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jeudi, 16 juillet 2015

La Petite lumière d'Antonio Moresco.

 

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Un petit livre jaune, aperçu ça et là, paru chez Verdier, une maison d'édition que j'apprécie tout particulièrement...

Un homme souhaite disparaître et se réfugie dans un hameau désert où il est le seul habitant.

Il observe le monde englouti par l'obscurité.Il a fui un ailleurs difficile que la narration tait mais que l'on devine et l'homme s'offre ce repli. Peu à peu, la nature devient aussi angoissante que le monde des hommes qu'il a fui. Le temps semble suspendu dans l'attente d'une tempête. Les paysages reflètent les maux de l'âme. Les mondes du végétal et de l'animal s'animent et miment à eux-seuls les cycles de la vie.

Et puis au loin cette petite lumière. Source de vie ou de mort? La lumière est celle que l'enfant allume chaque soir, à la nuit tombée pour chasser la peur.A mi-chemin entre la fable et la méditation, Antonio Moresco insuffle le mystère très délicat autour de cette petite lumière avec une puissance imaginaire des plus inspirées.

Fragment d'un écrit plus ample auquel l'auteur s'attelle depuis plus de trente ans, La Petite lumière est un don d'intimité. L'univers est singulier et rappelle le pouvoir de la littérature de s'affranchir des frontières entre rêve et réalité et cette liberté qu'a le lecteur de percevoir entre les mots.

Traduit par Laurent Lombard, Verdier, Décembre 2014.

 

mardi, 24 mars 2015

Je suis en bois de Giulia Carcasi.

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"Nous autres femmes sommes ainsi faites, nous nous imaginons que tout dépend de nous, qu'il suffirait de déplacer une virgule pour changer le destin."

Une sonate à deux voix, celle de Giulia, la mère puis celle de Mia, sa fille de  dix-huit ans.

La jeune fille s'étourdit chaque samedi dans une foule d'endroits et de visages. Et puis le dimanche "tire une gueule" de famille. La communication est rompue entre les deux femmes.

A la lecture d'un journal intime, les deux voix vont se superposer pour confier les impressions de deux générations distinctes. La mère évoque cette jeunesse des filles de porcelaine, celle des filles considérées comme des jolies sottes à l'époque où une femme sans hommes n'est même pas une moitié. Giulia  parle de ce manichéisme où la femme était soit putain ou épouse. L'époque de celle qui fait l'amour en catimini un après-midi et celle de la jeune fille qui rentre le lendemain.

L'amour perçu comme un sacrifice social pour la mère, qui sait désormais que manger sain ne la sauvera pas, alors autant manger fou.

L'échange n'est pas simple entre les deux femmes parce que "nous fantasmons sur ce qui se passe derrière les portes des autres, nous nous persuadons que notre vie dans un autre cadre se serait déroulée autrement, nous cherchons d'autres pères, d'autres mères, les protections que nous n'avons pas eues. Nous nous en prenons au destin, qui nous a fait naître ici plutôt que là, parce qu'il faut bien s'en prendre à quelqu'un. Parce que rien n'est pire que l'idée, partant d'hypothèses différentes, que les choses se seraient passées de la même façon."

 

C'est l'histoire de deux personnes qui se superposent brièvement, de celles qui ne veulent pas reproduire les erreurs de leur mère, mais qui en font d'autres, puis chacun reprend son histoire et son chemin.

"J'avais enfin une nouvelle maison, sans les silences de mon père ni les faiblesses de ma mère. J'avais chaque jour un devoir à accomplir pour cette liberté[...]".

Naît-on silencieuse ou le devient-on? Passer d'un silence à un autre, celui des familles, celui des secrets, des blessures, celui de la bouche close d'un homme, non plus un père mais un mari. Les paroles sont en quantité déterminée, peut-être les erreurs d'une mère se poursuivent-elles dans la sang des enfants?

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Un beau roman choral sur la féminité et en creux un silence d'une douleur profonde, celle d'un aveu difficile.

Traduction de l'italien par Marianne Véron.

mardi, 27 mai 2014

Traverser les ténèbres d'Helena Janeczek.

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"Ma maman est une mère comme tant d'autres. Peut-être est-ce moi qui suis bizarre, trop faible, moi qui prends la mouche pour des mots dictés par la colère et le besoin de se défouler, des mots qu'elle, elle oublie tout de suite après les avoir prononcés. Ma maman, comme beaucoup d'autres mamans, aurait aimé avoir une fille un peu différente."

La narratrice, dont la mère juive polonaise, a survécu à la Shoah, s'interroge sur la transmission des connaissances et des expériences. Toute la vie de l'auteur est traversée par ce mutisme face à l'indicible. La mère est exigeante, pugnace face à l'adversité. Elle désire transmettre à sa fille toute l'abnégation nécessaire face aux dangers, réels ou imaginaires, de l'existence.Une mère qui essaie de faire passer à travers le sang les subterfuges pour surmonter les craintes.

L'Allemagne, terre d'adoption lui semble étrangère, si éloignée de sa culture intrinsèque. Elles accomplissent ensemble un voyage à Auschwitz-Birkenau. Le récit pudique du chaos des camps laisse entrevoir une tendresse infinie entre la mère et sa fille.

Comment briser le silence? Comment surmonter l'angoisse face à la peur? Que deviennent vraiment les survivants? Helena Janeczek plonge au coeur des ténèbres et offre au lecteur la possibilité de regarder l'abîme et la terreur infiltrée dans les os.

Roman traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, Avril 2014.

mercredi, 05 mars 2014

Sofia s'habille toujours en noir de Paolo Cognetti.

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Roman kaléïdoscope où en dix nouvelles, le romancier italien recompose l'histoire d'une famille italienne par le prisme de ceux qui la compose: Sofia,, jeune fille insaisissable toujours vêtue de noir, Rossana la mère maniaco-dépressive et Roberto, ouvrier chez alfa roméo, le père malade de la vie et du travail.

Le roman s'ouvre sur le couple Rossana et Roberto: ils s'aiment, se déchirent et trouvent en la fuite un remède à leur désamour. Roberto, ingénieur mécanicien incarne l'homme italien dans toute sa splendeur, de sa quête permanente de réussite, de la femme idéale jusqu'à l'invitation inopinée dans son corps d'une bombe à retardement qui le ronge.

Paolo Cognetti excelle dans l'art du nouvelliste pour retracer la vie de Sofia mais tout l'intérêt réside dans les non-dits des saynètes.Absence de chronologie, les récits courts proposent une palette impressionniste de cette vie italienne.

La multiplication des focalisations, des lieux, des instances narratives peuvent dérouter mais on reconstruit assez aisément le fil d'une vie.

Ce roman est à sa manière une jolie illustration d'une chanson d'Alex Beaupin "Vite" car c'est la vitesse des événements qui surprend le lecteur par le biais des ellipses narratives où chaque mot revêt une grande profondeur.

Et Sofia alors? Elle devient comédienne, une jolie mise en abyme du livre lui-même. Elle est le personnage solaire de tous ces figurants du roman.

"Tu promènes tes identités telles de petites soeurs bagarreuses". Jeune fille anarchiste, Sofia devient le point d'interférence entre sa colère, celle de l'Italie, de l'Histoire des années de lutte et de plomb.

Paolo Cognetti a un grand talent et manie les mots avec beaucoup d'habileté: sous couvert d'un thème psychologique et sociologique,le romancier propose un roman habilement construit, de manière originale sur une société en difficulté à l'image d'une seule et même personne emblématique du mal de l'époque:Sofia.

Un très beau labyrinthe de mots à découvrir!

Roman traduit par Nathalie Bauer.

En écho:


Alex Beaupain en Télérama répèt' Session (2/2... par telerama

 

vendredi, 18 octobre 2013

Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri De Luca.

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"J'avais la petite chambre où je dormais sous les châteaux de livres de mon père. Ils s'élevaient du sol au plafond, c'étaient les tours, les cavaliers et les pions d'un échiquier placé à la verticale. La nuit, des poussières de papier entraient dans mes rêves."

Le jeune garçon a dix ans. Il passe trois mois, chaque été, sur un petite île italienne. Cet été là, le rempart des livres s'est écroulé et il a commencé à pleurer. Il apprend la douleur de la vie. Cette sensibilité qui le rend tout à coup coupable face au monde. Il découvre l'amour, cette énergie qui a besoin d'autrui, sentiment étrange pour ce jeune solitaire qui se suffit à lui même.

C'est un très beau récit autobiographique sur la naissance du sentiment amoureux, la perception du corps mais aussi une jolie parabole de la justice. Erri De Luca nous conte l'opposition de l'enfant face au monde des adultes.

Sur l'île, la vie est sauvage, sans heures, l'hygiène simplifiée, la chevelure  est un  buisson indiscipliné. L'île étouffante devient le lieu de la liberté.

Livre gracieux qui ramène à l'enfance et invite une deuxième fois le passé. Erri de Luca convoque les absents, plante autour de lui les personnes d'une deuxième rencontre. Ce retour sur un événement du passé donne une allure plus vive et plus essentielle de la vie.

C'est un récit des sensations; les sensations qui à leur tour deviennent les formats propices aux apprentissages.

Sur l'île, on apprend en observant le métier noble des pêcheurs. La mer n'enseigne rien, elle fait à sa façon.

Roman publié chez Gallimard, traduit par Danièle Valin.

Merci à l'équipe de Libfly, livre lu pour le prix Jean Monnet 2013, Salon des littératures européennes de Cognac.

jeudi, 17 octobre 2013

Légère comme un papillon de Michela Marzano.

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Michela Marzano, philosophe italienne, nous livre dans Légère comme un papillon un texte fort singulier à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai philosophique.

"Car nous allons tous mal, chacun à notre manière. Et la nuit, je continue de me réveiller en sursaut. Je me prends à penser à tout ce que je n'ai pas fait, à tout ce que je devrais faire et que peut-être je ne ferai jamais. La peur de ne pas y arriver ne me lâche pas. Et parfois, je ne parviens pas à dormir."

Lorsqu'elle était jeune fille, son souhait était de devenir aussi légère qu'un papillon. Forte de sa propre expérience de l'anorexie, elle occulte toute la dimension dramatique du sujet, souvent distillée dans les écrits sur cette thématique. Je pense à Delphine de Vigan, Camille de Peretti, Nothomb qui se diffèrent à mon sens de l'écriture sublimée de Valérie Valère.

C'est toute la différence de Michela Marzano. Loin du rituel du vide et du plein, l'auteur raconte son quotidien auprès d'un père exigeant qu'elle cherche à satisfaire en se comportant en excellente élève.

"C'est le symptôme d'une parole qui ne parvient pas à s'exprimer autrement. D'un désir perdu dans la tentative désespérée de s'adapter aux attentes des autres."

Elle s'intéresse au corps, comme le vecteur d'ancrage au monde. L'anorexie est décrite comme un symptôme de l'idéal du moi, conforme aux attentes des autres. On oublie qui l'on est. Ce récit est celui d'un cri silencieux pour affirmer son propre désir en dépit du regard des autres.

Le récit est fragmentaire puisque Michela Marzano ne décrit pas les souffrances physiques anecdotiques mais accorde de l'importance aux mots qu'elle cherche. C'est un cri de vie, ce souhait de manifester la joie de vivre étouffée. C'est un langage qui surgit à la manière  de son propre parcours puisque l'auteur a appris la langue française pour fuir la langue des diktats de son père. Un très beau récit sur la force de l'être sur le paraître pour cette prisonnière du contrôle.

Certains livres vous touchent plus particulièrement et vous aident à arrêter de vous voir à travers le regard du père et de se détacher du scénario que nos parents ont écrit pour nous.

"Ce n'est pourtant qu'en tombant que l'on commence véritablement à vivre. Car on apprend alors à être vraiment présent. A côté de ce qu'il se passe. A côté de ses mots. A côté de notre désir."

Roman publié chez Grasset, puis Livre de poche, traduit par Camille Paul.


mardi, 17 septembre 2013

Le Corps humain de Paolo Giordano.

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Afghanistan, le peloton Charlie, envoyé en mission de paix. Certains mots peuvent faire fuir...et pourtant. Loin du traité d'anatomie, voici ce que nous livre le physicien et romancier Paolo Giordano après l'immense succès de son premier roman La Solitude des nombres premiers, une histoire tragique, celle de la guerre. Les corps et la chair sont omniprésents.Des corps jeunes qui partent pour la première mission de leur vie. Ils partent loin de leurs villes et de leurs vies. Paolo Giordano utilise la guerre comme symbole d'une transformation de ces jeunes gens qui ont entre vingt et trente ans.L'âge des choses vraies, d'une responsabilité naissante.

Les corps deviennent une entité compacte sous le nom de peloton Charlie. Ces corps qui ne font plus qu'un, qui exploseront sous les bombes, comme explose à son tour la notion de groupe. Des hommes comme Cederna, Mitrano, Torsu pleins d'espoirs, de rêves pour l'avenir. Une femme singulière Zampieri, parmi ces hommes, parmi cette guerre qui fera voler en éclats leurs certitudes.

Le Corps humain n'est pas simplement un roman sur la guerre. C'est un roman sur la métamorphose de l'être humain, la transformation. La difficulté de grandir et de passer au monde adulte devient le leïtmotiv de ce roman.

Texte puissant , d'une grande sensibilité sur la natation synchronisée des combats armés et ceux du quotidien. On ne peut que ressentir une empathie profonde pour ces hommes qui ne nous laissent pas indifférents, à l'heure des choix de vie.

A l'automne 2010, l'auteur fait un voyage d'une dizaine de jours en Afghanistan, avec des troupes italiennes.Voici les images...

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

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jeudi, 29 août 2013

L'Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza.

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Retrouver la plume de Goliarda Sapienza est toujours une promesse d’un grand moment de lecture. L’Université de Rebibbia retrace le séjour que fit Goliarda dans une prison en 1980.  Epuisée par les refus des maisons d’édition pour son texte L’Art de la joie  , Goliarda souhaite plus que tout se soustraire au monde du dehors et provoque son enfermement en commettant un vol de bijoux. Est-ce le désespoir qui mène cette femme sicilienne de soixante ans dans les couloirs de la prison de Rebibbia? 

L’acte de désespoir se transforme en ouverture d’esprit chez ces femmes emprisonnées mais éprises de liberté. Ce gynécée moral offre un bel hymne à la liberté, à la connaissance du monde, des femmes, de la prostituée à la voleuse et aux jeunes révolutionnaires. Goliarda Sapienza illumine le microcosme carcéral de sa plume virtuose. En grande observatrice, l’enfermement lui offre cette possibilité d’observer et d’apprendre le monde qui l’entoure. Elle emprunte les chemins de traverse, conformément à son idéologie anarchiste de ne pas être le mouton de Panurge. Sa différence est le fruit de sa richesse culturelle.

Démunie face à cette différence aux autres, elle commet ce vol pour se soustraire à la morosité de sa vie.

Face à la singularité de ses congénères, Goliarda Sapienza apprendra à mieux se connaître elle-même. L’incarcération s’apparente à l’apprentissage en plusieurs étapes de l’isolement où elle apprend à gérer son imagination à l’intégration parmi les autres détenues. Elle s’efforcera de s’adapter aux autres, au dialecte des campagnes siciliennes pour ne pas paraître trop différente des autres. Goliarda brosse des portraits attendrissants de femmes qui émeuvent par leur parcours. Giovanella qui commet un délit pour pouvoir avorter en prison notamment, Ramona et la puissance de son chant nomade féru de liberté, Roberta l’intellectuelle révolutionnaire  qui inspire énormément Goliarda. Porte voix d’une Italie en pleine mutation, Goliarda dénonce avec brio les conséquences d’une éducation de masse, dépourvue d’idéaux sociaux. La prison est la vitrine d’une Italie malade. Lieu de connaissances, Rebibbia s’apparente à une université où l’on apprend dans le dénuement. Un très beau livre humaniste à l’image de son auteur.

Roman en publication chez Attila/ Le Tripode , Septembre 2013.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

 

 

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mardi, 04 juin 2013

Le Génie de l'éléphant de Marco Missiroli.

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Un grand coup de coeur! Pourtant, j'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre. Missiroli  enchaîne les ellipses dans la narration et distille de petits indices au fil des pages pour découvrir petit à petit les secrets et mystères de ses personnages.

Pietro, ancien prêtre, propose sa candidature pour un poste de concierge dans un immeuble de Naples. L'avocat Poppi a convaincu les autres propriétaires de choisir cet ancien serviteur de Dieu comme concierge. On découvre les habitants de l'immeuble cossu par petites touches. On rencontre Fernando, jeune homme déficient mental, sous le joug d'une mamma castratrice nommée Paola. On pénètre dans l'intimité des familles notamment celles du docteur Luca Martini et son ami l'échographiste Riccardo Lisi. On apprend beaucoup grâce à l'extravagant avocat Poppi, homosexuel et fantasque, qui sous couvert d'un masque vénitien, garde secrètement les confidences de ses voisins.

Pietro n'a pas choisi son destin de prêtre. Il a passé toute sa prime enfance au sein de l'église, celle-là même qui l'a recueilli. La narration est entrecoupée de souvenirs lointains, ceux de sa jeunesse et de sa rencontre avec une mystérieuse Céleste.

Avant de mourir, Céleste lui apprend que de leur idylle de jeunesse est né un fils. Ce fils vit dans la résidence milanaise. Dès lors, Pietro  va scruter le quotidien de son fils. Il cherchera à comprendre son activité de docteur, sa mission de sauver des vies...ou d'abréger les souffrances qu'elle impose.

Ce roman est dense, riche par les thèmes abordés, parfois décousu mais en le refermant, se déroule à nouveau le fil des évènements.

La galerie des personnages est très fellinienne, haute en couleurs: Paola, dans sa démesure de l'amour filial, Poppi, dans son extravagance...


Et l'éléphant dans tout ça? L'éléphant est celui qui soigne ses congénères, les observe et les assiste. Pietro tient honorablement ce rôle dans le roman de Marco Missiroli, il devient l'essence même de la résilience. Celui qui veille sur les autres, sur l'enfant, tel un père.

Roman traduit de l'italien par Sophie Royère, éd. Payot-Rivages, juin 2012.

samedi, 11 mai 2013

Six femmes au foot de Luigi Carletti.

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"-Tu vois, Lola, le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une vaste foire aux apparences. Chacun de nous, au fond, aimerait passer pour quelqu'un d'autre. C'est un mécanisme naturel, même les plantes et les animaux y obéissent. En général, on le fait pour améliorer son existence. Parfois, c'est une question de survie. Pour moi, c'est autre chose. Une mission. Je dois l'accomplir pour le bien de tous."

Voici un roman époustouflant! Pourtant, le thème n'est pas vraiment en adéquation avec mes affinités de lecture.J'ai vraiment bien apprécié l'univers de ce roman. Première rencontre avec la plume de Luigi Carletti, qui a déjà publié en France Prison avec piscine, que je n'ai pas encore lu.

La toile de fond c'est le huis clos brûlant du match Milan AC et l'Inter (non, ne partez pas...le foot en littérature offre de belles surprises). L'incipit du roman s'ouvre sur une ambiance lourde d'attente. Les deux équipes s'échauffent, les supporters soutiennent leurs équipes avec ferveur. Dans cette liesse, les femmes sont aussi présentes à leur manière: celles comme Annarosa qui suivent leur mari avec ennui, d'autres comme Renata, de ferventes admiratrices dont le rêve est d'approcher Materazzi, mais aussi Lola la chroniqueuse radio qui commente le match.On accompagne également Gemma, âgée de quatre-vingts ans. Elle a connu son mari Attilio au stade. Même mort, elle n'est jamais parvenue à le quitter et c'est tout naturellement qu'elle prend une place sur les gradins à son attention et continue à lui commenter le match.

 Ce roman dribble entre comédie et mystère et prend doucement le chemin du polar. Certaines femmes ne sont pas là pour le match, certaines sont en mission et observent les hommes, prêtes à tuer.

Ce qui m'a particulièrement plu dans ce roman, c'est l'esprit de la tragi-comédie à l'italienne. La plume de Luigi Carletti est tour à tour élégante et satirique. L'auteur nous présente un concentré de l'Italie d'aujourd'hui: l'immigration mal digérée, les systèmes mafieux, la corruption...et cette formidable aptitude à rire de ce spectacle désolant.

"Renata soupire et secoue la tête: l'amnésie de ce pays est un véritable handicap. C'est désolant, sur ce point, la gauche a raison, avouons-le: une nation sans mémoire est une nation sans avenir. Nous aurions donc tout oublié? Vraiment, plus personne ne se souvient de l'époque où, dans ce virage, on sifflait les joueurs noirs des équipes adverses? Et ces cris de singes qui fusaient, sonores, de toutes parts? On les voyait chanceler sous la bourrasque, et certains d'entre eux ne touchaient plus la balle. C'est fini tout ça? C'est du passé?"

Roman machiavélique dont la vivacité du rythme  vous emporte sur la voie d'un thriller.

Six femmes au foot de Luigi Carletti,traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Liana Levi,Mai 2013.

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour cette bonne découverte.

 

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lundi, 06 mai 2013

L'Odeur du figuier de Simonetta Greggio.

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Simonetta Greggio sera présente dans ma région lors d'une résidence littéraire organisée par Escales des lettres. J'ai déjà lu La Douceur des hommes et Etoiles . Elle est née à Padoue, en Italie mais écrit en français.

L'Odeur du figuier réunit cinq nouvelles dont le point commun est l'évocation dans chacune d'elles du parfum de figuier sauvage. Au delà de cette senteur d'été, ce qui à mon sens relie davantage ces histoires c'est la place du livre pour les personnages de Simonetta Greggio.

La première histoire "Acquascura" n'est pas sans rappeler Le Mépris d'Alberto Moravia et la mise en scène de Godard. La petite phrase en exergue de l'incipit nous le rappelle. C'est l'histoire d'un couple qui chaque été se retrouve dans une bicoque près de la mer. Sous couvert d'innocence  et de nostalgie estivales, cette nouvelle évoque avec brio le délitement du couple. C'est très judicieux de placer cette nouvelle en ouverture du livre.

Les nouvelles sont parfois inégales, j'ai moins aimé par exemple "L'année 82" mais beaucoup aimé "Quand les gros seront maigres, les maigres seront morts". L'histoire d'un homme seul, enfermé dans un ascenseur, qui livrera tel un diariste le quotidien de ce huis-clos, en référence à Mario Rigoni Stern. Les thèmes récurrents sont ceux de l'amour, la séparation, la solitude sempiternelle... Ce que j'ai apprécié surtout c'est ce voyage olfactif sous la douceur de l'Italie en plein été. Simonetta Greggio a un très beau talent de narratrice, sa plume est vive, le choix des mots judicieux et j'aime particulièrement les textes plus sensuels comme "Plus chaud que braise".

Chacune de ces nouvelles nous offre la douceur d'une figue tiède, juteuse à souhait, à déguster avec plaisir.

vendredi, 03 mai 2013

La Mer, le matin de Margaret Mazzantini.

 

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J'ai lu Ecoute-moi de Margaret Mazzantini et j'étais heureuse de retrouver sa plume. Je n'ai pas lu Venir au monde parce que le thème ne m'attirait pas forcément. 

La Mer, le matin s'ouvre sur l'oasis du Sahara.Comme un écho au Désert de Le Clézio, un petit garçon découvre le lieu. Une ville du désert, très éloignée de la mer qu'il aimerait connaître. Son oasis nous apparaît comme un lieu austère et le climat ne suffit pas pour rendre chaleureux cet oasis. Farid joue avec des camarades même s'il s'amuse davantage avec la gazelle venue du désert. En toile de fond, Margaret Mazzantini présente quelques touches éparses du printemps lybien. La guerre touche les plus faibles.

« Quand il voit Misrata détruite par les tirs, grand-père Mussa arrache du mur l'affiche du Caïd, il en fait une boule et la jette sous le lit. »

De l'autre côté de la Méditerranée, un autre jeune homme, Vito.Il observe sur son île, proche de la Sicile, Lampedusa sans doute, les flux des réfugiés, ayant traversé la mer, bravé la mort pour trouver leur salut. Ils sont malades et affaiblis très souvent, au bout de leur périple. La mère de Vito  a grandi en Lybie avec sa famille, avant d'en être chassés par Khadafi dans les années 1970. Elle évoque avec nostalgie ses jeunes années à Tripoli, l'odeur des figuiers, ses premières amours et l'amertume du miel amer de Cyrénaïque(en référence à la conquête italienne de 1911 lorsque la Tripolitaine et Cyrénaïque font partie intégrante de l'Italie*)Vito espère beaucoup lorsqu'il observe cette mer. Il pense à son avenir.

Un roman très joliment écrit sur le thème du déracinement. Malgré le sujet assez difficile, beaucoup d'humanité ressort de cette narration au présent.L'auteur donne un temps de parole à ceux qui d'ordinaire n'en ont pas. J'ai beaucoup appris sur l'histoire commune entre ce pays africain et l'Italie. Leur passé colonial, la vie des colons avant que Khadafi ne les condamne à quitter le pays. Puis, la réconciliation en demi-teinte sous Berlusconi, vingt ans plus tard.

Jamila va emmener son fils Farid loin des violences de son pays en guerre.Ils espèrent regagner les côtes italiennes.Pour le protéger, elle lui fera porter une amulette autour du cou. Vito nous contera l'histoire de sa mère Angelina, une italienne née à Tripoli et expulsée à l'âge de onze ans.

Deux femmes et leurs enfants, brisées par le destin, et leur courage de mère quand le désespoir les assomme.

"Vito regarde la mer. Un jour sa mère le lui a dit. Sous les fondations de toutes les civilisations occidentales, il y a une blessure, une faute collective. Sa mère n'aime pas ceux qui revendiquent leur innocence. Elle fait partie de ces gens qui veulent assumer les actes commis. Victo pense que c'est une forme d'orgueil. Angelina dit qu'elle n'est pas innocente.Elle dit qu'aucun peuple qui en a colonisé un autre n'est innocent. Elle dit qu'elle ne ne veut plus nager dans cette mer où des bateaux coulent."

Merci Catherine M.,* Merci Mireille.

 

mardi, 22 janvier 2013

Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza.

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Comment trouver les bons mots pour décrire ma passion pour cette femme, Goliarda Sapienza...

J'ai découvert son oeuvre, comme beaucoup avec L'Art de la joie  publié aux Editions Viviane Hamy en Septembre 2005. Je remercie les énergies éditoriales de la maison Attila de nous offrir la publication française du roman Io, Jean Gabin, traduit par Nathalie Castagné.

Goliarda Sapienza est née à catane, en Sicile, en 1924. Fille d'anarcho-gauchistes, elle ne fréquente pas l'école et reçoit une éducation très originale dans une famille qui ne l'est pas moins.Très jeune, Goliarda s'intéresse aux textes philosophiques, aux écrits révolutionnaires mais aussi aux croyances populaires de la Sicile.

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(Tapuscrit de Io, Jean gabin)

 

Moi, Jean Gabin fait partie des écrits autobiographiques de Goliarda.Ecrit dans les années 1980, il ne sera publié qu'après sa mort. Dans les années 30, la petite sicilienne se passionne pour l'acteur Jean gabin, depuis la projection du film Pépé le moko.

Goliarda arpente les bassi (logis misérables de l'Italie méridionale) des ruelles de la Civita , un vieux quartier populaire où réside sa famille. Elle explore le monde des plus humbles, un monde très sombre où évoluent les prostituées, les artisans et les pêcheurs. Au quotidien, elle fréquente le milieu des idéalistes insoumis au régime fasciste.

A l'heure de la montée des nationalismes, de l'ascension du Duce, la petite Goliarda va se passionner pour Jean Gabin, le rebelle idéal.

"Tu ne dois jamais te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours."

Loin du manichéisme ambiant à cette époque, entre fascisme et mafia, l'enfance de Goliarda est un souffle de liberté. Ce texte ressemble à un conte surréaliste d'une enfance et de sa propre loi de vie.

Les valeurs de cette terre de sang et de feu forment une sublime toile de fond pour le regard insatiable de curiosités de la jeune Goliarda. Sous le déluge des mots, elle ne veut renoncer à ses idéaux.

"Essaie de vivre libre, toi, et tu verras le temps qu'il te reste pour dormir".

 Moi, jean Gabin donne les clés de L'Art de la joie et donne l'envie de découvrir tous les textes de Sapienza, certains seront publiés à l'automne prochain par la maison Attila. C'est le roman d'une époque, un petit bijou d'une enfance singulière et surréaliste.

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(Une petite coquille sur mon exemplaire pour le prénom de Goliarda)

L'interview de l'éditeur  ici.

jeudi, 17 janvier 2013

Je t'écoute de Federica de Paolis.

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 J'ai refermé ce roman mardi... et depuis les mots me manquent pour en parler. Pourtant, j'aimerais tellement trouver les mots justes pour souligner la beauté de ce texte.

Diego, grand baroudeur, se voit contraint de rentrer en Italie, dans l'appartement familial qu'occupe sa soeur, le temps d'une opération et d'une convalescence. Dans cet appartement, il va découvrir qu'un problème sur la ligne téléphonique lui permet d'écouter les conversations des autres habitants de l'immeuble.

Je pensais plonger dans un roman à l'image du film "Fenêtre sur cour" et assister impuissante à un huis-clos mêlé à un suspens qui va crescendo. Mais le roman de Federica de Paolis est bien plus que cela...

Diego écoute les vicissitudes d'esprit de ses colocataires, à leur insu. S'ouvre alors un très bel éventail de personnalités les plus touchantes , les unes que les autres... de jolis portraits d'hommes et de femmes, en souffrance, parfois, dans le doute, toujours...

"La maladie, ici en Occident, est un problème, c'est comme avoir dix points en moins sur son permis de conduire, un casier judiciaire ou une jambe amputée, c'est un handicap, ça ne fait pas partie du cours de la vie, c'est un accident de parcours. En Occident quand on est malade, on est dangereux, on est viral avec nos pensées métaphysiques et cette intimité acquise tout à coup avec la mort, celle à laquelle le corps échappe jour après jour, celle à laquelle on ne peut penser pendant que l'on vit sa vie. Qui frôle la mort la contemple, les autres la fuient, c'est tout, il n'y a pas de moyen terme." 

Au fil des pages, des scènes d'une sensualité à faire pâlir l'Ariane d'Albert Cohen sont de toute beauté. Diego sera tour à tour, un aiguillon spirituel, mi-ange, mi-démon parmi ces hommes et ces femmes, englués dans un sable mobile. Tout le monde est contraint de se cacher derrière les symptômes d'une perfection, se cacher dans une idée qui n'est pas une identité. Le monde est enveloppé dans un mensonge blanc, sans lequel il semble impossible de survivre.

"Il se passe que personne ne dit la vérité, que personne n'a le courage d'être ce qu'il est, que nous vivons de mensonges par omission, nous vivons de mensonges, nous sommes assis sur des mensonges, nous sommes ce que voudraient les autres,... c'est notre seule préoccupation, ils nous demandent trop, toujours trop, le modèle est inatteignable. Qui est vraiment lui-même?"
 

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Crédit photo: Anna Kharina.

Roman léger et mystérieux qui amène à la réflexion ...
 
Ti Ascolto, traduit de l'italien par Françoise Liffran, publié en Mai 2012 chez Grasset.
 
A lire avec ce sublime accompagnement musical...

vendredi, 30 septembre 2011

L'Innocent de Palerme de Silvana Gandolfi.

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Dans l'île des jardins et des soufrières, des délices et des souffrances, des idylles et des violences, des fleurs d'oranger et du fiel, dans la terre des civilisations et des barbaries, de la science et de l'innocence, de la vérité et de l'imposture, la première voix est celle de Santino, sept ans dont le papa fréquente le milieu de la mafia sicilienne.

La seconde voix est celle de Lucio, un garçon de 12 ans qui, vit avec sa petite sœur et sa mère à Livourne. A 12 ans Lucio, lui est l’homme de la famille sur qui tout repose, sa mère refusant de sortir de chez elle, se croyant l’objet d’un mauvais sort jeté par une « magara »...Pour se défouler, il écrit des lettres à un personnage qu’il nomme «le chasseur » des lettres qu’il cache sous son lit…

Deux narrations parallèles pour un sublime roman jeunesse, tel un Gomorra, Silvana Gandolfi octroie à ses personnages une densité dramatique. Le suspens est à son comble et l'auteur réussit le pari d'une justice possible dans l'île.

Voilà un roman coup de coeur, je remercie Bauchette de m'avoir permise de retrouver mes racines siciliennes( petit clin d'oeil avec La Trinacria, amulette que je porte en pendentif) dans ce très bon roman jeunesse publié dans une maison d'édition prometteuse. 

 

 

lundi, 26 septembre 2011

Le Monde à ma fenêtre de Cesarina Vighy.

 

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Z. est malade d'une maladie plutôt mystérieuse qui réduit ses possibilités de déplacement. Elle continue de vivre dans son appartement vénitien et observe le monde depuis sa fenêtre.

Comment la vie de cette femme malade peut-elle intéresser le lecteur? Peut-être simplement parce que Z. cultive un sens de l'humour face à cette terrible destinée.

Lorsque la maladie prend le dessus, Z. manifeste une curiosité aiguë, inépuisable pour le monde extérieur. Pour les autres et pour elle-même. Pour son passé tout d’abord, qu’elle esquisse au lecteur avec beaucoup d’ironie et sans aucun regret. Si, peut-être un seul, pour cet enfant illégitime qu’elle a dû sacrifier aux convenances de l’époque.

La fiction se mêle à la réalité autobiographique et le personnage de la mère despotique est développé longuement dans certains chapitres.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour la magnificence apportée par Cesarina Vighy sur ce sujet plutôt sombre. Elle semble se dédoubler pour observer son corps de l'extérieur. J'ai aimé les nombreuses descriptions de Rome à la fin des années 50.

Vitalité et ironie sont les maître-mots de ce très beau roman italien traduit par Jérôme Nicolas, publié chez Seuil en Février 2011.

 

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samedi, 08 mai 2010

Les Raisons du doute de Gianrico Carofiglio.

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(Mon mug "La Mamma"!)
Lire un roman policier: exercice très rare mais ce livre se passe à Bari (Sud de l'Italie), l'auteur Gianrico Carofiglio a plutôt bonne presse dans son pays alors je me suis lancée!
Voici un legal thriller c'est-à-dire un polar qui se passe dans le monde judiciaire, ses avocats et ses procès. Guido Guerrieri doit défendre en appel un homme condamné pour trafic de drogue. Lorsqu'il se rend à la prison, il ne tarde pas à reconnaître le jeune adolescent qui l'a malmené dans son enfance, le fameux "Fabio Ray-Ban", l'agitateur fasciste (ou pas) de son état. Comment défendre un homme qui vous a empoisonné l'enfance? Guerrieri va longuement hésiter avant de prendre sa décision. Quand la femme de Paolicelli, Natsu la belle eurasienne, entre dans son bureau, il n'hésitera plus longtemps.Une autre histoire va se tisser, celle de la vie intime de l'avocat. On assiste aux plaidoieries mais aux états d'âme de l'homme de loi, on le suit  dans les dédales du tribunal pour mieux connaître son univers.
L'auteur, avocat anti-mafia,donne à son personnage une belle épaisseur psychologique: l'homme face aux désillusions de son métier.Un homme qui aspire à la paternité,celle que possède Paolicelli. Lui volera-t-il cette paternité? Les pages se tournent assez rapidement, le rythme se veut dynamique, l'intrigue se devine.
Mon intérêt s'est porté sur cet homme profondément humain, ses références littéraires notamment Les Belles endormies  de Kawabata (un très bon souvenir de lecture), sa visite dans la librairie Osteria Del Caffelatte...
 « J’ai toujours détesté les gens qui pleurnichent sur leur sort.
Je décidai donc d’aller acheter un livre.
"A l’heure qu’il était - 23 heures – il n’y avait qu’un seul endroit où acheter des livres et bavarder un peu. L’Osteria del Caffelatte qui malgré son nom est une librairie.
Elle ouvre le soir à 22 heures et ferme le matin à 6 heures. Le libraire, Ottavio, est un ancien professeur de lycée insomniaque chronique. Il a détesté avec ténacité son métier d’enseignant pendant tout le temps qu’il a été contraint de l’exercer.
Il y a toujours du monde à l’Osteria del Caffelatte. Pas beaucoup, mais tout le temps. Des individus bizarres, bien sûr, surtout des individus normaux. Qui sont plus étranges que les autres puisqu’ils achètent des livres à 4 heures du matin.
La librairie possède trois tables et un petit comptoir de bar. Quand on en a envie,on peut consommer une boisson et un morceau des gâteaux
qu’Ottavio prépare l’après-midi. Au petit matin, il est possible de prendre un petit déjeuner composé de ces mêmes gâteaux et d’un café au lait. A l’heure de la fermeture, Ottavio vous offre le gâteau entamé, vous salue et fume devant l’entrée son unique cigarette de la journée. Après quoi, il fait un tour dans la ville qui se ranime et va se coucher au moment où les autres commencent à travailler, parce qu’il ne parvient à dormir que le jour."
Roman publié au Seuil, traduit de l'italien par Nathalie Bauer.
MERCI MANGO!
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vendredi, 19 mars 2010

La Vie silencieuse de Marianna Ucria de Dacia Maraini.

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"Trembler avec les personnages qui circulent entre les pages, boire le suc de la pensée d'autrui, éprouver en miroir l'ivresse d'un plaisir qui appartient à un autre. Exalter ses propres sens à travers le spectacle toujours répété de l'amour en représentation, n'est-ce pas aussi de l'amour? Quelle importance si cet amour n'a jamais été vécu directement en face à face? Assister aux entrelacements de corps étrangers mais si proches et connus par la lecture, n'est-ce pas comme les vivre, ces enlacements, avec le privilège en plus de rester maître de soi?"
                                                                                                                                                       
La jeune Marianna Ucrìa, devenue sourde et muette à l'âge de cinq ans, brisée par un douloureux secret, vit murée dans son silence. Pour communiquer avec le monde, à défaut de parler et d'entendre, Marianna choisit la lecture et la connaissance. Elle se réfugie dans la bibliothèque où, influencée par les idées des Lumières, elle découvre la vie. C'est dans ce savoir qu'elle trouvera le courage d'affronter la vérité sur son infirmité. Après des années de silence et de solitude, sur cette île où tout est extrême, la splendeur et la misère, la tendresse et la violence, Marianna Ucria se révélera et apprendra à conquérir sa liberté.

On suit l'apprentissage de Marianna, son destin au fil des pages, des années passées dans le couloir des chambres d'enfants comme un chemin de croix. Elle cherche à comprendre les silences.
Dacia Maraini, d'une plume sensible,
fait surgir la vie d’une femme en quête de sa liberté dans un univers qui glisse, comme  les images d'un vieux tableau oublié. Marianna porte un lourd secret dans son silence.

Lentement, elle va prendre conscience de sa condition, de sa caste et de toutes les rigidités sociales qui la contraignent, jusque dans ses sentiments les plus intimes. Il lui faudra toute une vie pour apprendre à aimer et pour gagner une liberté qu'elle n'aurait jamais pu envisager. Désormais, le silence n'est plus un enfermement, mais une ouverture sur le monde.

Je vous invite vivement à découvrir le monde silencieux de Marianna Ucria. J'aimerais beaucoup visionner le film réalisé par Roberto Faenza pour voir le Palerme du XVIII ème siècle.

Roman traduit par Donatella Saulnier.

Merci Christine!

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mardi, 09 février 2010

Margherita Dolcevita de Stefano Benni.

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Voici un livre coup de coeur!

 

Margherita a 15 ans, quelques kilos en trop et une passion pour la lecture et l’écriture - elle écrit des poèmes et coince sur la première phrase de son roman, qu’elle remanie continuellement. Entre ses parents hauts en couleur, son frère aîné, son grand-père, son chien et son amie imaginaire, tout se passe le plus normalement du monde jusqu’à l’arrivée de nouveaux voisins dont la maison, un gros cube noir, pousse en quelques jours, tel un champignon vénéneux. Hommage à l’esprit d’enfance et à la passion de la littérature - la Zazie de Queneau y côtoie Lolita de Nabokov, l’ombre de Shakespeare y croise celles d’Edgar Poe et de Boulgakov -, Margherita Dolcevita est aussi la dénonciation d’un monde qui se perd dans l’incompréhension, le racisme ordinaire et la culture de l’éphémère.

J'aime beaucoup le style de Stefano Benni, son aptitude à décrire de manière fantaisiste un monde similaire au nôtre  pour dénoncer le capitalisme sauvage. C'est un pur moment de bonheur: ce roman dénonce les travers de notre société sous couvert d'une légèreté féérique. L'histoire décrite par Margherita Dolcevita s'apparente au conte, comme un miroir déformant notre société actuelle et le culte de l'éphémère et du commerce. Benni offre une ramarquable galerie de personnages comme autant de caricatures artificielles.

"Quand les enfants grandissent et deviennent adultes, ils comprennent très vite que ce qu’on leur avait dit quand ils étaient petits n’est pas vrai, et pourtant ils resservent à leur progéniture l’éternel mensonge: à savoir que tout le monde veut laisser aux enfants un monde meilleur – une rengaine qui dure depuis des siècles, et le résultat c’est la Terre, cette petite cloque de haine."

 

Face à un monde corrompu, décadent qui tend à pousser au désenchantement et au cynisme, Margherita, adolescente vive, intelligente, poétique et drôle, constitue une lueur d’espoir. Sa façon d'inventer des histoires m'a séduite:

"L'art, c'est cela: fuir la normalité qui veut te manger." 

 

Je vous invite à découvrir ce coup de coeur paru en 2002 et traduit par Marguerite Pozzoli chez Actes Sud, vous découvrirez une description très subtile d'une maison de famille, la parfum français "Fais-moi mal", une lettre hilarante à l'attention d'une prof de maths et tout sur la série Eternal Love!   bannière 3.jpg               

 

 

mercredi, 27 janvier 2010

Aldabra la tortue qui aimait Shakespeare de Silvana Gandolfi.

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C'est l'histoire d'une petite fille Elisa, qui chaque jour, rend visite à sa grand-mère Eia, à l'autre bout de Venise. Passionnées de théâtre shakespearien, elles passent des après-midi entiers à déclamer. Mais Elisa va être la spectatrice d'une bien étrange métamorphose, car la vieille dame se glisse peu à peu dans la peau d'une tortue géante de l'archipel d'Aldabra.
« L'astuce, pour tromper la mort, c'est de se transformer ».

Tels sont les mots de la surprenante mamie Eia à sa petite-fille. Silvana Gandolfi aborde dans ce roman fantastique et fantaisiste la vieillesse, le rapport entre la mère et son enfant. La grand-mère et la mère sont des thèmes qui sont rarement aussi bien traités, sans ostentation mais efficacement. Et puis il y a Shakespeare, qui reste le fil, le lien entre ces trois générations jusqu'à la scène de dénouement, superbe et si émouvante ! La question de la schizophrénie , thème difficile, est abordée de manière  très réfléchie. Un récit plein de tendresse sur le temps qui passe, mais également sur l’immortalité et les choses qui nous sont vraiment nécessaires pour continuer à vivre.
Un très beau voyage dans l'imaginaire.
Roman publié chez Seuil jeunesse et traduit de l'italien par Nathalie Bauer.
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lundi, 25 janvier 2010

Pinocchio de Carlo Collodi

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Je suis en pleine relecture des contes classiques dans le cadre du Swapôcontes d'Emmyne. Je me suis replongée dans un album de mon enfance, Pinocchio, conte adapté de Carlo Collodi, publié en 1964 et illustré par A. Mattoni. Mon livre a un peu souffert mais il m'a occupée pendant de nombreuses heures dans ma chambre de petite fille.
Pin.jpgL'his­toire du conte est in­dis­so­ciable de la tra­di­tion po­pu­laire orale.Né en 1826, Carlo Lo­ren­zi­ni est un jour­na­liste ita­lien à l'en­ga­ge­ment po­li­tique fort. Il mi­li­ta no­tam­ment pour l'in­dé­pen­dance ita­lienne ou la réunion de la Tos­cane et du Pié­mont ; il fonda même deux jour­naux hu­mo­ris­tiques et sa­ti­riques : Il Lam­pione et La Sca­ra­mac­cia. Quelques écrits sans grande sa­veur plus tard, Lo­ren­zi­ni, sous le pseu­do­nyme de Carlo Col­lo­di, adap­ta en ita­lien les Contes de Per­rault. C'était en 1875 et ce n'est que 6 ans plus tard qu'il écri­vit les pre­mières lignes de son conte phare. En 1887,  la pu­bli­ca­tion de la ver­sion dé­fi­ni­tive des Aven­tures de Pi­noc­chio (Le Av­ven­ture di Pi­noc­chio) com­porte 36 cha­pitres, cha­cun pré­cé­dé d'une phrase le ré­su­mant.
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Au cours de ces aven­tures, Pi­noc­chio, qui re­grette constam­ment ses mé­faits, ouvre les yeux au monde et com­prend petit à petit que l'école est né­ces­saire sous peine de de­ve­nir un âne, au sens propre comme au sens fi­gu­ré, qu'il faut sa­voir ga­gner son ar­gent, ce­lui-ci ne pous­sant en effet pas dans les champs. Man­ger ce qu'on a dans son as­siette, ne pas suivre les in­con­nus, par­ta­ger, aider son pro­chain, au­tant de pré­ceptes qui rentrent dif­fi­ci­le­ment dans la tête en bois du pan­tin, comme dans la tête de l'en­fant qui dé­couvre Pi­noc­chio.
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Col­lo­di aborde de façon dé­tour­née plu­sieurs maux de la so­cié­té. La jus­tice est ex­pé­di­tive, les braves gens par­fois aveugles et les perfides tou­jours prêts à tirer par­tie du naïf.
L'his­toire de ce pan­tin de bois est un re­flet de l'en­fant qui doit aban­don­ner son âme pour de­ve­nir ma­ture dans un monde dif­fi­cile, une his­toire qui parle à cha­cun d'entre nous.C'est très moralisateur, comme le sont souvent les contes, mais Pinocchio reste intemporel. 
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J'ai aimé me replonger dans ce conte italien avec ses illustrations "vintage" et raconter au Petit Korrigan l'histoire du petit pantin  qui l'accompagne dans sa chambre, au dessus de son lit.Pinocchio est devenu un pantin parlant avant d'être un bébé, il s'est confronté à la vie brutalement avant qu'elle-même ait pu l'apprivoiser, il aura fallu le passage dans le ventre de la baleine pour découvrir la douceur et l'importance de l'autre.
La version originale, publiée récemment aux éditions Rue du monde et illustrée par Nathalie Novi, est magnifique également.
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vendredi, 08 janvier 2010

Contes siciliens collectés par Giuseppe Pitré

 

 

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(Sur l'étoile d'hiver: Mostaccioli, petits biscuits siciliens fourrés aux figues).

Dans « Le Prince d’amour », Frédéric Morvan présente les contes que Giuseppe Pitré et ses amis ont récoltés directement auprès des conteurs de l’île. En Sicile, ce sont surtout les femmes qui transmettent les contes, et la meilleure conteuse est la vieille nourrice de Pitré, la Messia. Elle raconte à merveille des histoires du XVIIIème siècle qu'elle tient de ses grands-parents.À son répertoire :

« Catherine la Sagesse », aussi cultivée que maligne, qui se fit épouser quatre fois par le même homme.

«Le Seigneur des fèves et des pois », une sorte de « Chat botté ».

 «La Palombe» qui ne se raconte qu’en Sicile. Comme nous sommes entourés par la mer, voici encore « Pippinu le petit pêcheur » et son énorme mérou.

« Colas-poisson », homme jusqu’à la taille et poisson en deçà, qui plonge de plus en plus profondément pour satisfaire la curiosité du cruel roi de Messine.

J'ai beaucoup aimé ces petites contes siciliens qui attendaient depuis des années sur ma PAL!. C'est le Swap ô contes d'Emmyne qui m'a convaincue de les lire! J'ai passé un doux moment de lecture, je souhaitais lire de vraies histoires, celles qu'on raconte...Je voulais retrouver des histoires inventées, rien de trop subjectif alors ce recueil tombait à point.Ces contes siciliens sont le reflet de cette île gréco-latine occupée successivement par des Arabes, des Normands, des Français, des Espagnols. Ces "fiabe" (contes) offrent toute une  panoplie du merveilleux avec rois, reines, princesses, sorcières et dragons.

J'ai aimé particulièrement la ritournelle dans "La Soeur du conte". Je regrette un peu de ne pas avoir retrouvé une empreinte forte de la culture sicilienne dans ces contes, même s'ils sont très beaux. En revanche, la présence de la Mer Méditerranée dans chacun des contes est très symbolique. Cola Poisson y plongea pour aller chercher la couronne du roi de Messine, il y nage peut-être encore...

Un peu de merveilleux pour retrouver mes racines siciliennes tout en dégustant un des mostaccioli de ma grand-mère à la lumière d'une bougie.

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J'ai envie de poursuivre ma découverte des contes de tous les pays dans cette jolie colletion Neuf de L'Ecole des Loisirs.

(Traduction Frédéric Morvan).

samedi, 02 janvier 2010

Si c'est un homme de Primo Levi

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(Double page issue du livre Paroles d'étoiles de Guéno et Pecnard)
Lire Primo Levi Si c'est un homme a rappelé à ma mémoire mon épreuve du baccalauréat littéraire en 1993 sur le devoir de mémoire. On sait d'avance que la lecture sera difficile car ce livre relève de  "la littérature concentrationnaire". Le récit se présente comme un récit autobiographique d'un rescapé des camps nazis. L'auteur raconte son arrestation, sa déportation et sa vie dans le camp d' Auschwitz de Décembre 1943 à Janvier 1945.
Ce livre est un témoignage poignant d'un déporté parmi d'autres déportés. Primo Levi est victime mais aussi observateur et livre une description du Lager et de ses conditions de vie.
Si c'est un homme offre une réflexion sur la souffrance  et sur la fraternité. Le Lager est un miroir de la société humaine. Le détenu est non seulement un homme déshumanisé mais aussi un homme mis à nu. Les portraits des autres hommes portent à la lumière la force de survivre  au quotidien du camp, en passant du mépris à la reconnaissance de l'autre.
J'ai beaucoup aimé la beauté du chapitre où le narrateur entreprend de réciter à Jean un passage de La Divine Comédie de Dante et, au moment même où il récite les vers en italien, il prend conscience du pouvoir de la poésie. Le poème écrit par Dante au XIV ème siècle se fait l'écho de la souffrance des hommes du Lager et la force d'Ulysse est comparable à leur détermination.
C'est un livre au sujet sombre,où le narrateur témoigne admirablement de la vision manichéenne de l'avenir à l'époque ( l'Appendice est riche d'enseignements) mais source d'une grande réflexion sur cette période de l'histoire.
"Pendant quelques heures, nous pouvions être malheureux à la manière des hommes libres."
Livre traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger, lu dans le cadre de mon Défi de littérature italienne et pour le Blogoclub de lecture organisé par Sylire et Lisa.
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dimanche, 06 septembre 2009

La première main de Rosetta Loy

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"Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Une main à la Michel-Ange, aux ongles bien dessinés." C'est une histoire uniquement de gestes où les paroles privées de sens sombrent dans le néant. Et le désir reste impossible à combler, enfantin et adulte à la fois comme s'ils appartenaient, ces gestes, à une petite fille mais aussi à son contraire. Une petite fille solitaire et qui a faim de gratifications, et une adulte ingénieuse, experte. Même les odeurs sont des vagues qui vont et viennent et portent en elles tendresse et ténèbres, les narines les suivent comme si elles marquaient une piste pour s'orienter dans cette forêt de silences. L'amour est au centre de ce récit. Paris, Rome, Venise, les années se superposent, mais le regard de la petite fille est le même que celui de la femme qu'elle est devenue. Si aiguisé, si précis, si intuitif, si vrai.
Je souhaitais découvrir cette figure majeure de la littérature italienne: Rosetta Loy.
Avec sa prose tour à tour légère ou grave, son humour, son attachement tout particulier aux détails, dôtée d'un style élégant et sensible, Rosetta Loy nous fait découvrir la profondeur des choses au fil d'un quotidien d'une apparente transparence. Elle excelle dans la description des époques, des lieux. Elle fait revivre les grands moments de l'histoire italienne des années 30 à celles des années de guerre.
Elle fait palpiter ce qui  constitue l'essentiel des vies. Elle évoque plus qu'elle ne dit avec gravité ou tendresse  l'image indestructible d'un père, cette "première main" tant aimée.
 
« Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Je la gardais serrée des après-midi entiers quand nous nous regardions dans les yeux ou encore quand nous nous embrassions dans la petite salle sur le côté du bar des Neufs Muses (…)Une main michelangélesque, aux ongles bien dessinés. Une main qui protège et qui rassure. Impropre aux travaux qui demandent adresse et légèreté mais capable d’accueillir toutes les angoisses dans sa paume chaude. »
Cette première main du père m'a rappelé en mémoire celle de mon grand-père Giuseppe...une main serrée avant son grand départ pour me souhaiter un beau mariage.
Je vous invite à lire ce beau témoignage traduit par Françoise Brun.
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lundi, 11 mai 2009

Paola Calvetti L'Amour est à la lettre A.

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J'ai commencé ce roman avec enthousiasme: le parcours d'une femme, Emma ,quinquagénaire Milanaise,traductrice de métier, qui décide d'ouvrir une librairie. Jusque là, l'histoire parait fort sympathique  et on se laisse porter par le récit d'Emma sur sa propre vie. Seulement, elle décide d'ouvrir une librairie spécialisée dans les romans d'amour...là j'ai pris peur. J'ai senti venir la guimauve.  De plus, elle retrouve son amour de jeunesse , Federico, architecte à New-York. Je donnerai peu de détails sur cet amour car ce n'est pas l'amour et les sentiments qui unissent Federico et Emma   mais plutôt l'amour des livres qui a retenu mon attention.  J'ai bien aimé l'intertextualité avec de nombreuses oeuvres littéraires notamment celles de Jane Austen, Tchekhov ,Sepulveda, Shakespeare (bon on oublie Marc Lévy même si Emma précise qu'"un bel homme fait toujours bien dans le décor"  ) . J'aime bien les descriptions des vitrines de la librairie, le soin accordé au décor et à la mise en scène du thème.

J'ai moins aimé le manque de vraisemblance pour certains passages:l'obtention d'une place sans véhicules motorisés accordée haut la main,  la gestion si aisée de la librairie et ce qu'elle devient au fil de ce roman .Je n'ai pas attaché d'importance à la relation entre Federico et Emma mais plus à leur personnalité .J'ai beaucoup aimé les propos d'Emma sur les livres dont voici un extrait:

"Mon drame, ce sont les retours. Marchandise "en souffrance", comme l'appelle Alberto. Les livres qui restent, ces exemplaires invendus qui doivent, d'après lui, être rendus aux éditeurs. Le mot de "souffrance" dit assez le sort de ces pauvres livres. C'est un abandon pour eux, une offense. Il y a les livres vivants, qui vont bien, et les autres, qui se retrouvent au pilon, ou vendus à l'étal d'un bouquiniste, offerts à la bibliothèque d'une prison ou d'un hôpital. Le livre en souffrance n'est pas vraiment mort mais il est moribond, l'absence d'attention des lecteurs et des libraires lui fait mal."  

Le personnage d'Emma attire l'attention par son questionnement sur le quotidien et ses nombreuses références aux romans d'amour. Une autre Emma Bovary, en somme? Non, une quinquagénaire qui rit d'elle-même mais dont la justesse des propos n'est pas toujours présente.Ses analyses sont trop succinctes au profit de l'histoire d'Amour.Mais le titre nous en avertissait déjà.

Pour ma part, j'aurais aimé plus de détails dans les analyses littéraires et moins de lettres sur le quotidien de chacun des personnages. Néanmoins,j'ai passé un bon moment de lecture.

Merci aux Presses de la cité et à Suzanne     pour cet envoi.

Livre traduit de l'italien par Françoise  Brun.

Livre lu dans le cadre de mon

                                                                    

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vendredi, 08 mai 2009

Lire

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Je suis plongée dans la lecture du magazine Lire de ce mois-ci spécial Italie!
Un numéro consacré au meilleur de la littérature italienne de Dante à nos jours. Le dossier est très intéressant et instructif dans le cadre de mon défi de littérature italienne, cela me donne envie de relire les classiques italiens .
Je me suis inscrite à des cours de langue italienne pour pouvoir lire les oeuvres en italien, cours par correspondance, bien entendu! Je ne connaissais que le dialecte sicilien.
Floc'h a illustré la couverture de ce numéro 375, il y représente la célèbre Villa Malaparte, située à Capri, qui surplombe le golfe de Salerne.
Cette villa fut le lieu du tournage du film Le Mépris ,adaptation de l'oeuvre de Moravia par Jean-Luc Godard avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli.

lundi, 27 avril 2009

Le Parc magique de Susanna Tamaro

 

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Rick, le petit tout nu trouvé dans une poubelle, vit heureux au coeur

du Cercle Magique avec sa mère adoptive, la louve Gwendy, et ses amis les

animaux dont la vieille chimpanzé Ursule.

Dans ce bois, situé au centre d’une ville, règnent l’harmonie et la sérénité.

Mais tout autour s’activent des humains. Leur peur et leur méfiance à

l’égard de ce lieu grandissent, savamment orchestrées par l’ambitieux

Tribedaine.

 

 

Lui et son chef suprême, Sa Majesté Boule de Graisse 1er, veulent imposer

« un monde propre et obéissant avec des ventres pleins et rien dans la

tête ». Un mode de béton et de super méga hyper marchés. Un monde sans

aucune trace de nature.

Les gens sont peu à peu conditionnés, à l’aide de programmes de télévision,

pour penser ainsi. La peur monte. Et la destruction du Cercle Magique a

lieu. Gwendy est tuée. Rick, l’enfant sauvage est capturé.

Prisonnier de Tribedaine, il découvre les intentions de pouvoir absolu de

Boule de Graisse et de son bras droit. Mais il réussit à s’échapper et à

rencontrer des alliés. La reine des poubelles, la chatte Dodo, et son amie à

deux pattes, la vieille Amélie (seule humaine à ne pas posséder la

télévision) s’activent à sauver Rick. Tous ensemble, ils cherchent à contrer

les plans de destruction des deux despotes. Ils veulent sauver » un monde

sale avec des chats, des chiens, des fleurs et tout le reste, sauver les

enfants endoctrinés à leur insu, privés de leurs vrais rêves.

Après plusieurs péripéties, dont les retrouvailles de Rick avec Ursule, ils

arriveront à leurs fins. Ils réussissent à retourner contre Boule de Graisse

et ses alliés le plan d’anéantissement qu’il avait lui-même conçu.

Durant toutes ces aventures, Rick fait le chemin du loup à l’homme. Il

apprend à accepter et aimer sa place parmi les humains.

J'ai bien aimé ce conte fantaisiste. J'ai lu dans le cadre de mon défi de littérature italienne le roman de Susanna Tamaro Va où le coeur te porte et je souhaitais découvrir sa plume pour la jeunesse. Je ne suis pas déçue. Elle utilise la métaphore dans ce conte d'alerte comme une sorte de réveil pour les enfants dans leur façon de participer au monde.

J'ai apprécié son rapport à l'actualité, les valeurs qu'il défend et sa manière de concilier réalisme et merveilleux. Le cercle magique est le ventre maternel qui protège, celui que l'on doit quitter pour affronter le monde des adultes.

C'est le genre de roman que j'aimerais faire découvrir en classe,à défaut je le conseille à mes enfants du bout du monde!

Ce roman fut adapté par la compagnie de marionnettes Exobus .

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Livre traduit par florence Michelin-Granier.
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samedi, 25 avril 2009

Le Libraire de Selinonte de Roberto Vecchioni

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Très joli roman.

Sélinonte est située sur la côte sud de la Sicile. C'est une petite ville coincée entre un site antique grec , un tout petit port et de jolies plages.

Dans le livre, la ville a perdu les mots. Perdre les mots ? Réinventer une communication avec des mots perdus ? Thème étrange….

Le narrateur raconte son éveil à la littérature, à la poésie des mots lus à haute voix par un étrange libraire. Des passages magnifiques d’œuvres aussi diverses que L’Œdipe à Colone de Sophocle, de textes de Pessoa, de Tolstoï, Dante, Proust et Borges sont  présentés et commentés par un enfant Nicolino qui les entend, caché derrière une pile de livres.

 

La ville est détruite par le feu suite à la disparition d'une petite fille. Le libraire marginal est alors perçu comme le diable.

Les pages s'envolent...

Justement, ces mots  seront perdus quand le village chassera le Libraire étrange.

Magnifique récit à la fois poétique et fantastique, ce roman est une jolie métaphore sur la perte du sens.

"La partie la plus belle de la ville est celle qui se trouve face à la mer. Personne n'y habite ; dans l'Antiquité, il y avait les Grecs et, à en juger par ce que l'on y voit, il semble qu'ils n'aient fait que prier et mourir ; en effet, on n'y trouve que des cimetières et des temples. Mais ils ne priaient pas. Et, d'une certaine façon, ils ne mouraient pas. Si vous regardez plus attentivement, vous décèlerez des traces de rues et des murs écroulés qui étaient les maisons, les fontaines, des voies plus larges couvertes de persil, des colonnes éparses de-ci de-là. Et aussi les vestiges de deux ports.
Je descends fréquemment dans la vieille ville, et le plus souvent pour le plaisir, demeurer seul, regarder, me souvenir, et même pour ne rien faire. Je descends en longeant le Selinous jusqu'au pont reliant l'Acropole, la partie haute de la ville, à la plaine se trouvant au couchant, qui est ce que je préfère et où, dans le passé, s'élevait le sanctuaire de Déméter Malophoros, porteuse de pommes. Une fois atteint la mer, je m'arrête, je m'assois et fixe l'infini. Rien ne bouge, ni là ni ailleurs, ni en moi. C'est en ces occasions que j'en ai conscience : rien ne vit aussi intensément que le temps arrêté ; car ce ne sont pas les gens qui courent, les objets qui tombent, les voix qui résonnent qui constituent la vie, tout cela n'est qu'imitation erronée de la vie. La vie est une et immobile, depuis toujours identique à elle-même ; la vie est autre chose." R Vecchioni.

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vendredi, 10 avril 2009

Etoiles de Simonetta Greggio

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(Pochette en laine réalisée par mes petites mains)
"Stella adorait quand Gaspard faisait fondre dans un gaspacho des glaçons aux feuilles de basilic. Et, quand elle avait de l'appétit, il lui composait des nourritures plus consistantes, jouant sur des associations de saveurs simples: des rondelles de pommes de terre tièdes sur lesquelles il avait amoureusement déposé des pétales de truffe, une noix de Saint-Jacques en carpaccio avec une larme d'oursin sur une feuille de roquette, arrosée de trois gouttes d'huile d'olive."
Je retrouve Simonetta Groggio cette fois pour une fable moderne sous le soleil de Provence( J'aurais préféré l'Italie ou mieux encore la Sicile mais bon...). Elle propose dans ce roman une ode à l'amour et à la gastronomie, suivi d'un carnet de recettes illustrées et conçues par Manuel Laguens.
Ce roman est sans surprise...L'histoire est belle mais je trouve que le narrateur témoin est trop présent, j'aurais préféré la narration de Gaspard. Le point de vue masculin sur la séparation aurait donné de l'épaisseur ,je pense, au récit.
Bon moment de lecture donc, mais je n'en garderai pas un grand souvenir.
En revanche il m'incite à ouvrir davantage mon livre de recettes siciliennes!
Sur la table de Mirontaine: polpetone, pasta all pomodoro è canoli!

mercredi, 08 avril 2009

Simonetta Greggio

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Simonetta Greggio La Douceur des hommes.
Quatrième de couverture :

« Toute ma vie, j’ai aimé, bu, mangé, fumé, ri, dormi, lu. De l’avoir si bien fait, on m’a blâmée de l’avoir trop fait. Je me suis bagarrée avec les hommes pendant plus de soixante ans. Je les ai aimés, épousés, maudits, délaissés. Je les ai adorés et détestés, mais jamais je n’ai pu m’en passer…La chaleur des hommes, qui m’a si bien enveloppée, ne fait que me rendre plus odieux ce grand froid qui avance. Il n’y a pas de bras assez puissants pour m’en préserver dans la nuit qui vient. »
 Simonetta Greggio est italienne mais elle écrit en français.Je l'ai aperçue dans l'émission La Grande librairie et cette femme m'a inspirée. De suite, j'avais envie de découvrir ses romans.
J'ai commencé par La Douceur des hommes.
C'est une rencontre,des retrouvailles puis un voyage entre Constance et sa grand-mère Fosca. Fosca , la vieille dame, est pleine de vie. Tour à tour pétillante, joviale, mélancolique, elle raconte à sa petite fille son rapport avec les hommes. Fosca est une croqueuse de vie. Elle multiplie les amours et vante leurs mérites et désillusions.
Le récit de Simonetta Greggio est très doux comme peut l'être la relation entre une grand-mère et sa petite fille. Les confidences sont de plus en plus fortes et empreintes  de grâces. La relation entre les deux femmes de deux générations différentes  m'attire beaucoup. Ce rapport aux hommes également et ce qu'elles en disent.
Fosca me rappelle Le Castor dans Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.
C'est un beau roman, je poursuis ma découverte de cet auteur avec son deuxième roman Etoiles.
Quelques extraits:
"Il paraît que les femmes donnent du sexe pour être aimées et les  hommes de l'amour pour avoir du sexe. Ce n'est pas tout à fait faux. Mais le contraire est vrai aussi. Combien d'hommes sont des moines, affligés de femmes lubriques? Et on réglerait la chose avec cette culbute qu'on appelle "le mariage"?"  (Cette phrase m'a beaucoup amusée)
              "Toute petite déjà j'avais compris que la faiblesse, comme la force, est un choix. Une volonté."
Cette phrase est presque un mantra pour moi...  
                                                                    
Livre lu dans le cadre de mon défi de littérature italienne bannière 3.jpg (même si ce roman est francophone!)