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Mirontaine sta leggendo - Page 5

  • Respire d'Anne-Sophie Brasme.

     

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    Ce ne sont pas les apparitions  sur les plateaux télé de Mélanie Laurent qui m'ont convaincue de lire ce livre. C'est  Charlotte l'insatiable  à la radio qui m'a mise sur la voie d'Anne-Sophie Brasme. En évoquant son âge et la date de publication du texte (2002), j'étais surprise d'apprendre  que ce roman avait été écrit par une jeune fille de 17 ans.

     
    Respire c'est le tourment des jeunes filles, c'est la non confiance en soi, c'est une quête impossible de l'estime, c'est courir après la considération de l'autre, c'est juger les propos d'autrui comme une valeur certaine même lorsqu'ils blessent, c'est le mal-être des gens qui doutent, ce sont les propos d'une fille qui dit et se contredit, c'est l'histoire de celle qui a une petite chanson dans la tête, même si elle passe pour une idiote, c'est l'histoire de ceux qui paniquent, qui ne sont pas logiques.

    Elle... c'est Charlène qui crie de la délivrer du pire.C'est celle qui tremble face à la brillante Sarah.

    Charlène est daltonienne de l'âme. L'histoire ne lui rend jamais les honneurs.C'est une râtée du coeur car elle ne sait pas dire. Elle est handicapée des mots alors elle subit, elle est une fenêtre pour la pernicieuse Sarah. Charlène a des chaînes et elle ne sait comment s'en défaire.Elle ne s'approprie pas les gens, elle vit à travers eux.

    Sarah est un miroir, l'image magnifiée de son âme trop triste. Sarah c'est aussi l'ennemie dans la glace.Une autre insaisissable et impénétrable.

    Elle, Charlène c'est la tendresse incarnée.

    Quand l'ennemie dont le regard vous glace vous malmène, cela  mène-t-il toujours à la tragédie?

    Excellent premier roman d'Anne -Sophie Brasme adapté actuellement au cinéma.

     

  • Le Silence ne sera qu'un souvenir de Laurence Vilaine.

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    J'ai lu ce roman dès sa parution chez Gaïa en Août 2011 et relu cet été lors de sa sortie en format poche chez Actes Sud. L'émotion était tellement grande en le refermant qu'il m'était difficile d'ajouter mes propres mots sur ce texte sublime...

     Le vieux Miklus raconte la vie de son peuple à un journaliste lors de la commémoration de la chute du mur de Berlin. Vieux tsigane, originaire de l'Europe de l'Est, il s'en veut de garder le silence. Alors, il relate le destin de la communauté Rom marquée par la persécution depuis la nuit des temps.Celle installée du mauvais côté , sur une rive du Danube,dans le camp slovaque de Supava, là où parfois l'odeur de vase et d'eau tiède donnent la nausée.

    "Voyez, pour la fin heureuse de l'histoire, ça sent le roussi. Mais si vous voulez que votre reportage sonne juste, c'est dans ce sens qu'il faut aller. Jetez-y des relents de salpêtre et des effluves d'alcool à brûler, vous serez pile-poil dans la vérité."

    Miklus constate le poids de l'Histoire et le poids du passé comme seuls héritages dès la naissance. La tragédie de l'histoire se perpétue, le sort s'acharne et les histoires se répètent.

    "Pas encore rayé de la carte, le Rom, il tient bon, disons qu'il tient comme il peut, balloté d'un courant d'air à un autre, le vent s'engouffre partout où il pointe son nez. Il n'est attendu nulle part, vous le savez bien, on le refile à son voisin; à peine a-t-il posé sa famille qu'on le fait déguerpir, et on l'accuse de ne pas tenir en place."

    Quand on voit la boue dans laquelle ils pataugent, nous n'avons guère d'illusions pour demain. Les Roms crient et ne reçoivent que l'écho de leurs propres plaintes.

    Laurence Vilaine distille le "je" sous les traits de Miklus et soulève la colère sous-jacente par le prisme de cette galerie des personnages. Tous portent un surnom ( Dilino l'enfant au violon, la vieille Chnepki, Lubko le sculpteur de marionnettes, Maruska...)comme pour mieux mimer le déplacement de l'identité quand l'histoire se répète au cours de l'Histoire.Tradition identitaire car les tsiganes ne sont pas seulement des fils du vent, ils ont leurs coutumes et une identité singulière,longtemps bafouées et mises à mal.

    La communauté Rom apparaît sous la plume de Laurence Vilaine comme un peuple dont on ne peut dissocier des événements tragiques qui ponctuent leur destinée: des persécutions lors du Samadarupen (déportement des tsiganes, "zigeneur" sous la deuxième guerre mondiale, marqués par la lettre Z dans un triangle noir), brimades quotidiennes, stérilisation forcée des femmes. Autrefois les Nazis oeuvraient, personnifiés par Igor dans le texte. Aujourd'hui ce sont les paumés qui perpétuent les gestes.
    Plusieurs temporalités textuelles expriment la permanence du tragique chez ce peuple.La vie de plusieurs générations s'est envolée dans la fumée épaisse des cabanes en cendres car l'expulsion est une méthode qui n'a pas  encore été rangée dans les cartons.

    Quelle direction prendre, peut-on déjouer le tracé de sa destinée? Le Rom est finalement devenu citoyen européen, certes, une aubaine à ce qu'il paraît, une sorte de permis d'exister. A utiliser de préférence chez le voisin, il n'y a plus de frontière, ça tombe bien.

    Beauté tragique, boue et poussière, danses et légèreté sous la plume musicale de Laurence Vilaine comme un éloge au peuple du vent,à la manière du violon dans le roman, omniprésent.Loin d'un plaidoyer, ce roman  interpelle et hante votre mémoire très longtemps.

     

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  • Nagasaki d'Eric Faye.

     

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    "A moins que son absence n'ait accentué le sentiment d'incomplétude qui empoisonne mes jours? Je n'ai jamais aimé ceux qui réussissent. Non parce qu'ils réussissent, mais parce qu'ils deviennent le jouet de leur succès, d'un Moi aveuglé. Le Moi à tout prix est la fin de l'homme.

    La Crise rend les hommes un peu plus seuls. Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'homme."

    Shimura San est un homme solitaire, taciturne qui vit seul dans un appartement où curieusement les objets bougent en son absence.Après avoir installé une webcam, depuis son travail, il surveille l'espace de son huis-clos et découvre une femme évoluant en son milieu. La clandestine profite de l'absence de Shimura San pour occuper les lieux. Eric Faye propose un récit mélancolique comme une fable étrange, source d'interrogations sur nos habitudes de vie, l'isolement et les relations humaines. Culpabilité et remords viennent ponctuer ce récit peuplé d'ombres.

    Grand prix du roman de l'Académie française en 2010.
    Merci Florence.

  • Petits oiseaux de Yôko Ogawa, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle.

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     Une famille japonaise composée des parents et de leurs deux fils. L'aîné ne parle pas. Son cadet comprend son langage qu'il nomme "le pawpaw", nom des sucettes collectionnées par le cadet. Sur les papiers colorés des délices sucrés sont dessinés des oiseaux. Le "pawpaw" c'est la langue des oiseaux. L'aîné passe son temps à observer les oiseaux dans la volière d'une cour d'école. A la mort des parents, le cadet va prendre soin de son frère et perpétuer le chant de l'infiniment petit, des rituels quotidiens qui rassurent son frère. Rendre visite aux oiseaux, les observer longuement, se rendre à la pharmacie pour acheter quotidiennement les précieuses sucettes, simuler des départs et se réjouir de leur organisation. Mais des départs il n'y en a que très peu sauf l'ultime à la mort du frère aîné tant aimé. Economie des mots dans la langue "pawpaw" mais des traces visibles de son passage laissent une empreinte sur le grillage de la volière comme une mise en abyme de l'existence fragile et éphémère de l'homme.

    L'aîné n'a pas été longtemps présent mais sa différence le fait briller dans les yeux de son petit frère. Ce frère aîné est comme un météore dont on se souvient longtemps. Chaque jour qui succède à la mort du frère ne s'écoule sans les réminiscences de la présence singulière du grand frère, aussi infime qu'un pépiement d'oiseau, aussi poétique qu'une fable moderne.Et si le bonheur simple réside en dehors des mots? Sublime roman chez Actes Sud.

     

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  • Apprendre à finir de Laurent Mauvignier.

     

     

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    Une femme voit revenir son mari après un accident. Il revient dans l'espace commun. Il est immobile, comme à sa merci. Il est en morceaux. Elle prend soin de lui. Elle veut reconstituer les morceaux et recomposer le puzzle. Désir d'une unité fantasmée du parfait amour. L'homme n'a pas la parole, il est comme un lieu perdu. Une histoire qui mime à sa manière la métaphore de l'écriture d'un roman. L'écriture cherche la beauté du désarroi mais la quête est dérisoire.

    La narratrice évoque cet homme qui aime la vie avec sauvagerie, avec cruauté...qui en aime une autre, tout simplement. Laurent Mauvigner écrit comme on respire. Les mots donnent l'envie furieuse d'embrasser le mouvement qui mène à la tempête sous un crâne chez cette femme. L'auteur a une manière toute particulière d'utiliser la ponctuation comme une proximité intense et une étrange coïncidence entre la voix de la narratrice et ce que découvre le lecteur. Nous ressentons intimement les perceptions et les sentiments de cette femme à la lisière. Cette femme qui a une formidable envie de vivre mais l'impossibilité sociale d'échapper à des carcans.

    Cette femme semble pouvoir aimer pour deux, que lui importent les cieux.Elle est la canne blanche de son amour aveugle, à ses pieds elle se traîne, obstinée et soumise. Et s'il parvient à l'aimer mal ou peu? Faut-il qu'elle se taise quand les plaies se mettent à saigner? Un texte d'une immense beauté, à lire et à relire.

    Merci Florence.

  • Dolce Vita(1959-1979) Les Nouveaux monstres(1978-2014) de Simonetta Greggio.

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    Dolce Vita s'ouvre sur la première du film  éponyme,palme de Cannes, produit par Giuseppe Peppino Amato. L'Italie semble en équilibre entre deux ères, deux règnes à l'aube des années 60. L'incipit installe l'ambiance de faux semblants, celle d'un pays sali par la dépravation, la veulerie où s'entremêlent superstition et crédulité. La scène rappelle l'ouverture du film La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino (2013). Rome dans la splendeur de l'été. On suit les confidences de Don Emanuele Valfonda, quatorzième comte de Palmieri à Saverio, son confesseur jésuite.Le comte comme Jep Gamberdella jouit des mondanités de la ville.Il cache son désarroi sous une attitude cynique et désabusée mais son regard sur le pays est d'une troublante lucidité. L'Italie nouvelle, née de la faim et de la rage s'élance à la conquête de la vie et de l'art. Le lecteur découvre les chemins sinueux de ce "terrible et somptueux labyrinthe qui a pour nom Italie".Une atroce comédie où l'on apprend par le biais des confidences entre la vieille noblesse décadente et le prêtre jésuite l'émergence de la MAFIA, l'attentat de Milan en 1969, les Brigades rouges et l'existence de la loge P2. Loge maçonnique "couverte" c'est-à-dire secrète, créée dans le but de subvertir l'ordre politique, social et économique du pays dans un programme appelé le Plan de renaissance démocratique qui prévoit notamment le contrôle des médias à travers l'achat des organes de presse les plus importants.

    Simonetta Greggio associe au fil rouge des confidences des passages de non-fictions. La chronologie est parfois bousculée comme pour mieux mimer le chaos de l'Italie.

    Dolce Vita  évoque dans l'excipit la mort du prince. Quatre années plus tard, Les Nouveaux monstres s'ouvre sur l'enterrement de Valfonda. Don Saverio est présent aux côtés d'Aria, journaliste et enfant des années de plomb. Véritable kaléïdoscope romanesque, Les Nouveaux monstres alterne reportages et secrets de famille pour mieux nous raconter le désenchantement d'un pays souillé par l'argent sale mais crédule aux propos d'un caïman. 

    Tandis qu'on danse sur la Macarena, durant l'été 93, un peu à la manière de Jep Gamberdella, les différents scandales fonciers et le berlusconisme triomphent.

    Une fable noire qui met à nu les béances de cette Italie meurtrie.La lettre du juge Roberto Scarpinato, traduite par Anna Rizello dénonce à quel point l'Italie a basculé dans l'horreur.

    La fiction  mêle l'intime et la dimension politique de manière très habile. Perversité et noirceur sont les maîtres mots mais la passion de Simonetta Greggio pour son pays qu'elle a quitté depuis trente ans offre au lecteur une vision richement documentée d'une faillite morale.

    Publication chez Stock, 2014, avec filmographie, notices biographiques et lexique de la MAFIA.

     Je remercie  Dialogues Croisés pour cet excellent moment de lecture. 

     

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  • Une Arme dans la tête de Claire Mazard.

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    "Je suis fatigué. Dégoûté.Marre de cette vie.

    Je dors toujours aussi peu.

    Mes démons, mes visions, mes remords ne m'ont pas quitté depuis trois ans. Ils sont plus présents que jamais.

    Pas un seul jour, depuis mon arrivée à Roissy, je n'ai pu effacer de ma tête, ne serait-ce qu'un moment, les horreurs que j'ai commises.

    Conan l'Effaceur.

    Je voudrais être maintenant "Conan l'Effaçable".

    M'effacer de la surface de la terre."

    Cette voix est celle d'Apollinaire Mayembé. Il réside dans un foyer pour jeunes adolescents en région parisienne. Il va bientôt devoir quitter ce lieu , le jour de ses dix-huit ans. En cours, il s'ennuie un peu. Un professeur lui remet entre les mains les textes poétiques d'un auteur éponyme. Apollinaire trouvera dans certains vers d'Alcools un mimétisme étrange entre le lyrisme poétique et l'indicible de sa vie.

    Quête d'une identité pour Apollinaire ou Conan l'Effaceur, l'adolescent tente de retrouver un sens à sa vie, meurtrie à jamais par la guerre. Enlevé à sa famille pour devenir enfant-soldat aux côtés de groupes militaires rebelles, Apollinaire chasse de son esprit l'indicible du combat, la noirceur des  drogues et de la manipulation infligées par Caporal, les cibles humaines accumulées au fil des jours.

    Claire Mazard met en scène l'habileté des manipulateurs, la force de l'endoctrinement sur la naïveté de l'enfant, fasciné par les armes et prêt à tout pour servir sa patrie.L'écriture est fragmentaire au début du texte comme pour mieux mimer le trouble dans l'esprit du jeune adolescent.

    Apollinaire fera les bonnes rencontres pour trouver le chemin de la résilience mais combien de Conan et de Wamba n'auront pas cette chance?

    Texte fort, publié chez Flammarion, collection Tribal.

     

  • Louise de Julie Gouazé

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    Un premier roman porteur d'espoirs tant la plume de Julie Gouazé est subtile et vive. 

    Louise, personnage éponyme, se fait le double joyeux d'une soeur meurtrie: Alice est enfermée dans la noirceur de l'alcoolisme. Leurs parents Marie et Roger sont affaiblis par le parcours difficile d'Alice. Louise par son abnégation demeure la force vive de la famille.Quatorze années séparent les deux soeurs et pourtant elles oscillent toutes les deux, tremblotantes, sur le fil de la vie.

    L'écriture est abrupte, les phrases courtes, les mots claquent comme pour mieux mimer le scalpel qui transperce la chair des souffrances humaines. Loin d'un tableau sombre sur les relations filiales, Louise par son côté lunaire apporte une tonalité lumineuse à l'ensemble. Louise fait l'enfant pour donner la possibilité aux parents d'assouvir leur rôle protecteur. Alors, elle prend les repas autour de la table familiale, "la nourriture c'est de l'amour. De l'amour qui remplit. De l'amour qui étouffe." Louise illumine par sa ténacité le côté obscur de cette vie perturbée. Elle s'affaire toujours pour meubler l'existence car lorsque "la télévision est éteinte, le silence est allumé".

    Formidable voyage dans le temps, au coeur d'une famille des années 70 où le van VW tente l'espace d'un été de donner un semblant de joie à la famille.

    Sans pathos, Julie Gouazé réussit brillamment à mettre en mots le cumul de non-dits que le corps finit par rejeter. On écoute les mots "les douloureux, les solitaires" en sachant que "la culpabilité est une faille qui ne se comble jamais."

    Publication chez Leo Scheer, Août 2014.

  • La Cité des filles choisies d''Elise Fontenaille N' Diaye.

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    A la manière du conte oralisé, Elise Fontenaille N'Diaye nous confie l'histoire merveilleuse et tragique de Nina. Loin de notre époque contemporaine, nous partons à la découverte du destin singulier d'une jeune fille Inca sous l'Empire d'Atahualpa.

    Le procédé narratif est judicieux puisque l'histoire nous est révélée par une jeune Péruvienne Mina, suite à une visite dans un musée où est exposé le corps de la jeune Nina qui dort depuis cinq siècles sous la glace.

     

    Joli voyage sur les terres des Incas en compagnie de Nina. Elevée sur les terres du nord, petite fille d'un cultivateur de Coca, la feuille qui enivrera ses jours jusqu'à son dernier souffle, cette petite flamme est emmenée à Cuzco, capitale de l'Empire. A la demande de l'Inca, elle doit abandonner ses talents de brodeuse pour entrer dans la cité des jeunes filles-choisies.

    La cité des filles-choisies est un gynécée moral pour les jeunes filles nobles, promises à l'Inca et au sacrifice.Honneur suprême, Nina doit sacrifier sa vie pour sauver celle de l'Inca. Le sacrifice apporte beaucoup d'ampleur au récit et l'auteur nous emporte dans l'histoire secrète, teintée de rites du grand Empire des Amériques.Empire disparu sous la hargne des Conquistadores, avides de sang.

    Publication chez Rouergue, collection Doado.

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    Image à l'origine de cette histoire: La Doncella Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta Argentina.

  • Lyuba ou la tête dans les étoiles Valentine Goby/ Ronan Bodel.

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    Lyuba a quatorze ans. Son espace de vie est celui des bidonvilles de la périphérie parisienne. Elle connaît la misère, les insultes, les camps sordides et insalubres. L'humiliation est son pain quotidien. Quand on appartient à l'ethnie Rom et malgré l'entrée de la Roumanie dans l'Europe, la jeune Lyuba doit faire face au racisme européen.

    On accompagne Lyuba de la fuite du temps du régime communiste qu'a connu la Roumanie quelques années auparavant, à la persévérance démesurée pour surmonter sa situation précaire et réussir sa vie.

    Sa volonté de mener à bien une lutte contre les préjugés dont elle souffre personnellement au nom de toute la communauté a eu raison de sa pudeur.

    Il est difficile de défendre les droits d'un peuple sans territoire.

    Par le travail, la persévérance et la confiance, on peut se créer son propre chemin et façonner sa propre vie: Lyuba va rencontrer Jocelyne, une infirmière passionnée d'astronomie.

    Main dans la main, Lyuba retrouve l'espoir. Ce livre est un beau témoignage sur l'insoumission et la culture de tout un peuple: une ethnie affamée de liberté, fascinante et pourtant si méconnue.

    Nous sommes tous des nomades contrariés et le récit de Lyuba rejoint nos rêves censurés de fugue et de fuite.

     Réédition au format poche chez Autrement, collection Français d'Ailleurs. 

  • Une Vie à soi de Laurence Tardieu.

     

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    Depuis la parution de La Confusion des peines, Laurence Tardieu nage en eaux troubles. 

    Un dimanche d'automne 2011, elle sort bouleversée d'une exposition des photographies de Diane Arbus au Jeu de paume.

    Dans Une Vie à soi, nous découvrons une natation synchronisée entre ces deux femmes qui tentent d'échapper au carcan familial d'une famille qui bâtit sa vie comme dans le béton pour mieux engluer les jeunes femmes avides de liberté, soucieuses d'accomplir leurs passions. L'une amplifie le mouvement du corps dès l'âge de quatorze ans et son souffle devient signe en figeant les instants précieux de la vie tourmentée sur des clichés en noir et blanc, sa consoeur courbe l'échine et se noie dans le travail. Obéissante et délicieuse enfant qui ne veut déplaire, elle commence une vie de femme paisible mais ennuyeuse. 

    Diane et Laurence  comme deux sylphides brassent la vie et les mots deviennent des bulles d'air à la surface, parfois le tourbillon les emporte et les mots s'amoncellent sur les pages. Les eaux sont pleines de spectres, de paternels mutiques, de mères austères, d'hommes bienveillants et attachants comme celui  en chemise bleue qui insuffle le goût de vivre.Les amphores se remplissent de souvenirs délicieux de l'espace à soi, la chambre d'enfant se fait le cocon protecteur où l'on s'isole un peu pour reprendre son souffle.

    Comme une couturière céleste, Laurence Tardieu  écrit un texte dont la grâce saccadée du portrait en miroir dévoile en douceur qu'"il n'y a rien  que j'aimais plus que vivre". Diane abandonne le mouvement, se noie littéralement.Disparaître est un mieux. Le miroir se brise et Laurence s'observe autrement.

    Pourquoi s'empêche-t-on de vivre? Bouleversante parution chez Flammarion.

     

  • La Vie sur le fil d'Aline Kiner.

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    Aline Kiner a écrit un premier livre Le jeu du pendu , roman policier couronné de succès. Dans La vie sur le fil, le registre est différent mais la tension dramatique est bien présente. L'ambiance du roman est délicate et le portrait de chacun des personnages donne à l'ensemble du texte une belle densité.

    On découvre Marc qui peu de temps après la mort de sa mère s'installe dans une caravane dans la Drôme. Diego le gitan lui apporte la quiétude et peuple son quotidien d'une nouvelle passion artisanale.

    Puis on rencontre Gabriel, parti en Egypte pour réaliser un reportage  photographique.

    Un personnage lunaire, central Eva redonne vie à des êtres d'une autre époque en façonnant leur visage à l'identique. Elle a le pouvoir de redonner vie, elle qui semble la perdre. Eva attend des résultats, un peu à la manière de Cléo personnage du film d'Agnès Varda...Les résultats importent moins que le temps de l'attente. Eva occupe ses journées en ville, à la terrasse d'un café quand la sonnerie d'une cabine téléphonique à heures régulières va perturber son quotidien. Au bout du fil Gabriel, depuis l'Egypte. L'histoire de l'Egypte divulguée par petites brides comme un sort funeste, celui du hors champ. La vie et la mort intrinsèquement liées dans les sarcophages d'Egypte comme métaphores des peurs et angoisses de Marc et Eva.

    Trois vies bouleversées par cet appel répétitif dans la vie suspendue d'Eva. Eva parle à un fantôme à l'autre bout du monde et se bat contre un ennemi invisible.

    Les mots tricotent parfois des pelotes grises, mais sous la plume d'Aline Kiner les mots sont délicieux.

     

  • Les Faibles et les forts de Judith Perrignon.

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    Un livre fort, poignant qui s'ouvre sur l'image d'un fleuve, magistral, nommé rivière Rouge. Il descend l'Amérique et s'en va se noyer dans le Mississippi puis dans la mer. Chaque jour une quinzaine de personnes viennent trouver un peu de fraîcheur sur ses bords. 

    C'est une famille noire américaine, des petites gens, des individus dignes face au drame. Marie-Lee la grand-mère évoque la racisme des années 1960 lorsque l'entrée de la piscine fut autorisée aux gens de couleur. La communauté noire y était interdite et peu d'entre eux savent nager au moment où les petits enfants de Marie-Lee s'ébrouent dans l'eau. L'interdiction peut -elle mener au drame?

    Judith Perrignon construit un récit très juste sur la noyade des jeunes afro-américains et souligne avec beaucoup de délicatesse les explications en amont de ce drame épouvantable. La ségrégation raciale entraîne des drames au delà de la bêtise humaine et de ce que l'on peut imaginer.

    « Negro are pushing too far !! […] Un travail ! Une place dans le bus ! Ou au restaurant ! C'est déjà leur faire grand honneur ! Mais dans l'eau ! Dans nos vestiaires ! A poil ! Leur peau ! Leurs microbes ! Veulent pas coucher avec nos femmes pendant qu'on y est ? »

    Tous les membres de la famille apportent au récit l'élan d'une oraison funèbre, comme un choeur uni face à l'indicible.Les choix narratifs de Judith Perrignon sont judicieux, on traverse les époques, les voix sont différentes mais les drames bousculent et interrogent.

    Merveilleux roman, merci Jérôme!

     

  • Grand paradis d'Angélique Villeneuve.

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     Beaucoup de douceur dans ce texte d'Angélique Villeneuve que je retrouve avec plaisir suite à ma lecture récente d' Un Territoire.  

    Grand Paradis c'est l'espace bucolique, un lieu de ressources pour Dominique Leloir qui aimait s'y réfugier lorsqu'elle était petite. Devenue fleuriste, la petite fille mystérieuse qui souriait peu, mène une vie au ralenti absolu. Enfermée en elle-même, le corps replié et l'âme claustrée.

    En dépit des relations avec sa patronne, la narration accentue ce sentiment de solitude, en même temps qu'elle en accuse le mystère.Grâce à un travail subtil sur l'économie des dialogues Angélique Villeneuve réussit à nous faire sentir les mécanismes perceptifs de cette femme au sein de la nature. Dominique Leloir ressent le monde par le prisme de ses sens engourdis. Depuis ce point de souffrance, on observe le personnage se refuser au monde. Quelle est la peine indicible?

    La manière de suggérer cette perte à soi même sera dévoilée lentement par les recherches incessantes sur une vieille photo d'une aïeule. L'auteur esquisse avec beaucoup de délicatesse ce portrait de Léontine. Un gouffre existentiel a anéanti le quotidien de Léontine, sujette à l'hystérie. Dominique passe de longues heures à la bibliothèque des archives de la Salpêtrière  pour comprendre le passé de Léontine. Les liens ténus qui relient ces deux femmes semblent être l'explication plausible d'un mal être générationnel. Certains événements, par la profondeur de la détresse qu'ils mettent en jeu défient la capacité de l'art narratif à s'en approcher, à reconstituer le puzzle.On devine un drame. Un père qui a pris la fuite, une mère seule qui élève ses deux filles Dominique et Marie.  A qui la faute de ce départ? A la petite fille si différente?

    Un excellent roman, lu comme dans une bulle... un monde de silence, celui de Dominique.

  • Souveraineté du vide Lettres d'Or de Christian Bobin.

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    Il m' est difficile de commenter un livre de Christian Bobin, le texte se suffit à lui même tant il est poétique et élégant.

    "J'ouvre des livres, je feuillette des visages. Je vois peu de gens durant votre absence, si j'excepte ceux qui sont dans les livres, ceux qui passent le gué des lectures vers les deux heures du matin. Ils ont une vie d'encre, ils mènent la vie que l'on ne peut mener le jour, où l'on porte le deuil de soi-même, devant faire allégeance, devant obéissance à tout. Ils ont des noms de forêt, des noms de voyage, des noms de grand fleuve, ils ont des noms de neige quand ils tombent dans le noir, tout au fond des yeux, après la dernière page. Ils ont une vie d'une seule coulée, ils passent très vite, resserrant toute une nuit de lecture dans l'éclair qui les frappe. Ils marchent sur eux-même, dans la foulée d'un unique désir, dans la volonté d'une seule chose. Ce sont les ombres claires, ce sont les livres aimés.

    Ils entrent dans nos vies avec le soir, avec la pluie [...] Les livres aimés sont des rayons de miel fauve, de miel brun."

  • L'Eté des gitans de Sylvie Fournout.

     

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    Un village du Sud, la chaleur d'un ciel de plomb, la douceur d'une maison, celle de Maria la grand-mère de Julie. Les cigales chantent, les vergers offrent des fruits délicieux, les vignes sont abondantes, c'est l'heure des vendanges. Comme chaque été, Maria accueille des gitans pour récolter le raisin. Nad est un fils du vent, le regard sombre comme celui d'un loup, très séduisant. Nad le gitan plaît à Sarah, la cousine de Julie mais aussi à Noah, la fille du maire. Une amourette d'été? Un roman du terroir? Un texte sur le racisme?

    L'Eté des gitans est une leçon sur l'histoire d'une intégration difficile des peuples nomades. Les romans de littérature jeunesse évoquent souvent sur cette thématique la difficile intégration des enfants du voyage au sein des écoles. Sylvie Fournout choisit le temps d'un été, loin de l'espace clos des écoles. Le texte souligne la faculté du peuple gitan tel le loup intelligent qui réussit à survivre par une sorte d'adaptation naturelle, d'ajustement au milieu ambiant. Nad se sent chez lui dehors, lorsque la lune est solitaire, la fraîcheur se déploie , l'odeur des résineux devient intense et son coeur s'allège des paroles douloureuses .Tel le loup il n'y a plus rien entre le ciel et lui. C'est un beau roman sur la peur parce que "la haine, ça trouve son chemin tout seul".  Les histoires et les secrets s'entremêlent, celle de Nad et celle de Baptiste , le grand-père, sauvagement abattu. Autre temps, autre époque et les histoires se perpétuent de la même manière et l'on entend encore le vol noir des corbeaux. 

    Très belle parution avec une densité romanesque remarquable et un talent descriptif  subtil chez Oskar Editeur.

  • La Reine des lectrices d'Alan Bennett.

    La Reine des lectrices... So shocking !Que se passerait-il Outre-Manche, si la Reine d'Angleterre se passionnait subitement pour la littérature? C'est la question que se pose le romancier anglais Alan Bennett dans ce texte délicieux.

    Le quotidien de la reine bascule tout à coup dans l'univers des bibliothéques.Lire, selon elle, n'est pas agir. Comme elle est une femme d'action, elle commence par examiner les rayons d'un bibliobus avec hâte, pour gagner du temps. Mais très vite, elle découvre également que chaque livre l'entraîne vers d'autres livres, que les portes ne cessent de s'ouvrir, quels que soient les chemins empruntés et les journées ne deviennent plus assez longues pour satisfaire ses désirs de lectures.

    Alain Bennett nous invite dans une fiction très drôle, ponctuée d'un humour so british. Sous couvert d'un humour assez corrosif, cher à l'auteur, la fable soulève la question du trouble qu'occasionne la pratique assidue de la lecture.

    C'est avec ce roman que je clos Le Mois Anglais Juin 2014 où j'ai lu huit romans et quelques titres attendent sur ma Pal pour prolonger avec plaisir la thématique!

     Mois Anglais juin 2014

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  • L'Innocence de Tracy Chevalier.

     

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    Londres, 1792. Une famillle quitte la douce campagne du Dorset pour s'installer près de Londres à Lambeth. Le père et son fils Jem sont menuisiers et souhaitent travailler pour un cirque, dans l'espoir d'une vie meilleure. Ce nouveau patron Philip Atsley semble assez despotique et abuse aisément des facultés de chaque employé.

    Jem et sa soeur Massie ont tout à découvrir de la vie en ville et c'est Maggie, une fille du même âge qui va les initier aux découvertes de ce nouveau monde. Personnage assez fantasque, Maggie apporte beaucoup de fraîcheur dans ce roman initiatique; à la lisière de l'innocence, aux portes du monde adulte.

    La différence des deux milieux sociaux souligne habilement le creuset des niveaux de vie à cette époque. En France, la Révolution gronde et l'Angleterre craint que le peuple anglais s'inspire de cet élan.Commence le temps des craintes, des délations, du dur labeur.

    Aux côtés de la jeunesse erre un poète: William Blake. Favorable à la révolution française, les adultes le craignent mais les adolescents l'admirent.

    J'aurais aimé moins de longueurs descriptives et un attachement plus profond sur le personnage de William Blake, mais Tracy Chevalier s'attache à le considérer comme un personnage secondaire.

    J'ai préféré d'autres titres de l'auteur notamment son dernier roman, plus dense et moins monotone.

    Roman lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

  • L'Etonnante histoire d'Adolphus Tips de Michael Morpurgo.

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    Michael Morpurgo est une valeur sûre en littérature jeunesse. Dans l'objectif du mois anglais, je souhaitais partager mes lectures avec mon korrigan de huit ans. La couverture avec le chat fut un facteur de choix déterminant pour lui, l'attrait pour la période historique de la seconde guerre mondiale était un bon support d'apprentissage.

    L'histoire se passe dans le village de Slapton qui doit être évacué pour permettre aux soldats américains les entraînements avant la libération des côtes normandes. Lily vit une vie paisible à la campagne où les hommes sont absents, partis au combat. 

    Barry, son compagnon de jeux, a perdu son papa. Morpurgo décrit ici une vie d'entraide et de solidarité où la famille de Lily va recueillir l'enfant pour permettre à la mère de travailler sur Londres. L'auteur crée une ambiance douce malgré les événements et enrichit son récit des plaisirs simples d'une vie paisible, loin de la ville.

    Au moment d'évacuer le village, le chat Tips a disparu. Lily ne peut se résoudre à son absence et prend des risques pour le retrouver en franchissant les barbelés des zones d'essai. Morpurgo évoque avec habileté la préparation des Alliés à lancer une attaque sur la France occupée par les Allemands, afin de libérer l'Europe des Nazis. Le Sud de L'Angleterre devint un immense camp militaire. Les zones côtières comme le village de Slapton Sands furent vidées de leurs habitants, la plage étant semblable à celles du débarquement en Normandie.

    La construction du roman est judicieuse puisque l'auteur relate par la voix de Lily, devenue grand-mère, un journal écrit pendant la guerre et dévoilé à son petit-fils Boowie suite à son escapade.

    Une mamie fugueuse, un étrange passé, une disparition de chat, l'éveil des sentiments avec un soldat américain: tous les ingrédients sont réunis pour nous emporter dans un moment de lecture très instructif!

    Roman publié en 2006, traduit par Diane Ménard , lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

     

     

  • Victoria et les Staveney de Doris Lessing.

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    "Elle se rappelait vaguement que Thomas était allé dans la même école qu'elle parce que son père, Lionel Staveney, avait déclaré que ses enfants devaient savoir comment vivait l'autre moitié du monde. Edward et Thomas avaient donc passé quelques années avec les rejetons de ladite moitié du monde avant d'être transportés d'urgence dans de vraies écoles, où les enfants apprenaient quelque chose. Si elle, Victoria, avait fréquenté une telle école...Mais les élèves de ces établissements ne doivent pas soigner une mère malade."

    Victoria a neuf ans, elle est élevée par une tante malade. Un soir, elle est hébergée chez les Staveney, une famille blanche. Notre petite Victoria ne va jamais oublier ce souvenir de la demeure des Staveney et de cette soirée passée parmi eux.Mais sous couvert d'une grande empathie, les Staveney feront preuve de railleries insidieuses et sournoises sur la couleur de peau de la jeune Victoria.

    Quelques années plus tard, Vistoria passera un été idyllique dans les bras de Thomas Staveney. De leur union naîtra Mary, qualifiée d'"éclair au chocolat" par sa belle famille.

    Doris Lessing aborde le thème du racisme et des faux-semblants de la société anglaise ambitieuse et libérale mais la narration est parfois trop hâtive sur certains événements, donnant peu d'épaisseur aux portraits des personnages. J'ai trouvé le récit peu étoffé même si la thématique de l'hypocrisie est subtilement décrite dans cette comédie sociale plutôt pessimiste où les silences en disent long.

    Roman publié en 2010, traduit par Philippe Giraudon , lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

     

  • Vous descendez? de Nick Hornby

     

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    Première lecture d'un texte de Nick Hornby. J'ai longuement hésité avec Juliet, naked mais l'histoire des quatre compères en mal de vivre me séduisait.

    Roman polyphonique de quatre protagonistes suicidaires, le roman de Nick Hornby s'ouvre sur une note de drôlerie malgré l'intention de Martin (une sorte de DSK), Maureen (la mère courage), JJ (doux rêveur américain) et Jess ( l'adolescente imbuvable).

    Nick Hornby porte ses personnages avec un élan d'humanité, de tendresse et d'humour anglais si particulier. Chaque personnage reflète les travers de la société anglaise mais parfois poussés jusqu'à leur paroxysme et par conséquent la caricature devient grossière. La première partie du roman est plutôt subtile mais je me suis lassée des ricochets loufoques. J'attendais plus de profondeur à cette relation filiale.J'ai donc survolé la troisième partie, puis abandonné.

    « Nous avons tous en général une corde qui nous lie à quelqu'un ; elle peut être courte ou longue. Mais on ne connaît jamais la longueur. Ce n’est pas nous qui décidons »
    Une adaptation ciné signée Pascal Chaumeil.
    Texte lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg 
     
  • La Pluie avant qu'elle tombe de Jonathan Coe.

     DSC_0520.JPGRosamond est morte. Elle confie à sa nièce Gill des cassettes à l'attention d'une mystérieuse Imogen. Illustrations sonores de vingt photos, autant d'instantanés de vie commentés par Rosamond des années 40 à aujourd'hui.

    Jonathan Coe évoque le "fatum", ce fil invisible qui transcende l'existence de plusieurs générations de femmes. Ce fil qui relie plusieurs femmes de Rosamond à Beatrix puis Théa et Imogen.

    Le passé modèle les vies de ces femmes, intrinsèquement liées par le sentiment de frustration d'une relation mère-fille violente. Le destin se transforme au fil des confidences en drame. Jonathan Coe place son lecteur face à un album de famille où la narration descriptive à l'attention d'Imogen, jeune femme aveugle, permet d'éclaircir la vie singulière de ce gynécée.

    L'auteur organise le roman en distillant du suspense autour de cette voix d'outre-tombe. L'histoire personnelle noue un lien étroit avec l'Histoire de l'Angleterre: la vie après guerre et l'homosexualité féminine au coeur d'une société puritaine.

    Pour quelles raisons les schémas de vie se reproduisent inlassablement? Je vous laisse pénétrer dans le labyrinthe singulier de Jonathan Coe.

    Très belle découverte, lue  dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

  • La Messagère de l'au-delà de Mary Hooper.

     

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    "Le temps se figea. Médecins et étudiants formaient autour du cadavre d'Anne Green un tableau saisissant, son corps semblant suspendu entre ciel et terre. Elle n'était ni vraiment vivante ni tout à fait morte."

    Oxford, 1650. La jeune fille sur la première de couverture représente Anne Green, jeune servante accusée d'infanticide. L'illustration nous donne l'impression que la jeune pendue va ouvrir les yeux d'un instant à  l'autre.Inspiré d'un fait réel, Mary Hooper retrace avec précision la destinée singulière d'Anne Green, pendue puis revenue mystérieusement à la vie. L'arrière plan historique de l'Angleterre puritaine du XVII ème siècle où prend place l'intrigue romanesque est décrit de manière très subtile dans son austérité.

    Anne Green semble être une jeune fille bien crédule. Les chapitres oscillent entre les confidences de la jeune servante et les observations du jeune apprenti médecin, Robert, présent à la leçon d'anatomie où le corps d'Anne Green doit être disséqué suite à sa pendaison.

    On frissonne face à la rigidité des lois sous Cromwell et à la frivolité des jeunes femmes naïves.Personnage stoïque, Anne Green accepte son châtiment pour sauver l'honneur de son maître Geoffrey, le petit fils de Sir Thomas Read. Mary Hooper souligne la détresse de cette jeune femme à l'époque où les naissances prématurées ne sont pas jugées comme un drame mais un infanticide.

    Un miracle va se produire, aux frontières du surnaturel, Mary Hooper nous emporte dans un rythme palpitant.

    Roman lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

     

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  • Le Calme retrouvé de Tim Parks.

     

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    Roman, récit, témoignage...difficile de classer ce texte de Tim Parks. L'auteur utilise avec brio l'ironie pour évoquer l'angoisse de la maladie. Loin du mouton de Panurge qui boit les paroles de la médecine traditionnelle sans se poser de questions, Tim Parks élargit le champ des possibles face à cette douleur pelvienne  chronique.Je ne pensais pas être séduite par le récit d'un homme sur ses déboires avec sa prostate! Et pourtant...

    On suit l'homme dans ses péripéties nocturnes et ses douleurs envahissantes. L'auteur nous emporte littéralement avec beaucoup d'humour dans des situations ridicules et parfois embarrassantes mais il ne se résigne jamais face au corps médical. Toute son abnégation surgit dans une quête fructueuse de recherches médicales sur internet. Un récit sans concession servi par un humour vivifiant.

    La douleur chronique le mène sur la voie du yoga et de la méditation.Ces pratiques le portent vers une réflexion profonde sur ses choix de vie et c'est indubitablement la partie du récit qui m'a le plus séduite.

    L'auteur oscille entre résignation face à la maladie et la volonté de lui échapper.

    Beaucoup d'autodérision chez Tim Parks, un peu à la manière de Daniel Pennac dans Journal d'un corps.

    Récit d'une grande précision analytique sur soi relié à la dimension littéraire où l'auteur convoque Beckett, Thomas Hardy ou Coleridge.

    Texte  publié chez Actes Sud, traduit de l'anglais par I. Reinharez, lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

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  • La Vie devant ses yeux de Laura Kasischke.

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     Première rencontre avec Laura Kasischke. Je savais son talent pour créer des ambiances, unissant tour à tour, mystères, questionnements et surprises.J'ai choisi ce titre édité récemment en poche. Récit d'une réminiscence du passé, le roman s'ouvre sur un tempo allegro: une scène de crime. Dans un lycée américain, un tueur s'approche de deux jeunes filles,deux amies que rien ne sépare jusqu'alors. Deux jeunes femmes pleines d'avenir dont l'une d'entre elles se nomme Diana.

    Une première porte se referme sur ce sombre événement. Le temps passe, laissant la place à l'oubli ou son semblant.Devenue Diana Mac Fee, charmante épouse d'un homme brillant, maman d'une petite fille adorable, enseignante passionnée, elle vit dans une demeure d'un quartier huppé.

    Mais le souvenir de cette journée particulière de son adolescence hante son esprit.Beaucoup de portes se sont refermées derrière elle depuis le drame mais rien n'efface la violence de cette journée.
    Laura Kasischke met en scène la routine d'un quotidien banal jusqu'aux petits symboles distillés au fil de la narration pour démolir la quiétude de cette vie parfaite. Le portrait de Diana est majestueux tant dans sa faiblesse féminine que dans le trouble qu'elle incarne. L'auteur réussit à transcender l'agression permanente dans la tête de son personnage. Sous couvert d'une femme lisse et admirable se dissimule la plus terrible paranoïa et chaque événement troublant apporte un éclairage particulier sur le sens des images employées.

    Un très bel univers, rythmé, avec des mots ciselés même si certaines ruptures narratives peuvent lasser parfois.

  • Réparer les vivants de Maylis de Kerangal.

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     Un texte dont on parle beaucoup, souvent je m'en éloigne et j'attends pour découvrir avec un peu de recul la pépite dont tout le monde parle.D'autant plus que le sujet est si délicat, qu'il mérite le moment opportun et la force nécessaire pour regarder en face l'indicible.

    Je découvre le style de Maylis de Kerangal et mes premières impressions étaient plutôt nuancées en début de lecture. L'écriture semble "métallique", "froide" comme pour mieux mimer le drame dès l'incipit.

    Simon Limbres est un jeune homme, passionné par le surf. Fasciné par ce jeu dangereux avec les vagues, c'est pourtant au coeur d'un van que Simon fera face à la faucheuse.Son coeur bat encore mais le comas est irréversible.On pénètre dans le service de réanimation, espace à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées.Simon n'est plus qu'un corps situé entre la vie et la mort. Le suspense régit l'espace du monde diurne, celui de la vie continue et stable. Autour de cette dimension évoluent les proches de Simon et le corps médical.

    Marianne, la mère de Simon louvoie comme une couleuvre. Elle qui rêve d'un happy end acidulé, fait preuve d'une grande abnégation. Le temps qui s'écoule freine le destin en marche.Nous sommes dans l'outremonde, un espace souterrain ou parallèle, un monde perfusé de mille sommeils où les médecins veillent.

    La douleur des impossibles retours en arrière est mise en voix de manière très subtile et l'écriture se fait plus douce.Le présent du drame est juste beau, sans tire-larmes. Face à l'intérieur détruit de Simon et son extériorité paisible, le corps médical s'affaire. Des questions se posent notamment celle du don d'organes.Le regard des médecins cerne les parents de Simon, tel un objectif, là où la mort est soustraite aux regards.

    Loin du simulacre de la mort, l'indicible n'est pas théâtralisé mais habilement mis en mots avec un élan pour enterrer les morts et réparer les vivants.

    "Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils?Comment raccorder sa mémoire singulière à ce cors diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme?"

    Magnifique et bouleversant roman publié aux Editions Verticales.

     

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  • A cup of tea?

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    Première participation au mois anglais saison 3, mis en place par Cryssilda, Lou  et MartineVoici les trois romans anglais choisis:

    Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis

    L'Innocence de Tracy Chevalier

    Le Calme retrouvé de Tim Parks

    Et puis des lectures communes des textes de Mary Hooper, Jonathan Coe, Doris Lessing, Nick Hornby, Kate Atkinson. 

    Une manière subtile de piocher dans mon immense pile à lire. Je cherche aussi des titres de romans anglais ou romans où l'histoire se passe en Angleterre pour mon Korrigan de 8 ans. Help!

     

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  • Traverser les ténèbres d'Helena Janeczek.

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    "Ma maman est une mère comme tant d'autres. Peut-être est-ce moi qui suis bizarre, trop faible, moi qui prends la mouche pour des mots dictés par la colère et le besoin de se défouler, des mots qu'elle, elle oublie tout de suite après les avoir prononcés. Ma maman, comme beaucoup d'autres mamans, aurait aimé avoir une fille un peu différente."

    La narratrice, dont la mère juive polonaise, a survécu à la Shoah, s'interroge sur la transmission des connaissances et des expériences. Toute la vie de l'auteur est traversée par ce mutisme face à l'indicible. La mère est exigeante, pugnace face à l'adversité. Elle désire transmettre à sa fille toute l'abnégation nécessaire face aux dangers, réels ou imaginaires, de l'existence.Une mère qui essaie de faire passer à travers le sang les subterfuges pour surmonter les craintes.

    L'Allemagne, terre d'adoption lui semble étrangère, si éloignée de sa culture intrinsèque. Elles accomplissent ensemble un voyage à Auschwitz-Birkenau. Le récit pudique du chaos des camps laisse entrevoir une tendresse infinie entre la mère et sa fille.

    Comment briser le silence? Comment surmonter l'angoisse face à la peur? Que deviennent vraiment les survivants? Helena Janeczek plonge au coeur des ténèbres et offre au lecteur la possibilité de regarder l'abîme et la terreur infiltrée dans les os.

    Roman traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, Avril 2014.

  • L'Avenir de Catherine Leblanc.

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    Agnès est partie. Elle laisse sa mère et sa jeune soeur de seize ans face à leur interrogations sur ce désir de liberté. C'est Charlène, la soeur cadette, qui évoque ce départ. Agnès a décidé de suivre son amoureux jusqu'en Arménie.Elle souhaite trouver du travail dans le pays. Charlène ne comprend pas la décision d'Agnès et le nouveau huis-clos avec sa mère lui est insupportable. Elle se sent seule, perdue et démunie, ce départ ressemble beaucoup à un abandon. 

    La jeune adolescente va découvrir peu à peu des nouveaux plaisirs, des rencontres surprenantes et l'entrée dans le monde adulte lui semble fascinante. Catherine Leblanc réussit à évoquer les premiers émois sans mièvrerie, en s'attachant tout particulièrement à la délicatesse des premières fois. Le vagabondage des adolescents épouse le désir des plaisirs défendus où la palette des émotions éclot entre surprise et désarroi.

     

    Un très beau texte à la hauteur de mon plaisir de lecture ressenti en refermant Fragments de bleu, Si loin, si près.L'adolescence comme l'espace infini des possibles sous la plume de Catherine Leblanc chez Rémanence, Avril 2014.