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jeudi, 12 novembre 2009

Balade automnale...avec Bobin.

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     "Une goutte d'or glisse du feuillage de l'arbre du paradis jusqu'au fond de l'âme insouciante".
       "Les livres sont la résidence secondaire de l'âme.Quand elle pousse les volets de papier contre le mur, une lumière entre partout dans la pièce."
Christian Bobin, Les Ruines du ciel.
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Les ruines du ciel c'est autour d'un événement - la destruction de Port-Royal par Louis XIV - et d'une idée : retrouver dans les ruines de la société actuelle « les signes d'une vie heureuse, toujours possible », que l'auteur fait s'entrecroiser des portraits du XVIIe (Saint François de Sales, Saint-Cyran, Pascal, Racine, etc.) et du XXe siècle (Dhôtel, un clochard, Genet, le grand-père de l'auteur, etc.). Leurs rencontres, leurs paroles, leurs visions tissent une tapisserie lumineuse, pleine d'espérance pour notre siècle en ruine.Il est difficile de commenter un livre de Christian Bobin, je pense qu'il est préférable de le lire tout simplement et prendre le temps de s'interroger sur chacun des aphorismes.
"Il y a toujours dans un livre, même mauvais, une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n’attendait que lui."
Comme toujours, beaucoup d'émotion à la lecture de ce dernier Bobin , un beau livre sur la grâce, la chute de la transcendance actuelle et l'éloge de la lumière.
Une belle interview de l'auteur ici:

vendredi, 30 octobre 2009

Dans l'or du temps de Claudie Gallay

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J'avais envie de soleil, de  poésie et de découverte. J'ai donc choisi ce roman de Claudie Gallay Dans l'or du temps, offert par Katell, lors du swap d'été.
Ce roman est un voyage initiatique entremêlant personnages romanesques et personnalités du monde artistique: Breton, Braque et Guggenheim. Une vieille dame, Alice berthier, depuis sa maison perdue de Haute-Normandie, nous confie par petites touches les mystères de sa vie. C'est grâce à son confident, un homme trentenaire, vacancier déboussolé , que l'on appréciera les secrets de cette femme qui s'est tue depuis bien longtemps et de cet homme qui se tait trop souvent.
Claudie Gallay met en parallèle cette dissolution du couple en vacances au bord de mer, de cet homme fuyant sa femme Anna et ses filles pour retrouver cette femme âgée, unis par l'amour de l'art amérindien.
Ce livre est aussi délicat qu'une perle, il semble façonné comme les statuettes indiennes de la tibu Hopi. J'ai apprécié sa lenteur, sa nonchalence dans le style elliptique des phrases dépouillées.
Alice est pleine de sagesse, j'aime sa façon de fuir les questions embarassantes.Claudie Gallay livre  les interrogations des personnages sur le temps qui s'écoule, sur la beauté de l'or du temps.
Un très bon moment de lecture, je suis heureuse d'avoir découvert cet auteur et puis... je ne pouvais refermer ce billet sans évoquer l'émotion suscitée par la dédicace.
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Merci à Katell et à l'auteur Claudie Gallay pour ce beau cadeau.

dimanche, 11 octobre 2009

Quelque chose en lui de Bartleby de Philippe Delerm.

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M. Spitzweg est un "'banal" employé de La Poste. Il vit modestement à Paris, une vie très calme. C'est un contemplatif; il semble d'une autre époque, il aime prendre le temps de regarder, de marcher dans Paris. Comme son auteur, il a le plaisir des choses simples (un café sur une terrasse), voyager à travers les livres, pique-niquer au bord de la Seine.
Malgré tout, M. Spitzweg va créer son blog; d'abord sous son propre nom, ce qui n'attirera que quelques collègues puis sous le titre "antiaction.com". Arrive alors une pluie de messages variés mais surtout de beaucoup d'admiratrices. Son site fera même le sujet d'une chronique sur France-Inter et pour finir d'une offre de contrat pour la publication de son histoire.
Je suis toujours en admiration devant la plume de Philippe Delerm. J'ai aimé les déambulations parisiennes d'Arnold Spitzweg, cet "archétype de l'homme moyen, banal, interchangeable." 
 En médiocre voyageur, il nous offre le plaisir de voir le temps passer, véritable anachronisme parisien.Il connaît "son pays mental", s'appuie "sur le coussin des jours" et évoque la banalité du quotidien avec beaucoup d'humour et de finesse.C'est un homme vélléitaire, à la manière de Bartleby (Melville) ou encore de Frédéric Moreau(L'Education sentimentale de Flaubert). Le roman s'ouvre sur une évocation du film de Woody Allen Manhattan, que j'ai revu en parallèle de ma lecture. Arnold est heureux de pouvoir mettre en lumière "son Paris".
J'ai aimé ce roman mais il m'a semblé court, aussi courts que puissent être les billets d'un blog. Je pense intimement que Delerm a survolé volontairement cette question de l'écriture blogguesque pour nous offrir des pépites sngulières du minimalisme positif qui lui est propre.
 Et toujours, au hasard des lignes, des jolis moments de poésie:
"La vie nous tient en laisse, mais nous donne parfois comme un bonheur de labrador: on ne détache pas le lien: on le porte insolemment, c'est presque mieux que la liberté pure."

"Pour sa part, Arnold ne trouvait pas d'antinomie entre sa disposition à vivre des petites bulles de temps arrêté et le désir de les prolonger, de les authentifier avec des mots. Peut-être parce qu'il ne pouvait prétendre au style ? Il posait les mots comme ils lui venaient sans réel effort et sans recherche. Il éprouvait à l'inverse des grands écrivains voués au silence la délicieuse sensation de multiplier le pouvoir du présent par la tentation de le dire."
Et puis, j'ai aimé les clins d'oeil au fils...Vincent...L'Heure du thé...
Découvrez la playlist Vincent avec Vincent Delerm

mercredi, 30 septembre 2009

Déloger l'animal de Véronique Ovaldé

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"Dans le couchant d'une ville blanche, lumineuse et brûlante, une enfant attend le retour de sa mère. Sur les toits d'un immeuble au sommet de son monde, elle perçoit les bruits d'ailleurs et ceux de l'intérieur. Mais ce soir-là, au-delà du scintillement des vagues, l'angoisse est infinie : la mère ne revient pas. Le cliquetis de ses talons aiguilles, l'éclat synthétique de sa perruque blonde, l'acidulé de ses vêtements, le velours de sa voix ne sont plus. La belle a disparu et l'enfant est perdue.

Face à l'insouciance de son père, à l'inquiétante inertie des adultes, la petite Rose va réinventer l'histoire...

Un roman magnifique sur la confrontation de l'enfance absolue à l'aridité des choses. Sur ce passage étroit et tumultueux, cet instant précis où l'imaginaire se met à façonner la vie rêvée, où l'alchimie de l'adolescence entre en scène pour inscrire nos vies aux abords du chemin."

 

Je découvre avec plaisir la plume de Véronique Ovaldé. J'aime beaucoup cet univers fantaisiste et onirique, même si la quête de Rose est si âpre, l'écriture embellit innocemment son parcours.

J'ai retrouvé des similitudes entre la petite Manon de Maud Lethielleux ( Dis oui, Ninon ) et Rose ,comme deux soeurs...Véronique Ovaldé enchante la réalité, c'est merveilleux! 

Un très bon moment de lecture.

Découvrez la playlist Emily Loizeau avec Emily Loizeau

 

Un Roman français de Beigbeder.

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Ce roi du marketing n'a pas ma faveur.Je lis parfois sa chronique dans le magazine Lire. Néanmoins, j'étais curieuse de lire cette autofiction même si Beigbeder choisit d'annoter "roman " en sous-titre.

Ce roman commence par la garde à vue dont a été victime l'auteur, pris en flagrant délit de prise de cocaïne. Sa garde à vue se prolonge 48 heures dans des conditions particulièrement difficiles et ce sera l'occasion pour lui de revenir sur sa vie et d'avoir l'idée de ce livre. De cette enfance aisée il ne lui reste que quelques bribes de souvenir. Pourtant ceux-ci reviennent peu à peu au fur et à mesure qu'il évoque ses grands-parents de la haute bourgeoisie basque de droite mais qui ont quand même hébergé des Juifs pendant la guerre. Son père épouse une jeune fille issue de la noblesse , et Frederic et son frère naissent à Neuilly avant de déménager dans différents appartements du XVIème. Mais le divorce de leurs parents, caché pendant plusieurs années, scindent leur vie en deux entre la vie mondaine et exubérante de leur père et celle, calme, de leur mère.

La garde à vue est un prétexte à cette mise au point sur sa propre vie. A la manière d'Annie Ernaux dans Les Années, il reproduit tel le  peintre impressionniste quelques bribes de sa vie. Une auto analyse sensible de Beigbeder et de la société française dans sa nouvelle donne des familles explosées.

« Je n’ai jamais écrit que les histoires d’un homme sans passé : les héros de mes livres sont les produits d’une époque d’immédiateté, paumés dans un présent déraciné – transparents habitants d’un monde où les émotions sont éphémères comme des papillons, où l’oubli protège de la douleur. »

 

Je voulais juger par moi-même...voilà qui est fait! Je pensais que ce livre allait me réconcilier avec le personnage, il subsiste quelques très bons passages mais  si l'enfermement est propice à l'écriture, je vous conseille plutôt de relire  Cervantès, Voltaire, Verlaine,  Dostoïevski, Genet ou encore Céline…

vendredi, 25 septembre 2009

Dis oui, Ninon de Maud Lethielleux.

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C'est l'histoire d'une petite fille, Ninon, avide de liberté. Elle a choisi de vivre chez son papa Fred car sa maman Zélie se reconstruit. Pour Ninon, le quotidien n'est pas facile et madame Kaffe vient se mêler de sa petite vie. Pourtant son papa est velléitaire: construire une maison, vendre ses fromages et chanter l'amour avec sa guitare.

« C'est drôle, j'ai l'impression d'avoir grandi tout à coup. Ça fait mal au ventre de grandir, ça fait un noeud tout serré au milieu du ventre, c'est à cause des intestins qui grandissent aussi. C'est très triste de grandir, ça donne envie de pleurer sans larmes. »

Ninon évolue dans ce monde fragile, elle  se fait acrobate des mots pour nous révéler sa quête de liberté.
« Le vrai bonheur … il est dans l'instant du présent, c'est comme une conjugaison qu'on a rien compris, il ne se conjugue pas au futur imparfait, il est parfait d'ailleurs, il est toujours là où on s'y attend pas. Il faut juste ouvrir les yeux »
Ce roman multicolore est magnifique. La petite Ninon, princesse des mots bohème , nous emporte.
« C’est drôle un paysage sans contours, quand on ne voit que les virages et quand les arbres sont perdus dans les nuages, ça fait comme dans ma tête quand je veux tout oublier. A ces moments-là, on me dit que je suis tête en l’air ou que j’ai la tête dans les nuages, oui, c’est ça exactement, je mets du brouillard tout autour de mes pensées et comme ça, je les oublie."
La voix de Ninon me rappelle celle d'une petite fille qui m'écrivait l'an dernier depuis sa caravane. Elle pratiquait l'école buissonnière et semblait heureuse d'avoir "une maîtresse en pyjama" .

« Dis oui, Ninon » est le premier roman de Maud Lethielleux.
Maud est musicienne et metteur en scène .
Ici le blog de Maud.


 

mercredi, 20 mai 2009

La femme à venir de Christian bobin

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Albe a deux mois. Son père vend des assurances et peint des tableaux. Sa mère est une fugueuse.
Albe a dix ans, on vit ses émotions, ses joies, les absences ou les silences des êtres aimés, le père, la mère, le chat, un cheval noir.
A dix-sept ans, la joie attendue, le sourire contraint, la petite moue autour du sanglot.
Christian Bobin entonne quatre chansons , quatre périodes de la vie d'Albe dans une écriture poétique et bouleversante, un style concis et juste. La parole est retenue. Les confidences sont données par bribes, sa vie est chuchotée et on la suit jusqu'au phare breton...
Une belle existence de mots et de papier...
Merci Christian Bobin.
Je garde toujours des livres de cet auteur en attente, j'aime cette idée qu'il me reste toujours un "Bobin" à lire .
"Vers la mort, très chère nous allons. Tous.En dansant ou en boîtant,en riant ou en geignant, peu importe puisque c'est là que nous allons." C. B.

mardi, 19 mai 2009

La Dame blanche Christian Bobin

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Lire La dame blanche c'est découvrir l'âme en exil de cette poétesse américaine du 19 ème siècle. Christian Bobin se fait le double silencieux de la poétesse et nous propose une biographie tout en délicatesse. J'admire son esthétique de la brièveté, comme celle de la poésie d'Emily, tout en quatrains. Une parenté d'âmes semble relier Bobin et Dickinson. La pensée de l'un épouse la blancheur éclatante de l'autre.
Blanche et silencieuse, absorbée tout entière par ses passions jardinières et poétiques, Emily Dickinson ne sort jamais de son bourg d'Amherst dans le Massachussets. Elle écrit en silence des poèmes qui ne seront jamais publiés de son vivant. Elle vit en recluse, porte du blanc depuis la disparition de son père Edouard, entourée par sa mère meurtrie par les désillusions et Austin son frère tant aimé. On retrouve son double faible et sensible en la personne de son neveu Gilbert.
Christian Bobin se fait "orfèvre des mots" pour évoquer "la secrétaire des anges", "la sainte du banal".
Ce texte est magnifique.
Je relis en parallèle les quatrains d'Emily Dickinson...
"La poésie peut être une affaire vitale, l'apothéose de toutes lucidités, l'arrachement du bandeau que la vie met sur les yeux des vivants pour qu'ils n' aient pas trop peur à cet instant dernier qu'est chaque instant passant."
Christian Bobin.

lundi, 11 mai 2009

Intérieur de Philippe Delerm

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Elle se promène en librairie et elle aperçoit cette couverture: le dernier Delerm, Intérieur Une rencontre avec le peintre Hammershoi.
Qui est ce peintre? Ses tableaux me rappellent ceux de Vermeer.
Je me plonge dans la lecture, le temps d'une douce soirée.
Magnifique ! Je retrouve l'art de Philippe Delerm pour rendre beau l'infiniment petit, les choses si minimales deviennent poétiques. 
L'auteur nous propose d'éclairer à sa manière les tableaux du peintre,de leur donner vie cette fois par l'écriture. Il nous réapprend à observer.
Une très belle lecture.  
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On le connaît un peu en France surtout depuis la première retrospective de son travail qui a été faite au Musée d'Orsay de novembre 1997 à mars 1998.
Ce fut la découverte saluée unanimement, d'un peintre et d'une œuvre forte et originale.
La plupart de ses tableaux ont été peints de son appartement. À tous les sens du terme on peut parler d'une oeuvre d'"intérieurs". Tableaux très construits, austères, poètiques, utilisant peu de couleurs. On pense à C.C.Friedrich, à Vermeer, mais aussi à d'autres car ses tableaux contiennent beaucoup de modernité. . Quelques paysages épurés, beaucoup d'espaces vides, , de femme seule, la plupart du temps vue de dos (souvent représentant sa femme) (et qui lit un livre comme chez Hopper) et surtout ses célèbres pièces vides, intérieurs symboliques, peuplés des ombres qui s'y déplacent.
En étudiant la biographie de cet homme discret et solitaire, on découvre qu'il eut comme admirateurs Diaghilev, Rainer Maria Rilke (qui songea longtemps à écrire un livre sur sa peinture) et qu'il influença fortement le cinéma de Dreyer.
Grace à une gamme réduite de couleurs, tout est dans l'"intériorité". Un silence assourdissant, un enfermement dans la peinture pour s'évader du monde.

 Dans ses tableaux il supprime tout détail anecdotique, il en fait des espaces silencieux, dérangeants par leur vide.

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Edité chez Elytis.

 

mercredi, 04 mars 2009

La Petite cloche au son grêle de Paul Vacca

                                                                             "Un soir, tu entres dans ma chambre alors que je me suis endormi. Le livre m'a échappé des mains et gît sur ma descente de lit. Tu t'en saisis, comme s'il s'agissait d'un miracle.

-Mais tu lis, mon chéri! souffles-tu en remerciant au ciel.

Incrédule face à ce prodige, craignant quelque mirage, tu palpes l'objet. Non, tu ne rêves pas: ton fils lit.

Intimidée, tu ouvres le livre, fascinée à ton tour..."

Quelle émotion en refermant ce livre. J'avais lu de nombreux billets élogieux sur ce petit bijou et je ne suis pas déçue en le refermant. Je devinais l'histoire de cette petite famille du Nord de la France: la vie d'un garçon de treize ans, de ses parents cafetiers , de sa maman Paola atteinte d'une maladie.

Celles qui me connaissent plus personnellement vont vite repenser à la question que je me posais dernièrement sur l'utilité de l'identification au personnage pour apprécier la lecture.

Ce personnage porte le même prénom italien que moi, elle voue un amour immense pour son fils et évoque le surprenant pouvoir de la littérature. C'est assez troublant...

La littérature comme thérapie.

Bravo Paul Vacca pour ce premier roman remarquable . Malgré le thème abordé, j'admire la légèreté de ton, la douceur des propos, l'innocence du fils, l'amour  du père et la force de Paola.

Lisez-le...

dimanche, 04 janvier 2009

Val de Grâce de Colombe schneck

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Colombe Schneck nous livre un récit autobiographique sur sa famille et leur lieu de vie: Val de Grâce.
Elle évoque la maladie puis la mort de sa mère Hélène,avec les souvenirs d'une enfance hors du commun qui se déroula dans le 5 ème arrondissement de Paris.
"Une évidence, je ne peux pas rêver d'une meilleure enfance.Nous habitions dans le plus beau quartier de la plus belle ville du monde,capitale d'un pays envié par la terre entière?Nous étions libres et heureux.Nous avions le droit de tout.Le monde tournait autour de nous et nous regardait avec envie."
Que dire de plus?Ce roman emprunté(heureusement!) m'a particulièrement ennuyée...Je pèse mes mots mais je le vois bien figurer dans le Jourde et Nolleau.
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J'ai rarement un avis aussi négatif sur un livre,j'essaie de trouver des avis différents sur ce roman de Colombe Schneck,suis-je passée complètement à côté?
Je m'intéresse de plus en plus à la littérature contemporaine .Comment comprendre ce qui s'écrit aujourd'hui?
Je suis plongée dans ce livre co-écrit par mon ancien directeur de mémoire Dominique Viart(Professeur de littérature moderne et contemporaine à l'Université de Lille 3) et Bruno Vercier(Sorbonne -Nouvelle).Je vous en reparle prochainement.
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Merci donc à Colombe Schneck de m'avoir permis de reprendre goût aux recherches en  lettres modernes et de souhaiter pour cette année 2009 reprendre mes études littéraires ...par correspondance,cela va de soi!

Un Brillant avenir Catherine Cusset

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Ce nouveau roman de Catherine Cusset est à la fois ancré dans le passé et totalement contemporain.

Il raconte le destin d'Elena,une jeune Roumaine, née en Bessarabie dans les années 1940, ballotée sans cesse d'un pays à un autre, obligée de fuir les Russes avec sa famille, de quitter une maison pour se cacher plus loin, laissant derrière elle son enfance et ses souvenirs.

En 1958, Elena rencontre Jacob, un jeune juif dont elle tombe amoureuse. Ses parents refusent ce mariage,inquiets devant l'antisémitisme qui sévit dans le pays de Caucescu. Mais elle parviendra à épouser l'homme qu'elle aime,à quitter la Roumanie pour les Etats-Unis et obtenir la citoyenneté américaine comme le symbole d'une nouvelle existence de femme libre.

Catherine Cusset s'intéresse surtout à la femme qu'est devenue Elena.Une mère qui est incapable d'accepter que son fils épouse une française,symbole de cette vieille Europe qu'elle a voulu fuir. Elena est devenue une femme endurcie par l'expérience et formidablement attachante.

Certains éléments de ce roman sont probablement autobiographiques mais Catherine Cusset évite l'autofiction.Elle nous offre un texte très dense et riche mêlant la fiction et l'Histoire.Le style est très sobre.

J'ai particulièrement aimé les relations entre Marie(la française) et Elena, leurs confrotations...

Je vous conseille la lecture de ce très beau roman.

vendredi, 28 novembre 2008

La Boutique jaune de Jeanne Benameur

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Quatrième de couverture:
"Il est grand temps de rallumer les étoiles".
C'est ce que feront Marion,passionnée de photographie,Stéphane, passionné de Marion et Fatou,leur amie.
La Boutique jaune,à la belle devanture toujours close,fascine Marion.
Aldabert Lecoeur,vieil homme original,dépositaire de la mémoire du lieu,lui en livre la bouleversante histoire.
Lorsqu'une nuit,on entendra du bruit dans la boutique,c'est une aventure de vie qui réunira tous ces personnages sur un chemin qu'ils ne soupçonnaient pas.
 
Jeanne Benameur nous offre un doux moment de lecture.Elle sait parfaitement décrire ce lieu,La Boutique jaune,remplie de mystères et de beautés.Elle propose un portrait des personnages tout en finesse ,elle crée une atmosphère particulière...très douce.
Je vous invite à percer le mystère de la Boutique jaune et connaître le secret du fil de vie qui réunit tous ces personnages.
Merci à Bellesahi pour cette découverte,je n'ai pu m'empêcher d'imaginer le jardin d'Amélie comme celui de Belle!

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lundi, 24 novembre 2008

Jeanne Benameur

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J'ai beaucoup aimé les billets de Bellesahi sur cet auteur et j'ai choisi ce livre Ca t'apprendra à vivre.
Jeanne Benameur évoque dans ce petit livre son enfance,partagée entre ses deux cultures ,algérienne par son père,italienne par sa mère.Elle nous raconte le départ de l'Algérie pour la France.Son écriture est magnifique:des phrases très courtes mais très intenses où l'on perçoit très vite la sensibilité de l'auteur.
J'ai lu ce premier roman autobiographique en une soirée.Sa vie de petite fille ,tour à tour heureuse et malheureuse m'a rappelée mon enfance comme petite fille d'émigrés siciliens.
Que de similitudes troublantes dans nos vies de petite filles trop sages pour satisfaire un papa méditerranéen.
J'aime la concision dans le style de cet auteur,très peu de mots suffisent à réveiller beaucoup d'émotions.
Un coup de coeur ...comme un  voyage dans la mémoire de notre enfance de petite fille tiraillée entre deux cultures.
Le passage sur "le paraître en  société "d'un papa m'a rappelé tant de souvenirs...
J'ai refermé ce livre en écoutant une chanson de Paolo Conte,tant écouté le Dimanche soir avec il mio padre.

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Découvrez Paolo Conte!

vendredi, 21 novembre 2008

Une curiosité

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Quatrième de couverture:Comment aider un enfant plongé dans le chagrin?
Ce roman philosophique,truffé d'anecdotes,de notes,de maximes,de dogmes et de leurs contraires a pour sujets le bonheur,les oreilles décollées,Dieu,un mystérieux livre,l'éducation des chiens,la gourmandise,la mort,les règles du poker,les étrangers,la force de l'amitié et ce qu'on appelle,à tort ou à raison,"la magie de l'amour".
Je venais de lire cette quatrième de couverture dans une librairie lilloise,j'étais intriguée...
Dès l'incipit je découvre ces drôles de personnages:
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Ma curiosité  l'emportait et j'ai très rapidement mis ce livre dans mon panier,depuis que je l'ai ouvert...je souris ...
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Je partage les aventures de Monsieur Grinberg et son chien Holstein...
Alors si vous aussi vous souhaitez trouver la clef de ce roman,n'oubliez pas de mettre dans votre panier!
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(ATC-Artist Trader Card-réalisé par mes petites mains )
Ce livre a une forme étrange,surprenante,les illustrations d'Emma Tissier sont très amusantes.Je n'ai pas envie d'en dire davantage sur les personnages,leur personnalité mais c'est une belle découverte.
Ce livre est une curiosité jusqu'à la ...
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mercredi, 01 octobre 2008

José de Richard Andrieux

16392123_p.jpgMa rencontre avec ce livre...

Je me souviens de la rentrée littéraire 2007,ce titre m'avait intriguée tout simplement parce que José est le prénom de mon frère.Alors ,tout bêtement, j'ai parcouru la quatrième de couverture...

L'histoire d'un enfant qui réinvente son monde en se créant un univers ...Ses amis sont des objets.Il leur donne la parole.Alors j'ai mis ce livre dans mon panier puis ensuite ,je me suis dit comme bien souvent que ce n'était pas raisonnable,ma PAL descend tout doucement...

 

Et puis Florinette a proposé d'en faire un livre voyageur!



José est un petit garçon d'une dizaine d'années qui vit complètement fermé dans son monde. Ses meilleurs copains sont "voyage" et le "colonel", des objets de la vie quotidienne qu'il a rebaptisés car leurs noms ne lui plaisaient pas. Il leur parle plus qu'à sa propre mère. José vit seul avec elle, il n'a pas connu son papa, il est mort alors qu'il n'avait qu'1 mois et demi. Il n'a pas de copains à l'école, il a réussi à tous les faire fuir. Bref, José est... seul mais il le dit lui-même, il est très occupé.

Hélène (la maman) ne comprend pas le mutisme de son fils à son égard. Elle fait appel à un médecin qui lui conseille de ne pas trop s'inquiéter. Mais Hélène est démunie et très seule, elle n'a jamais refait sa vie après la mort du papa de José, elle passe ses soirées devant la télé...

La situation ne va pas aller en s'arrangeant, José s'enfermant de plus en plus seul dans sa chambre, il ne veut même plus passer du temps à expliquer à sa mère que non, "voyage" n'est pas un lit. Quant à Hélène, elle passe de plus en plus de temps avec une bouteille d'alcool.

On va apprendre leur histoire,déroutante parfois(pour la maman) et apprécier de plus en plus l'écriture de l'auteur:sa finesse,sa précision et sa délicatesse pour décrire la vie de José.

J'ai fort apprécié ce roman...on le referme en le portant sur le coeur comme si l'on serrait un peu ce petit José dans nos bras.

Merci Florinette!

Il part chez Maijo...

lundi, 25 août 2008

Stéphanie Janicot Tu n'es pas seul(e) à être seule(e)

61o8FrwvlOL__SS500_.jpgQuatrième de couverture:

La solitude est partout,dans la promiscuité d'une loge de concierge,dans le coeur d'une adolescente ingrate ou d'une jeune femme branchée,dans l'exaspération d'un couple marié depuis trop longtemps,dans les yeux d'un bébé qui attend sa mère...partout.

Et l'on voudrait nous faire croire que ces instruments (téléphone,portable,télévision,internet...)destinés à nous relier au monde peuvent y changer quelque chose.Mais c'est tout le contraire.La preuve en seize nouvelles légères et graves,seize scènes prises sur le vif,dans un immeuble où chacun se croise sans vraiment se voir.

J'ai choisi ce livre car j'étais intriguée tout d'abord sur la table du libraire par cette illustration de Bonnie Timons que je trouvais très jolie.Puis en lisant la quatrième de couverture,le thème me séduisait.Je m'attendais à retrouver l'immeuble de Perec mais c'est plutôt le style de Gavalda que l'on retrouve dans ce roman de Stéphanie Janicot.Je ne connaissais que très peu l'auteur sauf dans ses publications pour le magazine Muze.

Je suis séduite par son style et cette manière de tisser des liens entre des personnages au fil des seize saynètes.

 

dimanche, 27 juillet 2008

Ker Violette de Karine Fougeray

51KyCAQFu5L__SS500_.jpgClara ,trente-six ans,cherche son cheval.Elle arrive dans un bistrot breton ,réclame un kir dans une bolée  sous l'oeil intrigué et amusé de Félix,marin pêcheur et peintre de rascasses.

Le "je " est multiple dans ce roman,tour à tour la voix de Clara,Violette,Félix mais aussi le cheval.

Clara est beaucoup plus fragile qu'elle n'y paraît,sa quête beaucoup plus symbolique que nous le croyons.

La relation de la femme et son cheval,les paysages d'Irlande,la fragilité  des personnages nous offrent un moment très agréable de lecture jusqu'à l'apothéose finale du dernier chapitre.Cette fin est magnifique tant au plan narratif que stylistique.

Le passage de la cassette d'Elmer Food Beat m'a beaucoup amusée!

Un très beau roman dans la veine d'Anna Gavalda que j'offre à une amie qui m'est chère.

mercredi, 11 juin 2008

La Consolante d'Anna Gavalda

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Ce livre,je l'ai longtemps attendu comme de nombreux lecteurs.J'étais très pressée de retrouver la plume et les personnages "annagavaldesques" mais je fus fort surprise dès les premières pages.Je ne retrouvais pas cette simplicité d'écriture tant appréciée auparavant dans les premiers livres d'Anna.Pourquoi tant d'ellipses? Pourquoi s'acharner à suivre les turpitudes d'esprit de ce pauvre Charles?

Et puis on s'habitue à ce style ,on l'oublie presque lorsque l'auteur se plait lui même à nous le rappeler; en citant la définition du mot Ellipse dans le Gradus ,comme un clin doeil à son lecteur.Anna se jouerait-elle de nous?

On adhère ou on se lasse,j'ai choisi de persévérer dans les méandres de l'esprit de Charles.

Puis vint Kate et enfin...Enfin on retrouve plaisir à lire,on imagine cette vieille bâtisse,les enfants ,la liberté et toute la fantaisie d'Anna Gavalda.

J'aime beaucoup les personnages de ce nouveau roman,des enfants "vivants" mais pas seulement,on aimerait croiser Nounou au coin de la rue,manger les gâteaux de Kate et tenir compagnie à Anouk.

Et puis Charles est un personnage très attachant malgré son esprit si désorganisé mais c'est au contact des autres qu'il prend toute son épaisseur.

Au fil des pages le roman s'illumine,se nourrit de vies originales et fantaisistes...Lire ce roman c'est passer de la pénombre, d'un esprit torturé par une vie qui l'étouffe,à la luminosité acquise au fil du temps dans une vie singulière et pétillante.

Un jeu d 'ombres en somme comme cette jolie mise en abyme...

"Ce n'était plus le regard absent d'un type laminé par quatre syllabes que je fixais là,mais un grand rectangle blanc se détachant de manière presque incongrue sur un fond grisâtre et encrassé.

Jamais mon reflet ne me parut plus ressemblant."

 

samedi, 07 juin 2008

Merci infiniment...

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Merci à vous Christian Bobin pour ces gentils mots...Mon amour pour vos livres est infini...
Merci à Céline pour cette jolie surprise si inattendue,je suis toujours aussi émue.

"J'écris ce livre pour tous ces gens  qui ont une vie simple et très belle ,mais qui finissent par en douter parce qu'on ne leur propose que du spectaculaire." Prisonnier au berceau.

samedi, 17 mai 2008

Bobin

140137129.jpg Elle est seule. C'est dans un hall de gare, à Lyon-Part-Dieu. Elle est parmi tous ces gens comme dans le retrait d'une chambre. Elle est seule au milieu du monde, comme la vierge dans les peintures de Fra Angelico: recueillie dans une sphère de lumière. Éblouie par l'éclat des jardins. Les solitaires aimantent le regard. On ne peut pas ne pas les voir. Ils emmènent sur eux la plus grande séduction. Ils appellent la plus claire attention, celle qui va à celui qui s'absente devant vous. Elle est seule, assise sur un siège en plastique. Elle est seule avec, dans le tour de ses bras, un enfant de quatre ans, un enfant qui ne dément pas sa solitude, qui ne la contrarie pas, un enfant roi dans le berceau de solitude. C'est comme ça qu'on la voit d'emblée. Elle est seule avec un enfant qui ne l'empêche pas d'être seule, qui porte sa solitude à son comble, à un comble de beauté et de grâce. C'est une jeune mère. On se dit en la voyant que toutes les mères sont ainsi, de très jeunes filles, enveloppées de silence, comme la robe de lumière entre les doigts du peintre. Des petites sœurs, des petites filles. Un enfant leur est venu. Il est venu avec la fraîcheur des jardins. Il est venu dans la chambre du sang, comme une phrase emmenée par le soir. Il a poussé dans leurs songes. Il a grandi dans leurs chairs. Il apportait la fatigue, la douceur et la désespérance. Avec l'enfant est venue la fin du couple. Les mauvaises querelles, les soucis. Le sommeil interdit, la pluie fine et grise dans la chambre du couple. C'est le contraire de ce qu'on dit qui est le vrai. C'est toujours ce qui est tu, qui est le vrai. Le couple finit avec l'enfant premier venu. Le couple des amants, la légende du cœur unique. Avec l'enfant commence la solitude des jeunes femmes. Elles seules connaissent ses besoins. Elles seules savent le prendre au secret de leurs bras. La pensée éternelle les incline vers l'enfant, sans relâche. Elles veillent aux soins du corps et à ceux de la parole. Elles prennent soin de son corps comme la nature a soin de Dieu, comme le silence entoure la neige. Il y a la nourriture, il y a l'école. Il y a les squares, les courses à faire et les légumes à cuire. Et que, de tout cela, personne ne vous sache gré, jamais. Les jeunes mères ont affaire avec l'invisible. C'est parce qu'elles ont affaire avec l'invisible que les jeunes mères deviennent invisibles, bonnes à tout, bonnes à rien. L'homme ignore ce qui se passe. C'est même sa fonction, à l'homme, de ne rien voir de l'invisible. Ceux parmi les hommes qui voient quand même, ils en deviennent un peu étranges. Mystiques, poètes ou bien rien. Étranges. Déchus de leur condition. Ils deviennent comme des femmes: voués à l'amour infini. Solitaires dans les fêtes auxquelles ils président. Tourmentés dans la joie bien plus que dans la peine. Ce qui pour un homme est un accident, un ratage merveilleux, pour une femme est l'ordinaire des jours très ordinaires. Elles poursuivent l'éducation du prince. Elles s'offrent en pâture à l'enfant, à ses blanches dents de lait, coupantes, brillantes. Quand l'enfant part, il ne laisse rien d'elles. Elles le savent si bien que les mauvaises mères essayent de différer la perte, d'allonger les heures, mais c'est plus fort qu'elles. Les animaux se laissent manger par leurs petits. Les mères se laissent quitter par leurs enfants et l'absence vient, qui les dévore. On dirait une loi, une fatalité, un orage que personne ne saurait prévenir. L'ingratitude est le signe d'une éducation menée à son terme, achevée, parfaite en sa démence. On pense à tout cela, assis à côté de la mère et de son fils, dans le hall de Lyon-Part-Dieu. On pense aussi beaucoup à Fra Angelico, à la douceur des jardins parfumés, au vent de sable dans la gorge des prophètes, aux herbes folles dans les pages de la Bible. La figure du Christ est belle, c'est le visage amoureux de qui ne part jamais, de qui reste pour toujours auprès de vous, malgré la grêle, malgré l'injure. Mais quand même, c'est évident, ce n'est pas la figure centrale. Dans la rosace du temps, tremble un visage plus beau, plus exténué de transparence, celui de la mère, celui de la petite fille qui enfante Dieu et les jardins bruissants de lumière. Si on devait dessiner l'intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d'une jeune mère, n'importe laquelle. De même si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée. Vous regardez cette jeune femme. Vous regardez en elle les femmes qui vont pieds nus dans la Bible, comme celles qui se hâtent dans les rues. Celles d'hier et celles de maintenant. Elles ont des maris. On dirait que c'est pour la vie, que c'est une chose sans importance qu'elles n'ont pas voulu fuir. Elles ont des amants. On dirait que c'est pareil, que c'est pour l'éternité, un choix, oui, mais un choix obligé, non choisi. Aux petites filles on apprend que Dieu existe et qu'il a la couleur de leurs yeux. Alors elles le croient. Alors elles attendent. En attendant, pour passer le temps de vivre, par impatience ou pour faire comme leur mère, elles se marient. Dès ce jour Dieu s'en va. Il déserte la maison, comme un qui ne trouve plus le repas ou le silence à son goût. Il s'en va pour toujours. Il laisse en s'éloignant l'attente qu'elles ont de lui. C'est une attente immense.
C'est une attente à quoi personne ne sait répondre. On touche là à la démence. Dans l'attente amoureuse des jeunes femmes, dans cette passion purifiée par l'absence, on touche à quelque chose comme la folie. Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse. Les hommes retiennent toujours quelque chose auprès d'eux. Jusque dans les ruines, ils maintiennent une certitude - comme l'enfant garde une bille dans le fond de ses poches. Quand ils attendent, c'est quelque chose de précis qu'ils attendent. Quand ils perdent, c'est une seule chose qu'ils perdent. Les femmes espèrent tout, et puisque tout n'est pas possible elles le perdent en une seule fois - comme une manière de jouir de l'amour dans son manque. Elles continuent d'attendre ce qu'elles ne croient plus. C'est plus fort qu'elles. C'est bien plus fort que toute pensée. C'est dans cette nuit qu'apparaissent les enfants. C'est dans ce comble du désespoir que naissent les sources d'enfance. Les enfants, c'est une maison de chair. On l'élève au plus haut de soi-même. On regarde ce qui se passe. On assiste à la croissance de cette maison d'âme de l'enfant, on n'en revient pas. C'est une énigme dans le plein jour. C'est l'énigme de vivre une vie qui n'est plus tellement la vôtre, qui n'est plus guère celle de personne. Le mari est loin, maintenant. Il est plus loin qu'à l'instant de la rencontre. Il est plus loin que le premier venu. Il y a les enfants et puis il y a le mari, l'enfant vieilli, l'enfant supplémentaire. Il y a toutes ces vies à mener en même temps, et aucune n'est la vôtre. C'est comme dans la Bible, les jeunes femmes de Palestine, hier, maintenant: elles relèvent le Dieu dans la poussière du temps, dans le vieil or des jours. Elles lui lavent la tête, le bercent de chansons, l'enveloppent de lin blanc. Elles le raniment avec du seigle et du vin. Elles attendent. On ne sait pas ce qu'elles attendent. L'amour enfui de la maison, elles le retrouvent au clair d'une larme ou d'un fou rire. Au besoin elles l'inventent. Elles vont parfois le chercher au-dehors. Elles répandent le ciel pur de leurs yeux sur le monde. Elles prennent des amants. Mais aucun amour n'approche en lumière celui qui les penche sur l'enfant. Personne d'autre ne peut venir à la place vidée par Dieu. Personne ne sera aimé par elles comme l'enfant de la promesse déçue, de la parole parjure. La jeune femme assise à côté de vous a installé l'enfant sur ses genoux. Elle lui parle de tout et de rien. Elle mène la conversation infinie, ininterrompue dans la rumeur des passants. Tu vois, ce pull que j'ai acheté, eh bien il est trop cher, dans un autre magasin j'ai vu qu'il était à moitié prix, tant pis, je suis contente, tu veux un chocolat, écoute, on est juste au-dessous des trains, tu entends le bruit que ça fait, c'est un train qui passe, on a une heure à attendre, tu n'as pas froid, je vais te mettre ta capuche et je vais te manger, mon trésor, mon petit poisson, mon amour, mon amour. Elle mène de front, dans le même souffle, le dialogue des amants, celui des vivants et des morts, le dialogue en abîme des solitudes. On pense: les enfants naissent des femmes. Les femmes naissent des femmes. Il reste aux hommes le travail, la fureur imbécile du travail, des carrières et des guerres. Il reste aux hommes le reste. On regarde cette jeune femme peinte par Fra Angelico dans le hall venteux de Lyon-Part-Dieu. On la regarde avec légèreté, sans danger d'un amour. Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de vous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible. Mais ce n'est pas le cas. Cette jeune femme est tout entière occupée par son enfant, envahie d'un amour abondant, sans réserve. Si totalement brûlée d'amour qu'elle en est lumineuse, et que son visage suffit à éclairer le restant de votre journée, tout ce temps à tuer avant le train à prendre, avant le jour de votre mort.

 © Gallimard,

Il m'est impossible de commenter Bobin,il suffit de le lire...Un pur plaisir.

Je me suis permise de copier/coller  ces premières pages car elles  figurent sur la toile...(source: site Littérature et compagnies)

http://www.litt-and-co.org/accueil.htm

 

mardi, 29 avril 2008

La Nuit des temps de Barjavel

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Simon est un médecin français, travaillant sur le continent Antarctique. Il est à deux doigts de rentrer après trois ans de mission sur le continent blanc, lorsqu’une épidémie de rougeole dans la base ainsi que son amitié pour le chef de mission l’obligent, pour remplacer un collègue malade, à prendre part à l’exploration de la parcelle 612 du territoire réservé à la France. C’est aussi la possibilité de tester une nouvelle sonde, bien plus précise.

C’est alors que les sondages révèlent, à plus de 1000 mètres, une forme bien trop ronde et des contours bien trop réguliers pour qu’il s’agisse de quoi que ce soit d’origine naturelle. D’autant plus qu’à cette profondeur, les roches et la glace dâtent de 900.000 ans... Est-ce d’origine terrestre ou non ? La structure est bien là. L’équipe décide d’alerter les instances internationales...

La nuit des temps n’est pas un roman de SF comme les autres, l’aspect SF n’étant qu’un décor pour que BARJAVEL nous fasse sa déclaration. Cette déclaration est un grand cri d’espoir, au vu des dernières pages du livre. Il est vrai que les hommes de tous temps restent des hommes, et qu’il y aura toujours des gens sans scrupules qui en voudront toujours plus, même si le bonheur est là.

Ce livre est l’histoire d’un amour, d’une souffrance. Une critique de notre société [écrit dans les années 60, avant mai 68]. Ce livre de Barjavel  La Nuit des temps est vraiment extraordinaire plus qu’un roman de science fiction ou qu’une histoire d’amour, c’est une vrai critique de notre monde moderne. Un peu compliqué je l’avoue,  rien n’est explicite dans ce livre.

Derrière une histoire d’amour ,de haine, et de conflit politique ,Barjavel décrit notre monde et la nature humaine.

Merci à Bebouh de m'avoir offert ce livre.

lundi, 18 février 2008

Le Sac à main Marie Desplechin

e07f0e77e2081fce725486dcf15d26b7.jpgQuatrième de couverture:

Une femme dresse l'inventaire de son sac à main.Un bâton de rouge à lèvres,un paquet de mouchoirs,un agenda,une liste de courses,un préservatif,une boîte d'allumettes...Chaque objet évoque une histoire,des visages,des voyages,des rêves enfouis;chacun reflète la vérité intime d'une femme en quête d'elle-même.

Une belle lecture divertissante,légère pour une collectionneuse d'objets que je suis.Chaque objet renferme un secret,une histoire ,une anecdote et l'association de tous ces objets offre un beau portrait de femme.Le sac à main devient la mise en abyme d'une vie de femme dans ses tourments,son vécu,ses secrets.Je reste un peu tourmentée par la vision de Lars,j'imaginais une autre fin.

Je connais peu Marie Desplechin,je n'ai lu d'elle que des extraits d'oeuvres de jeunesse.J'aime beaucoup sa façon d'écrire,de rendre beaux des objets très simples.

Les illustrations d'Eric Lambé sont très épurées,autant que les objets mais le choix des mots de Desplechin apportent une épaisseur à ces objets insignifiants,ces bribes du passé.

L'association texte et dessins me rappelle un livre d'Annie Ernaux L'Usage de la photo sur un autre thème ,je m'empresse de le lire.

Ce sac à main est aussi riche d'humanité ,de poésie,de bonnes pensées que celui d'une autre fille: Bel-Gazou que je remercie vivement .Ce livre est un livre voyageur ...

vendredi, 01 février 2008

Une lueur...

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Je me rends dans une librairie,je feuillette,je caresse le papier...J'attends une rencontre...puis un livre mis à l'honneur "A la découverte d'un écrivain du Nord-Pas-De-Calais" :Chambre à part de Catherine Ternynck.

Que se passe-t-il dans cette « chambre à part » qu’est le cabinet du psychanalyste ? Comment
évoquer ce qui s’y tisse et s’y dit, dans le secret et l’intime, sans voyeurisme ? À travers un récit
aux vraies qualités littéraires, avec tact et pudeur, Catherine Ternynck s’est livrée à l’exercice.
Comme elle l’écrit : « Dans une chambre, on passe l’essentiel d’une vie. On y vient au monde et le
plus souvent on y meurt. On y meurt. On y rêve, ce qui laisse penser qu’on y dort. On s’y repose,
on vient y lire ou y pleurer. On s’y déshabille et on s’y étreint. La chambre abrite nos espoirs, nos
remords, nos chagrins et nos fièvres. Elle escorte nos enfances et nos âges. Elle est notre espace
privé, la part la plus gardée de nous-mêmes. Elle est le lieu des aspirations les plus secrètes, des
plus intimes métamorphoses, des alchimies les plus fécondes, de toutes les correspondances...La
chambre, c’est peut être la mère d’autrefois, ce qui reste de la mère quand elle est oubliée. Voilà
pourquoi il est bon de s’y retirer de temps en temps. »
Un superbe récit, où passent des facettes de la souffrance humaine et l’exigence d’une main
tendue. Un auteur à découvrir.
Ce livre a obtenu le prix du Furet du Nord 2007 et est précédé d’une préface de l’écrivain Colette
Nys-Mazure.

L’auteur
Psychanalyste, docteur en psychologie, Catherine Ternynck est membre de la Société
psychanalytique de Paris et du Centre d’éthique de l’Université catholique de Lille.

Ce livre est une véritable bouffée d'air pur,une lueur d'espoir,je vous en parle très prochainement plus longuement,je savoure le plaisir à chaque page,sa poésie...

Je lis moins mais grâce à ce livre je renoue avec mon plaisir...même si mon esprit ces jours-ci semble englué ...

 

Cathulu et Cuné sont tombés sous le charme également.



 

vendredi, 30 novembre 2007

Grâce et dénuement d'Alice Ferney

a06781bdf318957338fd00281e3cc0b7.jpgLa quatrième de couverture:

"Eux,c'est une famille de gitans installés illégalement sur un terrain vague de la banlieue parisienne,ils n'ont rien d'autre que "leur caravane et leur sang".Elle,c'est une bibliothécaire douce et généreuse,une "gadjé",qui a l'amour des livres.

Le roman raconte leur rencontre inattendue,lorsque la jeune femme décide d'initier les enfants du camp au plaisir de la lecture."

Ce livre est l'histoire d'une belle rencontre entre deux mondes différents et qui ont pour habitude de s'ignorer.Leur entremêlement est surprenant et agréable à découvrir.On apprend à mieux connaître le monde des Gitans,leurs us et coutumes,leurs propres codes...on s'interesse aux enfants porteurs d'avenir et à celle qui va leur ouvrir la porte de la culture ,Esther,grâce à la lecture.

La beauté des lettres et des livres face au "peuple du long chemin",le peuple Rom dans sa misère quotidienne.Les personnages sont attachants ,Angeline notamment "la vieille "du camp.Pas de poncifs ,juste une belle plume pour nous conter cette rencontre.Je ne connaissais Alice Ferney que de nom,j'ai aimé ce livre et j'ai envie de connaître sa bibliographie .

En lisant ce livre,je me suis souvenue du film de Mike Newell Le cheval venu de la mer

6dbbd32529f9e767efcc7c873dcc8e8f.jpgAutrefois nomade, Papa Reilly (Gabriel Byrne) était même considéré comme le roi des Bohémiens irlandais. Mais tout a changé le jour où son épouse est morte en donnant naissance à leur second enfant. Depuis, il s’est fixé dans la banlieue pauvre de Dublin où il tente d’élever ses enfants en noyant son chagrin dans l’alcool. Un jour, Grand-père Reilly vient en roulotte leur rendre visite, accompagné d’un cheval blanc. Il prétend que l’animal est sorti de la mer, et qu’il est enchanté…

Le Cheval venu de la mer (Into The West) est né de l’enthousiasme combiné de plusieurs artistes talentueux : le réalisateur anglais Mike Newell (on lui doit Quatre mariages et un enterrement ou Donnie Brasco), l’Irlandais Jim Sheridan (lui même cinéaste de My Left Foot et Au nom du père), auteur ici d’un scénario adapté du roman de Michael Pearce, et de l’acteur irlandais Gabriel Byrne, impliqué dès le début du projet en tant que producteur et interprète principal. Tourné en décors naturels à Dublin et dans les contrées sauvages de l’Ouest de l’Irlande, ce film magnifique a la particularité de juxtaposer une réalité sociale extrêmement dure et la magie des contes de fées. Le Cheval venu de la mer évoque également la culture méconnue des Bohémiens irlandais, leurs traditions et leurs légendes. La distribution est exceptionnelle : Gabriel Byrne est entouré d’Ellen Barkin, son épouse à l’époque, de Colm Meany et Brendan Gleeson, et de jeunes comédiens épatants comme Ciaran Fitzgerald et Ruaidhri Conroy. Cette histoire universelle et émouvante s’adresse à toutes les générations.

 

 

mercredi, 21 novembre 2007

Un abandon...

Je n'ai pas réussi à lire Tom est mort de Marie Darrieussecq non pas pour une question de qualité littéraire mais parce que ce livre me bouleverse...Je pense reprendre ce livre à un autre moment.Ce livre m'a profondément perturbée au point de ne plus bien dormir.Je crois bien que c'est la première fois qu'un livre ait cet impact ,je me sens cruche...un sentiment étrange...Avez-vous déjà eu ce sentiment face à un livre?

De la légèreté...j'ai besoin de légèreté...et si un Bobin tombait à point...

Ce livre part en voyage,j'espère qu'il n'aura pas le même effet sur son destinataire3c622e79a885f767d61e575b679acac4.jpg...

Petite brocante intime de Delerm,Convard,Chaboud et alii

3172ae310626bb04b3e5bb753e65e563.jpg"Au détour d'une brocante ou dans un coin de grenier,nous sommes tous tombés en arrêt un jour ou l'autre devant l'un de ces objets anodins qui,pour quelque raison étrange,font partie de notre mémoire.Un nain de jardin,une poupée de coquillages,un pliant de camping,des osselets ou la trompe en forme de corne de vache qu'on trimballait partout,en se prenant pour un aventurier...

Un soir lors d'un dîner,nos huit auteurs,qui sont également huit amis,s'amusent à évoquer les objets de leur jeunesse.Ainsi est né le projet de cette petite brocante intime,chacun racontant l'histoire de ses objets préférés,objets sans importance,ridicules ou émouvants."

Ce livre est un petit bijou...Voici un extrait où Didier Convard évoque le papier buvard...

J'ai conservé de mon enfance quelques images douloureuses.Des petits riens qui crissent encore dans ma mémoire quand l'esprit se fait nostalgique.Dans ces souvenirs fragiles,un plaisir étrange se mêle à des sentiments disparates dans lesquels je me complais,cherchant à travers d'insignifiantes douleurs le gamin timide et maladroit que j'étais.(...)

Le seul espoir qui me restait,le réconfort,la consolation,c'était mon buvard...

Ce buvard rose et moelleux absorbait mes erreurs,mes ratures,mes maladresses,s'étiolant,se noircissant et s'effilochant au long des heures d'écriture.(...)

Douillet,tendre et bariolé,mon buvard était un tapis volant.

Il vole encore parfois dans ma mémoire.(...)Usé et sali,ses coins déchirés,sa couleur rose passée,il m'apparaît dans ces soirs d'automne un peu tristes,quand un gamin qui me ressemble ouvre la trappe de mon grenier à souvenirs et passe sa tête pour regarder ce que l'on devient avec le temps"

Didier Convard.

 

mercredi, 14 novembre 2007

Elle n'est plus...

"Béatrice Saubin est née en Septembre 1959 à Rommilly-Sur-Seine. Abandonnée par sa mère, trop jeune pour l’élever, elle grandit avec sa grand-mère dans ce coin reculé de la France. Son enfance ne fut pas facile (elle tombe en dépression très jeune), et l’envie de fuir, voyager, s’ouvrir au monde viennent à la jeune fille de 15 ans ... Au fil de son adolescence, une passion pour l’Asie l’envahit et ne la quittera plus jamais. Du haut de ses 16 ans, elle quitte, pendant plusieurs mois sa ville natale qui l’étouffe pour partir à l’aventure, à pieds ( !) : elle découvre l’Italie et la Grèce, passages obligés pour atteindre son but ... l’Orient. Elle pénètre les secrets d’Istanbul, l’ivresse du voyage lui donne vie et ne l’arrête plus ; elle continue son chemin jusqu’au Liban ... L’Orient la transforme, lui inculque des valeurs jamais rencontrées en Occident, la valeur du Temps, de la Distance qui sépare les personnes, mais ne permet pas la perte d’une personne chère, ... Pourtant, septembre approche avec la rentrée ... retour à Romilly.

A partir de son premier périple, Béatrice Saubin ne peut plus vivre en France avec sa Grand-mère qui lui mène la vie dure. Béatrice rêve de Découverte, de Passion, d’Ivresse, de Voyages, d’Aventures ... Plus que jamais, elle ne peut résister à l’appel de l’Orient qui vibre en elle. Elle repart. Elle a 18 ans. Direction l’Inde. Passage à Istanbul, traversée de l’Iran, de l’Afghanistan, du Pakistan, puis enfin ... l’Inde.

Ses pensées, sensations, craintes et découvertes nous sont transmises, elle s’imprègne de tout ce qui s’offre à elle, ce qu’elle voit, ce qu’elle sent ... elle nous donne son voyage, l’impression de le vivre nous vient, ses paroles nous ouvrent à d’autres horizons ... L’envie, à laquelle on essaye de résister, nous prend soudainement, de partir, de la suivre ... Elle poussera sa curiosité jusqu’à la Thaïlande avant de revenir en France pour travailler afin de pouvoir repartir au plus vite. De nombreuses aventures construiront cette jeune française tout au long de ses voyages, pour le moins, fantastiques et fascinants.

Elle n’a pas 20 ans quand elle repart à Bangkok et découvre ensuite la Malaisie. Elle y rencontrera un Chinois avec qui elle vivra une folle passion. Passion qui comme son nom l’indique, la mènera à vivre la souffrance et l’enfer ... Eddy est le nom de ce Chinois qui lui redonnera goùt à la vie après un chagrin d’amour. Ils vécurent une passion dévorante, il lui promit de l’épouser à Paris ... pour celà, il lui offrit une valise (elle qui avait horreur des valises .. ) pour qu’elle l’attende à Paris, le temps qu’il règle quelques affaires professionnelles. Pourtant, le jour de son départ, le 27 Janvier 1980, Béatrice Saubin est arrêtée à l’aéroport de Bayan-Lepas avec 534 grammes d’héroïne dissimulés dans un double-fond de sa nouvelle valise ... Elle a 20 ans. Le traffic de drogue en Malaisie est puni par la mort par pendaison.

Pendant deux ans où elle avait le statut de Préventive à la prison de Penang, avec l’aide d’un avocat du pays, elle prépara son procès. Ces deux ans cloîtrée dans une prison où elle ne connaissait pas même la langue des gardiennes et des prisonnières, et où elle était l’unique "Blanche", lui permettra de faire des rencontres fondamentales à sa survie lors des années futures ...

b1e9d9816cd0780fe9bbfbbacc8b7481.jpgLe 17 Juin 1982, après six jours de procès où Béatrice clame son innocence, elle est condamnée à mort par pendaison. Elle a 23 ans. Coupable, aux yeux de la justice malaise, elle est coupable d’un traffic dont elle ignore tout. Je vous parle de faits concrets, réels et vécus. Pourtant le plus fou n’est point celà, ce qui nous trouble au plus profond de nous, c’est ce qu’elle nous dit : elle nous transmet et nous décrit tout ce qu’elle ressent à l’instant présent, au moment du verdict, ce qu’elle vit, sa douleur, et ses questions qui ne cessent plus de fuser ...

C’est bien différent d’une biographie où l’auteur parle à la troisième personne. Là, le ""je" est l’unique fil conducteur du livre. On pénètre une sorte de journal intime. On en a plein nos yeux, et pourtant si, c’est bel et bien vrai, c’est ELLE, son être ... Non seulement elle nous ouvre des portes toujours fermées comme celles des prisons, celles des histoires de femmes brisées, celles de la décadence et de l’horreur, mais surtout, ses portes en Elle, elle s’est ouverte au Monde oriental, comme dans ce livre où elle nous confie sa vie, à nous pauvres lecteurs, plus de 25 ans après les faits ...

Par miracle, un grand avocat français, suite à l’appel désespéré de la Grand-mère de Béatrice, vient au secours de la jeune femme, et le 25 Août 1982, Béatrice Saubin entend ce mot "LIFE" de la bouche de trois juges au sein de la Cour Suprême.

Vivante, après deux mois de pensées mortelles, de cauchemars de cordes et de potences, deux mois pendant lesquels elle avait perdu tout espoir de vie et d’avenir, deux mois d’attente de la Mort. Béatrice Saubin, ne sera donc pas condamnée à mort, mais passera 10 ans de sa vie en Prison en Malaisie pour avoir aimé et s’être fait manipulée ... Elle sortira de prison le 5 Ocotbre, elle a 30 ans.

Ce vécu, nous transperce de courage, d’espoir et d’Amitié, une histoire qui reste gravée dans votre mémoire ..."

 

C'est le premier livre de "grands" que j'ai lu à la pré-adolescence,plus précisément c'était celui de Didier Decoin qui relatait l'histoire de Béatrice saubin...elle nous a quittés ce soir...c'était le seul livre qui est entré dans ma maison de petite fille car papa et maman n'achetaient pas de livres sauf ceux demandés par l'école...Ce livre c'est celui qui m'a donné le goût d'en ouvrir des tas d'autres ensuite...

Mirontaine émue ce soir en apprenant la nouvelle...

mercredi, 24 octobre 2007

Cercle de Yannick Haenel

85f97a94dcdbbcf978659ef971e6b051.jpgQuatrième de couverture:

Un homme décide ,un matin,de ne plus aller à son travail.Il rompt ses attaches et se met à errer librement dans Paris.Il découvre ce qu'il nomme "l'existence absolue".Des phrases ruissellent dans son corps;des extases surgissent à chaque instant.Il rencontre une danseuse de la troupe Pina Bausch,qui l'ouvre à la dimension poétique.

Cette expérience de liberté lui donne accès à un étrange phénomène-l'évènement-,dans lequel se concentrent à la fois le secret de la jouissance et la destruction qui régit le monde.

Son odyssée le conduit à travers l'Europe de l'Est.Elle passe par Berlin,Varsovie et Prague,et fait l'épreuve de l'invivable contemporain.Elle réveille la mémoire du mal:le "cauchemar de l'Histoire" dont parle Joyce,mais aussi un monde qu'il est possible de réenchanter par l'opération érotique des phrases.

J'ai décidé de lire ce livre suite à sa présentation sur un plateau de Beigbeder.Le nombriliste  avait lu l'incipit et ce thème de l'odyssée qui réunit la marche et l'amour,l'écriture et la vie ,m'interessait.

On le décrivait comme le roman audacieux de la rentrée...très audacieux en effet cette manière de rénchanter le monde en réinventant la paganisme mystique.

Alors , je n'ai pas été très sensible à ce réenchantement,j'étais très mal à l'aise avec l'expérience du néant (l'épisode de Berlin notamment),cette odyssée tourne en rond,normal me direz-vous selon le titre...mon avis est mitigé;j'ai aimé toute l'intertextualité qui ponctue le texte(Dostoïevski,Lautréamont,Rimbaud...),mais suivre cet auteur illuminé est parfois bien difficile...

J'aimerais partager mon opinion et affiner mon point de  vue mais je n'ai pas croisé d'avis sur ce livre chez les frères et soeurs de Mirontaine.

Je préfère de loin la poésie d'un Claudel ou encore la légèreté d'un Bobin voire le talent d'un Pennac à la transfiguration d'Haenel...

dimanche, 14 octobre 2007

Ma rencontre avec Claudel

ca45fc7ba554124192ae62d19e878513.jpgLa Petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

Présentation de l’éditeur
Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n’emportant avec lui qu’une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l’enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang Diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés.
Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d’autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s’ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un cœur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l’amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques.

Biographie de l'auteur
Philippe Claudel est né en 1962. Son roman Les âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire) a été traduit dans vingt-deux pays.
Je ne connaissais cet auteur que de nom,je n'ai pas lu Les Ames grises ni vu le film.C'est avec un regard neuf que je découvrais cet auteur.Le thème de l'exil m'est cher,ce rapport du vieil homme à l'enfant est très dense ,c'est un roman très tendre,très délicat.J'aime le style de Claudel,il a une vraie plume..."la grâce et la limpidité des grands classiques" en effet.
Merci à Naniela de m'avoir prêté ce livre.