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mercredi, 18 juin 2014

Victoria et les Staveney de Doris Lessing.

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"Elle se rappelait vaguement que Thomas était allé dans la même école qu'elle parce que son père, Lionel Staveney, avait déclaré que ses enfants devaient savoir comment vivait l'autre moitié du monde. Edward et Thomas avaient donc passé quelques années avec les rejetons de ladite moitié du monde avant d'être transportés d'urgence dans de vraies écoles, où les enfants apprenaient quelque chose. Si elle, Victoria, avait fréquenté une telle école...Mais les élèves de ces établissements ne doivent pas soigner une mère malade."

Victoria a neuf ans, elle est élevée par une tante malade. Un soir, elle est hébergée chez les Staveney, une famille blanche. Notre petite Victoria ne va jamais oublier ce souvenir de la demeure des Staveney et de cette soirée passée parmi eux.Mais sous couvert d'une grande empathie, les Staveney feront preuve de railleries insidieuses et sournoises sur la couleur de peau de la jeune Victoria.

Quelques années plus tard, Vistoria passera un été idyllique dans les bras de Thomas Staveney. De leur union naîtra Mary, qualifiée d'"éclair au chocolat" par sa belle famille.

Doris Lessing aborde le thème du racisme et des faux-semblants de la société anglaise ambitieuse et libérale mais la narration est parfois trop hâtive sur certains événements, donnant peu d'épaisseur aux portraits des personnages. J'ai trouvé le récit peu étoffé même si la thématique de l'hypocrisie est subtilement décrite dans cette comédie sociale plutôt pessimiste où les silences en disent long.

Roman publié en 2010, traduit par Philippe Giraudon , lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

 

lundi, 16 juin 2014

Vous descendez? de Nick Hornby

 

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Première lecture d'un texte de Nick Hornby. J'ai longuement hésité avec Juliet, naked mais l'histoire des quatre compères en mal de vivre me séduisait.

Roman polyphonique de quatre protagonistes suicidaires, le roman de Nick Hornby s'ouvre sur une note de drôlerie malgré l'intention de Martin (une sorte de DSK), Maureen (la mère courage), JJ (doux rêveur américain) et Jess ( l'adolescente imbuvable).

Nick Hornby porte ses personnages avec un élan d'humanité, de tendresse et d'humour anglais si particulier. Chaque personnage reflète les travers de la société anglaise mais parfois poussés jusqu'à leur paroxysme et par conséquent la caricature devient grossière. La première partie du roman est plutôt subtile mais je me suis lassée des ricochets loufoques. J'attendais plus de profondeur à cette relation filiale.J'ai donc survolé la troisième partie, puis abandonné.

« Nous avons tous en général une corde qui nous lie à quelqu'un ; elle peut être courte ou longue. Mais on ne connaît jamais la longueur. Ce n’est pas nous qui décidons »
Une adaptation ciné signée Pascal Chaumeil.
Texte lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg 
 

samedi, 14 juin 2014

La Pluie avant qu'elle tombe de Jonathan Coe.

 DSC_0520.JPGRosamond est morte. Elle confie à sa nièce Gill des cassettes à l'attention d'une mystérieuse Imogen. Illustrations sonores de vingt photos, autant d'instantanés de vie commentés par Rosamond des années 40 à aujourd'hui.

Jonathan Coe évoque le "fatum", ce fil invisible qui transcende l'existence de plusieurs générations de femmes. Ce fil qui relie plusieurs femmes de Rosamond à Beatrix puis Théa et Imogen.

Le passé modèle les vies de ces femmes, intrinsèquement liées par le sentiment de frustration d'une relation mère-fille violente. Le destin se transforme au fil des confidences en drame. Jonathan Coe place son lecteur face à un album de famille où la narration descriptive à l'attention d'Imogen, jeune femme aveugle, permet d'éclaircir la vie singulière de ce gynécée.

L'auteur organise le roman en distillant du suspense autour de cette voix d'outre-tombe. L'histoire personnelle noue un lien étroit avec l'Histoire de l'Angleterre: la vie après guerre et l'homosexualité féminine au coeur d'une société puritaine.

Pour quelles raisons les schémas de vie se reproduisent inlassablement? Je vous laisse pénétrer dans le labyrinthe singulier de Jonathan Coe.

Très belle découverte, lue  dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

mardi, 10 juin 2014

La Messagère de l'au-delà de Mary Hooper.

 

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"Le temps se figea. Médecins et étudiants formaient autour du cadavre d'Anne Green un tableau saisissant, son corps semblant suspendu entre ciel et terre. Elle n'était ni vraiment vivante ni tout à fait morte."

Oxford, 1650. La jeune fille sur la première de couverture représente Anne Green, jeune servante accusée d'infanticide. L'illustration nous donne l'impression que la jeune pendue va ouvrir les yeux d'un instant à  l'autre.Inspiré d'un fait réel, Mary Hooper retrace avec précision la destinée singulière d'Anne Green, pendue puis revenue mystérieusement à la vie. L'arrière plan historique de l'Angleterre puritaine du XVII ème siècle où prend place l'intrigue romanesque est décrit de manière très subtile dans son austérité.

Anne Green semble être une jeune fille bien crédule. Les chapitres oscillent entre les confidences de la jeune servante et les observations du jeune apprenti médecin, Robert, présent à la leçon d'anatomie où le corps d'Anne Green doit être disséqué suite à sa pendaison.

On frissonne face à la rigidité des lois sous Cromwell et à la frivolité des jeunes femmes naïves.Personnage stoïque, Anne Green accepte son châtiment pour sauver l'honneur de son maître Geoffrey, le petit fils de Sir Thomas Read. Mary Hooper souligne la détresse de cette jeune femme à l'époque où les naissances prématurées ne sont pas jugées comme un drame mais un infanticide.

Un miracle va se produire, aux frontières du surnaturel, Mary Hooper nous emporte dans un rythme palpitant.

Roman lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

 

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lundi, 09 juin 2014

Le Calme retrouvé de Tim Parks.

 

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Roman, récit, témoignage...difficile de classer ce texte de Tim Parks. L'auteur utilise avec brio l'ironie pour évoquer l'angoisse de la maladie. Loin du mouton de Panurge qui boit les paroles de la médecine traditionnelle sans se poser de questions, Tim Parks élargit le champ des possibles face à cette douleur pelvienne  chronique.Je ne pensais pas être séduite par le récit d'un homme sur ses déboires avec sa prostate! Et pourtant...

On suit l'homme dans ses péripéties nocturnes et ses douleurs envahissantes. L'auteur nous emporte littéralement avec beaucoup d'humour dans des situations ridicules et parfois embarrassantes mais il ne se résigne jamais face au corps médical. Toute son abnégation surgit dans une quête fructueuse de recherches médicales sur internet. Un récit sans concession servi par un humour vivifiant.

La douleur chronique le mène sur la voie du yoga et de la méditation.Ces pratiques le portent vers une réflexion profonde sur ses choix de vie et c'est indubitablement la partie du récit qui m'a le plus séduite.

L'auteur oscille entre résignation face à la maladie et la volonté de lui échapper.

Beaucoup d'autodérision chez Tim Parks, un peu à la manière de Daniel Pennac dans Journal d'un corps.

Récit d'une grande précision analytique sur soi relié à la dimension littéraire où l'auteur convoque Beckett, Thomas Hardy ou Coleridge.

Texte  publié chez Actes Sud, traduit de l'anglais par I. Reinharez, lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

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mercredi, 04 juin 2014

La Vie devant ses yeux de Laura Kasischke.

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 Première rencontre avec Laura Kasischke. Je savais son talent pour créer des ambiances, unissant tour à tour, mystères, questionnements et surprises.J'ai choisi ce titre édité récemment en poche. Récit d'une réminiscence du passé, le roman s'ouvre sur un tempo allegro: une scène de crime. Dans un lycée américain, un tueur s'approche de deux jeunes filles,deux amies que rien ne sépare jusqu'alors. Deux jeunes femmes pleines d'avenir dont l'une d'entre elles se nomme Diana.

Une première porte se referme sur ce sombre événement. Le temps passe, laissant la place à l'oubli ou son semblant.Devenue Diana Mac Fee, charmante épouse d'un homme brillant, maman d'une petite fille adorable, enseignante passionnée, elle vit dans une demeure d'un quartier huppé.

Mais le souvenir de cette journée particulière de son adolescence hante son esprit.Beaucoup de portes se sont refermées derrière elle depuis le drame mais rien n'efface la violence de cette journée.
Laura Kasischke met en scène la routine d'un quotidien banal jusqu'aux petits symboles distillés au fil de la narration pour démolir la quiétude de cette vie parfaite. Le portrait de Diana est majestueux tant dans sa faiblesse féminine que dans le trouble qu'elle incarne. L'auteur réussit à transcender l'agression permanente dans la tête de son personnage. Sous couvert d'une femme lisse et admirable se dissimule la plus terrible paranoïa et chaque événement troublant apporte un éclairage particulier sur le sens des images employées.

Un très bel univers, rythmé, avec des mots ciselés même si certaines ruptures narratives peuvent lasser parfois.

mardi, 03 juin 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal.

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 Un texte dont on parle beaucoup, souvent je m'en éloigne et j'attends pour découvrir avec un peu de recul la pépite dont tout le monde parle.D'autant plus que le sujet est si délicat, qu'il mérite le moment opportun et la force nécessaire pour regarder en face l'indicible.

Je découvre le style de Maylis de Kerangal et mes premières impressions étaient plutôt nuancées en début de lecture. L'écriture semble "métallique", "froide" comme pour mieux mimer le drame dès l'incipit.

Simon Limbres est un jeune homme, passionné par le surf. Fasciné par ce jeu dangereux avec les vagues, c'est pourtant au coeur d'un van que Simon fera face à la faucheuse.Son coeur bat encore mais le comas est irréversible.On pénètre dans le service de réanimation, espace à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées.Simon n'est plus qu'un corps situé entre la vie et la mort. Le suspense régit l'espace du monde diurne, celui de la vie continue et stable. Autour de cette dimension évoluent les proches de Simon et le corps médical.

Marianne, la mère de Simon louvoie comme une couleuvre. Elle qui rêve d'un happy end acidulé, fait preuve d'une grande abnégation. Le temps qui s'écoule freine le destin en marche.Nous sommes dans l'outremonde, un espace souterrain ou parallèle, un monde perfusé de mille sommeils où les médecins veillent.

La douleur des impossibles retours en arrière est mise en voix de manière très subtile et l'écriture se fait plus douce.Le présent du drame est juste beau, sans tire-larmes. Face à l'intérieur détruit de Simon et son extériorité paisible, le corps médical s'affaire. Des questions se posent notamment celle du don d'organes.Le regard des médecins cerne les parents de Simon, tel un objectif, là où la mort est soustraite aux regards.

Loin du simulacre de la mort, l'indicible n'est pas théâtralisé mais habilement mis en mots avec un élan pour enterrer les morts et réparer les vivants.

"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils?Comment raccorder sa mémoire singulière à ce cors diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme?"

Magnifique et bouleversant roman publié aux Editions Verticales.

 

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lundi, 02 juin 2014

A cup of tea?

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Première participation au mois anglais saison 3, mis en place par Cryssilda, Lou  et MartineVoici les trois romans anglais choisis:

Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis

L'Innocence de Tracy Chevalier

Le Calme retrouvé de Tim Parks

Et puis des lectures communes des textes de Mary Hooper, Jonathan Coe, Doris Lessing, Nick Hornby, Kate Atkinson. 

Une manière subtile de piocher dans mon immense pile à lire. Je cherche aussi des titres de romans anglais ou romans où l'histoire se passe en Angleterre pour mon Korrigan de 8 ans. Help!

 

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jeudi, 29 mai 2014

Happy seven le monde de Mirontaine!

 

mardi, 27 mai 2014

Traverser les ténèbres d'Helena Janeczek.

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"Ma maman est une mère comme tant d'autres. Peut-être est-ce moi qui suis bizarre, trop faible, moi qui prends la mouche pour des mots dictés par la colère et le besoin de se défouler, des mots qu'elle, elle oublie tout de suite après les avoir prononcés. Ma maman, comme beaucoup d'autres mamans, aurait aimé avoir une fille un peu différente."

La narratrice, dont la mère juive polonaise, a survécu à la Shoah, s'interroge sur la transmission des connaissances et des expériences. Toute la vie de l'auteur est traversée par ce mutisme face à l'indicible. La mère est exigeante, pugnace face à l'adversité. Elle désire transmettre à sa fille toute l'abnégation nécessaire face aux dangers, réels ou imaginaires, de l'existence.Une mère qui essaie de faire passer à travers le sang les subterfuges pour surmonter les craintes.

L'Allemagne, terre d'adoption lui semble étrangère, si éloignée de sa culture intrinsèque. Elles accomplissent ensemble un voyage à Auschwitz-Birkenau. Le récit pudique du chaos des camps laisse entrevoir une tendresse infinie entre la mère et sa fille.

Comment briser le silence? Comment surmonter l'angoisse face à la peur? Que deviennent vraiment les survivants? Helena Janeczek plonge au coeur des ténèbres et offre au lecteur la possibilité de regarder l'abîme et la terreur infiltrée dans les os.

Roman traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, Avril 2014.

vendredi, 23 mai 2014

L'Avenir de Catherine Leblanc.

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Agnès est partie. Elle laisse sa mère et sa jeune soeur de seize ans face à leur interrogations sur ce désir de liberté. C'est Charlène, la soeur cadette, qui évoque ce départ. Agnès a décidé de suivre son amoureux jusqu'en Arménie.Elle souhaite trouver du travail dans le pays. Charlène ne comprend pas la décision d'Agnès et le nouveau huis-clos avec sa mère lui est insupportable. Elle se sent seule, perdue et démunie, ce départ ressemble beaucoup à un abandon. 

La jeune adolescente va découvrir peu à peu des nouveaux plaisirs, des rencontres surprenantes et l'entrée dans le monde adulte lui semble fascinante. Catherine Leblanc réussit à évoquer les premiers émois sans mièvrerie, en s'attachant tout particulièrement à la délicatesse des premières fois. Le vagabondage des adolescents épouse le désir des plaisirs défendus où la palette des émotions éclot entre surprise et désarroi.

 

Un très beau texte à la hauteur de mon plaisir de lecture ressenti en refermant Fragments de bleu, Si loin, si près.L'adolescence comme l'espace infini des possibles sous la plume de Catherine Leblanc chez Rémanence, Avril 2014.

mercredi, 21 mai 2014

Un territoire d'Angélique Villeneuve.

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Une maison modeste, une femme insignifiante et deux grands enfants indélicats. Angélique Villeneuve évoque le trio sans brosser de grands portraits de cette Fille ni de ce Garçon. Ce sont les actes dramatiques qui vont éclairer le lecteur à petits pas. L'auteur réussit brillamment à attiser la curiosité en révélant par petites touches impressionnistes le secret d'une existence singulière.Ce sont les fantômes du passé qui s'invitent dans la narration pour porter à la lumière ce qui se cache derrière les murs ordinaires. Les réminiscences du temps béni de la tendresse qui unissait ces trois êtres. La mère ne porte pas de nom, comme pour mieux mimer son abnégation face à la vie.Une femme opprimée dans un territoire sublimé par son regard d'une profonde humanité.

Un roman qui se compose à la manière d'un tableau impressionniste où le drame, l'intime et la délicatesse offrent à l'ensemble une lumière originale.

Roman paru chez Phébus, 2012.

mardi, 20 mai 2014

Ederlezi de Velibor Colic.

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(Dessins de Delphine Jacquot et Eric Lasserre) 

"De mon vivant, j'étais de partout et de nulle part, j'étais tout le monde mais aussi personne. J'étais un grand soleil et parfois des nuages; tantôt l'ombre mais très souvent la lumière. J'étais l'eau fraîche et le sang chaud, l'enfant illégitime de chaque nation. Moustachu, barbu et pieds nus; j'étais le saint des pauvres et le sel de la terre. J'étais l'oiseau, les percussions et chaque instrument à cordes. Compteur et conteur, poète et chanteur. J'étais celui qui porte le violon sur son épaule; celui qui rendait vos rêves possibles. J'étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître.J'ai fait mille fois l'amour et jamais la guerre"

Entrer dans le texte de Velibor Colic, c'est pénétrer dans un univers proche de celui de Tony Gatlif et d'Emir Kusturica avec le chant "Ederlezi" en écho. Ederlezi est une fête célébrant l'arrivée du printemps, festival de tous les Roms (chrétiens, musulmans ou autres) pour la communauté gitane.

C'est le récit-odyssée d'un orchestre tsigane mené par Azlan Baïramovitch, chanteur et guitariste, exterminé en 1943 dans le camp de Jasenovac en Croatie. Personnage d'outre-tombe, le lecteur accompagne le récit de ce personnage poétique et mystérieux, tour à tour incarcéré dans une prison politique en Yougoslavie en 1946, couronné roi des tsiganes en Serbie en 1973,fusillé en 1993 dans son village natal, assassiné par un nazi dans La Jungle, camp de réfugiés de la ville de Calais en 2009.L'écrivain charme avec sa verve de conteur.Le lyrisme des portraits souligne les temps forts où la communauté tsigane fut encore plus contrainte qu'elle ne l'est déjà d'ordinaire.L'histoire se nourrit de mythes, de rumeurs et de légendes et Velibor Colic s'attache au  destin singulier et tourmenté d'Azlan Baïramovitch dans ce cirque ambulant, ce joyeux désordre de la vie.Dans cette comédie pessimiste, l'auteur illumine la destinée d'un peuple  sur la route de la lumière.Le personnage d'Azlan parcourt une double distance, celle du temps et de l'espace.

L'excipit scande la destinée tragique d'Azlan en parallèle à la vie sombre et étriquée du meurtrier nazi, dans les ténèbres opaques de la haine raciale.

(Pour Lazar S., Edessa)

Sublime texte de Velibor Colic paru chez Gallimard, Mai 2014.

mercredi, 07 mai 2014

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet.

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Adolescente, sur les bancs du collège, un peu à l'écart, je lisais les textes de Valérie Valère. Jugés trop sombres, ces livres me furent confisqués par un professeur de latin. Quelques mois plus tard dans une chambre aseptisée, entre deux pesées, j'ai pu lire librement l'histoire de cette fille avec sa tendresse et son génie, son inquiétude et son immense lucidité. 

Parler de la présence et de l'absence...voilà qui est difficile pour ces jeunes filles isolées, anéanties par l'anorexie, exilées dans un gynécée moral dont les murs sont difficiles à gravir.

Dans Fixer le ciel au mur, c'est un père qui oscille entre présence et absence de sa fille hospitalisée et souhaite raviver la parole en écrivant dans un journal.Un père désemparé qui décide de tisser le récit de vie d'autres femmes. Une sensation velléitaire de nouer entre elles des destinées exemplaires comme celle d'Hanna Arendt et l'albanaise Musine Kokalari.

Dans la douleur, le père rassemble chansons, souvenirs communs et destins de femmes écrivaines et combattantes. Convoquer la littérature pour puiser la force nécessaire à toutes les petites soeurs de Valérie Valère d'échapper à la tentation morbide de la maladie.

Redonner le goût de la vie en évoquant le combat de Musine Kokalari, emprisonnée sous la dictature albanaise dans quatorze chansons chapitres où Tieri Briet tisse une toile intime, sensible et rend grâce au pouvoir de la littérature.

Résister aux méandres de l'anorexie en se nourrissant de textes qui insufflent la force utile et offrir au lecteur un portrait fragile d'une poupée russe tour à tour chétive à Bruxelles,fée des bois dans le Lot, amie d'un ancien garagiste au village.Unique et plurielle Léan, pépite angélique qui savoure les textes de Rimbaud.

L'itinérance d'une petite fille fragile à la jeune femme  qui décide de s'éloigner après l'isolement à la manière des peuples de nulle part, de ceux qui ne sont jamais vraiment à leur place.

Un livre refermé dans une grande émotion, comme un écho aux mots tus...pour les paroles jamais prononcées parce que nos coeurs sont parfois trop éloignés de nos yeux.

A mio padre per le parole che non ci siamo detti perché i nostri cuori erano troppo lontani dai nostri occhi.*

Merci pour ce très beau texte publié chez la brune au rouergue.

lundi, 05 mai 2014

Les Brumes de l'apparence de Frédérique Deghelt.

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Je me souviens d'une profonde émotion lors de ma lecture de La Grand-mère de Jade. Ce texte envoûtant avec sa fin très surprenante. J'en voulais presque à l'auteur pour ce rebondissement final.

Très curieuse au sujet de sa dernière publication, mais assez perplexe sur la thématique du surnaturel, je suis entrée à tâtons dans l'histoire d'une jeune femme à la vie bien rangée.

Gabrielle vient d'avoir quarante ans, épouse d'un chirurgien esthétique de renom, elle semble vivre une vie paisible de petite bourgeoise avide de parisianisme et consumériste assumée. Le portrait de cette femme est aux antipodes de ce qui me séduit ordinairement. Un coup de fil d'un notaire de province va bouleverser la quiétude  de son quotidien. Elle devient l'héritière d'une bâtisse à l'abandon dans la France profonde, au coeur d'une forêt.

Citadine confirmée, Gabrielle n'a de cesse que de vouloir se débarrasser de ce bien immobilier. La contrainte des démarches administratives lui pèse et non sans humour, Frédérique Deghelt distille des propos assez acerbes sur la vie à la campagne. Sauf que la forêt surprend Gabrielle et au coeur de la bâtisse, elle semble habitée par des réminescences du passé, de pâles fantômes viennent peupler ses rêves. 

C'est un joli roman sur le thème du bouleversement, sur la quête de soi. Le cheminement de Gabrielle évolue du monde de l'apparence à celui de la vraisemblance. Cette quête, peuplée de fantastique, n'en souligne que davantage la mièvrerie d'une vie bourgeoise. 

Beau moment de lecture, à savourer par petites touches, tant l'écriture mime l'élan poétique."C'est pourtant le principe de toute découverte que de commencer par naviguer en terre inconnue. Comment découvrir quoi que ce soit sans aller dans la direction de l'impossible ?"

 

vendredi, 18 avril 2014

La Caravane de Kochka.

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Un court texte publié chez Thierry Magnier éditions dans la collection Petite poche. Un texte dans lequel je pioche des phrases  pour tenter d'attirer la curiosité des enfants que j'accompagne. Ce petit livre aborde la scolarisation des enfants du voyage. Un sujet difficile puisque la vie itinérante ne permet pas toujours l'accès aux écoles pour les enfants de la communauté. De plus, l'éducation repose essentiellement sur l'oralité. On trouve peu d'écrits dans la culture tsigane, et encore moins des livres dont les enfants gitans sont les héros. Il en existe mais les titres sont peu nombreux.

La porte de l'école s'ouvre pourtant pour Jessy. Elle parcourt les routes avec sa famille et sur les lieux de campement, elle est inscrite provisoirement dans l'école communale, l'école de Jeanne. Jeanne et Jessy deviennent amies.

La lecture n'est pas une priorité pour la communauté tsigane, pourtant Django, le père de Jessy, souhaite qu'elle apprenne à lire et à écrire.

Dans la classe de CM1 de Madame Hallart, Jessy prend vite conscience qu'elle n'est pas comme les autres. Les vies sont différentes mais les enfants ont tant à apprendre les uns des autres.Jeanne collectionne les bruits de la montagne, elle ne peut que s'entendre avec la petite gitane.

On apprend mieux dans un esprit d'amitié.Mais comme toujours la quiétude du quotidien semble être bouleversée. Jessy, fille du vent, n'est que de passage.

Le vocabulaire simple, la typographie en gros caractères permet une lecture aisée pour les apprentis lecteurs ou les enfants non allophones.

Pour M.B.

 

 

mercredi, 09 avril 2014

Comme des images de Clémentine Beauvais.

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Comme des images...des filles sages, sans doute. Elle sont scolarisées à Henri IV, elles sont ambitieuses, velléitaires et élitistes, probablement. Enfin, c'est l'idée qui m'est venue de ces jeunes filles "comtesses de Comptoir des cotonniers, candides en Zadig et Voltaire, sac Longchamp au coude et ballerine Repetto aux pieds."

Elles, ce sont surtout les soeurs jumelles Léopoldine et Iseult et le groupe d'amis lycéens. La narratrice, amie des soeurs jumelles, nous confie les histoires des ados sages.

Alors, indubitablement, naissent des amours, des chagrins, des vengeances...malsaines. Lorsque Léopoldine rompt avec Timothée pour Aurélien, l'amoureux blessé envoie un mail avec une vidéo de Léopoldine à tout le monde.

L'histoire est ancrée dans la réalité, la narration mime les inférences de la communication actuelle par le biais des réseaux sociaux, mails et SMS.

Clémentine Beauvais distille beaucoup de pertinence et d'intelligence dans ce roman qui au-delà de l'intrigue met en scène des dialogues percutants, vifs avec des références intertextuelles puissantes.

A mettre sur toutes les tables de CDI, de chevets, sur les paillasses des salles de sciences, comme celle qui m'a donné l'occasion de remporter ce livre sur le blog de l’auteur suite à une anecdote du collège.

Merci Clémentine Beauvais.La bande-son du roman.

mardi, 08 avril 2014

Je m'appelle Nako de Guia Risari , illustrations Magali Dulain.

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Nako est un jeune garçon de la communauté des gens du voyage. Ceux que l'on appelle Tsiganes, Manouches, Bohémiens, Gitans, Romanichels, Sintis, Roms ou nomades.

Guia Risari s'intéresse aux gens qui n'ont pas de frontières, aux oiseaux de passage. Nako évoque son quotidien, à l'école où l'intégration est difficile. Il parle de sa maison avec des roues, de ses espoirs, ses rêves. On apprend à ses côtés la richesse de la culture tsigane, des coutumes, du sens accordé aux mots et dictons, aux valeurs de la communauté. L'histoire des tsiganes n'est pas écrite, ce sont des traces, des histoires qui se racontent. Nako nous explique les noms donnés par les gadjé, des noms inventés, utiles pour l'administration. Ces noms n'évoquent rien pour les tsiganes.

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L'album révèle un foisonnement de styles et celui de l'illustratrice offre une jolie inventivité sur cette narration singulière. Les dessins de Magali Dulain illustrent parfaitement la spécificité du texte, certains dessins me rappellent ceux d'Audrey Calléja. Elle réussit brillamment à suggérer l'espace de liberté des campements tsiganes. Ses dessins miment l'expérience illusoire du temps et du mouvement.

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A la fin de l'album, la chanson tsigane "Djelem, Djelem" de Zàrko Jovanovìc Jagdino est mise à l'honneur. L'hymne du peuple gitan fait référence à Porajmos (la dévastation): l'extermination des Sintis par les Nazis.

Un bel album publié chez Le Baron perché avec des images remarquables pour honorer ce jour la journée internationale des Tsiganes.

dimanche, 06 avril 2014

Indétectable de Jean-Noël Pancrazi.

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Jean-Noël Pancrazi raconte la vie de Mady qui se hisse au-dessus de sa vie de sans papiers, sans avenir dont les cauris (les coquillages qui lui prédisent sa destinée) ne lisent plus que le silence.

Les longues phrases de l'auteur disent le vide de la vie de Mady. Jean-Noël Pancrazi érige un temple des mots pour ce sage qui ne s'abaisse jamais, élégant dans sa veste de velours noir.

Mady l'égaré, le mouillé, l'isolé, l'humilié jusqu'au coeur depuis le vol de Bamako en 2001. Depuis de nombreuses années, Mady s'habitue à l'ombre, à l'odeur de soute, de détresse et de demi-sommeil. Il n'a pas de sursis même pour rêver.

Arrêté, il sera conduit au centre la Zapi, où chaque chambre ressemble à des compartiments de train où l'on ne tient pas tant que ça à garder sa place.

L'amour pour Mariama est un laissez-passer, unique possibilité pour lui d'occuper le temps, d'oublier sa détresse et ses frères de galère.

Il trouve un temps le refuge chez le narrateur, toubab révolté.

Emue par le texte de Mazzantini La Mer, le matin, j'ai retrouvé cette même émotion, profonde, en refermant Indétectable. Un très beau texte sur les espérances brisées de ces clandestins du monde.

Indétectable, mot préféré de Mady, synonyme du mot vie, lui qui aspire à la dignité et à la densité humaines.

Editions Gallimard, Blanche , Février 2014.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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samedi, 05 avril 2014

Plaza Francia/ Catherine Ringer/ Gotan Project.

En boucle...

jeudi, 03 avril 2014

Funérailles célestes de Xinran.

 

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Les funérailles célestes sont un rite funéraire tibétain qui consiste à laisser reposer un cadavre pour que les vautours, oiseaux sacrés, puissent se nourrir. Geste symbolique de l'union entre ciel et terre, de la fusion entre l'homme et la nature. Sur les plateaux tibétains, la terre est tellement aride que ce rite perdure.

L'histoire commence en 1956 avec la rencontre improbable de Wen et Kejun, jeunes étudiants en médecine.La Chine envahit le Tibet. Les tibétains deviennent les colons de l'armée rouge. Epris d'idéaux, Kejun s'engage dans l'armée comme médecin. Trois mois après son départ, Wen apprend la mort de son mari. Incrédule, elle décide de partir à sa recherche.

On accompagne Wen dans les descriptions où bruissent la lumière et le silence. Le périple de Wen se poursuit dans le vide de l'Himalaya, vers une terre qu'elle ne connaît pas. Recueillie dans une famille de nomades tibétains , Wen accomplit sa quête au rythme des transhumances. Les longues descriptions de cette vie communautaire basée sur la bienveillance au sein du campement et de l'auto-suffisance permettent à Wen de découvrir la spiritualité tibétaine.

Xinran offre un très beau portrait de femme, au-delà de l'histoire réelle. Le récit est d'une grande force, conforté par le plaidoyer pour une tolérance des croyances angéliques de chacun. Le retour en Chine de Wen, qui ne comprend plus son pays est saisissant.

Merci Steph!

mercredi, 02 avril 2014

La Dernière fugitive de Tracy Chevalier.

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 Besoin d'un grand élan romanesque, j'étais certaine de retrouver un univers, une ambiance et un beau voyage sous la plume de Tracy Chevalier.

Elle tisse un joli patchwork de l'Amérique en 1850 où chasseurs d'esclaves, quakers et personnages hauts en couleur s'entremêlent dans ce Nouveau Monde.

Honor Bright quitte son Angleterre natale, traverse l'Atlantique en compagnie de sa soeur, promise à un jeune anglais récemment débarqué en Amérique. Déçue par Samuel et ses faux-engagements, Honor aspire à une nouvelle vie de quakers dans l'Ohio.Une vie simple où la broderie, la prière et le silence occuperaient ses journées.

Honor fuit un passé mais ne sait pas où le chemin la mène. Elle tente de se créer une existence dans cette Amérique périlleuse et enchanteresse. Loin des siens, c'est en tant que femme exilée  qu'elle tente en vain de se créer des liens.Sa soeur meurt, arrivée sur cette nouvelle terre. Terre d'accueils et d'espoirs où règnent les lois esclavagistes.

Les quakers forment une communauté intransigeante basée sur le silence et la communion envers Dieu. Honor confectionne des quilts, où le patchwok des tissus transcende la vie de tous comme une jolie mise en abyme de la communauté.

Loin de la ferme des Haymaker, famille à laquelle elle s'est unie, Honor participe peu à peu à l'abolitionnisme en aidant des familles sur l'historique Chemin de fer clandestin à joindre les terres libres du Canada.

Un autre chemin fascinant est celui de l'éclosion d'Honor , jeune femme rompue au silence dans cette communauté des quakers, décrite de manière très authentique.

Bouleversante héroïne qui surmonte peu à peu les valeurs morales et brave les interdits. Tandis qu'elle cherchait en vain à rejoindre une communauté pour s'immiscer dans un gynécée moral, elle s'exclue complètement de toute appartenance pour venir en aide aux esclaves.

Défiant l'impossible, Honor apprend à composer avec ses idéaux et le respect de ses engagements familiaux.

Entre liberté des convictions et enlisements familiaux, Honor choisit sa voie, convaincue cette fois de fuir vers quelque chose.

Un immense coup de coeur traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff.

lundi, 31 mars 2014

Atelier d'écriture chez Leiloona.

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                                                          Les Ombres Fantomatiques / Modèle : Charlotte Pluss / 2012

 

« Avancez-vous un peu, madame…oui voilà, levez un peu les bras, comme ça, ne bougez plus ».

Froid.

 Froid le ton de cette dame, froides ses mains, froide la plaque sur laquelle je m’écrase, tout mon corps froid.

Glaciale, ma peur.

Le temps semble suspendu, je ne suis plus que glace. Je ferme les yeux, ne pas voir ni savoir ce que peut me révéler cette image de moi. Radiographie.Cherche la faille, la tâche, l’invasion, la migration. Peur d’entendre « Tu meurs ».

 Fuir…

Tenter de retrouver un peu de chaleur en rêvant… Je pense à cette chanson de Mano Solo « Une robe Gauthier bien serrée et son rouge au coin du bec, elle  a claqué l’escalier alors la nuit l’a emportée, une image comme une autre, un mirage des nuits d’ici, une image dans une autre, un mirage des nuits de Paris ».

Je suis vêtue d’une petite robe noire bien serrée, j’ai vingt ans. Et je danse… mon corps ondule sur cette table du Kerry Job, les volants du tissu tourbillonnent, les rires, la légèreté, l’ivresse des nuits d’ici, des effluves d’alcool, un mirage, noyer ma tête… J’ai chaud, plantée dans l’instant de cette nuit, j’ai vingt ans.

Paolina danse avec des jambes aiguisées comme des couperets, [elle] aime tellement la vie, son visage danse avec tout le reste. Quel est donc ce froid que l’on sent en toi ?


Une image comme une autre, comme tous les six mois.

« Voilà, madame c’est terminé…Vous avez froid ? »

 



Texte écrit pour l’atelier d’écriture : une photo, quelques mots sur le blog bricabook

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vendredi, 28 mars 2014

Regarde les lumières mon amour d'Annie Ernaux.

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Atteindre la dignité d'un sujet littéraire avec le monde de l'hypermarché, voilà qui est prometteur.

C'est l'objet de cette collection "Raconter la vie", publiée chez Seuil. Annie Ernaux évoque ses visites à l'hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situés en Région Parisienne.

"Voir pour écrire, c'est écrire autrement"... je me souviens du principe du Journal du dehors, l'ode au monde de la rue, de l'espace de la gare sous cette plume talentueuse.

L'hypermarché devient un lieu théâtral où les acteurs du foyer domestique occupent l'espace scénique chacun à sa manière: des désirs enfantins ("Dans le monde de l'hypermarché et de l'économie libérale, aimer les enfants, c'est leur acheter le plus de choses possible") aux compréhensions intimes des techniques du marketing.

La scène théâtrale s'accommode du monde des illusions.Donner l'illusion à quiconque de son pouvoir d'achat.

Annie Ernaux distille ses observations, ses sensations pour saisir l'essence même de ce qui se vit dans cet espace scénique-là. Peu de dialogues sur la skéné, juste un jeu de miroirs.Ce sont des endroits où l'on peut déambuler, sans nécessairement parler à autrui.C'est "l'ultra moderne solitude" ...

La rumeur des  annonces publicitaires, les pleurs d'un enfant qui veut absolument la poupée, la lecture à voix haute des étiquettes, de sa propre liste de courses, des grandes affiches promotionnelles en jaune fluo bercent le consommateur.

Alors on remplit son caddie, dans l'illusion d'un bonheur, transitoire et fugace. On joue le jeu du merchandising.

 

 

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Une jolie analyse dans ce court récit, dont la visée sociologique offre  une lecture subtile et élégante de notre société. Beaucoup d'intelligence et de sensibilité sous la plume d'Annie Ernaux qui ponctue une tranche de vie de manière fort singulière en donnant à voir tout ce qui nous traverse.Le superflu est sans limites alors qu'il manque l'indispensable.

N'oubliez pas l'essentiel.

 

mardi, 25 mars 2014

La Mort de Jean-Marc Roberts de Jean-Marc Parisis.

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"Mes livres semblent tellement légers que je finirai par m'envoler avec eux".

Depuis quelques mois, je note des dédicaces à l'attention de Jean-Marc Roberts. Dans les textes de Laurence Tardieu et de Nina Bouraoui, pour ne citer qu'elles. J'étais curieuse de connaître cet homme qui semble avoir profondément marqué une génération d'auteurs.

J'ai lu Les Aimants de Jean-Marc Parisis avec beaucoup de plaisir et je tenais à découvrir son dernier opus. A mi-chemin entre la biographie et l'essai, Jean-Marc Parisis évoque le parcours de l'éditeur, ses débuts d'écrivain et sa relation toute particulière avec ses auteurs.Il avait pour habitude de prendre la défense de l'auteur contre la machine éditoriale. Cette relation était passionnelle alors que l'édition est régie par d'autres rapports. Grâce à Jean-Marc Roberts, l'écrivain devait travailler à se rendre voyant, mais pas voyant de soi.

"Le corps des gens ne fait pas grand-chose, mais leur esprit d'inverti qui ne vit que du corps des autres ne se lasse pas de circuler." Antonin Artaud.

Au delà de l'hommage à l'homme, Jean-Marc Parisis évoque la représentation sociale du livre depuis trente ans. Sous couvert de dresser le portrait de l'homme complexe et multiple tel un personnage de roman, Parisis relate le marché du livre confronté à la crise depuis les années 80. Roberts c'est l'homme-livre, l'homme-libre avec une âme de gitan, "celui qui roulottait d'appartement en appartement, qui changeait d'éditeur comme de camp, qui chantait la bonne aventure aux auteurs, qui dansait en portant sa maison sur son dos, avait une âme de gitan dans un pays de culs plombés."

Peu sensible aux querelles éditoriales autour de certaines publications, je retiens surtout dans les mots de Parisis, le portrait de cet homme proche de Modiano tour à tour dans la fuite, l'évitement, dans ses doutes et ses hantises.

"Les cloches de la rentrée littéraire sonnent dès la troisième semaine d'Août. Et l'on voit débouler le guignol frisé sentimental, la féministe "déjantée", la vieille poupée touillant le yaourt du roman familial, le génie des provinces et son premier roman sous le bras, le post-ado surdoué, le baroudeur de cartes postales, toute la marmaille. Certains redoublent, retriplent sous des couvertures différentes."

Editions La Table ronde, Octobre 2013.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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La Jeune fille à la laine de Seungyoun Kim.

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Très sensible à la thématique du fil de laine comme ligne du temps  de ce fil de vie qui nous unie et nous relie, j'étais curieuse de découvrir cet album jeunesse.Il s'ouvre sur une double page au point mousse.

Une future maman apprend la naissance à venir d'un bébé alors qu'elle mange une pêche au goût sucré. C'est une jolie petite fille au teint rosé qui voit le jour. Mais cette petite fille semble avoir un noyau coincé dans la gorge car les paroles ne viennent pas.Le mutisme de la petite fille interroge son entourage mais le fil de la vie reprend son cours et chacun retourne à ses occupations.

La maman s'adonne au tricot et la petite fille s'exclame "Lalènne". L'unique mot qui apporte la joie à cette mère, soucieuse pour son enfant.

La pelote de laine se déroule avec la répétition de cet unique mot pour tout bagage. La jeune fille avance à cloche-pieds sur le fil de la vie, celui qui la mène vers l'amour.Avec la laine, elle se crée un papa.

Le graphisme épuré représente grand nombre des émotions tues dans cette relation fusionnelle entre la mère et la fille. L'espace blanc semble mimer l'absence du père dans cette relation filiale.Le pelote se déroule, comme la langue se délie et les mots affleurent sur les lèvres de Lalènne.

La délicatesse des dessins apporte de belles précisions sur les non-dits.

Beaucoup de poésie et de délicatesse, à la manière de Davide Cali dans Moi, j'attends(ED Sarbacane)dans cet album de cette talentueuse coréenne paru chez Didier Jeunesse.

lundi, 24 mars 2014

Livre mystère.

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C'est l'ami Jérôme qui est à l'initiative de ce jeu: un expéditeur mystère vous envoie un livre en ayant pris soin de masquer le titre et l'auteur.

J'ai reçu ce livre mystère dans une enveloppe sur laquelle l'expéditeur a soigneusement pris le temps d'utiliser la typographie informatique de mon adresse. Seul le timbre me livre un maigre indice sur son origine. A ce jour, je ne suis pas parvenue à démasquer l'expéditeur mystère.

Très vite, j'étais curieuse de découvrir le texte.

En exergue, deux citations de Proust, voilà qui est prometteur. Je fais la connaissance de Bennie, un producteur de musique. Et puis, j'ai lu des passages comme ceux-là: "Un magnifique tournevis dont le manche orange translucide brillait comme une sucette-à la tige argentée,ouvragée, étincelante-reposait dans son étui de cuir patiné.Elle fut traversée d'un élan de convoitise, fulgurant; elle devait le tenir rien qu'une minute" Bon...je vais peut-être participer au Mardi de Stephie de Milleetunefrasques!!! 

 

Le récit se passe de nos jours aux Etats-Unis, après l'événement du 11 Septembre, évoqué à multiples reprises dans le roman. Il s'agit d'un roman, j'ai longuement hésité car les chapitres sont décousus, avec des histoires et des personnages différents. J'ai pensé à la lecture des nouvelles mais certains protagonistes reviennent sur scène. C'est étrange d'avancer dans un texte à l'aveugle, pourtant je ne connais simplement pas l'auteur, ni le titre et sa thématique. Cette expérience m'a rappelé la lecture avant l'utilisation massive d'internet, de l'existence de la blogosphère et des ressources qui orientent indubitablement nos choix de lectures.

Dès les premières pages, j'étais dans le flou comme la vague impression de lire un ouvrage de chick lit et me surprenant à penser que s'il s'agissait d'un chef d'oeuvre, j'étais restée peut-être en dehors.

Je lis l'histoire d'individus, amis dans la vie et prend connaissance de leurs passés respectifs, sur ce qui les unie: les désillusions semble-t-il.

Ce livre est une sorte d'OVNI littéraire. La narration est décousue, pas de trame narrative, absence de l'espace -temps. Toutes les instances narratives ont réussi pourtant à tenter de remettre de l'ordre dans cette bande d'amis. L'auteur utilise des procédés stylistiques originaux, un chapitre est composé de schémas comme un story-board et évoque une jolie mise en abyme de la pause.

Mon billet est probablement confus...Je suis vraiment curieuse de connaître l'auteur et le titre de l'aventure surprenante de ces êtres déjantés.

L'aventure de la lecture à l'aveugle m'a complètement séduite puisqu'on entre dans le texte sans a priori. Grâce à ce jeu, on retrouve le plaisir de la lecture en dehors des dicktats de "la bonne ou mauvaise littérature". Nos impressions semblent plus humbles, proches du texte puisqu'il est le seul à s'offrir à nous.

Chouette expérience, j'ai hâte de craquer l'enveloppe qui masque les références de ce texte surprenant.

Curieuse aussi de connaître l'identité de l'expéditeur: connaît-elle vraiment le monde de Mirontaine? A-t-elle souhaité me bousculer? C'est toujours curieux lorsqu'on vous offre un livre...ensuite on s'interroge sur les raisons du choix.

A tantôt pour la découverte!

En attendant, un korrigan a tenté comme il pouvait de percer le mystère...

 

 

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EDIT de 17H30: En farfouillant dans un portfolio à admirer des oiseaux et équidés, puis en enquêtant via Libfly, en zoomant sur google map,je pense avoir découvert mon expéditrice...

Zazy 

Edit du lendemain: Voici le livre mystère, l'OVNI littéraire qui m'a laissée perplexe!Pourtant la couverture avait tout pour me séduire...mais trop de drogues,de personnages déjantés, une narration décousue. Jennifer Egan a publié des nouvelles, elle maîtrise l'art de la nouvelle en effet. Merci Zazy d'avoir bousculé mes habitudes de lecture! 

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L'Eté des lucioles de Gilles Paris.

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Le bandeau annonce "Cette histoire réveillera l'enfant qui sommeille en vous" et ce n'est pas faux.

Une lecture délicieuse en compagnie de Victor, un enfant qui a deux mamans et un papa qui ne veut pas grandir.

Sa maman est libraire "[e]lle écrit des petits mots tout en fluo pour les livres qu'elle a aimés, un Post-it jaune qu'elle colle sur la couverture pour attirer le regard du client. Maman tient aussi un blog où elle raconte l'histoire des livres, avec le prix, le nombre de pages et un mot pour les définir. [...] Comme elle en lit plusieurs en même temps, il y a au sol, du côté de son lit, des piles de livres d'où s'échappent les marque -pages de sa librairie".

La compagne de sa maman s'appelle Solar, c'est un personnage lumineux expatrié d'Argentine. Une artiste peintre, cartomancienne et écorchée-vive. Dans ses tableaux s'invitent des gants blancs, comme la main bienveillante d'un fantôme qui se pose à la manière du papillon sur l'épaule de Victor, de manière récurrente. " A trop se réfugier dans son enfance, ma deuxième maman se fane comme une fleur sans eau."

Et puis il y a la grande soeur Alicia, fugueuse au tempérament fougueux, légère et insouciante. Elle attend le bon prince charmant.


Le temps d'un été, la famille se réunit à Cap-Martin. Le papa est resté à Paris, il ne peut plus revenir sur ce lieu des étés de son enfance. S'installe déjà un mystère sur ce papa mutique.

Ce n'est pas simple d'adopter le point de vue d'un enfant mais, une fois de plus, Gilles Paris réussit brillamment cet exercice de style. Avec beaucoup de simplicité et de subtilité, il aborde des thématiques beaucoup plus complexes en enchaînant tous ces éléments bouleversants qui viennent perturber la quiétude de cet été.

Les papillons s'invitent sur les épaules des personnages, symboles de leur métamorphose à venir. Victor comprend sans juger et interroge ce monde qui l'entoure.

Au fil des pages, la nostalgie des étés de notre enfance nous revient en mémoire, les rires autour des jeux de société, le délice d'une glace en remontant de la plage, la fraîcheur d'un premier baiser...

L'ambiance est lumineuse sur ce sentier des Douaniers. Là où se dressent les villas de Rochebrune, les enfants élisent leur terrain de jeux pour un été mystérieux et poétique.

Et les Lucioles ? Je vous invite à découvrir l'histoire de Victor pour voyager entre réel et imaginaire à la découverte de ses secrets. En chemin, il se peut qu'un sourire illumine votre visage.

Belle lecture, merci Gilles Paris.

Editions Héloïse d'ormesson, Janvier 2014. 

 

samedi, 22 mars 2014

Une petite touche poétique, en passant.

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(Photographie Rajak Ohanian "Les Fils du vent") 

Gitans

"Beaucoup les craignent et les regardent avec hostile curiosité, apparente indifférence ou agressive sévérité, mais en enviant, sans se l'avouer, leur prodigieuse liberté.

Les Gitans, peu leur importe, ils viennent de loin et de longtemps et peuvent rester là tout en s'en allant.

Le temps où ils vivent ils l'effacent et passent à côté.
Vivre vrai, c'est leur secret.

Ils ont leur musique, leurs familles, leurs amours, leurs enfants.

Des enfants beaux et fiers, tendres et insolents qui jettent sur le monde environnant un regard de charbon ardent.

La lumière de ce regard illumine souvent la chambre noire de Rajak Ohanian et ses portraits sont les feuillets détachés d'un album d'amitié, de fraternité."

Jacques Prévert, "Gitans" in Textes divers (1929-1977), recueilli dans Oeuvres complètes II, Gallimard.

 

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(Dessin d'enfant. CASNAV)

 

17:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4)

Couleur de peau:miel de Jung.

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A la fin de la guerre de Corée, 200 000 enfants coréens ont été disséminés  dans le monde. Abandonnés à leur naissance, ils ont été nombreux à être accueillis dans des familles à chaque coin de la planète. Jung est l'un d'entre eux.

Dans ce roman graphique, il retrace son enfance depuis son abandon dans les quartiers de Namdaemun à son arrivée dans une famille belge après un passage à l'orphelinat américain "La HOLT".

Jung nous livre les événements marquants de son enfance, des bagarres avec les autres enfants, des rapports compliqués de l'enfant dans son désir de tendresse face à une mère adoptive plutôt froide jusqu'à l'acceptation progressive de sa mixité. 

La manière de mettre en mots et en images le thème du déracinement est habilement menée. L'humour est au rendez-vous, malgré une enfance délicate marquée par l'abandon.

 

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C'est un joli retour sur soi que l'auteur nous confie avec franchise et beaucoup d'ironie.Son déni de ses origines coréennes peut paraître surprenant et je comprends mieux le mutisme de mon amie d'enfance coréenne, très discrète au sujet de son adoption face à mes multiples interrogations.J'ai souligné beaucoup de similitudes dans les parcours de ces enfants coréens adoptés, toujours en quête d'affection face à des parents (parfois)insuffisamment tendres.

 

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L'univers de Jung est teinté de gris, de blanc, de noir et de miel et j'avoue être tombée dans le tourbillon tendre de cette autobiographie sincère, délicate et authentique.

J'ai lu le tome 1 et 2, j'ai hâte de lire ses aventures lors du retour en Corée dans le tome 3

Des pensées pour Coraline C.

La rencontre de Moka avec l'auteur à la  Maison de l’égalité d’Amiens.

Une adaptation de Jung et Boileau est sortie en 2012.