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jeudi, 20 mars 2014

La Fabrique du monde de Sophie Van der Linden.

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J'ai beaucoup lu les ouvrages de recherches de Sophie Van der Linden en littérature d'enfance et de jeunesse, j'étais curieuse de la lire pour ce premier roman publié chez Buchet-Chastel, en Septembre 2013.

Le thème choisi est celui de l'enfance et du monde du travail. Nous sommes en Chine, de nos jours, même si j'avoue que dès les premières pages, la narration nous emporte tellement dans une bulle qu'il est difficile de situer le temps de l'action.La subjectivité est importante dans ce récit à la première personne et au présent.

Mei est une paysanne de dix-sept qui connaît parfaitement le sens du mot sacrifice: tandis que son frère regagne les bancs de l'université, les parents de Mei l'envoient à l'usine. Telle une petite ouvrière, elle oeuvre pour la ruche sans compter ses heures, sous le regard et la perversité des contremaîtres.

La réalité du monde du travail est narrée avec beaucoup de vraisemblance et pour fuir la noirceur du quotidien, Mei rêve.

La cadence du quotidien entre machines, dortoirs, tissus et commandes lui laisse peu de temps pourtant à la rêverie. Sophie Van der Linden souligne le bonheur apporté par la lecture grâce au seul et unique livre de Mei, emporté à l'usine. Toutes les ouvrières attendent avec impatience le soir venu pour s'offrir un bonheur de lecture oralisée grâce à Mei.

Beaucoup de candeur dans ce récit d'apprentissage qui ravive mes premiers souvenirs de lecture lorsque j'empruntais dans la bibliothèque modeste d'une petite ville du Nord les romans de Pearl Buck.

L'aliénation au travail me rappelle une lecture plus récente , celle d'Une Histoire de peau, recueil de nouvelles de Jeanne Benameur.

Un très beau texte pour sensibiliser aux dérives du monde du travail, à la fabrique du monde de cette Chime, grand pays producteur.Au delà du roman social, j'ai aimé la naïveté et la manière dont Mei fabrique son propre monde.C'est une voix singulière qui nous emporte dans ses rêves, dans ses aspirations les plus profondes.

Et puis,la vie peut parfois basculer...

 

mercredi, 19 mars 2014

La Tendresse des pierres de Marion Fayolle.

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Je découvre petit à petit l'univers graphique de la bande dessinée, plus attirée par les romans graphiques où je trouve les formes artistiques plus douces et moins sombres.

Que cache l'oxymore du titre La Tendresse des pierres? Les premières illustrations montrent des personnages vêtus de blanc, affairés à enterrer un poumon. La parole est accordée à fille dont le père vient de perdre un poumon. Très vite il perdra son nez, puis sa bouche.
Le graphisme épuré nous fait avancer à tâtons dans l'histoire familiale. Les couleurs pastels mettent en scène la douleur du quotidien d'une union familiale face à la maladie. Tous les membres de la famille s'activent pour le bien-être du père.

Plus habituée à la lecture de la prose,je me suis laissée séduire par l'art de Marion Fayolle  qui est de nous offrir un univers symbolique très riche. Chaque épreuve de la maladie s'apparente au symbolisme d'un Boris Vian. Le poumon est enterré, la bouche décrochée ainsi que le nez.

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On accompagne ce père sur le chemin des soins, de la perplexité des premiers instants troublants jusqu'à l'annonce ultime où le père s'effacera de l'arbre généalogique pour réapparaître dans les ancêtres disparus.

Tout semble se mouvoir, les rôles sont inversés. Le père devient l'enfant fragile que l'on doit porter, à qui l'on se doit d'être au service. Le père devient le Roi malade. 

Les suppositions de la fille sont sans fards. Sa quête de reconnaissance aux yeux de son père est intarissable. Toute son énergie est mise à rude épreuve pour percer le mystère de ce père rigoureux.Cette dimension a fait écho à ma propre sensibilité.

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En refermant ce bel objet, loin d'un univers inutilement pathétique, on s'émerveille de la beauté créatrice de Marion Fayolle. L'univers de l'album est riche de sens. Toutes les pensées de la jeune femme nous sont livrées au fil des mois de soins.La crainte de la mort est magnifiée, l'absence devient jolie sous le trait de Marion Fayolle.

 

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Comment échapper à l'indicible semble nous dire ce très bel album graphique...en créant tout simplement un univers onirique où chaque lecteur peut entrer en résonance avec les absents, les craintes et les angoisses  de nos propres vies.

Editions Magnani. 2013

Un grand coup de coeur, à offrir, à lire et à relire.

 

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Merci Priceminister pour cette jolie découverte.

 

 

mardi, 18 mars 2014

Zoli de Colum Mc Cann.

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Je suis toujours curieuse des textes sur la communauté tsigane et je n'avais toujours pas lu ce roman volumineux de Colum Mc Cann.

Nous allons suivre les aventures de Zoli, des plaines de Bohême à la France, de l'Autriche à l'Italie.

Le roman s'ouvre sur une période sombre de l'histoire.En 1930, sur un lac gelé en Tchécoslovaquie, un bataillon fasciste menace une famille tsigane. Tous sont réunis sur le lac gelé jusqu'à ce que la glace se brise et emporte la communauté.

Tous sauf Zoli et son grand-père.Elle a six ans lorsqu'elle assiste démunie à l'enfouissement des roulottes sous l'eau.

Les passages sur l'apprentissage de l'écriture pour cette petite fille tsigane sont décrits avec beaucoup de réalité. L'histoire est librement inspirée de la vie réelle de Papusza, poétesse polonaise née en 1910 et disparue en 1987 dont le poème inséré dans le texte est un original de cette poétesse Rom.

Zoli est une femme intègre mais l'auteur lui accorde toujours un point de vue neutre sous couvert d'une forte personnalité.Pour lui apporter une densité, il mélange les périodes de l'histoire, ce qui rend parfois le récit confus.

Il s'agit d'un roman dense, j'ai pris plaisir à découvrir tout le parcours de cette héroïne, cependant je ne sais s'il s'agit de la volonté de l'auteur de mimer un certain vagabondage mais le rythme narratif est parfois lent.

J'ai pourtant aimé la manière dont Colum Mc Cann souligne la difficulté de ce peuple à vivre.L'histoire de ce peuple est importante, on semble aimer sa culture mais pas la quintessence même des individus qui composent cette ethnie.La jeune femme sera bannie de sa communauté pour avoir mis sur papier l'histoire du peuple Rom. La volonté des hommes de lois de parquer la communauté dans des HLM est habilement décrite, en insistant sur la cruauté d'un tel geste qui annihile la liberté des tsiganes.

La fiction se mêle à la réalité. 

Zoli est une jolie épopée réaliste mais qui s'essouffle parfois.

 Traduction jean-Luc Piningre.

mardi, 11 mars 2014

La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson.

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Une longue lettre à Helga pour débuter la soirée, je pensais que la lettre de Bjarni allait m'accompagner sur plusieurs jours, elle m'a emportée sur toute la soirée. Impossible de refermer cette lettre sans connaître toute l'histoire de Bjarni et Helga.

Bjarni est un vieil homme, il sait que ses jours sur terre s'amenuisent, avant de quitter ce monde, il souhaite écrire à Helga, son ancienne voisine.
Cet homme a beaucoup d'humour et un grand talent pour dissimuler ses faiblesses, ses mensonges et ses secrets. Pour quelles raisons souhaite-t-il tant livrer à Helga ses pensées les plus intimes?

L'écriture est imprégnée de cette nature rurale qui entoure le cadre de vie des deux anciens amants islandais. Les pulsions et les désirs se mêlent à la bestialité des agnelles dans la bergerie. Cette longue lettre évoque le bonheur d'un amour court mais puissant, un amour caché pour ne pas blesser davantage la "brebis stérile" à laquelle il s'est marié.

Bjarni est trop attaché à ses terres, il ne peut les abandonner pour cet amour adultère; même si un doux visage d'enfant pourrait le faire faiblir...

"Les foyers d'aujourd'hui sont sacrément pauvres du point de vue de notre culture. Les objets qu'on y trouve viennent des quatre coins du monde, le plus souvent sans la moindre indication de leur lieu d'origine. Or quelle est la différence entre un objet fabriqué maison et un autre qui sort de l'usine? Le premier a une âme et l'autre non."

Une très jolie lettre d'amour.

Roman traduit par catherine Eyjolfsson.

vendredi, 07 mars 2014

Une Histoire de peau de Jeanne Benameur.

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Trois nouvelles d'anticipation sous la plume de Jeanne Benameur, voilà qui est très prometteur. Ce n'est pas la nouvelle éponyme qui m'a le plus séduite mais plutôt "Travaille, travaillons, travaillez". L'utopie n'est ni un simple rêve de bonheur collectif, ni un programme révolutionnaire, la fiction politique est vouée à la recherche d'une harmonie parfaite, aussi désirable qu'improbable, de la cité humaine.

Mise en scène d'une société où le credo repose sur le "travaillez plus" dans une quête effrénée de la montée des échelons. Dans ce pays utopique, les pères minimisent leur temps de sommeil pour accorder plus de temps à l'entreprise. Les enfants, quant à eux, ne doivent plus alourdir leurs esprits de choses inutiles comme l'histoire, la géographie, la littérature et la philosophie. Dans les écoles, on ne parle plus que de l'économie, reliée à la majestueuse entreprise, figure emblématique de toute la société.

Tout en haut de la pyramide, les hommes ne dorment que deux à trois heures par nuit, et tout en bas dans les couloirs du métro, hommes et femmes surnommés "les misères" attendent qu'on les alimente en "air nourissant".

Cette nouvelle fut écrite en l'an 2000, à l'heure actuelle la frontière entre réalité et fiction semble  se rétrécir. La lecture de ce recueil permet l'interrogation et le débat sur les principales questions d'ordre politique, social, économique, psychologique qu'il soulève. 

Pourquoi se donner la peine d'inventer et de présenter un monde imaginaire, un monde supplémentaire, plutôt que d'investir le champ plus évident de la géographie réelle? Jeanne Benameur apporte une image de la création littéraire elle-même: écrire c'est toujours créer un autre monde, et le recours à un monde imaginaire constitue donc une sorte de création "au carré", une mise en évidence du rôle de l'imagination.

Le risque serait que cette littérature utopique ne nous parlerait plus que d'elle-même, de se fasciner pour sa propre image, métaphore de la création et de ses limites. Jeanne Benameur réussit à nous plonger dans un monde alternatif qui conteste la réalité et brouille les frontières.

Les épilogues des trois nouvelles sur le travail aliénant, la recherche de la jeunesse éternelle et la place du rêve sont propices à la réflexion et laisse émerger la doctrine des anciens philosophes: "Il suffit qu'un homme soit libre pour que tous le soient". 

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mercredi, 05 mars 2014

Sofia s'habille toujours en noir de Paolo Cognetti.

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Roman kaléïdoscope où en dix nouvelles, le romancier italien recompose l'histoire d'une famille italienne par le prisme de ceux qui la compose: Sofia,, jeune fille insaisissable toujours vêtue de noir, Rossana la mère maniaco-dépressive et Roberto, ouvrier chez alfa roméo, le père malade de la vie et du travail.

Le roman s'ouvre sur le couple Rossana et Roberto: ils s'aiment, se déchirent et trouvent en la fuite un remède à leur désamour. Roberto, ingénieur mécanicien incarne l'homme italien dans toute sa splendeur, de sa quête permanente de réussite, de la femme idéale jusqu'à l'invitation inopinée dans son corps d'une bombe à retardement qui le ronge.

Paolo Cognetti excelle dans l'art du nouvelliste pour retracer la vie de Sofia mais tout l'intérêt réside dans les non-dits des saynètes.Absence de chronologie, les récits courts proposent une palette impressionniste de cette vie italienne.

La multiplication des focalisations, des lieux, des instances narratives peuvent dérouter mais on reconstruit assez aisément le fil d'une vie.

Ce roman est à sa manière une jolie illustration d'une chanson d'Alex Beaupin "Vite" car c'est la vitesse des événements qui surprend le lecteur par le biais des ellipses narratives où chaque mot revêt une grande profondeur.

Et Sofia alors? Elle devient comédienne, une jolie mise en abyme du livre lui-même. Elle est le personnage solaire de tous ces figurants du roman.

"Tu promènes tes identités telles de petites soeurs bagarreuses". Jeune fille anarchiste, Sofia devient le point d'interférence entre sa colère, celle de l'Italie, de l'Histoire des années de lutte et de plomb.

Paolo Cognetti a un grand talent et manie les mots avec beaucoup d'habileté: sous couvert d'un thème psychologique et sociologique,le romancier propose un roman habilement construit, de manière originale sur une société en difficulté à l'image d'une seule et même personne emblématique du mal de l'époque:Sofia.

Un très beau labyrinthe de mots à découvrir!

Roman traduit par Nathalie Bauer.

En écho:


Alex Beaupain en Télérama répèt' Session (2/2... par telerama

 

Cléo de 5 à 7 , film d'Agnès Varda.

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Ce film figure dans ma liste de DVD convoités depuis quelques mois. Très récemment, j'ai appris sa programmation en salle dans mon petit cinéma d'auteurs lillois. Je me suis réfugiée dans la salle où aux murs, on peut admirer des photos de Truffaut.

Cléo, interprétée par Corinne Marchand, attend des résultats d'examens. Persuadée d'avoir le cancer, elle se réfugie chez une voyante, afin de se rassurer, en vain...

 

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Pendant quelques heures, le temps de l'attente, elle tente de taire ses angoisses. Le film se déroule, le premier jour de l'été en temps réel, le 21 Juin 1961 de 17H à 18H30. Cléo déambule dans Paris, depuis la rue de Rivoli à son appartement situé sur la rive gauche, depuis la gare Montparnasse jusqu’au Parc Montsouris.  Ce parcours est parsemé de rencontres, de visions, de révélations et d’émotions contradictoires. Influencé par Hans Baldung Grien, ce film est la peinture cinématographique d’un thème éternel : la beauté et la mort.

Revoir le Paris des années 1960 sur grand écran c'est juste sublime. Cléo de 5 à 7 est une peinture de la vie parisienne dans toute sa modernité. Le dénouement, à savoir le résultat des examens de Cléo, importe moins que le temps de l'attente. Quatre-vingt dix minutes où elle passe de la candeur à la frivolité, du rire aux larmes. La cartomancienne au début du film annonce comme dans les tragédies grecques un sort funeste, celui du hors champ. 

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Pour oublier sa maladie, Cléo s'adonne à la légèreté et à la futilité en choisissant un chapeau, et des jolies robes, symboles de vanité.Treize chapitres, minutés pour déambuler dans Paris et célébrer la beauté des corps féminins, nus.

La chanson "Sans toi" est un point culminant du film, l'apogée du thème central: la beauté et la mort. Agnès Varda utilise le symbolisme avec beaucoup de grâce lorsque les enseignes des magasins Rivoli Deuil et Bonne santé apparaissent comme des prémonitions funestes aux yeux de Cléo. Elle se promène au milieu de tableaux symboliques de la tristesse à venir.

 

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Et puis vient la rencontre avec Antoine au parc Montsouris. Ce soldat lui ouvre les yeux sur le monde et sur la beauté de l'instant présent.

Film de la "nouvelle vague", Agnès Varda réussit à aborder un sujet grave avec légèreté et fait de Cléo de 5 à 7 une belle leçon de vie.

"Tant que je suis belle, je suis vivante" devient l'hymne de Cléo et les minutes s'écoulent comme des perles tantôt futiles, tantôt tragiques. 

dimanche, 02 mars 2014

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Paola Pigani.

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C' est à ma connaissance l'un des rares livres  sur le "génocide oublié" en dehors du texte de Tony Gatlif Liberté, adapté au cinéma. Il y a eu beaucoup d'ouvrages, récits, films, conférences sur celui des juifs. Mais les roms ,majoritairement illettrés et sans ressources n'avaient trouvé ni rédacteur ni éditeur.Ce sera une révélation pour ceux qui prendront la peine de le lire.

 

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Paola Pigani a réuni les témoignages d'une grand-mère tsigane de la famille Winterstein sur les souvenirs de son internement au Camp des Alliers en Charente-Maritime, sur ordre de Préfet de la Kommandantur d'Angoulême. L'auteur nous livre le récit d'Alba, internée à l'âge de 14 ans au camp, qu'elle quittera six années plus tard.

 

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Les tsiganes n'ont pas été internés dans les camps d'extermination sur les mêmes critères que les juifs.D'abord considérés comme asociaux, il a fallu que tous ou presque soient expertisés "métis" pour que les nazis puissent mettre en oeuvre leur projet de purification raciale. L'histoire retient surtout leur internement et leur extermination à Auschwitz, mais ils ont été placés dans tous les camps de concentration du Grand Reich. La reconnaissance tardive du génocide a pour conséquence une connaissance partielle voire inexistante de celui-ci par la mémoire collective. Le travail de mémoire est en cours.

Alba connait le froid, la faim, la misère et la saleté dans le camp, pâle fantôme d'un voyage immobile.Paola Pigali donne chair à toute cette communauté tsigane dont les valeurs essentielles reposent sur la solidarité, la fraternité et le respect.C'est un très beau récit, empli d'humanité qui donne la parole à ceux qui ne l'obtiennent que trop peu.

 

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Le poème Gagner d'Eugène Guillevic, en exergue du texte prend tout son sens dans l'histoire d'Alba.C'est un joli reflet de la plume poétique de l'auteur pour retracer la longue route des Verdines, les roulottes des gens du voyage. On assiste impuissant à l'enfermement de ce peuple épris de liberté dont on loue leur sens de la famille et de leur culture mais on leur interdit l'entrée dans nos villages et le stationnement dans nos villes.

Le Samudaripen en langue romani est un drame qui peine à intégrer la mémoire collective. Sa mise en lumière récente a été rendue possible parce que la parole de quelques tsiganes s'est déliée.

Ce roman est une invitation à ouvrir les yeux, à frissonner sur les faits ignobles de 1940. Sont-ils révolus? Je n'en suis pas certaine... 

Pour mes petits cravayeurs de niglo, que j'accompagne au quotidien...

Merci Alix.

 

samedi, 01 mars 2014

Les Dimensions d'une ombre, nouvelle d'Alice Munro.

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Parue en 1950 dans la revue universitaire de Western Ontario, cette nouvelle  est la première publication de l'auteur, lauréate du Prix Nobel de littérature en 2013.

Cette nouvelle se trouve traduite pour la première fois en français par Jean-pierre Carasso et Jacqueline Huet dans la revue Feuilleton.

Etudiante, Alice Munro n'a pas encore vingt ans lorsqu'elle écrit l'histoire dérangeante d'une enseignante insatisfaite aux agissements inquiétants, prisonnière des carcans d'un autre monde.

Je découvre la plume d'Alice Munro avec cette courte nouvelle et j'ai ressenti une grande émotion en découvrant le portrait de Miss Abelhart.

"Elle n'était ni moche ni absurde en elle-même, seulement un peu desséchée et hâve, avec sa chevelure de paille qu'elle frisait sans goût en boucles serrées et sa peau assez rêche, comme si elle subissait depuis longtemps les assauts d'un vent violent. Il n'y avait pas de sang dans ses joues, et quelque chose comme de la poussière recouvrait son visage. Quand on la regardait on savait qu'elle était vieille, et l'avait toujours été. Elle avait trente-trois ans."

Jolie graine que cette nouvelle qui semble préfigurer à elle-seule les thèmes récurrents chez l'écrivain canadien. L'histoire courte est subtile et le portrait de l'enseignante est d'une profondeur et d'un grand réalisme psychologique. 

Miss Abelhart est une femme seule, perdue dans ses pensées qui mène une vie paisible dans une contrée rurale. Alice Munro effleure les thèmes de la folie et de l'hystérie amoureuse.

"Autrefois le dimanche était une journée d'oubli des conjugaisons et du subjonctif et de Virgile, une journée où l'on respirait de l'air pur que ne polluait pas la poussière de craie ni l'odeur subtile de l'ennui humain. A présent c'était une journée vide, qui s'étirait dans le désir du lundi, quand les jours retrouvaient une signification et des possibilités."

Le ton est limpide, empli de force et d'identité.L'écriture est ciselée, pleine de justesse pour dévoiler une vie ordinaire à la manière d'une oeuvre d'art. Cette nouvelle installe le malaise, un sentiment étrange et sa chute montre la quintessence des destinées complexes, pourtant partagées par tous.

 

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 (La revue de cet hiver est illustrée par des dessins d'enfants d'école primaire et c'est tout simplement beau!)

Pour cette édition du Blogoclub consacrée à Alice Munro, la prochaine (1er Juin) aura pour thème la littérature française contemporaine. 

Les avis du Blogoclub sont chez Sylire et Lisa. 

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mardi, 25 février 2014

Un Temps fou de Laurence Tardieu.

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"Il n'y a plus de chemin, il n'y a plus de ligne droite. Ma vie a pris feu, et cet embrasement soudain a signifié sa mort et sa naissance. J'ignore de quelle enfance, de quels manques, de quelles solitudes est né ce sentiment qui me lie à vous, mais moi qui ai toujours éprouvé la nécessité de chercher quelque chose et qui ne savais pourtant pas ce que je cherchais, qui me suis toujours sentie entraînée dans un mouvement qui me poussait éperdument vers un avant qui me faisait peur, dont je n'osais avouer l'effroi mais que j'ai écrit, parfois, dans mes livres, je songe que, dans vos bras, la course s'est arrêtée. La course s'est arrêtée enfin. Je ne sais pas pour combien de temps, je ne veux pas le savoir: je ne veux pas que l'avenir dessine à nouveau sa trajectoire. Avec vous j'ai compris que le sentiment d'éternité ne s'inscrit pas dans l'avenir, mais dans la profondeur et la défaillance vertigineuse du présent."

 Beaucoup de grâce, de douceur et de délicatesse dans ce roman de Laurence Tardieu. Enième variation sur l'écriture et le sentiment amoureux, on accompagne la narratrice dans ce monologue proche de la tempête sous un crâne. Attente, désir et rêve d'une passion singulière. La narration varie dans les interstices du temps pour cette femme qui se reconstruit, semble refaire surface. Maud, romancière, emprisonnée dans la vie fade du couple qui s'étiole au fil du temps.Au fond d'elle le souvenir intense d'une belle et douce soirée avec Vincent. "On n'oublie rien de ce qui vous a traversé".

Le désir monte crescendo au fil des pages, la valse reprend dans un Paris sous la neige, dans les bras de Vincent...Voilà le secret de Maud, libérée.

Magnifique roman.

jeudi, 20 février 2014

La fête du slip!

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Aujourd'hui c'est la fête du slip! Oui, chers lecteurs, je suis débordée par ma charge d'enseignante mais je ne pouvais pas honorer cette journée, sans parler du texte de Thomas Gornet et Anne Percin Le Jour du slip/ Je porte la culotte, édité chez Rouergue.

Ce texte je l'ai lu à mon fils de huit ans, qui comme vous pouvez le remarquer joue autant aux playmobils chevaliers qu'à la dînette.

Le concept est plutôt original, d'un côté l'auteur choisit de raconter le réveil d'une petite fille en petit garçon et vice versa, si l'on choisit d'adopter l'autre récit.

Alors, c'est drôle et bien pensé. On évoque les tourments de Corinne et Corentin dans la peau de l'autre sexe. Le sexe, justement parlons-en. Il est habilement évoqué, avec beaucoup d'humour. On souligne les attitudes, les réactions, les habitudes "propres" soit-disant à chaque sexe. On apprend que l'on s'amuse autant dans la peau de l'autre. 

Ce qui s'apparente d'abord à un cauchemar dans la tête des narrateurs de CM1 devient un jeu subtil qui évolue vers un doux rêve.

Le procédé des deux histoires narrées en miroir pour se clore sur le regard face à face d'un garçon et d'une fille est propice à la réflexion. Celle du regard que l'on porte sur l'autre, de l'analyse faite sur le choix des activités et l'ouverture d'esprit. Il n'est question que de bienveillance dans ce texte.

Sinon, mon fils fait aussi du tricotin, n'en déplaise à certains...

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Mais une lecture qui dérange...alors passez chez  Stephie!

 

dimanche, 16 février 2014

Il faisait chaud cet été-là d'Agnès de Lestrade.

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Retour à l'adolescence en compagnie de Violette et Blanche.Dès l'incipit, une ambiance amicale entre les deux jeunes filles aux caractères opposés, une Blanche, jeune fille discrète et transparente voire insignifiante face à Violette au caractère affirmé, éblouissante parmi les autres.Agnès de Lestrade décrit intelligemment cet attrait et cette fascination pour autrui, cette jeune femme que Blanche prend pour modèle. Et puis toute cette idéalisation de l'autre dans ce qu'elle montre au quotidien. Un très bon roman pour adolescents qui prouve le simulacre du monde des apparences.

Il faisait chaud cet été-là...et quelques pages plus loin on abandonne la légèreté des vacances pour apprendre la vraie personnalité de Violette. Le climat se fait de plus en plus lourd, l'atmosphère devient pesante et n'est pas le simple  résultat du soleil qui plombe les journées de vacances.

Le suspens grandit...Violette souffre et promet à Blanche de faire des efforts.Les vacances sont bouleversées, tout bascule.Le malaise prend place.Blanche est bercée par les apparences et ne parvient que difficilement à cerner son amie.

Quel drame se cache sous les beaux atours de Violette? Quelle folie ou trouble la poussera à commettre l'irréparable? Quelle forme prendra l'impact de sa bipolarité?

Un thriller psychologique bien mené même si certains passages mériteraient un développement plus poussé.

"Quelquefois je t'observe. Quand tu ne sais pas que je te regarde, ton visage n'est pas le même. Il est plus ombrageux. Comme si le ciel bleu se couvrait soudain de gros nuages noirs. Comme si le tonnerre allait gronder, le vent souffler, la tempête se lever." 

jeudi, 13 février 2014

Rêve d'amour de Laurence Tardieu.

 

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Un livre qui traverse l'autre. Les êtres sont pétris d'émotion et l'art de Laurence Tardieu touche. Au delà du style, c'est l'émotion qui bouscule. L'exigence de l'écriture témoigne d'un bel abandon de la part de l'auteur. Un beau moment de grâce en compagnie de ce roman. Son sujet devient une part d'elle-même et le lecteur fait corps avec l'histoire.

Alice Grangé a trente ans. Elle apprend à la mort de son père que sa mère en a aimé un autre, peu de temps avant sa mort.L'image de cette mère est assez floue, une ombre féminine enveloppée dans une robe bleue.Elle ressent le désir de partir à la rencontre de l'homme, qui peut-être lui apprendra à connaître sa mère.

A la fin du livre, on plonge en soi, on écoute cette voix singulière. Une belle composition où par les mots, la musique se fait douce même si la voix est grave, parfois mélancolique, jamais sombre. On se dirige vers la lumière. On sent la nécessité et la sincérité des émotions dans l'écriture. Dans l'espace du livre, on arrive à la justesse. Tout part du désir, d'une quête, celle de retrouver les traces d'une mère défunte. Nous sommes attentifs aux émotions qui explosent en refermant le livre.Une belle plongée dans la description forte et dense des émotions, sans jamais frôler le pathos. On s'engouffre dans l'espace des sensations et on tourne les pages comme un envoûtement.Un bonheur simple.

dimanche, 09 février 2014

Puisque rien ne dure/ L'Ecriture et la vie de Laurence Tardieu.

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Ma première rencontre avec Laurence Tardieu. Cette volonté tout à coup, essentielle, de découvrir tout ce qu'elle a publié à ce jour. Lire en parallèle sa dernière publication L'Ecriture et la vie, publié aux éditions des Busclats.

Ce texte bref porte à la lumière toutes les interrogations de l'auteur sur son rapport à l'écriture. Depuis la publication de son dernier livre La Confusion des peines , Laurence Tardieu ne parvient plus à écrire: les mots sont des coquilles vides.

 

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 Deux ans d'absence, de repli avec pour remède les lectures d'Annie Ernaux, Virginia Woolf, Agota Kristof, Charles Juliet et Modiano...parmi tant d'autres.

C'est un journal intime extirpé du silence, publié grâce à la complicité de Jean-Marc Roberts, son éditeur, qui lui souffle le titre.

 Laurence Tardieu s'interroge vivement sur sa paralysie littéraire et revient sur chacune de ses publications. Elle nous confie sa saison en enfer depuis La Confusion des peines, texte qui retrace la disparition de sa mère et la condamnation de son père pour des affaires fallacieuses. Ce père qui porte des mots très durs sur ce livre, publié pour des raisons pécuniaires, à son sens. Figé, l'auteur. Silence.

  La préface de Jean-Marc Roberts d'une grande élégance souligne la beauté du propos dans ce mince journal. L'évocation du désir comme la source de l'écriture est analysée pour chacun de ses textes: d'une histoire mise en scène dans Puisque rien ne dure, une volonté  essentielle de livrer une histoire simplement, puis peu à peu au fil des textes ce désir de renouer avec soi, tendre vers l'autobiographie. Ce genre où l'auteur est partout, au dehors et en dedans du livre. La Confusion des peines:récit rétrospectif de trop? Peut-être...l'auteur s'interroge.

Les paroles des lecteurs feront écho à ce malaise. La situation narrative induite par l'attitude autobiographique impose le passé comme temps dominant. Désormais, l'auteur se tourne davantage sur le temps présent: une narration contemporaine, une description plus objective. Voilà ce à quoi aspire l'auteur.

Une jolie quête lumineuse des mots qui m'invite encore plus ardemment à lire les autres textes de Laurence Tardieu et ses futures publications, je l'espère. Une plume libre, légère, sobre et envoûtante dans Puisque rien ne dure, beaucoup de délicatesse dans la narration.

L'auteur fait preuve d'une grande générosité en nous livrant sa réflexion sur l'écriture. Une marche délicate vers la légèreté des mots.

 

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"La vie d'ailleurs n'est pas une histoire. Elle n'est pas un fil que l'on déroule avec un début, un milieu, une fin. Au même moment, ma vie se délitait et s'ouvrait. Plus rien ne tenait. Je n'étais plus sur un fil. Je sautais de pierre en pierre au-dessus d'un abîme."

 

jeudi, 06 février 2014

Les Hommes en général me plaisent beaucoup de Véronique Ovaldé.

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Ne vous fiez pas à l'illustration de couverture, ce livre n'a rien d'une bluette à l'image des amoureux de Peynet.

On entre dans la tête de Lili. On évolue dans des espaces comme le zoo, la maison de Samuel son amoureux et le parking d'un supermarché où elle observe les gens. 

L'incipit du roman évoque la liberté des animaux du zoo qui fuient, comme une mise en abyme de l'histoire animale de Lili.Sortie depuis peu d'un centre de détention, d'un camp pour jeunes paumés, elle a réussi à faire confiance en l'homme grâce à Samuel, éducateur du centre.

Mais le fantôme d'un homme aimé vient lui rappeler ses démons antérieurs.

Les journées oscillent dans le dénuement, l'attente où règne l'ennui.Alors Lili rêve dans des lieux surpeuplés et s'égare du réel.

Le récit délirant et syncopé laisse peu à peu place à la pesanteur du passé de Lili.Un passé qui l'attire comme un aimant vers Yoïm, l'homme pantagruélique et pervers.

L'écriture de Véronique Ovaldé est singulière , elle explore avec brio l'univers de la folie amoureuse et de la dépendance. 

L'évocation de l'enfermement avec le petit frère ressemble au récit de Valérie Valère dans Malika ou un jour comme tous les autres. Le thème de l'enfermement est le leïtmotiv de ce très beau texte, enfermement physique et moral.

Surprenant mais envoûtant! 

mercredi, 05 février 2014

Sept jours à l'envers de Thomas Gornet.

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La vie surprend parfois. En une semaine, tout est chamboulé: le quotidien ordinaire, ses banalités et son tempo régulier.Le narrateur remonte le cours des jours, pour revenir sur ce dimanche après-midi où un événement s'est produit.

Livre inversé où le récit débute par sa fin, il pourrait presque se lire à l'envers. Thomas Gornet utilise une structure surprenante et malicieuse pour apprendre à connaître notre jeune narrateur de douze ans.On remonte le fil des jours, cherchant à comprendre quelle personne est morte. On émet des hypothèses, très vite anéanties par  quelques expressions qui nous rappelle qu'il est fils unique, la présence du père mais aussi celle de la mère. 

L'écriture est judicieuse, on accompagne chacun des protagonistes dans la douleur, on oscille sur le fil de la vie et la bobine s'enroule à nouveau, dans l'autre sens.

Les personnages ne sont pas nommés, alors nous tentons de dénouer la boucle petit à petit avec beaucoup d'empathie.

Le procédé est judicieux et permet d'évoquer l'indicible. Cette immersion dans la famille marquée par le chagrin est drôlement habile puisqu'elle ne tombe jamais dans l'écueil du pathos. La forme du récit adoucit presque la tristesse du sujet, un beau livre délicat propice au dialogue.

Encore une jolie pépite chez Doado, Rouergue.

mardi, 04 février 2014

Fugueuses de Sylvie Deshors.

 

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Une collection Doado chez Rouergue que j'aime particulièrement. Une libraire m'a vivement recommandé sa lecture après nos échanges sur le dernier livre de Jeanne Benameur.

J'aime les récits féminins, le parcours de femmes déterminées alors je suis partie à la rencontre des fugueuses.

Lisa a seize ans, Laurie dix-sept. Amies depuis le collège, elles harmonisent leurs différences de caractères, l'une révoltée, l'autre rêveuse pour s'unir dans une même cause. Les deux amies fuguent et trouvent refuge à Notre-Dame-des-Landes, elles retrouvent des opposants à la construction d'un aéroport au coeur d'une forêt.

Inspirée de faits réels, l'histoire évoque la vie communautaire et militante. Loin du quotidien banal, les deux jeunes filles feront l'apprentissage des prises de position, de l'engagement, de certains choix pour changer le monde.

Une militante, Jeanne, plus âgée vient ponctuer le récit de sa propre expérience de vie dans les réminiscences de Mai 68.

Le combat écologique dans cet univers collectif nous apprend beaucoup sur ce que les médias ont tu.

L'histoire de ces deux jeunes filles, forgeant leurs propres convictions en puisant ici ou là, s'initiant à la marche du monde contemporain selon leurs propres désirs, sans maître à penser ou gourous tente de convaincre les femmes à prendre leur existence en main. 

Fugueuses permet de s'informer sur la division du monde entre capitalistes et altermondialistes et éveiller les consciences sur le monde contemporain. Un beau texte offensif sur le thème de la rébellion, la quête de liberté et la construction de soi. Sylvie Deshors cite les textes de Rosa Luxemburg, Nâzim Hikmet et Aimé Césaire pour enrichir la réflexion.

 Pour mieux connaître la collection Doado, chez Rouergue.


Sylvie Gracia - Collection doado des éditions... par Librairie_Mollat

lundi, 03 février 2014

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis.

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Quelle claque...C'est le genre de livre que tu refermes avec la tête pleine d'images, les plus déroutantes les unes que les autres.Tu ne peux pas reposer ce livre sans être habité(e) par les propos violents, les scènes insoutenables comme il est rare de les lire en littérature.

Eddy, le jeune garçon se construit dans le reflet des propos des autres: "pédé, tapette, enculé, pédale". La violence verbale se mêle à la violence physique auxquelles Eddy répond en souriant. 

Dans ce village picard, un homme doit être un dur et cette démarche et ces manières efféminées ne sont pas conformes à ce que l'homme représente dans les esprits étriqués des villageois. Oui...l'histoire se déroule en Picardie, dans un milieu où la misère devient ordinaire mais je pense que partout en France et ailleurs encore, il existe des tas d'Eddy Bellegueule.

Eddy tente de se conformer à la norme en s'imbibant d'alcool, en cognant, en baisant des femmes, en vain.

La famille d'Eddy s'abrutit devant la télévision, seule ouverture possible sur le monde extérieur, celui des apparences, du simulacre.

Eddy rêve  de côtoyer la sphère des idées et on l'accompagne sur le chemin de son émancipation, de sa quête de liberté, de sa fuite...

Edouard Louis utilise ses ressources sociologiques pour nous délivrer une souffrance légitime, telle qu'il l'a perçue, vécue et enfouie. C'est un roman choc, un coup de canif dans la bienséance littéraire.

Racisme rime avec bêtise partout en France, pas seulement dans cette région du Nord de la France.

Ce texte bouleverse, l'émotion est grande en le refermant... et plutôt que de stigmatiser une région c'est la parole du rejet et de la torture qui prime. Chercher à comprendre, à analyser, à vérifier c'est aussi juger. 


Les matins - Quand l’écriture de soi devient un... par franceculture

vendredi, 31 janvier 2014

Coeur de Lhasa de Sela.

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Elle hante toujours mon esprit.Un petit livre d'artiste vient d'être publié à titre posthume chez Orbis Pictus Club. Coeur est un conte accompagné de douze linogravures de Lhasa de Sela. Les collages sont signés de la chanteuse.

 

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Coeur est publié également en version anglaise à la fin du livre.

Le texte s'ouvre sur des collines ondulantes où le coeur de la narratrice vit avec la douceur du vent sous la lumière du ciel. Le décor est vaste, à l'image du dénuement, près de Sacramento où Lhasa a vécu enfant, dans l'autobus familial.Tel était le pays de son coeur. Le pays de la quiétude.

 Mais comme dans tous les contes, la narratrice semble être à l'heure de l'épreuve captive d'une gigantesque bouche d'ombre, au bout d'un énorme tuyau. Si l'on s'approche trop près, on disparaît.

Une sorte de frontière invisible pour la narratrice et son double: le coeur.

Le coeur s'échappe de la ville hostile mais à l'aide de la sorcière, peu à peu ils retrouveront les collines ondulantes, main dans la main car dans le puits des épreuves réside toujours  un soleil. C'est ainsi dans les contes et dans la vie.

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Un joli conte énigmatique et mystérieux sur la force de la faiblesse, sur ce besoin de Lhasa de Sela à communiquer et la nécessité absolue que ce soit en accord avec elle-même, que ce soit vrai, que ça vienne de loin.Ce conte est comme un rêve représenté par les linogravures mais pas seulement, le texte donne une large place aux émotions. La langue du rêve, celle de l'âme à l'image de Jung. Le rêve parle son propre langage, comme le conte. Un langage mystérieux mais pas impénétrable.

Comme dans ses chansons, Lhasa écrit une trame, un fil magique qu'on suit et on se laisse guider par ses univers visuels en libérant un petit espace pour la foi et la curiosité. 

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 Merci de ne pas évoquer en commentaires le motif de sa disparition, je ne le connais que trop...

Le Dernier jour d'un condamné Victor Hugo.

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Commencer le défi de relire un classique par mois chez Stephie  avec ce titre de Victor Hugo Le Dernier jour d'un condamné, choisi grâce à Elsa Montensi. Le poser sur sa table de nuit et le lire en quelques heures.

Le condamné dans sa cellule de Bicêtre à la veille de son exécution évoque ses états d'âme depuis sa condamnation à mort. On assiste à son cheminement de pensées.Pour permettre une plus grande implication du lecteur dans ce texte,Hugo rend le récit encore plus vivant en choisissant le  style direct, les phrases courtes. On évolue dans la progression du désespoir du condamné.On assiste au tragique de la situation: le tragique vise à susciter l’effroi du lecteur devant la condition humaine. Il accompagne le plus souvent les thèmes de la mort ou de l’impuissance de l’homme face à un destin qui le dépasse.Le condamné ne peut changer le cours de son destin.Le pathétique permet quant à lui de mettre en mots l'émotion douloureuse. Le lecteur partage sa douleur face à cet homme déterminé par une force supérieure, condamné à la justice des hommes.L'abondance des points d'interrogation marque l'étonnement de l'homme face à cette décision.

Le narrateur est énigmatique oscillant tour à tour entre le monologue intérieur, le journal intime et le récit autobiographique; permettant ainsi au lecteur l'identification au personnage et à Hugo de mettre en place un plaidoyer contre la peine de mort.

Le texte argumentatif permet la mise en scène du discours, stratégie d'écriture qui permet au lecteur de prendre place dans le débat.

La scène en miroir des galériens vise à prouver l'aspect voyeuriste et sinistre des spectateurs hypocrites. Face au malheur, certains éprouveront de la jouissance.

La souffrance s'accentue avec le temps qui passe et montre la volonté de Victor Hugo de rallier le lecteur à sa lutte.

Le texte se referme avec ces mots: QUATRE HEURES. Cette phrase nominale,écrite en majuscule, mise en avant typographiquement mime à sa façon le couperet de la guillotine et marque l'ellipse du cri ultime dans la bouche du condamné.

Cette relecture d'un texte classique m'a permis de dépoussiérer mes cours de fac, de chercher à comprendre pourquoi Elsa le laisse à disposition sur sa table de nuit...à m'interroger à nouveau sur notre rapport à la mort.

 

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jeudi, 16 janvier 2014

Henri, film de Yolande Moreau.

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En 2004, j'ai beaucoup aimé Quand la mer monte, réalisé avec Gilles Porte. J'avais très envie de découvrir ce nouveau film de Yolande Moreau.

Un autre duo est mis en scène, un duo improbable dont émane une jolie ronde de sentiments mystérieux.

Henri, immigré italien est un homme sombre, assez rustre derrière le bar de son restaurant belge. Le quotidien se déroule entre quelques assiettes servies, les moments de partage avec ses acolytes Bibi et René et puis la compagnie des pigeons voyageurs.

Il était déjà résigné... alors quand sa femme meurt subitement, il n'a plus qu'à baisser les bras devant la fatalité.

C'est l'arrivée d'un papillon qui va chambouler sa vie. Un papillon c'est le surnom donné aux résidents d'un centre pour handicapés. Rosette vient chaque jour l'aider pour le service en salle.

Rosette est une jeune femme rêveuse, enjouée et handicapée des mots. Elle parle peu et face à Henri, le taiseux, peu de dialogues. Ce duo évolue dans une économie des mots, dans le cadre plutôt glauque du restaurant défraîchi où la vieille guirlande de fleurs représente à sa manière le fil de la vie sur laquelle oscillent Henri et Rosette.

Le chagrin d'Henri va peu à peu se dissiper quand notre tandem décide de prendre la route pour la côte belge. Les écorchés vifs  retrouvent une certaine liberté matérialisée par ces belles plages du Nord. Les plans sont magnifiques. Yolande Moreau  réussit à nous émerveiller, sous couvert de plans qui évoluent tout au long du film: sombres et glauques comme pour mieux mimer le minimalisme positif du quotidien simple des gens de peu vers des plans beaucoup plus lumineux sublimés par la fugue de Rosette et Henri.

La sensibilité tour à tour visuelle et émotionnelle apporte beaucoup de densité aux personnages. Deux êtres qui résument la complexité de l'âme humaine et du sentiment amoureux.

J'aime quand Yolande Moreau donne à voir les taiseux, les éclopés, les canards boiteux, c'est l'humanité non lisse, sans jugement. Beaucoup de bienveillance chez cette réalisatrice dont la caméra est aussi chaleureuse que son sourire. C'est un film élégant avec  beaucoup de scènes délicates et poétiques.

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A Fréd et sa jolie Victoria à l'ours aux reflets dorés.

Film réalisé en 2013 par Yolande Moreau avec Pippo Delbono, Candy Ming.

 

Les Mains libres de Jeanne Benameur.

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 Voilà bientôt quatre ans que ce livre est sur ma pile. J'attendais le bon moment pour lui, comme si de toute évidence un Jeanne Benameur ne peut me décevoir.

Tout de suite, la prose de Jeanne Benameur est au rendez-vous, ce style si particulier, fin et poétique. Il est tout simplement sublime ce livre, tant par le fond que par la forme.

Il évoque l'histoire de madame Lure, épouse modèle, soumise. Désormais veuve, madame Lure dépoussière les livres de son défunt mari, sans même les ouvrir. Ce sont les livres de monsieur et son plaisir personnel se résume à rêver au dessus des belles photos de revues touristiques. Elle se plait à imaginer des vies, en surface. Comme si les vies en profondeur offertes dans les livres n'étaient pas pour elle. Elle vit dans le monde des apparences, du simulacre, s'accommode des petits gestes du quotidien, les mains emprisonnés dans ces gestes répétitifs de  l'infiniment petit.

Et puis, elle rencontre Vargas, le nomade.Celui qui voyage comme tous les êtres de papier observés longuement dans les magazines. Les mains de madame Lure vont alors se libérer en offrant un livre à Vargas, en offrant du temps, de l'attention et de riches lectures. C'est le début d'une nouvelle vie tissée par les silences, les gestes de deux individus qui ne communiquent pas la même langue.

Jeanne Benameur en peu de mots, réussit à créer une histoire douce et belle. Ce livre est un grand, très grand coup de coeur. Lisez-le car mes mots sont si peu en regard de la délicatesse et l'élégance du texte.

Merci Audrey.

 

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jeudi, 09 janvier 2014

Frida Kahlo La beauté terrible de Gérard de Cortanze.

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Une autre biographie de Frida Kahlo, que dire de plus, qu'a-t-on encore à apprendre de cette grande artiste? Gérard de Cortanze raconte son histoire avec la somme des recherches documentaires, citant deci delà les publications de JMG Le Clézio,  Hayden Herrera, Carlos Fuentes, Salomon Grimberg... 

Cette biographie se lit comme un roman et on comprend davantage encore la corrélation entre la passion amoureuse qui unit Frida Kahlo à Diego Rivera et la création artistique qui en émane. Cependant, je n'ai pas beaucoup apprécié la narration. Le parti pris de Bernadette Costa Prades, en utilisant le tutoiement à son adresse, me séduit davantage.

Néanmoins, je retiens ce beau passage pour évoquer la mémoire de l'artiste:

"La peinture de Frida Kahlo, c'est un peu comme la biographie d'une âme qui nous serait offerte. Avec une totale impudeur, une artiste se dévoile, se met parfois en colère, exhibe son désarroi. Ecorchée vive, fragile, Frida Kahlo  est une singulière étoile filante qui comprend à mesure qu'elle peint que son art ne la protège pas mais la met à nu. Lentement, la peinture se retourne contre elle qui étale à la face du monde son corps mutilé. L'art décidément ne guérit jamais de rien. Tout juste pose-t-il des questions et entretient-il des blessures peut-être nécessaires. Mais il serait faux de ne voir en Frida Kahlo qu'un être à jamais blessé qui n'a peint que de "l'espoir sans espoir", de "la mort qui pense dans la tête". A la regarder de près, on est frappé par l'amour démesuré qu'elle inspire, sa joie de vivre, sa lumière affichée "comme un  paon qui fait la roue".

 

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Je vous invite à suivre Des ailes de mouette noire/ Portrait en miroir de Laure Egoroff sur France culture.

mercredi, 08 janvier 2014

Un classique par mois.

 

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Je ne suis pas trop "challenge" mais celui-ci m'attire tout particulièrement, c’est celui de Stephie "Un classique par mois" ! J’ai envie de dépoussiérer mes classiques. Sortir de la bibliothèque mes livres d'étudiante en lettres modernes me réjouit déjà.

 

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A bientôt pour de belles (re)lectures accompagnées de ce logo.

 

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Mon Amour, ma vie de Claudie Gallay.

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" Je ne suis pas un brave, je suis un Rom. Je marche le front bas, comme une bête. Je déteste le monde, la vie, les fleurs.

J'ai peur qu'on m'attrape, qu'on m'emmène ailleurs, quelque part. Qu'on me brûle vivant comme on brûle les carcasses dans les bennes. Des veaux de vingt jours. Qu'on me transforme en poussière d'abattoir.

Je marche. Sans savoir où je vais."

Probablement le texte le plus âpre de Claudie Gallay. La famille Pazzati: Mam' et sa douceur abrupte, l'oncle Jo et son saxo, Pa' l'écorché vif, Zaza et son phrasé rongé...et puis Dan l'enfant unique de cette famille à la dérive.

Les personnages sont des ogres,sculptés dans la terre glaise. Roman sauvage d'un monde marginal où la violence se mêle à la folie.

Le père dresseur de fauves mène son cirque à la dérive. La guenon devient la confidente de Dan, l'ombre douce et chaude d'une mère farouche.

Les adultes sont cruels parfois. Ils fréquentent les églises, c'est la pierre, la honte des hommes qui viennent dans les églises pour oublier leurs péchés. Quand les hommes s'en vont, les péchés restent. A force ça remonte. L'humidité des églises, c'est toute la honte des hommes.

Claudie Gallay réussit à distiller de la poésie dans la misère pour nous emporter avec Dan vers cette quête merveilleuse de la mer.

"On se promet la mer.

On fait ça vite, sans réfléchir.

La mer".

mardi, 07 janvier 2014

Une saison avec Jane-Esther de Shaïne Cassim.

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Rentrer dans une petite librairie indépendante, toujours en Bretagne...se poser, prendre un thé et puis timidement aborder la libraire...lui demander enfin quel est son coup de coeur actuel en jeunesse...

Avoir le roman de Shaïne Cassim entre les mains, l'emporter et découvrir...

Près du fleuve, dans une petite ville du Mississipi, Eden Villette veut écrire des textes poétiques. Nous sommes en 1967, les Etats-Unis débattent autour du mouvement des droits civiques entre réformistes et partisans d'une action radicale.

Et Jane-Esther? Elle arrive en ville pour donner une conférence, forte de sa gloire littéraire. Elle retrouve ses amies de jeunesse à savoir Kate, la tante d'Eden et Edna Gardner. A la mort de Kitty (la mère d'Eden) toutes trois se sont promises de prendre sous leurs ailes la jeune Eden.

Le souhait de la jeune fille se réalisera-t-il cet été-là? Elle admire la talentueuse Jane-Esther, elle apprend grâce à elle à organiser ses idées. Roman d'apprentissage où la jeune Eden livre ses tourments telle une tempête sous un crâne. Cette faculté à s'épancher peut séduire les jeunes lecteurs même s'il peut laisser perplexe les lecteurs plus avertis.

Ce roman est un bel hymne à la création poétique, très loin des rebondissements qui caractérisent la littérature jeunesse actuelle. Shaïne Cassim choisit la magie des mots pour mettre en scène ses personnages. Sur fond d'Amérique divisée,avec les Blacks Panthers, on accompagne Eden sur le chemin des sentiments. L'adolescente cherche sa voie, s'interroge sur ses choix de vie. Elle cherche une façon  plus digne d'être au monde. Eden tente d'affronter le monde, le bouscule et le questionne à l'aide des mots, de la poésie où s'invitent des poules aux coudes pointus.

Nous sommes proches du fleuve, le temps passe, la maturité d'Eden s'affirme. Un roman féministe d'une beauté subtile mais parfois les turpitudes d'esprit de la jeune Eden rendent la narration confuse.

Beau roman qui me rappelle le film Bright Star de Jane Campion...

La couverture est illustée par la talentueuse Kitty Crowther.

Le Promeneur de la presqu'île de Jean-Luc Nativelle.

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 Recevoir un livre le soir de Noël, choisi par une dame de coeur à mon attention.

Lire quelques jours plus tard les mérites de la maison "Editions du petit véhicule", entreprise artisanale de Loire-Atlantique dirigée par Luc Vidal.

Emporter le livre au coeur de la maison de Jeanne, en Bretagne et découvrir...

Dans un village du Finistère, un homme fait sa balade chaque soir depuis vingt-cinq ans. Ce soir, il décide de la réaliser à l'envers.

La promenade est propice à l'introspection et notre personnage s'interroge sur sa propre vie. Très vite, on comprend qu'un événement tragique est au coeur du livre. On apprend que l'existence du promeneur est marquée par la disparition de sa femme et la mort accidentelle de son fils.

Avec Le Promeneur de la presqu'île, Jean-Luc Nativelle ne nous invite pas dans une histoire inutilement sombre mais plutôt vers un éloge funèbre où tout le village prend la parole.

L'événement fait rupture et l'environnement prend une nouvelle figure aux yeux du promeneur. Le paysage développe un lien intime et accorde davantage de valeur à l'événement tragique. 

La narration est subtile, nous entendons le point de vue des habitants au moment même où le promeneur passe devant chez eux. Le village est un lieu clos où les gens se connaissent tous et l'on apprend progressivement que tous sont concernés par ce tourment. Le drame dans la vie quotidienne d'une communauté.

On déambule avec le promeneur, on écoute la multitude des "je", le personnage central devient la somme des regards que les autres portent sur lui, sur nous. Une prise de conscience progressive. La réalité perd ainsi son objectivité et disparaît dans l'infini tourbillon des pensées.

Beaucoup d'intelligence et de finesse stylistiques dans ce très beau livre où l'on découvre que des liens nous attachent profondément en certains lieux et la phrase de Julien Gracq en exergue prend tout son sens "il arrive ainsi , il arrive plus d'une fois que, ce coeur, elle l'ait changé à sa manière, rien qu'en le soumettant tout neuf encore à son climat, à son paysage, en imposant à ses perspectives intimes comme à ses songeries le canevas de ses rues, de ses boulevards et de ses parcs."(in La Forme d'une ville).

Un joli cheminement, sans aucun doute ma plus belle lecture pour clore l'année 2013.
Merci à Mireille pour ce très beau cadeau. 

mardi, 31 décembre 2013

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jeudi, 26 décembre 2013

6H41 de Jean-Philippe Blondel.

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Voulez-vous me suivre dans le train de 6H41 ? Il est bondé...Nous sommes Lundi matin. Le train regagne Paris. A son bord, Cécile Duffaut, la quarantaine, femme sûre d'elle, au moins en apparence. Elle vient de passer le week-end chez ses parents en province, seule car ni sa fille, ni son mari n'ont voulu l'accompagner. Elle pourrait éventuellement lire un magazine, observer le paysage ou les autres passagers... mais dans ce train de 6H41 entre Philippe Leduc, ancien amant.

Philippe rend visite à Mathieu, son ami, ultime visite probablement. Il prend place à côté de cette femme qu'il reconnaît immédiatement. Ils avaient vingt ans,  vingt-sept années se sont écoulées...

Comment rétablir la communication suite à la rupture brutale lors d'un séjour londonien?

Jean-Philippe Blondel propose dans ce roman la rencontre improbable de ces deux vieux amants. Le temps d'un trajet, on découvre ce qui réunit ces deux individus, ce qui les oppose désormais. Telle une tempête sous un crâne, on accompagne les pensées des personnages, les mots se poseront-ils sur les lèvres de Cécile et de Philippe? Resteront-ils figés en pensées?

Prenez le train de 6H41 pour découvrir comment le passé peut à jamais déterminer une vie. Huis-clos surprenant qui nous emporte vers son point culminant: l'arrivée en gare à l'issue d'une troublante introspection de l'âme humaine.

La Forêt plénitude de Franck Andriat.

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La rivière ! Elle est souple et joyeuse. Lumineuse et rapide. Éblouissante à cause des doigts de soleil qui s’étirent dans ses eaux. Où me conduira-t-elle ? Je n’en sais rien et peu importe. Je suis le sens du courant. Je marche plus vite. Un écureuil surpris prend l’ascenseur express d’un bouleau. Il est blotti dans les feuilles avant que j’aie pris le temps de l’observer. Je ne m’attarde pas. J’ai envie d’aller plus loin, d’atteindre une courbe de la rivière où celle-ci me fera découvrir du nouveau, de l’inattendu.
Velours ! Une de vos phrases me hante : Va, va ton chemin, passe de présence en présence; chacune est un maillon du collier de ton coeur. C’est une des premières que j’ai lues de vous, dans le petit livre de quarante pages offert par l’oncle Louis. J’ai l’impression que c’est si vieux alors qu’il y a moins de quinze jours que je sais que vous existez. La vie est surprenante : sans votre livre, je serais sans doute sur la terrasse du Play Boy ou ailleurs, occupée à casser l’ennui en sirotant des cocktails et en lançant des remarques acides sur les vêtements et les corps des passants. Pour frimer, pour plaire aux copains, pour faire partie du groupe et en être acceptée.

"Le jour de ses 18 ans, Virginie reçoit un livre qui va bouleverser sa vie. Elle décide de partir, de tout quitter, pour aller réfléchir au coeur de la forêt.

Quel sens donner à sa vie ?

Faut-il poser les mêmes choix que ses parents ? Son univers n’est-il pas, jusque là, fait d’apparences ?

À 18 ans, au seuil de l’âge adulte, Virginie décide d’écouter ce qui vibre au plus profond d’elle.

Ce court roman est une ode à la nature, à l’amour, à la simplicité et à la liberté.

Dans un style épuré et imagé, l’auteur nous promène dans la forêt sauvage, mais soulève également des questions essentielles." (Présentation de l'éditeur)

Je ne sais pas si ces questions suscitent encore l'intérêt des jeunes adolescents mais ce livre fut pour moi une réelle pause, un moment de quiétude dans cette frénésie du mois de Décembre. 

Ce livre  publié en 1997 vient d'être ré-édité chez Mijade. On reconnaît la particularité de la plume de Franck Andriat, découvert grâce à Jolie libraire dans la lumière.