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lundi, 20 octobre 2014

Dolce Vita(1959-1979) Les Nouveaux monstres(1978-2014) de Simonetta Greggio.

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Dolce Vita s'ouvre sur la première du film  éponyme,palme de Cannes, produit par Giuseppe Peppino Amato. L'Italie semble en équilibre entre deux ères, deux règnes à l'aube des années 60. L'incipit installe l'ambiance de faux semblants, celle d'un pays sali par la dépravation, la veulerie où s'entremêlent superstition et crédulité. La scène rappelle l'ouverture du film La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino (2013). Rome dans la splendeur de l'été. On suit les confidences de Don Emanuele Valfonda, quatorzième comte de Palmieri à Saverio, son confesseur jésuite.Le comte comme Jep Gamberdella jouit des mondanités de la ville.Il cache son désarroi sous une attitude cynique et désabusée mais son regard sur le pays est d'une troublante lucidité. L'Italie nouvelle, née de la faim et de la rage s'élance à la conquête de la vie et de l'art. Le lecteur découvre les chemins sinueux de ce "terrible et somptueux labyrinthe qui a pour nom Italie".Une atroce comédie où l'on apprend par le biais des confidences entre la vieille noblesse décadente et le prêtre jésuite l'émergence de la MAFIA, l'attentat de Milan en 1969, les Brigades rouges et l'existence de la loge P2. Loge maçonnique "couverte" c'est-à-dire secrète, créée dans le but de subvertir l'ordre politique, social et économique du pays dans un programme appelé le Plan de renaissance démocratique qui prévoit notamment le contrôle des médias à travers l'achat des organes de presse les plus importants.

Simonetta Greggio associe au fil rouge des confidences des passages de non-fictions. La chronologie est parfois bousculée comme pour mieux mimer le chaos de l'Italie.

Dolce Vita  évoque dans l'excipit la mort du prince. Quatre années plus tard, Les Nouveaux monstres s'ouvre sur l'enterrement de Valfonda. Don Saverio est présent aux côtés d'Aria, journaliste et enfant des années de plomb. Véritable kaléïdoscope romanesque, Les Nouveaux monstres alterne reportages et secrets de famille pour mieux nous raconter le désenchantement d'un pays souillé par l'argent sale mais crédule aux propos d'un caïman. 

Tandis qu'on danse sur la Macarena, durant l'été 93, un peu à la manière de Jep Gamberdella, les différents scandales fonciers et le berlusconisme triomphent.

Une fable noire qui met à nu les béances de cette Italie meurtrie.La lettre du juge Roberto Scarpinato, traduite par Anna Rizello dénonce à quel point l'Italie a basculé dans l'horreur.

La fiction  mêle l'intime et la dimension politique de manière très habile. Perversité et noirceur sont les maîtres mots mais la passion de Simonetta Greggio pour son pays qu'elle a quitté depuis trente ans offre au lecteur une vision richement documentée d'une faillite morale.

Publication chez Stock, 2014, avec filmographie, notices biographiques et lexique de la MAFIA.

 Je remercie  Dialogues Croisés pour cet excellent moment de lecture. 

 

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vendredi, 26 septembre 2014

Une Arme dans la tête de Claire Mazard.

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"Je suis fatigué. Dégoûté.Marre de cette vie.

Je dors toujours aussi peu.

Mes démons, mes visions, mes remords ne m'ont pas quitté depuis trois ans. Ils sont plus présents que jamais.

Pas un seul jour, depuis mon arrivée à Roissy, je n'ai pu effacer de ma tête, ne serait-ce qu'un moment, les horreurs que j'ai commises.

Conan l'Effaceur.

Je voudrais être maintenant "Conan l'Effaçable".

M'effacer de la surface de la terre."

Cette voix est celle d'Apollinaire Mayembé. Il réside dans un foyer pour jeunes adolescents en région parisienne. Il va bientôt devoir quitter ce lieu , le jour de ses dix-huit ans. En cours, il s'ennuie un peu. Un professeur lui remet entre les mains les textes poétiques d'un auteur éponyme. Apollinaire trouvera dans certains vers d'Alcools un mimétisme étrange entre le lyrisme poétique et l'indicible de sa vie.

Quête d'une identité pour Apollinaire ou Conan l'Effaceur, l'adolescent tente de retrouver un sens à sa vie, meurtrie à jamais par la guerre. Enlevé à sa famille pour devenir enfant-soldat aux côtés de groupes militaires rebelles, Apollinaire chasse de son esprit l'indicible du combat, la noirceur des  drogues et de la manipulation infligées par Caporal, les cibles humaines accumulées au fil des jours.

Claire Mazard met en scène l'habileté des manipulateurs, la force de l'endoctrinement sur la naïveté de l'enfant, fasciné par les armes et prêt à tout pour servir sa patrie.L'écriture est fragmentaire au début du texte comme pour mieux mimer le trouble dans l'esprit du jeune adolescent.

Apollinaire fera les bonnes rencontres pour trouver le chemin de la résilience mais combien de Conan et de Wamba n'auront pas cette chance?

Texte fort, publié chez Flammarion, collection Tribal.

 

vendredi, 19 septembre 2014

Louise de Julie Gouazé

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Un premier roman porteur d'espoirs tant la plume de Julie Gouazé est subtile et vive. 

Louise, personnage éponyme, se fait le double joyeux d'une soeur meurtrie: Alice est enfermée dans la noirceur de l'alcoolisme. Leurs parents Marie et Roger sont affaiblis par le parcours difficile d'Alice. Louise par son abnégation demeure la force vive de la famille.Quatorze années séparent les deux soeurs et pourtant elles oscillent toutes les deux, tremblotantes, sur le fil de la vie.

L'écriture est abrupte, les phrases courtes, les mots claquent comme pour mieux mimer le scalpel qui transperce la chair des souffrances humaines. Loin d'un tableau sombre sur les relations filiales, Louise par son côté lunaire apporte une tonalité lumineuse à l'ensemble. Louise fait l'enfant pour donner la possibilité aux parents d'assouvir leur rôle protecteur. Alors, elle prend les repas autour de la table familiale, "la nourriture c'est de l'amour. De l'amour qui remplit. De l'amour qui étouffe." Louise illumine par sa ténacité le côté obscur de cette vie perturbée. Elle s'affaire toujours pour meubler l'existence car lorsque "la télévision est éteinte, le silence est allumé".

Formidable voyage dans le temps, au coeur d'une famille des années 70 où le van VW tente l'espace d'un été de donner un semblant de joie à la famille.

Sans pathos, Julie Gouazé réussit brillamment à mettre en mots le cumul de non-dits que le corps finit par rejeter. On écoute les mots "les douloureux, les solitaires" en sachant que "la culpabilité est une faille qui ne se comble jamais."

Publication chez Leo Scheer, Août 2014.

mercredi, 17 septembre 2014

La Cité des filles choisies d''Elise Fontenaille N' Diaye.

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A la manière du conte oralisé, Elise Fontenaille N'Diaye nous confie l'histoire merveilleuse et tragique de Nina. Loin de notre époque contemporaine, nous partons à la découverte du destin singulier d'une jeune fille Inca sous l'Empire d'Atahualpa.

Le procédé narratif est judicieux puisque l'histoire nous est révélée par une jeune Péruvienne Mina, suite à une visite dans un musée où est exposé le corps de la jeune Nina qui dort depuis cinq siècles sous la glace.

 

Joli voyage sur les terres des Incas en compagnie de Nina. Elevée sur les terres du nord, petite fille d'un cultivateur de Coca, la feuille qui enivrera ses jours jusqu'à son dernier souffle, cette petite flamme est emmenée à Cuzco, capitale de l'Empire. A la demande de l'Inca, elle doit abandonner ses talents de brodeuse pour entrer dans la cité des jeunes filles-choisies.

La cité des filles-choisies est un gynécée moral pour les jeunes filles nobles, promises à l'Inca et au sacrifice.Honneur suprême, Nina doit sacrifier sa vie pour sauver celle de l'Inca. Le sacrifice apporte beaucoup d'ampleur au récit et l'auteur nous emporte dans l'histoire secrète, teintée de rites du grand Empire des Amériques.Empire disparu sous la hargne des Conquistadores, avides de sang.

Publication chez Rouergue, collection Doado.

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Image à l'origine de cette histoire: La Doncella Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta Argentina.

lundi, 15 septembre 2014

Lyuba ou la tête dans les étoiles Valentine Goby/ Ronan Bodel.

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Lyuba a quatorze ans. Son espace de vie est celui des bidonvilles de la périphérie parisienne. Elle connaît la misère, les insultes, les camps sordides et insalubres. L'humiliation est son pain quotidien. Quand on appartient à l'ethnie Rom et malgré l'entrée de la Roumanie dans l'Europe, la jeune Lyuba doit faire face au racisme européen.

On accompagne Lyuba de la fuite du temps du régime communiste qu'a connu la Roumanie quelques années auparavant, à la persévérance démesurée pour surmonter sa situation précaire et réussir sa vie.

Sa volonté de mener à bien une lutte contre les préjugés dont elle souffre personnellement au nom de toute la communauté a eu raison de sa pudeur.

Il est difficile de défendre les droits d'un peuple sans territoire.

Par le travail, la persévérance et la confiance, on peut se créer son propre chemin et façonner sa propre vie: Lyuba va rencontrer Jocelyne, une infirmière passionnée d'astronomie.

Main dans la main, Lyuba retrouve l'espoir. Ce livre est un beau témoignage sur l'insoumission et la culture de tout un peuple: une ethnie affamée de liberté, fascinante et pourtant si méconnue.

Nous sommes tous des nomades contrariés et le récit de Lyuba rejoint nos rêves censurés de fugue et de fuite.

 Réédition au format poche chez Autrement, collection Français d'Ailleurs. 

jeudi, 21 août 2014

Une Vie à soi de Laurence Tardieu.

 

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Depuis la parution de La Confusion des peines, Laurence Tardieu nage en eaux troubles. 

Un dimanche d'automne 2011, elle sort bouleversée d'une exposition des photographies de Diane Arbus au Jeu de paume.

Dans Une Vie à soi, nous découvrons une natation synchronisée entre ces deux femmes qui tentent d'échapper au carcan familial d'une famille qui bâtit sa vie comme dans le béton pour mieux engluer les jeunes femmes avides de liberté, soucieuses d'accomplir leurs passions. L'une amplifie le mouvement du corps dès l'âge de quatorze ans et son souffle devient signe en figeant les instants précieux de la vie tourmentée sur des clichés en noir et blanc, sa consoeur courbe l'échine et se noie dans le travail. Obéissante et délicieuse enfant qui ne veut déplaire, elle commence une vie de femme paisible mais ennuyeuse. 

Diane et Laurence  comme deux sylphides brassent la vie et les mots deviennent des bulles d'air à la surface, parfois le tourbillon les emporte et les mots s'amoncellent sur les pages. Les eaux sont pleines de spectres, de paternels mutiques, de mères austères, d'hommes bienveillants et attachants comme celui  en chemise bleue qui insuffle le goût de vivre.Les amphores se remplissent de souvenirs délicieux de l'espace à soi, la chambre d'enfant se fait le cocon protecteur où l'on s'isole un peu pour reprendre son souffle.

Comme une couturière céleste, Laurence Tardieu  écrit un texte dont la grâce saccadée du portrait en miroir dévoile en douceur qu'"il n'y a rien  que j'aimais plus que vivre". Diane abandonne le mouvement, se noie littéralement.Disparaître est un mieux. Le miroir se brise et Laurence s'observe autrement.

Pourquoi s'empêche-t-on de vivre? Bouleversante parution chez Flammarion.

 

mercredi, 30 juillet 2014

La Vie sur le fil d'Aline Kiner.

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Aline Kiner a écrit un premier livre Le jeu du pendu , roman policier couronné de succès. Dans La vie sur le fil, le registre est différent mais la tension dramatique est bien présente. L'ambiance du roman est délicate et le portrait de chacun des personnages donne à l'ensemble du texte une belle densité.

On découvre Marc qui peu de temps après la mort de sa mère s'installe dans une caravane dans la Drôme. Diego le gitan lui apporte la quiétude et peuple son quotidien d'une nouvelle passion artisanale.

Puis on rencontre Gabriel, parti en Egypte pour réaliser un reportage  photographique.

Un personnage lunaire, central Eva redonne vie à des êtres d'une autre époque en façonnant leur visage à l'identique. Elle a le pouvoir de redonner vie, elle qui semble la perdre. Eva attend des résultats, un peu à la manière de Cléo personnage du film d'Agnès Varda...Les résultats importent moins que le temps de l'attente. Eva occupe ses journées en ville, à la terrasse d'un café quand la sonnerie d'une cabine téléphonique à heures régulières va perturber son quotidien. Au bout du fil Gabriel, depuis l'Egypte. L'histoire de l'Egypte divulguée par petites brides comme un sort funeste, celui du hors champ. La vie et la mort intrinsèquement liées dans les sarcophages d'Egypte comme métaphores des peurs et angoisses de Marc et Eva.

Trois vies bouleversées par cet appel répétitif dans la vie suspendue d'Eva. Eva parle à un fantôme à l'autre bout du monde et se bat contre un ennemi invisible.

Les mots tricotent parfois des pelotes grises, mais sous la plume d'Aline Kiner les mots sont délicieux.

 

Les Faibles et les forts de Judith Perrignon.

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Un livre fort, poignant qui s'ouvre sur l'image d'un fleuve, magistral, nommé rivière Rouge. Il descend l'Amérique et s'en va se noyer dans le Mississippi puis dans la mer. Chaque jour une quinzaine de personnes viennent trouver un peu de fraîcheur sur ses bords. 

C'est une famille noire américaine, des petites gens, des individus dignes face au drame. Marie-Lee la grand-mère évoque la racisme des années 1960 lorsque l'entrée de la piscine fut autorisée aux gens de couleur. La communauté noire y était interdite et peu d'entre eux savent nager au moment où les petits enfants de Marie-Lee s'ébrouent dans l'eau. L'interdiction peut -elle mener au drame?

Judith Perrignon construit un récit très juste sur la noyade des jeunes afro-américains et souligne avec beaucoup de délicatesse les explications en amont de ce drame épouvantable. La ségrégation raciale entraîne des drames au delà de la bêtise humaine et de ce que l'on peut imaginer.

« Negro are pushing too far !! […] Un travail ! Une place dans le bus ! Ou au restaurant ! C'est déjà leur faire grand honneur ! Mais dans l'eau ! Dans nos vestiaires ! A poil ! Leur peau ! Leurs microbes ! Veulent pas coucher avec nos femmes pendant qu'on y est ? »

Tous les membres de la famille apportent au récit l'élan d'une oraison funèbre, comme un choeur uni face à l'indicible.Les choix narratifs de Judith Perrignon sont judicieux, on traverse les époques, les voix sont différentes mais les drames bousculent et interrogent.

Merveilleux roman, merci Jérôme!

 

samedi, 12 juillet 2014

Grand paradis d'Angélique Villeneuve.

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 Beaucoup de douceur dans ce texte d'Angélique Villeneuve que je retrouve avec plaisir suite à ma lecture récente d' Un Territoire.  

Grand Paradis c'est l'espace bucolique, un lieu de ressources pour Dominique Leloir qui aimait s'y réfugier lorsqu'elle était petite. Devenue fleuriste, la petite fille mystérieuse qui souriait peu, mène une vie au ralenti absolu. Enfermée en elle-même, le corps replié et l'âme claustrée.

En dépit des relations avec sa patronne, la narration accentue ce sentiment de solitude, en même temps qu'elle en accuse le mystère.Grâce à un travail subtil sur l'économie des dialogues Angélique Villeneuve réussit à nous faire sentir les mécanismes perceptifs de cette femme au sein de la nature. Dominique Leloir ressent le monde par le prisme de ses sens engourdis. Depuis ce point de souffrance, on observe le personnage se refuser au monde. Quelle est la peine indicible?

La manière de suggérer cette perte à soi même sera dévoilée lentement par les recherches incessantes sur une vieille photo d'une aïeule. L'auteur esquisse avec beaucoup de délicatesse ce portrait de Léontine. Un gouffre existentiel a anéanti le quotidien de Léontine, sujette à l'hystérie. Dominique passe de longues heures à la bibliothèque des archives de la Salpêtrière  pour comprendre le passé de Léontine. Les liens ténus qui relient ces deux femmes semblent être l'explication plausible d'un mal être générationnel. Certains événements, par la profondeur de la détresse qu'ils mettent en jeu défient la capacité de l'art narratif à s'en approcher, à reconstituer le puzzle.On devine un drame. Un père qui a pris la fuite, une mère seule qui élève ses deux filles Dominique et Marie.  A qui la faute de ce départ? A la petite fille si différente?

Un excellent roman, lu comme dans une bulle... un monde de silence, celui de Dominique.

mercredi, 09 juillet 2014

Souveraineté du vide Lettres d'Or de Christian Bobin.

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Il m' est difficile de commenter un livre de Christian Bobin, le texte se suffit à lui même tant il est poétique et élégant.

"J'ouvre des livres, je feuillette des visages. Je vois peu de gens durant votre absence, si j'excepte ceux qui sont dans les livres, ceux qui passent le gué des lectures vers les deux heures du matin. Ils ont une vie d'encre, ils mènent la vie que l'on ne peut mener le jour, où l'on porte le deuil de soi-même, devant faire allégeance, devant obéissance à tout. Ils ont des noms de forêt, des noms de voyage, des noms de grand fleuve, ils ont des noms de neige quand ils tombent dans le noir, tout au fond des yeux, après la dernière page. Ils ont une vie d'une seule coulée, ils passent très vite, resserrant toute une nuit de lecture dans l'éclair qui les frappe. Ils marchent sur eux-même, dans la foulée d'un unique désir, dans la volonté d'une seule chose. Ce sont les ombres claires, ce sont les livres aimés.

Ils entrent dans nos vies avec le soir, avec la pluie [...] Les livres aimés sont des rayons de miel fauve, de miel brun."

mardi, 08 juillet 2014

L'Eté des gitans de Sylvie Fournout.

 

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Un village du Sud, la chaleur d'un ciel de plomb, la douceur d'une maison, celle de Maria la grand-mère de Julie. Les cigales chantent, les vergers offrent des fruits délicieux, les vignes sont abondantes, c'est l'heure des vendanges. Comme chaque été, Maria accueille des gitans pour récolter le raisin. Nad est un fils du vent, le regard sombre comme celui d'un loup, très séduisant. Nad le gitan plaît à Sarah, la cousine de Julie mais aussi à Noah, la fille du maire. Une amourette d'été? Un roman du terroir? Un texte sur le racisme?

L'Eté des gitans est une leçon sur l'histoire d'une intégration difficile des peuples nomades. Les romans de littérature jeunesse évoquent souvent sur cette thématique la difficile intégration des enfants du voyage au sein des écoles. Sylvie Fournout choisit le temps d'un été, loin de l'espace clos des écoles. Le texte souligne la faculté du peuple gitan tel le loup intelligent qui réussit à survivre par une sorte d'adaptation naturelle, d'ajustement au milieu ambiant. Nad se sent chez lui dehors, lorsque la lune est solitaire, la fraîcheur se déploie , l'odeur des résineux devient intense et son coeur s'allège des paroles douloureuses .Tel le loup il n'y a plus rien entre le ciel et lui. C'est un beau roman sur la peur parce que "la haine, ça trouve son chemin tout seul".  Les histoires et les secrets s'entremêlent, celle de Nad et celle de Baptiste , le grand-père, sauvagement abattu. Autre temps, autre époque et les histoires se perpétuent de la même manière et l'on entend encore le vol noir des corbeaux. 

Très belle parution avec une densité romanesque remarquable et un talent descriptif  subtil chez Oskar Editeur.

jeudi, 03 juillet 2014

La Reine des lectrices d'Alan Bennett.

La Reine des lectrices... So shocking !Que se passerait-il Outre-Manche, si la Reine d'Angleterre se passionnait subitement pour la littérature? C'est la question que se pose le romancier anglais Alan Bennett dans ce texte délicieux.

Le quotidien de la reine bascule tout à coup dans l'univers des bibliothéques.Lire, selon elle, n'est pas agir. Comme elle est une femme d'action, elle commence par examiner les rayons d'un bibliobus avec hâte, pour gagner du temps. Mais très vite, elle découvre également que chaque livre l'entraîne vers d'autres livres, que les portes ne cessent de s'ouvrir, quels que soient les chemins empruntés et les journées ne deviennent plus assez longues pour satisfaire ses désirs de lectures.

Alain Bennett nous invite dans une fiction très drôle, ponctuée d'un humour so british. Sous couvert d'un humour assez corrosif, cher à l'auteur, la fable soulève la question du trouble qu'occasionne la pratique assidue de la lecture.

C'est avec ce roman que je clos Le Mois Anglais Juin 2014 où j'ai lu huit romans et quelques titres attendent sur ma Pal pour prolonger avec plaisir la thématique!

 Mois Anglais juin 2014

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L'Innocence de Tracy Chevalier.

 

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Londres, 1792. Une famillle quitte la douce campagne du Dorset pour s'installer près de Londres à Lambeth. Le père et son fils Jem sont menuisiers et souhaitent travailler pour un cirque, dans l'espoir d'une vie meilleure. Ce nouveau patron Philip Atsley semble assez despotique et abuse aisément des facultés de chaque employé.

Jem et sa soeur Massie ont tout à découvrir de la vie en ville et c'est Maggie, une fille du même âge qui va les initier aux découvertes de ce nouveau monde. Personnage assez fantasque, Maggie apporte beaucoup de fraîcheur dans ce roman initiatique; à la lisière de l'innocence, aux portes du monde adulte.

La différence des deux milieux sociaux souligne habilement le creuset des niveaux de vie à cette époque. En France, la Révolution gronde et l'Angleterre craint que le peuple anglais s'inspire de cet élan.Commence le temps des craintes, des délations, du dur labeur.

Aux côtés de la jeunesse erre un poète: William Blake. Favorable à la révolution française, les adultes le craignent mais les adolescents l'admirent.

J'aurais aimé moins de longueurs descriptives et un attachement plus profond sur le personnage de William Blake, mais Tracy Chevalier s'attache à le considérer comme un personnage secondaire.

J'ai préféré d'autres titres de l'auteur notamment son dernier roman, plus dense et moins monotone.

Roman lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

vendredi, 20 juin 2014

L'Etonnante histoire d'Adolphus Tips de Michael Morpurgo.

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Michael Morpurgo est une valeur sûre en littérature jeunesse. Dans l'objectif du mois anglais, je souhaitais partager mes lectures avec mon korrigan de huit ans. La couverture avec le chat fut un facteur de choix déterminant pour lui, l'attrait pour la période historique de la seconde guerre mondiale était un bon support d'apprentissage.

L'histoire se passe dans le village de Slapton qui doit être évacué pour permettre aux soldats américains les entraînements avant la libération des côtes normandes. Lily vit une vie paisible à la campagne où les hommes sont absents, partis au combat. 

Barry, son compagnon de jeux, a perdu son papa. Morpurgo décrit ici une vie d'entraide et de solidarité où la famille de Lily va recueillir l'enfant pour permettre à la mère de travailler sur Londres. L'auteur crée une ambiance douce malgré les événements et enrichit son récit des plaisirs simples d'une vie paisible, loin de la ville.

Au moment d'évacuer le village, le chat Tips a disparu. Lily ne peut se résoudre à son absence et prend des risques pour le retrouver en franchissant les barbelés des zones d'essai. Morpurgo évoque avec habileté la préparation des Alliés à lancer une attaque sur la France occupée par les Allemands, afin de libérer l'Europe des Nazis. Le Sud de L'Angleterre devint un immense camp militaire. Les zones côtières comme le village de Slapton Sands furent vidées de leurs habitants, la plage étant semblable à celles du débarquement en Normandie.

La construction du roman est judicieuse puisque l'auteur relate par la voix de Lily, devenue grand-mère, un journal écrit pendant la guerre et dévoilé à son petit-fils Boowie suite à son escapade.

Une mamie fugueuse, un étrange passé, une disparition de chat, l'éveil des sentiments avec un soldat américain: tous les ingrédients sont réunis pour nous emporter dans un moment de lecture très instructif!

Roman publié en 2006, traduit par Diane Ménard , lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

 

 

mercredi, 18 juin 2014

Victoria et les Staveney de Doris Lessing.

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"Elle se rappelait vaguement que Thomas était allé dans la même école qu'elle parce que son père, Lionel Staveney, avait déclaré que ses enfants devaient savoir comment vivait l'autre moitié du monde. Edward et Thomas avaient donc passé quelques années avec les rejetons de ladite moitié du monde avant d'être transportés d'urgence dans de vraies écoles, où les enfants apprenaient quelque chose. Si elle, Victoria, avait fréquenté une telle école...Mais les élèves de ces établissements ne doivent pas soigner une mère malade."

Victoria a neuf ans, elle est élevée par une tante malade. Un soir, elle est hébergée chez les Staveney, une famille blanche. Notre petite Victoria ne va jamais oublier ce souvenir de la demeure des Staveney et de cette soirée passée parmi eux.Mais sous couvert d'une grande empathie, les Staveney feront preuve de railleries insidieuses et sournoises sur la couleur de peau de la jeune Victoria.

Quelques années plus tard, Vistoria passera un été idyllique dans les bras de Thomas Staveney. De leur union naîtra Mary, qualifiée d'"éclair au chocolat" par sa belle famille.

Doris Lessing aborde le thème du racisme et des faux-semblants de la société anglaise ambitieuse et libérale mais la narration est parfois trop hâtive sur certains événements, donnant peu d'épaisseur aux portraits des personnages. J'ai trouvé le récit peu étoffé même si la thématique de l'hypocrisie est subtilement décrite dans cette comédie sociale plutôt pessimiste où les silences en disent long.

Roman publié en 2010, traduit par Philippe Giraudon , lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

 

lundi, 16 juin 2014

Vous descendez? de Nick Hornby

 

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Première lecture d'un texte de Nick Hornby. J'ai longuement hésité avec Juliet, naked mais l'histoire des quatre compères en mal de vivre me séduisait.

Roman polyphonique de quatre protagonistes suicidaires, le roman de Nick Hornby s'ouvre sur une note de drôlerie malgré l'intention de Martin (une sorte de DSK), Maureen (la mère courage), JJ (doux rêveur américain) et Jess ( l'adolescente imbuvable).

Nick Hornby porte ses personnages avec un élan d'humanité, de tendresse et d'humour anglais si particulier. Chaque personnage reflète les travers de la société anglaise mais parfois poussés jusqu'à leur paroxysme et par conséquent la caricature devient grossière. La première partie du roman est plutôt subtile mais je me suis lassée des ricochets loufoques. J'attendais plus de profondeur à cette relation filiale.J'ai donc survolé la troisième partie, puis abandonné.

« Nous avons tous en général une corde qui nous lie à quelqu'un ; elle peut être courte ou longue. Mais on ne connaît jamais la longueur. Ce n’est pas nous qui décidons »
Une adaptation ciné signée Pascal Chaumeil.
Texte lu dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg 
 

samedi, 14 juin 2014

La Pluie avant qu'elle tombe de Jonathan Coe.

 DSC_0520.JPGRosamond est morte. Elle confie à sa nièce Gill des cassettes à l'attention d'une mystérieuse Imogen. Illustrations sonores de vingt photos, autant d'instantanés de vie commentés par Rosamond des années 40 à aujourd'hui.

Jonathan Coe évoque le "fatum", ce fil invisible qui transcende l'existence de plusieurs générations de femmes. Ce fil qui relie plusieurs femmes de Rosamond à Beatrix puis Théa et Imogen.

Le passé modèle les vies de ces femmes, intrinsèquement liées par le sentiment de frustration d'une relation mère-fille violente. Le destin se transforme au fil des confidences en drame. Jonathan Coe place son lecteur face à un album de famille où la narration descriptive à l'attention d'Imogen, jeune femme aveugle, permet d'éclaircir la vie singulière de ce gynécée.

L'auteur organise le roman en distillant du suspense autour de cette voix d'outre-tombe. L'histoire personnelle noue un lien étroit avec l'Histoire de l'Angleterre: la vie après guerre et l'homosexualité féminine au coeur d'une société puritaine.

Pour quelles raisons les schémas de vie se reproduisent inlassablement? Je vous laisse pénétrer dans le labyrinthe singulier de Jonathan Coe.

Très belle découverte, lue  dans le cadre du Mois Anglais juin 201410275930_573439692774855_4106735974980450703_n.jpg

mardi, 10 juin 2014

La Messagère de l'au-delà de Mary Hooper.

 

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"Le temps se figea. Médecins et étudiants formaient autour du cadavre d'Anne Green un tableau saisissant, son corps semblant suspendu entre ciel et terre. Elle n'était ni vraiment vivante ni tout à fait morte."

Oxford, 1650. La jeune fille sur la première de couverture représente Anne Green, jeune servante accusée d'infanticide. L'illustration nous donne l'impression que la jeune pendue va ouvrir les yeux d'un instant à  l'autre.Inspiré d'un fait réel, Mary Hooper retrace avec précision la destinée singulière d'Anne Green, pendue puis revenue mystérieusement à la vie. L'arrière plan historique de l'Angleterre puritaine du XVII ème siècle où prend place l'intrigue romanesque est décrit de manière très subtile dans son austérité.

Anne Green semble être une jeune fille bien crédule. Les chapitres oscillent entre les confidences de la jeune servante et les observations du jeune apprenti médecin, Robert, présent à la leçon d'anatomie où le corps d'Anne Green doit être disséqué suite à sa pendaison.

On frissonne face à la rigidité des lois sous Cromwell et à la frivolité des jeunes femmes naïves.Personnage stoïque, Anne Green accepte son châtiment pour sauver l'honneur de son maître Geoffrey, le petit fils de Sir Thomas Read. Mary Hooper souligne la détresse de cette jeune femme à l'époque où les naissances prématurées ne sont pas jugées comme un drame mais un infanticide.

Un miracle va se produire, aux frontières du surnaturel, Mary Hooper nous emporte dans un rythme palpitant.

Roman lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

 

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lundi, 09 juin 2014

Le Calme retrouvé de Tim Parks.

 

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Roman, récit, témoignage...difficile de classer ce texte de Tim Parks. L'auteur utilise avec brio l'ironie pour évoquer l'angoisse de la maladie. Loin du mouton de Panurge qui boit les paroles de la médecine traditionnelle sans se poser de questions, Tim Parks élargit le champ des possibles face à cette douleur pelvienne  chronique.Je ne pensais pas être séduite par le récit d'un homme sur ses déboires avec sa prostate! Et pourtant...

On suit l'homme dans ses péripéties nocturnes et ses douleurs envahissantes. L'auteur nous emporte littéralement avec beaucoup d'humour dans des situations ridicules et parfois embarrassantes mais il ne se résigne jamais face au corps médical. Toute son abnégation surgit dans une quête fructueuse de recherches médicales sur internet. Un récit sans concession servi par un humour vivifiant.

La douleur chronique le mène sur la voie du yoga et de la méditation.Ces pratiques le portent vers une réflexion profonde sur ses choix de vie et c'est indubitablement la partie du récit qui m'a le plus séduite.

L'auteur oscille entre résignation face à la maladie et la volonté de lui échapper.

Beaucoup d'autodérision chez Tim Parks, un peu à la manière de Daniel Pennac dans Journal d'un corps.

Récit d'une grande précision analytique sur soi relié à la dimension littéraire où l'auteur convoque Beckett, Thomas Hardy ou Coleridge.

Texte  publié chez Actes Sud, traduit de l'anglais par I. Reinharez, lu dans le cadre du Mois Anglais juin 2014

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mercredi, 04 juin 2014

La Vie devant ses yeux de Laura Kasischke.

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 Première rencontre avec Laura Kasischke. Je savais son talent pour créer des ambiances, unissant tour à tour, mystères, questionnements et surprises.J'ai choisi ce titre édité récemment en poche. Récit d'une réminiscence du passé, le roman s'ouvre sur un tempo allegro: une scène de crime. Dans un lycée américain, un tueur s'approche de deux jeunes filles,deux amies que rien ne sépare jusqu'alors. Deux jeunes femmes pleines d'avenir dont l'une d'entre elles se nomme Diana.

Une première porte se referme sur ce sombre événement. Le temps passe, laissant la place à l'oubli ou son semblant.Devenue Diana Mac Fee, charmante épouse d'un homme brillant, maman d'une petite fille adorable, enseignante passionnée, elle vit dans une demeure d'un quartier huppé.

Mais le souvenir de cette journée particulière de son adolescence hante son esprit.Beaucoup de portes se sont refermées derrière elle depuis le drame mais rien n'efface la violence de cette journée.
Laura Kasischke met en scène la routine d'un quotidien banal jusqu'aux petits symboles distillés au fil de la narration pour démolir la quiétude de cette vie parfaite. Le portrait de Diana est majestueux tant dans sa faiblesse féminine que dans le trouble qu'elle incarne. L'auteur réussit à transcender l'agression permanente dans la tête de son personnage. Sous couvert d'une femme lisse et admirable se dissimule la plus terrible paranoïa et chaque événement troublant apporte un éclairage particulier sur le sens des images employées.

Un très bel univers, rythmé, avec des mots ciselés même si certaines ruptures narratives peuvent lasser parfois.

mardi, 03 juin 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal.

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 Un texte dont on parle beaucoup, souvent je m'en éloigne et j'attends pour découvrir avec un peu de recul la pépite dont tout le monde parle.D'autant plus que le sujet est si délicat, qu'il mérite le moment opportun et la force nécessaire pour regarder en face l'indicible.

Je découvre le style de Maylis de Kerangal et mes premières impressions étaient plutôt nuancées en début de lecture. L'écriture semble "métallique", "froide" comme pour mieux mimer le drame dès l'incipit.

Simon Limbres est un jeune homme, passionné par le surf. Fasciné par ce jeu dangereux avec les vagues, c'est pourtant au coeur d'un van que Simon fera face à la faucheuse.Son coeur bat encore mais le comas est irréversible.On pénètre dans le service de réanimation, espace à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées.Simon n'est plus qu'un corps situé entre la vie et la mort. Le suspense régit l'espace du monde diurne, celui de la vie continue et stable. Autour de cette dimension évoluent les proches de Simon et le corps médical.

Marianne, la mère de Simon louvoie comme une couleuvre. Elle qui rêve d'un happy end acidulé, fait preuve d'une grande abnégation. Le temps qui s'écoule freine le destin en marche.Nous sommes dans l'outremonde, un espace souterrain ou parallèle, un monde perfusé de mille sommeils où les médecins veillent.

La douleur des impossibles retours en arrière est mise en voix de manière très subtile et l'écriture se fait plus douce.Le présent du drame est juste beau, sans tire-larmes. Face à l'intérieur détruit de Simon et son extériorité paisible, le corps médical s'affaire. Des questions se posent notamment celle du don d'organes.Le regard des médecins cerne les parents de Simon, tel un objectif, là où la mort est soustraite aux regards.

Loin du simulacre de la mort, l'indicible n'est pas théâtralisé mais habilement mis en mots avec un élan pour enterrer les morts et réparer les vivants.

"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils?Comment raccorder sa mémoire singulière à ce cors diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme?"

Magnifique et bouleversant roman publié aux Editions Verticales.

 

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lundi, 02 juin 2014

A cup of tea?

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Première participation au mois anglais saison 3, mis en place par Cryssilda, Lou  et MartineVoici les trois romans anglais choisis:

Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis

L'Innocence de Tracy Chevalier

Le Calme retrouvé de Tim Parks

Et puis des lectures communes des textes de Mary Hooper, Jonathan Coe, Doris Lessing, Nick Hornby, Kate Atkinson. 

Une manière subtile de piocher dans mon immense pile à lire. Je cherche aussi des titres de romans anglais ou romans où l'histoire se passe en Angleterre pour mon Korrigan de 8 ans. Help!

 

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jeudi, 29 mai 2014

Happy seven le monde de Mirontaine!

 

mardi, 27 mai 2014

Traverser les ténèbres d'Helena Janeczek.

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"Ma maman est une mère comme tant d'autres. Peut-être est-ce moi qui suis bizarre, trop faible, moi qui prends la mouche pour des mots dictés par la colère et le besoin de se défouler, des mots qu'elle, elle oublie tout de suite après les avoir prononcés. Ma maman, comme beaucoup d'autres mamans, aurait aimé avoir une fille un peu différente."

La narratrice, dont la mère juive polonaise, a survécu à la Shoah, s'interroge sur la transmission des connaissances et des expériences. Toute la vie de l'auteur est traversée par ce mutisme face à l'indicible. La mère est exigeante, pugnace face à l'adversité. Elle désire transmettre à sa fille toute l'abnégation nécessaire face aux dangers, réels ou imaginaires, de l'existence.Une mère qui essaie de faire passer à travers le sang les subterfuges pour surmonter les craintes.

L'Allemagne, terre d'adoption lui semble étrangère, si éloignée de sa culture intrinsèque. Elles accomplissent ensemble un voyage à Auschwitz-Birkenau. Le récit pudique du chaos des camps laisse entrevoir une tendresse infinie entre la mère et sa fille.

Comment briser le silence? Comment surmonter l'angoisse face à la peur? Que deviennent vraiment les survivants? Helena Janeczek plonge au coeur des ténèbres et offre au lecteur la possibilité de regarder l'abîme et la terreur infiltrée dans les os.

Roman traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, Avril 2014.

vendredi, 23 mai 2014

L'Avenir de Catherine Leblanc.

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Agnès est partie. Elle laisse sa mère et sa jeune soeur de seize ans face à leur interrogations sur ce désir de liberté. C'est Charlène, la soeur cadette, qui évoque ce départ. Agnès a décidé de suivre son amoureux jusqu'en Arménie.Elle souhaite trouver du travail dans le pays. Charlène ne comprend pas la décision d'Agnès et le nouveau huis-clos avec sa mère lui est insupportable. Elle se sent seule, perdue et démunie, ce départ ressemble beaucoup à un abandon. 

La jeune adolescente va découvrir peu à peu des nouveaux plaisirs, des rencontres surprenantes et l'entrée dans le monde adulte lui semble fascinante. Catherine Leblanc réussit à évoquer les premiers émois sans mièvrerie, en s'attachant tout particulièrement à la délicatesse des premières fois. Le vagabondage des adolescents épouse le désir des plaisirs défendus où la palette des émotions éclot entre surprise et désarroi.

 

Un très beau texte à la hauteur de mon plaisir de lecture ressenti en refermant Fragments de bleu, Si loin, si près.L'adolescence comme l'espace infini des possibles sous la plume de Catherine Leblanc chez Rémanence, Avril 2014.

mercredi, 21 mai 2014

Un territoire d'Angélique Villeneuve.

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Une maison modeste, une femme insignifiante et deux grands enfants indélicats. Angélique Villeneuve évoque le trio sans brosser de grands portraits de cette Fille ni de ce Garçon. Ce sont les actes dramatiques qui vont éclairer le lecteur à petits pas. L'auteur réussit brillamment à attiser la curiosité en révélant par petites touches impressionnistes le secret d'une existence singulière.Ce sont les fantômes du passé qui s'invitent dans la narration pour porter à la lumière ce qui se cache derrière les murs ordinaires. Les réminiscences du temps béni de la tendresse qui unissait ces trois êtres. La mère ne porte pas de nom, comme pour mieux mimer son abnégation face à la vie.Une femme opprimée dans un territoire sublimé par son regard d'une profonde humanité.

Un roman qui se compose à la manière d'un tableau impressionniste où le drame, l'intime et la délicatesse offrent à l'ensemble une lumière originale.

Roman paru chez Phébus, 2012.

mardi, 20 mai 2014

Ederlezi de Velibor Colic.

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(Dessins de Delphine Jacquot et Eric Lasserre) 

"De mon vivant, j'étais de partout et de nulle part, j'étais tout le monde mais aussi personne. J'étais un grand soleil et parfois des nuages; tantôt l'ombre mais très souvent la lumière. J'étais l'eau fraîche et le sang chaud, l'enfant illégitime de chaque nation. Moustachu, barbu et pieds nus; j'étais le saint des pauvres et le sel de la terre. J'étais l'oiseau, les percussions et chaque instrument à cordes. Compteur et conteur, poète et chanteur. J'étais celui qui porte le violon sur son épaule; celui qui rendait vos rêves possibles. J'étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître.J'ai fait mille fois l'amour et jamais la guerre"

Entrer dans le texte de Velibor Colic, c'est pénétrer dans un univers proche de celui de Tony Gatlif et d'Emir Kusturica avec le chant "Ederlezi" en écho. Ederlezi est une fête célébrant l'arrivée du printemps, festival de tous les Roms (chrétiens, musulmans ou autres) pour la communauté gitane.

C'est le récit-odyssée d'un orchestre tsigane mené par Azlan Baïramovitch, chanteur et guitariste, exterminé en 1943 dans le camp de Jasenovac en Croatie. Personnage d'outre-tombe, le lecteur accompagne le récit de ce personnage poétique et mystérieux, tour à tour incarcéré dans une prison politique en Yougoslavie en 1946, couronné roi des tsiganes en Serbie en 1973,fusillé en 1993 dans son village natal, assassiné par un nazi dans La Jungle, camp de réfugiés de la ville de Calais en 2009.L'écrivain charme avec sa verve de conteur.Le lyrisme des portraits souligne les temps forts où la communauté tsigane fut encore plus contrainte qu'elle ne l'est déjà d'ordinaire.L'histoire se nourrit de mythes, de rumeurs et de légendes et Velibor Colic s'attache au  destin singulier et tourmenté d'Azlan Baïramovitch dans ce cirque ambulant, ce joyeux désordre de la vie.Dans cette comédie pessimiste, l'auteur illumine la destinée d'un peuple  sur la route de la lumière.Le personnage d'Azlan parcourt une double distance, celle du temps et de l'espace.

L'excipit scande la destinée tragique d'Azlan en parallèle à la vie sombre et étriquée du meurtrier nazi, dans les ténèbres opaques de la haine raciale.

(Pour Lazar S., Edessa)

Sublime texte de Velibor Colic paru chez Gallimard, Mai 2014.

mercredi, 07 mai 2014

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet.

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Adolescente, sur les bancs du collège, un peu à l'écart, je lisais les textes de Valérie Valère. Jugés trop sombres, ces livres me furent confisqués par un professeur de latin. Quelques mois plus tard dans une chambre aseptisée, entre deux pesées, j'ai pu lire librement l'histoire de cette fille avec sa tendresse et son génie, son inquiétude et son immense lucidité. 

Parler de la présence et de l'absence...voilà qui est difficile pour ces jeunes filles isolées, anéanties par l'anorexie, exilées dans un gynécée moral dont les murs sont difficiles à gravir.

Dans Fixer le ciel au mur, c'est un père qui oscille entre présence et absence de sa fille hospitalisée et souhaite raviver la parole en écrivant dans un journal.Un père désemparé qui décide de tisser le récit de vie d'autres femmes. Une sensation velléitaire de nouer entre elles des destinées exemplaires comme celle d'Hanna Arendt et l'albanaise Musine Kokalari.

Dans la douleur, le père rassemble chansons, souvenirs communs et destins de femmes écrivaines et combattantes. Convoquer la littérature pour puiser la force nécessaire à toutes les petites soeurs de Valérie Valère d'échapper à la tentation morbide de la maladie.

Redonner le goût de la vie en évoquant le combat de Musine Kokalari, emprisonnée sous la dictature albanaise dans quatorze chansons chapitres où Tieri Briet tisse une toile intime, sensible et rend grâce au pouvoir de la littérature.

Résister aux méandres de l'anorexie en se nourrissant de textes qui insufflent la force utile et offrir au lecteur un portrait fragile d'une poupée russe tour à tour chétive à Bruxelles,fée des bois dans le Lot, amie d'un ancien garagiste au village.Unique et plurielle Léan, pépite angélique qui savoure les textes de Rimbaud.

L'itinérance d'une petite fille fragile à la jeune femme  qui décide de s'éloigner après l'isolement à la manière des peuples de nulle part, de ceux qui ne sont jamais vraiment à leur place.

Un livre refermé dans une grande émotion, comme un écho aux mots tus...pour les paroles jamais prononcées parce que nos coeurs sont parfois trop éloignés de nos yeux.

A mio padre per le parole che non ci siamo detti perché i nostri cuori erano troppo lontani dai nostri occhi.*

Merci pour ce très beau texte publié chez la brune au rouergue.

lundi, 05 mai 2014

Les Brumes de l'apparence de Frédérique Deghelt.

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Je me souviens d'une profonde émotion lors de ma lecture de La Grand-mère de Jade. Ce texte envoûtant avec sa fin très surprenante. J'en voulais presque à l'auteur pour ce rebondissement final.

Très curieuse au sujet de sa dernière publication, mais assez perplexe sur la thématique du surnaturel, je suis entrée à tâtons dans l'histoire d'une jeune femme à la vie bien rangée.

Gabrielle vient d'avoir quarante ans, épouse d'un chirurgien esthétique de renom, elle semble vivre une vie paisible de petite bourgeoise avide de parisianisme et consumériste assumée. Le portrait de cette femme est aux antipodes de ce qui me séduit ordinairement. Un coup de fil d'un notaire de province va bouleverser la quiétude  de son quotidien. Elle devient l'héritière d'une bâtisse à l'abandon dans la France profonde, au coeur d'une forêt.

Citadine confirmée, Gabrielle n'a de cesse que de vouloir se débarrasser de ce bien immobilier. La contrainte des démarches administratives lui pèse et non sans humour, Frédérique Deghelt distille des propos assez acerbes sur la vie à la campagne. Sauf que la forêt surprend Gabrielle et au coeur de la bâtisse, elle semble habitée par des réminescences du passé, de pâles fantômes viennent peupler ses rêves. 

C'est un joli roman sur le thème du bouleversement, sur la quête de soi. Le cheminement de Gabrielle évolue du monde de l'apparence à celui de la vraisemblance. Cette quête, peuplée de fantastique, n'en souligne que davantage la mièvrerie d'une vie bourgeoise. 

Beau moment de lecture, à savourer par petites touches, tant l'écriture mime l'élan poétique."C'est pourtant le principe de toute découverte que de commencer par naviguer en terre inconnue. Comment découvrir quoi que ce soit sans aller dans la direction de l'impossible ?"

 

vendredi, 18 avril 2014

La Caravane de Kochka.

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Un court texte publié chez Thierry Magnier éditions dans la collection Petite poche. Un texte dans lequel je pioche des phrases  pour tenter d'attirer la curiosité des enfants que j'accompagne. Ce petit livre aborde la scolarisation des enfants du voyage. Un sujet difficile puisque la vie itinérante ne permet pas toujours l'accès aux écoles pour les enfants de la communauté. De plus, l'éducation repose essentiellement sur l'oralité. On trouve peu d'écrits dans la culture tsigane, et encore moins des livres dont les enfants gitans sont les héros. Il en existe mais les titres sont peu nombreux.

La porte de l'école s'ouvre pourtant pour Jessy. Elle parcourt les routes avec sa famille et sur les lieux de campement, elle est inscrite provisoirement dans l'école communale, l'école de Jeanne. Jeanne et Jessy deviennent amies.

La lecture n'est pas une priorité pour la communauté tsigane, pourtant Django, le père de Jessy, souhaite qu'elle apprenne à lire et à écrire.

Dans la classe de CM1 de Madame Hallart, Jessy prend vite conscience qu'elle n'est pas comme les autres. Les vies sont différentes mais les enfants ont tant à apprendre les uns des autres.Jeanne collectionne les bruits de la montagne, elle ne peut que s'entendre avec la petite gitane.

On apprend mieux dans un esprit d'amitié.Mais comme toujours la quiétude du quotidien semble être bouleversée. Jessy, fille du vent, n'est que de passage.

Le vocabulaire simple, la typographie en gros caractères permet une lecture aisée pour les apprentis lecteurs ou les enfants non allophones.

Pour M.B.