dans un gîte perdu quelque part en Ardèche. Dans cet endroit isolé, il fera la rencontre d' une femme très particulière qui lui racontera sa vie. Une vie faite  d'obéissance et de violence extrême. Elle est allée, là-bas, en Afghanistan et elle a vu des horreurs. Elle a peut-être même participé à ces horreurs. Elle se livrera et expliquera la diagonale du vide. Cette étroite bande de territoire qui partage la France des Landes aux Ardennes et sur laquelle la densité de population est faible et les zones sauvages nombreuses.Travenne va suivre et poursuivre cette aventurière qui, avant d’être enlevée sous ses yeux, a le temps de lui livrer une part de son secret. De rencontres en révélations, Travenne va voir sa vie basculer, découvrant que la diagonale des solitudes traverse aussi l’Afghanistan ou New York. Il nous narre la connaissance d'Irène qui vivait à New York et nous raconte son 11 septembre. Entre la guerre en Afghanistan et l'effondrement du World Trade Center, cela fait déjà beaucoup pour un seul homme mais il faut y rajouter un enfant caché, un village d'enfance où eurent lieu de nombreux suicides et une mère qui perd la tête.

Car notre enfance n’est jamais de l’histoire ancienne. L’enfant que nous avons été, même si nous ne tenons pas à le revoir, même si nous ne l’avons pas convoqué, est soudain là. Il hante notre présent qui se trouble et s’obscurcit. Il a l’éclat légèrement tremblant des revenants.
Enfance pas morte, même si mon adolescence s’est couchée dessus pour l’étouffer. Même si ma maturité, lourde et large, s’est couchée sur mon adolescence. Même si toutes les figures, personnages et visages que j’ai utilisés au cours de ma vie se sont tassés les uns sur les autres, en strates successives, au fil des époques et des saisons, au gré des replis, des élans, des échecs ou des chances.
J’ai souvent songé à une sorte de sonde, tube étroit et résistant qu’il suffirait d’enfoncer verticalement à travers ces couches superposées de ma vie, un peu comme font les glaciologues qui prélèvent des échantillons dans les profondeurs de la banquise en pratiquant ce qui’ls appellent un “carottage”, puis en analysant les gaz contenus dans les bulles figées dans la glace. Sur le long cylindre de mon existence congelée, on pourrait alors identifier différents moments. On ne découvrirait pas des bulles, mais des mots énigmatiques. Des cris, des sonorités, des impressions, des croyances, des traces. Myriades de significations orphelines en suspension dans la gélatine du temps.

 

Voici un roman à l'allure d'une intrigue policière.Mais le héros Marc Travenne n'a rien du détective, on se laisse happer par les confidences où il ne cesse de remettre en question son rythme de vie et de se laisser porter par les péripéties de son destin. Beaucoup de thèmes s'entrecroisent: réflexion sur le temps qui passe, réflexion sur le sens de la vie et l'enquête. Un roman qui s'ouvre sur un sentiment de quiétude, nous emporte sur la route et se clot de manière sereine. Un beau roman que je vous invite à lire tant par la beauté du style que pour la réflexion qu'il suscite.

J'ai retrouvé la belle plume de Pierre Péju, découverte avec La Petite chartreuse.

 

mardi, 23 février 2010

Sur le sable de Michèle Lesbre.

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Voici le premier livre de Michèle Lesbre que je découvre, et ce ne sera probablement pas le dernier!
Ce roman nous livre des confidences entre un homme et une femme sur une plage. Au début, Hélène est une femme en rupture de ban, en "pente douce". Elle a quitté son travail, rompu avec son amant. Après avoir roulé au hasard hors de la capitale, elle se laisse captiver par un étrange spectacle. Des flammes surplombent la dune qu'elle longe depuis un moment. Elle s'arrête, s'avance vers le brasier. Sur la plage, recroquevillé sous une couverture, un homme contemple paisiblement l'incendie de sa maison. L'inconnu l'invite à s'asseoir à ses côtés. Une longue nuit commence où il lui raconte l'histoire de cette demeure, contre laquelle il dit avoir mené une "petite guerre" et dont il est venu à bout.
"Il y a des êtres mystérieux - toujours les mêmes - qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de votre vie." Modiano.

 

Voici la clé du livre.Tandis qu'il parle sans discontinuer, la mémoire d'Hélène vagabonde. Pour ne pas se laisser ensevelir sous les confidences de ce compagnon de fortune, elle réévalue son passé. Insidieusement, leurs tragédies intimes finissent par se mêler. Lorsqu'il évoque ses amours défuntes, elle revit les siennes. Les fantômes qu'ils invoquent ont parcouru l'Italie des années 1970, ils ont connu les années de plomb. Et leur présence est plus intense que celle des deux protagonistes, perdus dans les sables mouvants du souvenir.

Un roman charmant: simplicité de l'écriture, limpidité du style, texte lumineux...Si tout est provisoire, si la vie ne laisse que des empreintes sur le sable, il faut "saisir les choses et les gens, ne rien laisser filer, jamais ".

Un très bel hommage à Modiano et une belle révérence à la puissance de la littérature.

dimanche, 21 février 2010

Liberté de Gatlif et Kannay.

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Quelques jours avant la sortie du dernier film de Tony Gatlif , je souhaitais lire Liberté co-écrit avec Eric Kannay. Voici un livre fort sur la déportation des Roms. Un manque de reconnaissance, de l'ignorance des autres vis-à-vis de leur propre histoire...Gatlif a souhaité mettre à l'honneur les Roms pendant la période de l'Holocauste.
Un point de départ: l'histoire vraie de Talloche. "Le destin d'un dénommé Tolloche fut particulièrement tragique. Interné à Montreuil- Bellay, il réussit à se faire libérer après avoir acheté, par l'intermédiaire d'un notaire, une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la route pour retourner dans son pays d'origine, la Belgique. Il fut arrêté dans le Nord et disparut en Pologne avec ses compagnons d'infortune".
C'est le destin de ce Tolloche qui a pris tous les risques pour sauvegarder sa liberté qui a décidé Gatlif à faire ce film. Et puis il y a ce Juste, un notaire, qui lui aussi a pris tous les risques pour tenter de le sauver...

Gatlif nous offre la mise en lumière d'une belle leçon d'humanité: comprendre pourquoi un homme ou une femme décide un jour de sauver des bohémiens.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Roms ont été enfermés et massacrés avec l'accord de tous les pays, à l'exception notable de la Bulgarie qui, bien que fasciste, a refusé de livrer ses Tsiganes aux nazis. Encore aujourd'hui, très peu de gens connaissent cette histoire et ne cherchent pas à comprendre les problèmes de ce peuple de 10 millions de personnes en Europe qui semble flotter dans l'air dans une pauvreté extrême. Ce peuple, pendant longtemps, n'a eu ni représentant politique, ni véritable défenseur, excepté quelques écrivains tsiganes dont Matéo Maximoff et quelques amis non tsiganes, ce qui a facilité le mépris à leur égard et et la loi française de 1912 imposant le carnet anthropométrique à tous les roms ou encore les lois de Vichy interdisant le nomadisme qui ont conduit à l'enfermement des Tsiganes dans 40 camps de concentration sur tout le territoire français.
L'âme tsigane n'est pas facile à raconter et à faire comprendre. Il n'y a pas de mot dans la langue tsigane pour signifier Liberté. Les Tsiganes n'emploient pas ce mot car ils sont libres. Il fallait que je trouve un personnage qui, à travers sa pureté, sa naïveté, sa fantaisie, sa liberté, ses folies, représenterait toute la communauté rom. Ce fut Taloche. Il m'a fallu ensuite près d'un an pour arriver au scénario final. En écrivant ainsi, j'ai du même coup approché les raisons du silence qui entoure Samudaripen (le génocide des roms). Les Tsiganes ont peur des fantômes. Lorsqu'ils entrent dans une cave, ils en sortent en courant de peur d'y croiser des revenants. Taloche est ainsi : il a peur des morts. Que s'est-il passé à la fin de la guerre, lorsque les Tsiganes ont compris que des centaines de milliers d'entre eux avaient péri exterminés ? Ils ont eu peur de ces morts, peur de les réveiller, peur qu'ils reviennent. Peur d'en parler, en définitive... Tony Gatlif.
C'est important que LIBERTÉ soit vu et expliqué à l'école. J'espère qu'un jour il n'y aura plus de livres scolaires où les Roms, Bohémiens à l'époque, sont représentés comme des voleurs d'enfants. L'école a longtemps véhiculé une imagerie raciste des roms. LIBERTÉ, c'est un hommage non seulement aux Justes, mais aussi aux instituteurs, à l'école de la République.
Je suis très sensibilisée à l'histoire des Roms depuis que j'enseigne par correspondance à ces enfants de la liberté. J'ai connu des Roms en classe, je me souviens de beaux projets pédagogiques autour de roulottes et contes tsiganes...Je continue à me passionner pour ces enfants du voyage et j'ai l'impression de les respecter davantage en ne leur imposant pas l'enferment à l'école mais en invitant l'école au sein des camps, un peu à la manière de Grâce et dénuement d'Alice Ferney. 
J'attends avec impatience l'avant première de ce film et la BO notamment pour la chanson de Catherine Ringer!
Merci à Clément Vekeman des Editions Perrin et Guillaume Teisseire  chez Babelio pour l'envoi de ce livre.ico_critique.jpg
 
 

vendredi, 22 janvier 2010

Blue cerises

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(Toile réalisée en Mixed-media )
J'ai vu ces quatre petits livres sur la blogosphère et tant de lecteurs enthousiastes que je me suis plongée dans la lecture avec curiosité.
Quatre ados,
Quatre amis,
Quatre histoires,
Un seul secret.
Quatre petits livres écrits par quatre auteurs différents et la magie de cette série est de pouvoir commencer par n'importe quel opus! Les quatre histoires sont liées. J'ai commencé avec Amos  et découvert Le Pacte des cerises.
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(clic clic)
Les aventures des Blue cerises commencent aux vacances de Toussaint: Satya, Zik, Violette et Amos vont chacun faire une rencontre surprenante. Agés de seize ans, nos ados, le vague à l'âme, nous confient leurs premiers émois et tourments.
Zik et son ange sur le toit, va suivre ce personnage énigmatique pour parvenir dans une cave où elle découvre, subjuguée un incroyable concert de rock.
Satya et Indiana, une étrange fille mystérieuse, qui comme Le Petit Poucet laisse des petits cailloux sur son chemin et invite Satya à pénétrer dans son monde. Avec elle, il découvre les " attentats poétiques ", la petite danseuse de Degas, Emily Dickinson et la nuit à la belle étoile et sa force de vivre. J'ai refermé ce tome en pleurant... c'est dire car cela m'est très rare!
Violette, protégée par son oncle Ernesto, découvre le premier amour et l'âpreté du monde masculin parfois.
Et puis Amos, qui aime les garçons et doit se protéger sous des faux-semblants. Amos et sa passion pour le tir à l’arc, bouleversé par un futur départ au Québec.
Voici quatre pièces d'un même  puzzle, libre à vous de commencer par l'histoire de Satya, Zik, Amos ou Violette.
J'ai apprécié l'originalité de cette création car les quatre volumes offrent une perspective différente dans la lecture, et puis j'adhère beaucoup à cette volonté des auteurs d'aborder des thèmes actuels tout en  se référant à des monuments de la culture générale dans divers domaines comme le cinéma, les arts visuels...
J'ai refermé ces petits livres et me suis empressée de commander la saison 2 !
 Chapeau bas aux auteurs pour cette belle initiative!
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« Amos : Cibles mouvantes » Sigrid Baffert
« Satya : L’attentat » Jean-Michel Payet

« Zik : L’ange des toits » Maryvonne Rippert

« Violette : L’amour basta » Cécile Roumiguiére

Collection dirigée par Cécile Roumiguière.



Editions Milan – Collection Macadam- Mai 2009.
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mardi, 29 décembre 2009

Fragments de bleu de catherine Leblanc.

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Dans ce roman, la narratrice nous chuchote son histoire, elle semble nous parler. En réalité, elle s'adresse à l'homme avec lequel elle partage sa vie depuis trente ans. Tout en finesse et sensibilité, la plume dévoile des fragments de vie au fil du temps et offre  de purs moments de poésie
"Printemps, été, automne, hiver, quatre horizons, quatre voyages, forment des paysages changeants, mobiles, renouvelés. On se replie dans le gris, on se déploie dans les couleurs, on avance, on tourne avec les jours, on marque les temps pour que la valse nous entraîne."
Catherine Leblanc fait l'éloge de la nature, elle évoque également le tourbillon de la vie, celui qui apporte des joies comme celle d'une naissance (la naissance de David m'a beaucoup émue) mais aussi des peines intimes (le départ d'un être aimé, la maladie d'une amie...) et universelles (les guerres, la détresse des réfugiés...).
"L'avenir revenait comme une amande au coeur du présent".

 

Ce livre est magnifique, je n'avais pas envie de le refermer. Je voulais poursuivre mes petits pas sur le fil invisible de la vie , celle qui offre des "fragments de bleu" comme des pépites, partout dans ce  monde infini.

"Même en lambeaux, la vie repart".

Je tenais à citer dans ce billet un très beau passage, j'ai déjà parlé sur cet espace de mon amour pour les arbres, et ces quelques lignes ont embué mes prunelles

"Viens, je veux rencontrer dans ta bouche la forêt, sentir sous ta peau le battement des rochers. Ecouter ton souffle, entendre l'océan. Reconnaître ton corps, unique au milieu du monde et me laisser emporter.

Viens, l'hiver attendra! le soleil tourne en nous. Eparpille cette paille dorée. Contre le mur, des roses s'ouvrent encore. L'été se brise doucement.

Viens, mon amour, viens dans la beauté des choses. Il y a un espace entre naître et mourir, un fragment de bleu que tu peux descendre du ciel".

 

J'ai envie de citer chaque page, ce livre est un bijou.

Merci Cathulu ! - La lecture d'Aifelle - Le site de l'auteure -

 

 

 

 

 

 

dimanche, 20 décembre 2009

L'Annonce de Marie-Hélène Lafon

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"Le papier est bon âne. Ce qu'on lui met sur le dos, il le porte." 
Je me suis plongée dans ce roman de Marie-Hélène Lafon, comme emportée par l'histoire qui unit Paul et Annette. Tous deux sont à la recherche de l'autre: celui qui fera oublier un passé douloureux à Bailleul dans le Nord et celle qui acceptera la rudesse d'un foyer à Fridrières dans le Cantal.
Une annonce publiée dans le journal va permettre à Annette et Paul de se rencontrer et de composer avec leur famille: Eric, le fils d'Annette et Nicole, la soeur de Paul et ses deux frères. Une famille qui partage la même maison, la même rusticité des hivers à la campagne, les mêmes accomodements raisonnables.
La syntaxe est troublante, Marie-Hélène Lafon fait l'économie des mots, pourtant elle nous entraîne dans de jolies descriptions. Le couple "taiseux" va se dessiner avec très peu de mots, Eric va apprendre à "faire heureux" dans cette nouvelle famille.
Un très bon roman, pas seulement un roman du terroir mais un éloge de la maison chargée d'un passé et ouverte sur l'avenir du couple qui se dessine au fil des pages. La plume est très précise pour décire le poids du temps, des traditions, de la lecture du journal sur la "toile cirée marquetée de fleurettes mauves", d'un quotidien simple mais si beau. 
Roman publié chez Buchet-Chastel, merci à Argantel pour le prêt.

jeudi, 10 décembre 2009

Comment je suis devenu stupide de Martin Page

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J'ai découvert ce livre dans la bouquinerie Quilit Quilit. La couverture m'a d'abord intriguée. Comme très souvent, j'aime beaucoup les illustrations choisies par la maison d'éditions Le Dilettante. Je ne connaissais pas Martin Page lorsque j'ai repéré ce titre, ce livre reposait dans ma PAL depuis deux années au moins. Une fois de plus, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt car ce livre offre un bon moment de divertissement.
Comment je suis devenu stupide raconte l'histoire d'Antoine, 25 ans, il est très intelligent, mais il ne se sent pas confortable dans ce monde. Ses connaissances, son intelligence lui pèsent et il ne peut pas les surmonter.
Il décide de devenir stupide. Il vit des  expériences comme l’alcoolisme, la tentative de suicide, le délire, qui sont des étapes pour accomplir son « désir » de  stupidité. Ces expériences sont des paliers sur le chemin de la connaissance. Il démissionne de l’université, rencontre ses amis et va voir des matchs de football ou manger au MacDonald,  il mène alors une vie "normale". Quelques personnages influencent le destin d’Antoine: l’apparition de Raphaël stimule son goût de l’argent, le psychiatre lui offre un médicament miraculeux "l'Heurozac"! Il offre à notre héros un autre monde. Antoine va alors devenir  un « grippe-sou, égoïste, sans autre souci que l’argent, sans autre tourment et grande question existentielle que la façon d’en gagner le plus possible. » Et prendre de l’Heurozac ! Bien sûr, cette facile opposition entre le bonheur véritable et le bonheur induit par l’argent tourne un peu à la caricature notamment dans l'épisode où Antoine travaille pour Raphaël, un ancien camarade qui a créé une société de courtage. Antoine s’embourbe dans le capitalisme qui rappelle Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq. 

Le rêve avec le fantôme du chanteur  Dany Brillant est important dans la vie d’Antoine, parce que sa chanson parle "des joies simples de la vie". Ce passage aussi loufoque soit-il est un pur moment de drôlerie. Ce roman conjugue ironie, dérision et humour.  
Comment survivre dans le monde cruel du libéralisme triomphant quand on est, comme Antoine, un jeune homme lucide et moral ?
 "L'intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l'intelligence offre une immortalité de papier journal, et l'admiration de ceux qui croient en ce qu'ils lisent."

 

 Comment je suis devenu stupide déborde d’ironie sur une société de consommation qui valorise les comportements stupides, au détriment de la réflexion et du développement personnel. Le style de l’auteur est fluide, léger et frais. Ce conte contemporain se termine par une jolie touche de théâtralité surréaliste avec la rencontre entre Antoine et Clémence.

Je pense poursuivre la découverte de cet auteur avec le titre On s'habitue aux fins du monde.

 

 

 

 

samedi, 05 décembre 2009

L'Enfant multiple d'Andrée Chédid

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(Manège "La vie est belle" réalisé par mes petites mains / amigurumis créés par Isa )

L'Enfant multiple est l'histoire d'un jeune garçon Omar-Jo, de père musulman égyptien et de mère chrétienne libanaise. Il quitte le Liban, un pays écartelé par la guerre après un attentat à la voiture piégée qui cause la mort de ses parents ainsi que sa mutilation: il y a perdu le bras gauche et s'est retrouvé avec le visage quelque peu déformé. Émigré en France chez des cousins, Omar-Jo fait la connaissance d'un forain triste et rabattu. Maxime a l'air aussi désemparé que son manège à l'ouverture du récit. Le jeune garçon va donc sauver non seulement l'entreprise de Maxime mais aussi le forain lui-même.

Je découvre les textes d'Andrée Chedid et L'Enfant multiple est un roman porteur d'espoir. L'enfant Omar-Jo relie présent et passé pour envisager un futur optimiste. Il emmène à la fois les autres personnages (Cheranne, Maxime, Joseph...) dans son manège mais aussi le lecteur. C'est un très beau texte, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt. Je suis passionnée par le monde des itinérants, et j'ai suivi le parcours initiatique d'Omar-Jo au sein du monde forain avec plaisir.Le manège est un cercle qui tourne. C'est la métaphore de la vie, du cycle qui se répète. Cependant, cette vie jadis poussiéreuse et malheureuse est enjolivée par Omar-Jo et ses spectacles. Il change les larmes en sourires par ses gestes, son cirque.

Un roman bouleversant où l'auteur donne un grand message d'espoir pour le peuple libanais. Son écriture est gracieuse, charmante et poétique. Elle oscille tour à tour entre légèreté et gravité. Andrée Chedid est une grande conteuse et nous offre une belle leçon de vie.

Voici un long extrait, certes...mais si beau. 

"Lorsqu'il sentait son public avec lui, applaudissant et riant de ses loufoqueries, Omar-Jo changeait brusquement de répertoire.
D'abord, il faisait taire la musique ; ses pitreries se fracassaient contre un mur invisible. Ensuite, il laissait un silence opaque planer au-dessus des spectateurs.
D'un seul geste, il arrachait alors les rubans ou les feuillages qui dissimulaient son moignon. Puis, il présentait celui-ci au public, dans toute sa crudité.
Il ôtait son faux nez. En se frottant avec un pan de sa chemise, il se débarbouillait de son maquillage. Sa face apparaissait d'une pâleur extrême ; enfoncés dans leurs orbites, ses yeux étaient d'un noir infini.
Il s'était également dépouillé de ses déguisements qui s'entassaient à ses pieds. Il les piétina avant de grimper sur leurs dépouilles comme sur un monticule, d'où il se remit à parler.
Ce furent d'autres paroles.
Elles s'élevaient du tréfonds, extirpant Omar-Jo de l'ambiance qu'il avait lui-même créée. Oubliant ses jongle-ries, il laissait monter cette voix du dedans. Cette voix âpre, cette voix nue qui, pour l'instant, recouvrait toutes ses autres voix.
L'enfant multiple n'était plus là pour divertir. Il était là aussi pour évoquer d'autres images. Toutes ces douloureuses images qui peuplent le monde.
Mené par sa voix, Omar-Jo évoque sa ville récemment quittée. Elle s'insinue dans ses muscles, s'infiltre dans les battements du coeur, freine le voyage du sang. Il la voit, il la touche, cette cité lointaine. Il la compare à celle-ci, où l'on peut, librement, aller, venir, respirer ! Celle-ci, déjà sienne, déjà tendrement aimée.
Ici, les arbres escortent les avenues, entourent les places. De robustes bâtiments font revivre les siècles disparus, d'autres préfigurent l'avenir. Une population diversifiée flâne ou se hâte. Malgré problèmes et soucis, ils vivent en paix. En paix!
Là-bas les îlots en ruine se multiplient, des arbres déracinés pourrissent au fond de crevasses, les murs sont criblés de balles, les voitures éclatent, les immeubles s'écroulent. D'un côté comme de l'autre de cette cité en miettes, on brade les humains!
Omar-Jo se déchaîne, ses paroles flambent. Omar-Jo ne joue plus. Il contemple le monde, et ce qu'il en sait déjà! Ses appels s'amplifient, il ne parle pas seulement pour les siens. Tous les malheurs de la terre se ruent sur ce Manège.
Tout s'est immobilisé. Les chevaux ont terminé leur ronde. Le public écoute, pétrifié.
Maxime, perplexe, n'ose pas faire taire l'étrange enfant.
Après ces cris d'angoisse, il ne reste d'autre issue que de renouer avec la vie.
Omar-Jo ressort de sa poche son vieil harmonica et, retrouvant son souffle, il en tire, une fois de plus, des sons mélodiques et vivaces."

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lundi, 30 novembre 2009

L'Echappée belle d'Anna Gavalda

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Un petit roman d'Anna Gavalda comme au bon temps de Je l'aimais ou encore d'Ensemble c'est tout ...
Je suis partie en voyage avec la fratrie: Garance et son ton acerbe, Lola un peu déboussolée, le gentil Simon, et Carine la belle-soeur "casse bonbon". On les accompagne le temps d'un voyage, le temps d'un mariage ou plutôt le court instant de la fuite, de l'échappée...celui qui permet aux frères et soeurs de se retrouver, d'échanger à nouveau sur les plaisirs de l'enfance et de rejoindre Vincent, guide dans un château de la campagne tourangelle.
Gavalda nous offre un bon moment de légèreté. La narratrice Garance est amusante et on entre très vite dans cet univers joyeux et mélancolique. Les dialogues sont des pépites de drôleries. Sous couvert d'une fausse simplicité, Gavalda offre une joyeuse critique de notre société consumériste.
Un petit roman aérien, fantaisiste, sarcastique ...bref échappez-vous en écoutant la voix chuchotante de Garance !
Roman paru en 2001, réédité chez Le Dilettante. 
Merci à Christine pour le prêt.