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mercredi, 09 avril 2014

Comme des images de Clémentine Beauvais.

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Comme des images...des filles sages, sans doute. Elle sont scolarisées à Henri IV, elles sont ambitieuses, velléitaires et élitistes, probablement. Enfin, c'est l'idée qui m'est venue de ces jeunes filles "comtesses de Comptoir des cotonniers, candides en Zadig et Voltaire, sac Longchamp au coude et ballerine Repetto aux pieds."

Elles, ce sont surtout les soeurs jumelles Léopoldine et Iseult et le groupe d'amis lycéens. La narratrice, amie des soeurs jumelles, nous confie les histoires des ados sages.

Alors, indubitablement, naissent des amours, des chagrins, des vengeances...malsaines. Lorsque Léopoldine rompt avec Timothée pour Aurélien, l'amoureux blessé envoie un mail avec une vidéo de Léopoldine à tout le monde.

L'histoire est ancrée dans la réalité, la narration mime les inférences de la communication actuelle par le biais des réseaux sociaux, mails et SMS.

Clémentine Beauvais distille beaucoup de pertinence et d'intelligence dans ce roman qui au-delà de l'intrigue met en scène des dialogues percutants, vifs avec des références intertextuelles puissantes.

A mettre sur toutes les tables de CDI, de chevets, sur les paillasses des salles de sciences, comme celle qui m'a donné l'occasion de remporter ce livre sur le blog de l’auteur suite à une anecdote du collège.

Merci Clémentine Beauvais.La bande-son du roman.

mardi, 08 avril 2014

Je m'appelle Nako de Guia Risari , illustrations Magali Dulain.

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Nako est un jeune garçon de la communauté des gens du voyage. Ceux que l'on appelle Tsiganes, Manouches, Bohémiens, Gitans, Romanichels, Sintis, Roms ou nomades.

Guia Risari s'intéresse aux gens qui n'ont pas de frontières, aux oiseaux de passage. Nako évoque son quotidien, à l'école où l'intégration est difficile. Il parle de sa maison avec des roues, de ses espoirs, ses rêves. On apprend à ses côtés la richesse de la culture tsigane, des coutumes, du sens accordé aux mots et dictons, aux valeurs de la communauté. L'histoire des tsiganes n'est pas écrite, ce sont des traces, des histoires qui se racontent. Nako nous explique les noms donnés par les gadjé, des noms inventés, utiles pour l'administration. Ces noms n'évoquent rien pour les tsiganes.

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L'album révèle un foisonnement de styles et celui de l'illustratrice offre une jolie inventivité sur cette narration singulière. Les dessins de Magali Dulain illustrent parfaitement la spécificité du texte, certains dessins me rappellent ceux d'Audrey Calléja. Elle réussit brillamment à suggérer l'espace de liberté des campements tsiganes. Ses dessins miment l'expérience illusoire du temps et du mouvement.

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A la fin de l'album, la chanson tsigane "Djelem, Djelem" de Zàrko Jovanovìc Jagdino est mise à l'honneur. L'hymne du peuple gitan fait référence à Porajmos (la dévastation): l'extermination des Sintis par les Nazis.

Un bel album publié chez Le Baron perché avec des images remarquables pour honorer ce jour la journée internationale des Tsiganes.

dimanche, 06 avril 2014

Indétectable de Jean-Noël Pancrazi.

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Jean-Noël Pancrazi raconte la vie de Mady qui se hisse au-dessus de sa vie de sans papiers, sans avenir dont les cauris (les coquillages qui lui prédisent sa destinée) ne lisent plus que le silence.

Les longues phrases de l'auteur disent le vide de la vie de Mady. Jean-Noël Pancrazi érige un temple des mots pour ce sage qui ne s'abaisse jamais, élégant dans sa veste de velours noir.

Mady l'égaré, le mouillé, l'isolé, l'humilié jusqu'au coeur depuis le vol de Bamako en 2001. Depuis de nombreuses années, Mady s'habitue à l'ombre, à l'odeur de soute, de détresse et de demi-sommeil. Il n'a pas de sursis même pour rêver.

Arrêté, il sera conduit au centre la Zapi, où chaque chambre ressemble à des compartiments de train où l'on ne tient pas tant que ça à garder sa place.

L'amour pour Mariama est un laissez-passer, unique possibilité pour lui d'occuper le temps, d'oublier sa détresse et ses frères de galère.

Il trouve un temps le refuge chez le narrateur, toubab révolté.

Emue par le texte de Mazzantini La Mer, le matin, j'ai retrouvé cette même émotion, profonde, en refermant Indétectable. Un très beau texte sur les espérances brisées de ces clandestins du monde.

Indétectable, mot préféré de Mady, synonyme du mot vie, lui qui aspire à la dignité et à la densité humaines.

Editions Gallimard, Blanche , Février 2014.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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samedi, 05 avril 2014

Plaza Francia/ Catherine Ringer/ Gotan Project.

En boucle...

jeudi, 03 avril 2014

Funérailles célestes de Xinran.

 

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Les funérailles célestes sont un rite funéraire tibétain qui consiste à laisser reposer un cadavre pour que les vautours, oiseaux sacrés, puissent se nourrir. Geste symbolique de l'union entre ciel et terre, de la fusion entre l'homme et la nature. Sur les plateaux tibétains, la terre est tellement aride que ce rite perdure.

L'histoire commence en 1956 avec la rencontre improbable de Wen et Kejun, jeunes étudiants en médecine.La Chine envahit le Tibet. Les tibétains deviennent les colons de l'armée rouge. Epris d'idéaux, Kejun s'engage dans l'armée comme médecin. Trois mois après son départ, Wen apprend la mort de son mari. Incrédule, elle décide de partir à sa recherche.

On accompagne Wen dans les descriptions où bruissent la lumière et le silence. Le périple de Wen se poursuit dans le vide de l'Himalaya, vers une terre qu'elle ne connaît pas. Recueillie dans une famille de nomades tibétains , Wen accomplit sa quête au rythme des transhumances. Les longues descriptions de cette vie communautaire basée sur la bienveillance au sein du campement et de l'auto-suffisance permettent à Wen de découvrir la spiritualité tibétaine.

Xinran offre un très beau portrait de femme, au-delà de l'histoire réelle. Le récit est d'une grande force, conforté par le plaidoyer pour une tolérance des croyances angéliques de chacun. Le retour en Chine de Wen, qui ne comprend plus son pays est saisissant.

Merci Steph!

mercredi, 02 avril 2014

La Dernière fugitive de Tracy Chevalier.

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 Besoin d'un grand élan romanesque, j'étais certaine de retrouver un univers, une ambiance et un beau voyage sous la plume de Tracy Chevalier.

Elle tisse un joli patchwork de l'Amérique en 1850 où chasseurs d'esclaves, quakers et personnages hauts en couleur s'entremêlent dans ce Nouveau Monde.

Honor Bright quitte son Angleterre natale, traverse l'Atlantique en compagnie de sa soeur, promise à un jeune anglais récemment débarqué en Amérique. Déçue par Samuel et ses faux-engagements, Honor aspire à une nouvelle vie de quakers dans l'Ohio.Une vie simple où la broderie, la prière et le silence occuperaient ses journées.

Honor fuit un passé mais ne sait pas où le chemin la mène. Elle tente de se créer une existence dans cette Amérique périlleuse et enchanteresse. Loin des siens, c'est en tant que femme exilée  qu'elle tente en vain de se créer des liens.Sa soeur meurt, arrivée sur cette nouvelle terre. Terre d'accueils et d'espoirs où règnent les lois esclavagistes.

Les quakers forment une communauté intransigeante basée sur le silence et la communion envers Dieu. Honor confectionne des quilts, où le patchwok des tissus transcende la vie de tous comme une jolie mise en abyme de la communauté.

Loin de la ferme des Haymaker, famille à laquelle elle s'est unie, Honor participe peu à peu à l'abolitionnisme en aidant des familles sur l'historique Chemin de fer clandestin à joindre les terres libres du Canada.

Un autre chemin fascinant est celui de l'éclosion d'Honor , jeune femme rompue au silence dans cette communauté des quakers, décrite de manière très authentique.

Bouleversante héroïne qui surmonte peu à peu les valeurs morales et brave les interdits. Tandis qu'elle cherchait en vain à rejoindre une communauté pour s'immiscer dans un gynécée moral, elle s'exclue complètement de toute appartenance pour venir en aide aux esclaves.

Défiant l'impossible, Honor apprend à composer avec ses idéaux et le respect de ses engagements familiaux.

Entre liberté des convictions et enlisements familiaux, Honor choisit sa voie, convaincue cette fois de fuir vers quelque chose.

Un immense coup de coeur traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff.

lundi, 31 mars 2014

Atelier d'écriture chez Leiloona.

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                                                          Les Ombres Fantomatiques / Modèle : Charlotte Pluss / 2012

 

« Avancez-vous un peu, madame…oui voilà, levez un peu les bras, comme ça, ne bougez plus ».

Froid.

 Froid le ton de cette dame, froides ses mains, froide la plaque sur laquelle je m’écrase, tout mon corps froid.

Glaciale, ma peur.

Le temps semble suspendu, je ne suis plus que glace. Je ferme les yeux, ne pas voir ni savoir ce que peut me révéler cette image de moi. Radiographie.Cherche la faille, la tâche, l’invasion, la migration. Peur d’entendre « Tu meurs ».

 Fuir…

Tenter de retrouver un peu de chaleur en rêvant… Je pense à cette chanson de Mano Solo « Une robe Gauthier bien serrée et son rouge au coin du bec, elle  a claqué l’escalier alors la nuit l’a emportée, une image comme une autre, un mirage des nuits d’ici, une image dans une autre, un mirage des nuits de Paris ».

Je suis vêtue d’une petite robe noire bien serrée, j’ai vingt ans. Et je danse… mon corps ondule sur cette table du Kerry Job, les volants du tissu tourbillonnent, les rires, la légèreté, l’ivresse des nuits d’ici, des effluves d’alcool, un mirage, noyer ma tête… J’ai chaud, plantée dans l’instant de cette nuit, j’ai vingt ans.

Paolina danse avec des jambes aiguisées comme des couperets, [elle] aime tellement la vie, son visage danse avec tout le reste. Quel est donc ce froid que l’on sent en toi ?


Une image comme une autre, comme tous les six mois.

« Voilà, madame c’est terminé…Vous avez froid ? »

 



Texte écrit pour l’atelier d’écriture : une photo, quelques mots sur le blog bricabook

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vendredi, 28 mars 2014

Regarde les lumières mon amour d'Annie Ernaux.

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Atteindre la dignité d'un sujet littéraire avec le monde de l'hypermarché, voilà qui est prometteur.

C'est l'objet de cette collection "Raconter la vie", publiée chez Seuil. Annie Ernaux évoque ses visites à l'hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situés en Région Parisienne.

"Voir pour écrire, c'est écrire autrement"... je me souviens du principe du Journal du dehors, l'ode au monde de la rue, de l'espace de la gare sous cette plume talentueuse.

L'hypermarché devient un lieu théâtral où les acteurs du foyer domestique occupent l'espace scénique chacun à sa manière: des désirs enfantins ("Dans le monde de l'hypermarché et de l'économie libérale, aimer les enfants, c'est leur acheter le plus de choses possible") aux compréhensions intimes des techniques du marketing.

La scène théâtrale s'accommode du monde des illusions.Donner l'illusion à quiconque de son pouvoir d'achat.

Annie Ernaux distille ses observations, ses sensations pour saisir l'essence même de ce qui se vit dans cet espace scénique-là. Peu de dialogues sur la skéné, juste un jeu de miroirs.Ce sont des endroits où l'on peut déambuler, sans nécessairement parler à autrui.C'est "l'ultra moderne solitude" ...

La rumeur des  annonces publicitaires, les pleurs d'un enfant qui veut absolument la poupée, la lecture à voix haute des étiquettes, de sa propre liste de courses, des grandes affiches promotionnelles en jaune fluo bercent le consommateur.

Alors on remplit son caddie, dans l'illusion d'un bonheur, transitoire et fugace. On joue le jeu du merchandising.

 

 

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Une jolie analyse dans ce court récit, dont la visée sociologique offre  une lecture subtile et élégante de notre société. Beaucoup d'intelligence et de sensibilité sous la plume d'Annie Ernaux qui ponctue une tranche de vie de manière fort singulière en donnant à voir tout ce qui nous traverse.Le superflu est sans limites alors qu'il manque l'indispensable.

N'oubliez pas l'essentiel.

 

mardi, 25 mars 2014

La Mort de Jean-Marc Roberts de Jean-Marc Parisis.

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"Mes livres semblent tellement légers que je finirai par m'envoler avec eux".

Depuis quelques mois, je note des dédicaces à l'attention de Jean-Marc Roberts. Dans les textes de Laurence Tardieu et de Nina Bouraoui, pour ne citer qu'elles. J'étais curieuse de connaître cet homme qui semble avoir profondément marqué une génération d'auteurs.

J'ai lu Les Aimants de Jean-Marc Parisis avec beaucoup de plaisir et je tenais à découvrir son dernier opus. A mi-chemin entre la biographie et l'essai, Jean-Marc Parisis évoque le parcours de l'éditeur, ses débuts d'écrivain et sa relation toute particulière avec ses auteurs.Il avait pour habitude de prendre la défense de l'auteur contre la machine éditoriale. Cette relation était passionnelle alors que l'édition est régie par d'autres rapports. Grâce à Jean-Marc Roberts, l'écrivain devait travailler à se rendre voyant, mais pas voyant de soi.

"Le corps des gens ne fait pas grand-chose, mais leur esprit d'inverti qui ne vit que du corps des autres ne se lasse pas de circuler." Antonin Artaud.

Au delà de l'hommage à l'homme, Jean-Marc Parisis évoque la représentation sociale du livre depuis trente ans. Sous couvert de dresser le portrait de l'homme complexe et multiple tel un personnage de roman, Parisis relate le marché du livre confronté à la crise depuis les années 80. Roberts c'est l'homme-livre, l'homme-libre avec une âme de gitan, "celui qui roulottait d'appartement en appartement, qui changeait d'éditeur comme de camp, qui chantait la bonne aventure aux auteurs, qui dansait en portant sa maison sur son dos, avait une âme de gitan dans un pays de culs plombés."

Peu sensible aux querelles éditoriales autour de certaines publications, je retiens surtout dans les mots de Parisis, le portrait de cet homme proche de Modiano tour à tour dans la fuite, l'évitement, dans ses doutes et ses hantises.

"Les cloches de la rentrée littéraire sonnent dès la troisième semaine d'Août. Et l'on voit débouler le guignol frisé sentimental, la féministe "déjantée", la vieille poupée touillant le yaourt du roman familial, le génie des provinces et son premier roman sous le bras, le post-ado surdoué, le baroudeur de cartes postales, toute la marmaille. Certains redoublent, retriplent sous des couvertures différentes."

Editions La Table ronde, Octobre 2013.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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La Jeune fille à la laine de Seungyoun Kim.

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Très sensible à la thématique du fil de laine comme ligne du temps  de ce fil de vie qui nous unie et nous relie, j'étais curieuse de découvrir cet album jeunesse.Il s'ouvre sur une double page au point mousse.

Une future maman apprend la naissance à venir d'un bébé alors qu'elle mange une pêche au goût sucré. C'est une jolie petite fille au teint rosé qui voit le jour. Mais cette petite fille semble avoir un noyau coincé dans la gorge car les paroles ne viennent pas.Le mutisme de la petite fille interroge son entourage mais le fil de la vie reprend son cours et chacun retourne à ses occupations.

La maman s'adonne au tricot et la petite fille s'exclame "Lalènne". L'unique mot qui apporte la joie à cette mère, soucieuse pour son enfant.

La pelote de laine se déroule avec la répétition de cet unique mot pour tout bagage. La jeune fille avance à cloche-pieds sur le fil de la vie, celui qui la mène vers l'amour.Avec la laine, elle se crée un papa.

Le graphisme épuré représente grand nombre des émotions tues dans cette relation fusionnelle entre la mère et la fille. L'espace blanc semble mimer l'absence du père dans cette relation filiale.Le pelote se déroule, comme la langue se délie et les mots affleurent sur les lèvres de Lalènne.

La délicatesse des dessins apporte de belles précisions sur les non-dits.

Beaucoup de poésie et de délicatesse, à la manière de Davide Cali dans Moi, j'attends(ED Sarbacane)dans cet album de cette talentueuse coréenne paru chez Didier Jeunesse.

lundi, 24 mars 2014

Livre mystère.

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C'est l'ami Jérôme qui est à l'initiative de ce jeu: un expéditeur mystère vous envoie un livre en ayant pris soin de masquer le titre et l'auteur.

J'ai reçu ce livre mystère dans une enveloppe sur laquelle l'expéditeur a soigneusement pris le temps d'utiliser la typographie informatique de mon adresse. Seul le timbre me livre un maigre indice sur son origine. A ce jour, je ne suis pas parvenue à démasquer l'expéditeur mystère.

Très vite, j'étais curieuse de découvrir le texte.

En exergue, deux citations de Proust, voilà qui est prometteur. Je fais la connaissance de Bennie, un producteur de musique. Et puis, j'ai lu des passages comme ceux-là: "Un magnifique tournevis dont le manche orange translucide brillait comme une sucette-à la tige argentée,ouvragée, étincelante-reposait dans son étui de cuir patiné.Elle fut traversée d'un élan de convoitise, fulgurant; elle devait le tenir rien qu'une minute" Bon...je vais peut-être participer au Mardi de Stephie de Milleetunefrasques!!! 

 

Le récit se passe de nos jours aux Etats-Unis, après l'événement du 11 Septembre, évoqué à multiples reprises dans le roman. Il s'agit d'un roman, j'ai longuement hésité car les chapitres sont décousus, avec des histoires et des personnages différents. J'ai pensé à la lecture des nouvelles mais certains protagonistes reviennent sur scène. C'est étrange d'avancer dans un texte à l'aveugle, pourtant je ne connais simplement pas l'auteur, ni le titre et sa thématique. Cette expérience m'a rappelé la lecture avant l'utilisation massive d'internet, de l'existence de la blogosphère et des ressources qui orientent indubitablement nos choix de lectures.

Dès les premières pages, j'étais dans le flou comme la vague impression de lire un ouvrage de chick lit et me surprenant à penser que s'il s'agissait d'un chef d'oeuvre, j'étais restée peut-être en dehors.

Je lis l'histoire d'individus, amis dans la vie et prend connaissance de leurs passés respectifs, sur ce qui les unie: les désillusions semble-t-il.

Ce livre est une sorte d'OVNI littéraire. La narration est décousue, pas de trame narrative, absence de l'espace -temps. Toutes les instances narratives ont réussi pourtant à tenter de remettre de l'ordre dans cette bande d'amis. L'auteur utilise des procédés stylistiques originaux, un chapitre est composé de schémas comme un story-board et évoque une jolie mise en abyme de la pause.

Mon billet est probablement confus...Je suis vraiment curieuse de connaître l'auteur et le titre de l'aventure surprenante de ces êtres déjantés.

L'aventure de la lecture à l'aveugle m'a complètement séduite puisqu'on entre dans le texte sans a priori. Grâce à ce jeu, on retrouve le plaisir de la lecture en dehors des dicktats de "la bonne ou mauvaise littérature". Nos impressions semblent plus humbles, proches du texte puisqu'il est le seul à s'offrir à nous.

Chouette expérience, j'ai hâte de craquer l'enveloppe qui masque les références de ce texte surprenant.

Curieuse aussi de connaître l'identité de l'expéditeur: connaît-elle vraiment le monde de Mirontaine? A-t-elle souhaité me bousculer? C'est toujours curieux lorsqu'on vous offre un livre...ensuite on s'interroge sur les raisons du choix.

A tantôt pour la découverte!

En attendant, un korrigan a tenté comme il pouvait de percer le mystère...

 

 

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EDIT de 17H30: En farfouillant dans un portfolio à admirer des oiseaux et équidés, puis en enquêtant via Libfly, en zoomant sur google map,je pense avoir découvert mon expéditrice...

Zazy 

Edit du lendemain: Voici le livre mystère, l'OVNI littéraire qui m'a laissée perplexe!Pourtant la couverture avait tout pour me séduire...mais trop de drogues,de personnages déjantés, une narration décousue. Jennifer Egan a publié des nouvelles, elle maîtrise l'art de la nouvelle en effet. Merci Zazy d'avoir bousculé mes habitudes de lecture! 

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L'Eté des lucioles de Gilles Paris.

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Le bandeau annonce "Cette histoire réveillera l'enfant qui sommeille en vous" et ce n'est pas faux.

Une lecture délicieuse en compagnie de Victor, un enfant qui a deux mamans et un papa qui ne veut pas grandir.

Sa maman est libraire "[e]lle écrit des petits mots tout en fluo pour les livres qu'elle a aimés, un Post-it jaune qu'elle colle sur la couverture pour attirer le regard du client. Maman tient aussi un blog où elle raconte l'histoire des livres, avec le prix, le nombre de pages et un mot pour les définir. [...] Comme elle en lit plusieurs en même temps, il y a au sol, du côté de son lit, des piles de livres d'où s'échappent les marque -pages de sa librairie".

La compagne de sa maman s'appelle Solar, c'est un personnage lumineux expatrié d'Argentine. Une artiste peintre, cartomancienne et écorchée-vive. Dans ses tableaux s'invitent des gants blancs, comme la main bienveillante d'un fantôme qui se pose à la manière du papillon sur l'épaule de Victor, de manière récurrente. " A trop se réfugier dans son enfance, ma deuxième maman se fane comme une fleur sans eau."

Et puis il y a la grande soeur Alicia, fugueuse au tempérament fougueux, légère et insouciante. Elle attend le bon prince charmant.


Le temps d'un été, la famille se réunit à Cap-Martin. Le papa est resté à Paris, il ne peut plus revenir sur ce lieu des étés de son enfance. S'installe déjà un mystère sur ce papa mutique.

Ce n'est pas simple d'adopter le point de vue d'un enfant mais, une fois de plus, Gilles Paris réussit brillamment cet exercice de style. Avec beaucoup de simplicité et de subtilité, il aborde des thématiques beaucoup plus complexes en enchaînant tous ces éléments bouleversants qui viennent perturber la quiétude de cet été.

Les papillons s'invitent sur les épaules des personnages, symboles de leur métamorphose à venir. Victor comprend sans juger et interroge ce monde qui l'entoure.

Au fil des pages, la nostalgie des étés de notre enfance nous revient en mémoire, les rires autour des jeux de société, le délice d'une glace en remontant de la plage, la fraîcheur d'un premier baiser...

L'ambiance est lumineuse sur ce sentier des Douaniers. Là où se dressent les villas de Rochebrune, les enfants élisent leur terrain de jeux pour un été mystérieux et poétique.

Et les Lucioles ? Je vous invite à découvrir l'histoire de Victor pour voyager entre réel et imaginaire à la découverte de ses secrets. En chemin, il se peut qu'un sourire illumine votre visage.

Belle lecture, merci Gilles Paris.

Editions Héloïse d'ormesson, Janvier 2014. 

 

samedi, 22 mars 2014

Une petite touche poétique, en passant.

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(Photographie Rajak Ohanian "Les Fils du vent") 

Gitans

"Beaucoup les craignent et les regardent avec hostile curiosité, apparente indifférence ou agressive sévérité, mais en enviant, sans se l'avouer, leur prodigieuse liberté.

Les Gitans, peu leur importe, ils viennent de loin et de longtemps et peuvent rester là tout en s'en allant.

Le temps où ils vivent ils l'effacent et passent à côté.
Vivre vrai, c'est leur secret.

Ils ont leur musique, leurs familles, leurs amours, leurs enfants.

Des enfants beaux et fiers, tendres et insolents qui jettent sur le monde environnant un regard de charbon ardent.

La lumière de ce regard illumine souvent la chambre noire de Rajak Ohanian et ses portraits sont les feuillets détachés d'un album d'amitié, de fraternité."

Jacques Prévert, "Gitans" in Textes divers (1929-1977), recueilli dans Oeuvres complètes II, Gallimard.

 

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(Dessin d'enfant. CASNAV)

 

17:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4)

Couleur de peau:miel de Jung.

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A la fin de la guerre de Corée, 200 000 enfants coréens ont été disséminés  dans le monde. Abandonnés à leur naissance, ils ont été nombreux à être accueillis dans des familles à chaque coin de la planète. Jung est l'un d'entre eux.

Dans ce roman graphique, il retrace son enfance depuis son abandon dans les quartiers de Namdaemun à son arrivée dans une famille belge après un passage à l'orphelinat américain "La HOLT".

Jung nous livre les événements marquants de son enfance, des bagarres avec les autres enfants, des rapports compliqués de l'enfant dans son désir de tendresse face à une mère adoptive plutôt froide jusqu'à l'acceptation progressive de sa mixité. 

La manière de mettre en mots et en images le thème du déracinement est habilement menée. L'humour est au rendez-vous, malgré une enfance délicate marquée par l'abandon.

 

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C'est un joli retour sur soi que l'auteur nous confie avec franchise et beaucoup d'ironie.Son déni de ses origines coréennes peut paraître surprenant et je comprends mieux le mutisme de mon amie d'enfance coréenne, très discrète au sujet de son adoption face à mes multiples interrogations.J'ai souligné beaucoup de similitudes dans les parcours de ces enfants coréens adoptés, toujours en quête d'affection face à des parents (parfois)insuffisamment tendres.

 

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L'univers de Jung est teinté de gris, de blanc, de noir et de miel et j'avoue être tombée dans le tourbillon tendre de cette autobiographie sincère, délicate et authentique.

J'ai lu le tome 1 et 2, j'ai hâte de lire ses aventures lors du retour en Corée dans le tome 3

Des pensées pour Coraline C.

La rencontre de Moka avec l'auteur à la  Maison de l’égalité d’Amiens.

Une adaptation de Jung et Boileau est sortie en 2012.

 

jeudi, 20 mars 2014

La Fabrique du monde de Sophie Van der Linden.

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J'ai beaucoup lu les ouvrages de recherches de Sophie Van der Linden en littérature d'enfance et de jeunesse, j'étais curieuse de la lire pour ce premier roman publié chez Buchet-Chastel, en Septembre 2013.

Le thème choisi est celui de l'enfance et du monde du travail. Nous sommes en Chine, de nos jours, même si j'avoue que dès les premières pages, la narration nous emporte tellement dans une bulle qu'il est difficile de situer le temps de l'action.La subjectivité est importante dans ce récit à la première personne et au présent.

Mei est une paysanne de dix-sept qui connaît parfaitement le sens du mot sacrifice: tandis que son frère regagne les bancs de l'université, les parents de Mei l'envoient à l'usine. Telle une petite ouvrière, elle oeuvre pour la ruche sans compter ses heures, sous le regard et la perversité des contremaîtres.

La réalité du monde du travail est narrée avec beaucoup de vraisemblance et pour fuir la noirceur du quotidien, Mei rêve.

La cadence du quotidien entre machines, dortoirs, tissus et commandes lui laisse peu de temps pourtant à la rêverie. Sophie Van der Linden souligne le bonheur apporté par la lecture grâce au seul et unique livre de Mei, emporté à l'usine. Toutes les ouvrières attendent avec impatience le soir venu pour s'offrir un bonheur de lecture oralisée grâce à Mei.

Beaucoup de candeur dans ce récit d'apprentissage qui ravive mes premiers souvenirs de lecture lorsque j'empruntais dans la bibliothèque modeste d'une petite ville du Nord les romans de Pearl Buck.

L'aliénation au travail me rappelle une lecture plus récente , celle d'Une Histoire de peau, recueil de nouvelles de Jeanne Benameur.

Un très beau texte pour sensibiliser aux dérives du monde du travail, à la fabrique du monde de cette Chime, grand pays producteur.Au delà du roman social, j'ai aimé la naïveté et la manière dont Mei fabrique son propre monde.C'est une voix singulière qui nous emporte dans ses rêves, dans ses aspirations les plus profondes.

Et puis,la vie peut parfois basculer...

 

mercredi, 19 mars 2014

La Tendresse des pierres de Marion Fayolle.

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Je découvre petit à petit l'univers graphique de la bande dessinée, plus attirée par les romans graphiques où je trouve les formes artistiques plus douces et moins sombres.

Que cache l'oxymore du titre La Tendresse des pierres? Les premières illustrations montrent des personnages vêtus de blanc, affairés à enterrer un poumon. La parole est accordée à fille dont le père vient de perdre un poumon. Très vite il perdra son nez, puis sa bouche.
Le graphisme épuré nous fait avancer à tâtons dans l'histoire familiale. Les couleurs pastels mettent en scène la douleur du quotidien d'une union familiale face à la maladie. Tous les membres de la famille s'activent pour le bien-être du père.

Plus habituée à la lecture de la prose,je me suis laissée séduire par l'art de Marion Fayolle  qui est de nous offrir un univers symbolique très riche. Chaque épreuve de la maladie s'apparente au symbolisme d'un Boris Vian. Le poumon est enterré, la bouche décrochée ainsi que le nez.

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On accompagne ce père sur le chemin des soins, de la perplexité des premiers instants troublants jusqu'à l'annonce ultime où le père s'effacera de l'arbre généalogique pour réapparaître dans les ancêtres disparus.

Tout semble se mouvoir, les rôles sont inversés. Le père devient l'enfant fragile que l'on doit porter, à qui l'on se doit d'être au service. Le père devient le Roi malade. 

Les suppositions de la fille sont sans fards. Sa quête de reconnaissance aux yeux de son père est intarissable. Toute son énergie est mise à rude épreuve pour percer le mystère de ce père rigoureux.Cette dimension a fait écho à ma propre sensibilité.

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En refermant ce bel objet, loin d'un univers inutilement pathétique, on s'émerveille de la beauté créatrice de Marion Fayolle. L'univers de l'album est riche de sens. Toutes les pensées de la jeune femme nous sont livrées au fil des mois de soins.La crainte de la mort est magnifiée, l'absence devient jolie sous le trait de Marion Fayolle.

 

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Comment échapper à l'indicible semble nous dire ce très bel album graphique...en créant tout simplement un univers onirique où chaque lecteur peut entrer en résonance avec les absents, les craintes et les angoisses  de nos propres vies.

Editions Magnani. 2013

Un grand coup de coeur, à offrir, à lire et à relire.

 

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Merci Priceminister pour cette jolie découverte.

 

 

mardi, 18 mars 2014

Zoli de Colum Mc Cann.

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Je suis toujours curieuse des textes sur la communauté tsigane et je n'avais toujours pas lu ce roman volumineux de Colum Mc Cann.

Nous allons suivre les aventures de Zoli, des plaines de Bohême à la France, de l'Autriche à l'Italie.

Le roman s'ouvre sur une période sombre de l'histoire.En 1930, sur un lac gelé en Tchécoslovaquie, un bataillon fasciste menace une famille tsigane. Tous sont réunis sur le lac gelé jusqu'à ce que la glace se brise et emporte la communauté.

Tous sauf Zoli et son grand-père.Elle a six ans lorsqu'elle assiste démunie à l'enfouissement des roulottes sous l'eau.

Les passages sur l'apprentissage de l'écriture pour cette petite fille tsigane sont décrits avec beaucoup de réalité. L'histoire est librement inspirée de la vie réelle de Papusza, poétesse polonaise née en 1910 et disparue en 1987 dont le poème inséré dans le texte est un original de cette poétesse Rom.

Zoli est une femme intègre mais l'auteur lui accorde toujours un point de vue neutre sous couvert d'une forte personnalité.Pour lui apporter une densité, il mélange les périodes de l'histoire, ce qui rend parfois le récit confus.

Il s'agit d'un roman dense, j'ai pris plaisir à découvrir tout le parcours de cette héroïne, cependant je ne sais s'il s'agit de la volonté de l'auteur de mimer un certain vagabondage mais le rythme narratif est parfois lent.

J'ai pourtant aimé la manière dont Colum Mc Cann souligne la difficulté de ce peuple à vivre.L'histoire de ce peuple est importante, on semble aimer sa culture mais pas la quintessence même des individus qui composent cette ethnie.La jeune femme sera bannie de sa communauté pour avoir mis sur papier l'histoire du peuple Rom. La volonté des hommes de lois de parquer la communauté dans des HLM est habilement décrite, en insistant sur la cruauté d'un tel geste qui annihile la liberté des tsiganes.

La fiction se mêle à la réalité. 

Zoli est une jolie épopée réaliste mais qui s'essouffle parfois.

 Traduction jean-Luc Piningre.

mardi, 11 mars 2014

La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson.

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Une longue lettre à Helga pour débuter la soirée, je pensais que la lettre de Bjarni allait m'accompagner sur plusieurs jours, elle m'a emportée sur toute la soirée. Impossible de refermer cette lettre sans connaître toute l'histoire de Bjarni et Helga.

Bjarni est un vieil homme, il sait que ses jours sur terre s'amenuisent, avant de quitter ce monde, il souhaite écrire à Helga, son ancienne voisine.
Cet homme a beaucoup d'humour et un grand talent pour dissimuler ses faiblesses, ses mensonges et ses secrets. Pour quelles raisons souhaite-t-il tant livrer à Helga ses pensées les plus intimes?

L'écriture est imprégnée de cette nature rurale qui entoure le cadre de vie des deux anciens amants islandais. Les pulsions et les désirs se mêlent à la bestialité des agnelles dans la bergerie. Cette longue lettre évoque le bonheur d'un amour court mais puissant, un amour caché pour ne pas blesser davantage la "brebis stérile" à laquelle il s'est marié.

Bjarni est trop attaché à ses terres, il ne peut les abandonner pour cet amour adultère; même si un doux visage d'enfant pourrait le faire faiblir...

"Les foyers d'aujourd'hui sont sacrément pauvres du point de vue de notre culture. Les objets qu'on y trouve viennent des quatre coins du monde, le plus souvent sans la moindre indication de leur lieu d'origine. Or quelle est la différence entre un objet fabriqué maison et un autre qui sort de l'usine? Le premier a une âme et l'autre non."

Une très jolie lettre d'amour.

Roman traduit par catherine Eyjolfsson.

vendredi, 07 mars 2014

Une Histoire de peau de Jeanne Benameur.

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Trois nouvelles d'anticipation sous la plume de Jeanne Benameur, voilà qui est très prometteur. Ce n'est pas la nouvelle éponyme qui m'a le plus séduite mais plutôt "Travaille, travaillons, travaillez". L'utopie n'est ni un simple rêve de bonheur collectif, ni un programme révolutionnaire, la fiction politique est vouée à la recherche d'une harmonie parfaite, aussi désirable qu'improbable, de la cité humaine.

Mise en scène d'une société où le credo repose sur le "travaillez plus" dans une quête effrénée de la montée des échelons. Dans ce pays utopique, les pères minimisent leur temps de sommeil pour accorder plus de temps à l'entreprise. Les enfants, quant à eux, ne doivent plus alourdir leurs esprits de choses inutiles comme l'histoire, la géographie, la littérature et la philosophie. Dans les écoles, on ne parle plus que de l'économie, reliée à la majestueuse entreprise, figure emblématique de toute la société.

Tout en haut de la pyramide, les hommes ne dorment que deux à trois heures par nuit, et tout en bas dans les couloirs du métro, hommes et femmes surnommés "les misères" attendent qu'on les alimente en "air nourissant".

Cette nouvelle fut écrite en l'an 2000, à l'heure actuelle la frontière entre réalité et fiction semble  se rétrécir. La lecture de ce recueil permet l'interrogation et le débat sur les principales questions d'ordre politique, social, économique, psychologique qu'il soulève. 

Pourquoi se donner la peine d'inventer et de présenter un monde imaginaire, un monde supplémentaire, plutôt que d'investir le champ plus évident de la géographie réelle? Jeanne Benameur apporte une image de la création littéraire elle-même: écrire c'est toujours créer un autre monde, et le recours à un monde imaginaire constitue donc une sorte de création "au carré", une mise en évidence du rôle de l'imagination.

Le risque serait que cette littérature utopique ne nous parlerait plus que d'elle-même, de se fasciner pour sa propre image, métaphore de la création et de ses limites. Jeanne Benameur réussit à nous plonger dans un monde alternatif qui conteste la réalité et brouille les frontières.

Les épilogues des trois nouvelles sur le travail aliénant, la recherche de la jeunesse éternelle et la place du rêve sont propices à la réflexion et laisse émerger la doctrine des anciens philosophes: "Il suffit qu'un homme soit libre pour que tous le soient". 

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mercredi, 05 mars 2014

Sofia s'habille toujours en noir de Paolo Cognetti.

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Roman kaléïdoscope où en dix nouvelles, le romancier italien recompose l'histoire d'une famille italienne par le prisme de ceux qui la compose: Sofia,, jeune fille insaisissable toujours vêtue de noir, Rossana la mère maniaco-dépressive et Roberto, ouvrier chez alfa roméo, le père malade de la vie et du travail.

Le roman s'ouvre sur le couple Rossana et Roberto: ils s'aiment, se déchirent et trouvent en la fuite un remède à leur désamour. Roberto, ingénieur mécanicien incarne l'homme italien dans toute sa splendeur, de sa quête permanente de réussite, de la femme idéale jusqu'à l'invitation inopinée dans son corps d'une bombe à retardement qui le ronge.

Paolo Cognetti excelle dans l'art du nouvelliste pour retracer la vie de Sofia mais tout l'intérêt réside dans les non-dits des saynètes.Absence de chronologie, les récits courts proposent une palette impressionniste de cette vie italienne.

La multiplication des focalisations, des lieux, des instances narratives peuvent dérouter mais on reconstruit assez aisément le fil d'une vie.

Ce roman est à sa manière une jolie illustration d'une chanson d'Alex Beaupin "Vite" car c'est la vitesse des événements qui surprend le lecteur par le biais des ellipses narratives où chaque mot revêt une grande profondeur.

Et Sofia alors? Elle devient comédienne, une jolie mise en abyme du livre lui-même. Elle est le personnage solaire de tous ces figurants du roman.

"Tu promènes tes identités telles de petites soeurs bagarreuses". Jeune fille anarchiste, Sofia devient le point d'interférence entre sa colère, celle de l'Italie, de l'Histoire des années de lutte et de plomb.

Paolo Cognetti a un grand talent et manie les mots avec beaucoup d'habileté: sous couvert d'un thème psychologique et sociologique,le romancier propose un roman habilement construit, de manière originale sur une société en difficulté à l'image d'une seule et même personne emblématique du mal de l'époque:Sofia.

Un très beau labyrinthe de mots à découvrir!

Roman traduit par Nathalie Bauer.

En écho:


Alex Beaupain en Télérama répèt' Session (2/2... par telerama

 

Cléo de 5 à 7 , film d'Agnès Varda.

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Ce film figure dans ma liste de DVD convoités depuis quelques mois. Très récemment, j'ai appris sa programmation en salle dans mon petit cinéma d'auteurs lillois. Je me suis réfugiée dans la salle où aux murs, on peut admirer des photos de Truffaut.

Cléo, interprétée par Corinne Marchand, attend des résultats d'examens. Persuadée d'avoir le cancer, elle se réfugie chez une voyante, afin de se rassurer, en vain...

 

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Pendant quelques heures, le temps de l'attente, elle tente de taire ses angoisses. Le film se déroule, le premier jour de l'été en temps réel, le 21 Juin 1961 de 17H à 18H30. Cléo déambule dans Paris, depuis la rue de Rivoli à son appartement situé sur la rive gauche, depuis la gare Montparnasse jusqu’au Parc Montsouris.  Ce parcours est parsemé de rencontres, de visions, de révélations et d’émotions contradictoires. Influencé par Hans Baldung Grien, ce film est la peinture cinématographique d’un thème éternel : la beauté et la mort.

Revoir le Paris des années 1960 sur grand écran c'est juste sublime. Cléo de 5 à 7 est une peinture de la vie parisienne dans toute sa modernité. Le dénouement, à savoir le résultat des examens de Cléo, importe moins que le temps de l'attente. Quatre-vingt dix minutes où elle passe de la candeur à la frivolité, du rire aux larmes. La cartomancienne au début du film annonce comme dans les tragédies grecques un sort funeste, celui du hors champ. 

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Pour oublier sa maladie, Cléo s'adonne à la légèreté et à la futilité en choisissant un chapeau, et des jolies robes, symboles de vanité.Treize chapitres, minutés pour déambuler dans Paris et célébrer la beauté des corps féminins, nus.

La chanson "Sans toi" est un point culminant du film, l'apogée du thème central: la beauté et la mort. Agnès Varda utilise le symbolisme avec beaucoup de grâce lorsque les enseignes des magasins Rivoli Deuil et Bonne santé apparaissent comme des prémonitions funestes aux yeux de Cléo. Elle se promène au milieu de tableaux symboliques de la tristesse à venir.

 

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Et puis vient la rencontre avec Antoine au parc Montsouris. Ce soldat lui ouvre les yeux sur le monde et sur la beauté de l'instant présent.

Film de la "nouvelle vague", Agnès Varda réussit à aborder un sujet grave avec légèreté et fait de Cléo de 5 à 7 une belle leçon de vie.

"Tant que je suis belle, je suis vivante" devient l'hymne de Cléo et les minutes s'écoulent comme des perles tantôt futiles, tantôt tragiques. 

dimanche, 02 mars 2014

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Paola Pigani.

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C' est à ma connaissance l'un des rares livres  sur le "génocide oublié" en dehors du texte de Tony Gatlif Liberté, adapté au cinéma. Il y a eu beaucoup d'ouvrages, récits, films, conférences sur celui des juifs. Mais les roms ,majoritairement illettrés et sans ressources n'avaient trouvé ni rédacteur ni éditeur.Ce sera une révélation pour ceux qui prendront la peine de le lire.

 

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Paola Pigani a réuni les témoignages d'une grand-mère tsigane de la famille Winterstein sur les souvenirs de son internement au Camp des Alliers en Charente-Maritime, sur ordre de Préfet de la Kommandantur d'Angoulême. L'auteur nous livre le récit d'Alba, internée à l'âge de 14 ans au camp, qu'elle quittera six années plus tard.

 

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Les tsiganes n'ont pas été internés dans les camps d'extermination sur les mêmes critères que les juifs.D'abord considérés comme asociaux, il a fallu que tous ou presque soient expertisés "métis" pour que les nazis puissent mettre en oeuvre leur projet de purification raciale. L'histoire retient surtout leur internement et leur extermination à Auschwitz, mais ils ont été placés dans tous les camps de concentration du Grand Reich. La reconnaissance tardive du génocide a pour conséquence une connaissance partielle voire inexistante de celui-ci par la mémoire collective. Le travail de mémoire est en cours.

Alba connait le froid, la faim, la misère et la saleté dans le camp, pâle fantôme d'un voyage immobile.Paola Pigali donne chair à toute cette communauté tsigane dont les valeurs essentielles reposent sur la solidarité, la fraternité et le respect.C'est un très beau récit, empli d'humanité qui donne la parole à ceux qui ne l'obtiennent que trop peu.

 

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Le poème Gagner d'Eugène Guillevic, en exergue du texte prend tout son sens dans l'histoire d'Alba.C'est un joli reflet de la plume poétique de l'auteur pour retracer la longue route des Verdines, les roulottes des gens du voyage. On assiste impuissant à l'enfermement de ce peuple épris de liberté dont on loue leur sens de la famille et de leur culture mais on leur interdit l'entrée dans nos villages et le stationnement dans nos villes.

Le Samudaripen en langue romani est un drame qui peine à intégrer la mémoire collective. Sa mise en lumière récente a été rendue possible parce que la parole de quelques tsiganes s'est déliée.

Ce roman est une invitation à ouvrir les yeux, à frissonner sur les faits ignobles de 1940. Sont-ils révolus? Je n'en suis pas certaine... 

Pour mes petits cravayeurs de niglo, que j'accompagne au quotidien...

Merci Alix.

 

samedi, 01 mars 2014

Les Dimensions d'une ombre, nouvelle d'Alice Munro.

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Parue en 1950 dans la revue universitaire de Western Ontario, cette nouvelle  est la première publication de l'auteur, lauréate du Prix Nobel de littérature en 2013.

Cette nouvelle se trouve traduite pour la première fois en français par Jean-pierre Carasso et Jacqueline Huet dans la revue Feuilleton.

Etudiante, Alice Munro n'a pas encore vingt ans lorsqu'elle écrit l'histoire dérangeante d'une enseignante insatisfaite aux agissements inquiétants, prisonnière des carcans d'un autre monde.

Je découvre la plume d'Alice Munro avec cette courte nouvelle et j'ai ressenti une grande émotion en découvrant le portrait de Miss Abelhart.

"Elle n'était ni moche ni absurde en elle-même, seulement un peu desséchée et hâve, avec sa chevelure de paille qu'elle frisait sans goût en boucles serrées et sa peau assez rêche, comme si elle subissait depuis longtemps les assauts d'un vent violent. Il n'y avait pas de sang dans ses joues, et quelque chose comme de la poussière recouvrait son visage. Quand on la regardait on savait qu'elle était vieille, et l'avait toujours été. Elle avait trente-trois ans."

Jolie graine que cette nouvelle qui semble préfigurer à elle-seule les thèmes récurrents chez l'écrivain canadien. L'histoire courte est subtile et le portrait de l'enseignante est d'une profondeur et d'un grand réalisme psychologique. 

Miss Abelhart est une femme seule, perdue dans ses pensées qui mène une vie paisible dans une contrée rurale. Alice Munro effleure les thèmes de la folie et de l'hystérie amoureuse.

"Autrefois le dimanche était une journée d'oubli des conjugaisons et du subjonctif et de Virgile, une journée où l'on respirait de l'air pur que ne polluait pas la poussière de craie ni l'odeur subtile de l'ennui humain. A présent c'était une journée vide, qui s'étirait dans le désir du lundi, quand les jours retrouvaient une signification et des possibilités."

Le ton est limpide, empli de force et d'identité.L'écriture est ciselée, pleine de justesse pour dévoiler une vie ordinaire à la manière d'une oeuvre d'art. Cette nouvelle installe le malaise, un sentiment étrange et sa chute montre la quintessence des destinées complexes, pourtant partagées par tous.

 

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 (La revue de cet hiver est illustrée par des dessins d'enfants d'école primaire et c'est tout simplement beau!)

Pour cette édition du Blogoclub consacrée à Alice Munro, la prochaine (1er Juin) aura pour thème la littérature française contemporaine. 

Les avis du Blogoclub sont chez Sylire et Lisa. 

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mardi, 25 février 2014

Un Temps fou de Laurence Tardieu.

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"Il n'y a plus de chemin, il n'y a plus de ligne droite. Ma vie a pris feu, et cet embrasement soudain a signifié sa mort et sa naissance. J'ignore de quelle enfance, de quels manques, de quelles solitudes est né ce sentiment qui me lie à vous, mais moi qui ai toujours éprouvé la nécessité de chercher quelque chose et qui ne savais pourtant pas ce que je cherchais, qui me suis toujours sentie entraînée dans un mouvement qui me poussait éperdument vers un avant qui me faisait peur, dont je n'osais avouer l'effroi mais que j'ai écrit, parfois, dans mes livres, je songe que, dans vos bras, la course s'est arrêtée. La course s'est arrêtée enfin. Je ne sais pas pour combien de temps, je ne veux pas le savoir: je ne veux pas que l'avenir dessine à nouveau sa trajectoire. Avec vous j'ai compris que le sentiment d'éternité ne s'inscrit pas dans l'avenir, mais dans la profondeur et la défaillance vertigineuse du présent."

 Beaucoup de grâce, de douceur et de délicatesse dans ce roman de Laurence Tardieu. Enième variation sur l'écriture et le sentiment amoureux, on accompagne la narratrice dans ce monologue proche de la tempête sous un crâne. Attente, désir et rêve d'une passion singulière. La narration varie dans les interstices du temps pour cette femme qui se reconstruit, semble refaire surface. Maud, romancière, emprisonnée dans la vie fade du couple qui s'étiole au fil du temps.Au fond d'elle le souvenir intense d'une belle et douce soirée avec Vincent. "On n'oublie rien de ce qui vous a traversé".

Le désir monte crescendo au fil des pages, la valse reprend dans un Paris sous la neige, dans les bras de Vincent...Voilà le secret de Maud, libérée.

Magnifique roman.

jeudi, 20 février 2014

La fête du slip!

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Aujourd'hui c'est la fête du slip! Oui, chers lecteurs, je suis débordée par ma charge d'enseignante mais je ne pouvais pas honorer cette journée, sans parler du texte de Thomas Gornet et Anne Percin Le Jour du slip/ Je porte la culotte, édité chez Rouergue.

Ce texte je l'ai lu à mon fils de huit ans, qui comme vous pouvez le remarquer joue autant aux playmobils chevaliers qu'à la dînette.

Le concept est plutôt original, d'un côté l'auteur choisit de raconter le réveil d'une petite fille en petit garçon et vice versa, si l'on choisit d'adopter l'autre récit.

Alors, c'est drôle et bien pensé. On évoque les tourments de Corinne et Corentin dans la peau de l'autre sexe. Le sexe, justement parlons-en. Il est habilement évoqué, avec beaucoup d'humour. On souligne les attitudes, les réactions, les habitudes "propres" soit-disant à chaque sexe. On apprend que l'on s'amuse autant dans la peau de l'autre. 

Ce qui s'apparente d'abord à un cauchemar dans la tête des narrateurs de CM1 devient un jeu subtil qui évolue vers un doux rêve.

Le procédé des deux histoires narrées en miroir pour se clore sur le regard face à face d'un garçon et d'une fille est propice à la réflexion. Celle du regard que l'on porte sur l'autre, de l'analyse faite sur le choix des activités et l'ouverture d'esprit. Il n'est question que de bienveillance dans ce texte.

Sinon, mon fils fait aussi du tricotin, n'en déplaise à certains...

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Mais une lecture qui dérange...alors passez chez  Stephie!

 

dimanche, 16 février 2014

Il faisait chaud cet été-là d'Agnès de Lestrade.

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Retour à l'adolescence en compagnie de Violette et Blanche.Dès l'incipit, une ambiance amicale entre les deux jeunes filles aux caractères opposés, une Blanche, jeune fille discrète et transparente voire insignifiante face à Violette au caractère affirmé, éblouissante parmi les autres.Agnès de Lestrade décrit intelligemment cet attrait et cette fascination pour autrui, cette jeune femme que Blanche prend pour modèle. Et puis toute cette idéalisation de l'autre dans ce qu'elle montre au quotidien. Un très bon roman pour adolescents qui prouve le simulacre du monde des apparences.

Il faisait chaud cet été-là...et quelques pages plus loin on abandonne la légèreté des vacances pour apprendre la vraie personnalité de Violette. Le climat se fait de plus en plus lourd, l'atmosphère devient pesante et n'est pas le simple  résultat du soleil qui plombe les journées de vacances.

Le suspens grandit...Violette souffre et promet à Blanche de faire des efforts.Les vacances sont bouleversées, tout bascule.Le malaise prend place.Blanche est bercée par les apparences et ne parvient que difficilement à cerner son amie.

Quel drame se cache sous les beaux atours de Violette? Quelle folie ou trouble la poussera à commettre l'irréparable? Quelle forme prendra l'impact de sa bipolarité?

Un thriller psychologique bien mené même si certains passages mériteraient un développement plus poussé.

"Quelquefois je t'observe. Quand tu ne sais pas que je te regarde, ton visage n'est pas le même. Il est plus ombrageux. Comme si le ciel bleu se couvrait soudain de gros nuages noirs. Comme si le tonnerre allait gronder, le vent souffler, la tempête se lever." 

jeudi, 13 février 2014

Rêve d'amour de Laurence Tardieu.

 

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Un livre qui traverse l'autre. Les êtres sont pétris d'émotion et l'art de Laurence Tardieu touche. Au delà du style, c'est l'émotion qui bouscule. L'exigence de l'écriture témoigne d'un bel abandon de la part de l'auteur. Un beau moment de grâce en compagnie de ce roman. Son sujet devient une part d'elle-même et le lecteur fait corps avec l'histoire.

Alice Grangé a trente ans. Elle apprend à la mort de son père que sa mère en a aimé un autre, peu de temps avant sa mort.L'image de cette mère est assez floue, une ombre féminine enveloppée dans une robe bleue.Elle ressent le désir de partir à la rencontre de l'homme, qui peut-être lui apprendra à connaître sa mère.

A la fin du livre, on plonge en soi, on écoute cette voix singulière. Une belle composition où par les mots, la musique se fait douce même si la voix est grave, parfois mélancolique, jamais sombre. On se dirige vers la lumière. On sent la nécessité et la sincérité des émotions dans l'écriture. Dans l'espace du livre, on arrive à la justesse. Tout part du désir, d'une quête, celle de retrouver les traces d'une mère défunte. Nous sommes attentifs aux émotions qui explosent en refermant le livre.Une belle plongée dans la description forte et dense des émotions, sans jamais frôler le pathos. On s'engouffre dans l'espace des sensations et on tourne les pages comme un envoûtement.Un bonheur simple.

dimanche, 09 février 2014

Puisque rien ne dure/ L'Ecriture et la vie de Laurence Tardieu.

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Ma première rencontre avec Laurence Tardieu. Cette volonté tout à coup, essentielle, de découvrir tout ce qu'elle a publié à ce jour. Lire en parallèle sa dernière publication L'Ecriture et la vie, publié aux éditions des Busclats.

Ce texte bref porte à la lumière toutes les interrogations de l'auteur sur son rapport à l'écriture. Depuis la publication de son dernier livre La Confusion des peines , Laurence Tardieu ne parvient plus à écrire: les mots sont des coquilles vides.

 

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 Deux ans d'absence, de repli avec pour remède les lectures d'Annie Ernaux, Virginia Woolf, Agota Kristof, Charles Juliet et Modiano...parmi tant d'autres.

C'est un journal intime extirpé du silence, publié grâce à la complicité de Jean-Marc Roberts, son éditeur, qui lui souffle le titre.

 Laurence Tardieu s'interroge vivement sur sa paralysie littéraire et revient sur chacune de ses publications. Elle nous confie sa saison en enfer depuis La Confusion des peines, texte qui retrace la disparition de sa mère et la condamnation de son père pour des affaires fallacieuses. Ce père qui porte des mots très durs sur ce livre, publié pour des raisons pécuniaires, à son sens. Figé, l'auteur. Silence.

  La préface de Jean-Marc Roberts d'une grande élégance souligne la beauté du propos dans ce mince journal. L'évocation du désir comme la source de l'écriture est analysée pour chacun de ses textes: d'une histoire mise en scène dans Puisque rien ne dure, une volonté  essentielle de livrer une histoire simplement, puis peu à peu au fil des textes ce désir de renouer avec soi, tendre vers l'autobiographie. Ce genre où l'auteur est partout, au dehors et en dedans du livre. La Confusion des peines:récit rétrospectif de trop? Peut-être...l'auteur s'interroge.

Les paroles des lecteurs feront écho à ce malaise. La situation narrative induite par l'attitude autobiographique impose le passé comme temps dominant. Désormais, l'auteur se tourne davantage sur le temps présent: une narration contemporaine, une description plus objective. Voilà ce à quoi aspire l'auteur.

Une jolie quête lumineuse des mots qui m'invite encore plus ardemment à lire les autres textes de Laurence Tardieu et ses futures publications, je l'espère. Une plume libre, légère, sobre et envoûtante dans Puisque rien ne dure, beaucoup de délicatesse dans la narration.

L'auteur fait preuve d'une grande générosité en nous livrant sa réflexion sur l'écriture. Une marche délicate vers la légèreté des mots.

 

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"La vie d'ailleurs n'est pas une histoire. Elle n'est pas un fil que l'on déroule avec un début, un milieu, une fin. Au même moment, ma vie se délitait et s'ouvrait. Plus rien ne tenait. Je n'étais plus sur un fil. Je sautais de pierre en pierre au-dessus d'un abîme."

 

jeudi, 06 février 2014

Les Hommes en général me plaisent beaucoup de Véronique Ovaldé.

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Ne vous fiez pas à l'illustration de couverture, ce livre n'a rien d'une bluette à l'image des amoureux de Peynet.

On entre dans la tête de Lili. On évolue dans des espaces comme le zoo, la maison de Samuel son amoureux et le parking d'un supermarché où elle observe les gens. 

L'incipit du roman évoque la liberté des animaux du zoo qui fuient, comme une mise en abyme de l'histoire animale de Lili.Sortie depuis peu d'un centre de détention, d'un camp pour jeunes paumés, elle a réussi à faire confiance en l'homme grâce à Samuel, éducateur du centre.

Mais le fantôme d'un homme aimé vient lui rappeler ses démons antérieurs.

Les journées oscillent dans le dénuement, l'attente où règne l'ennui.Alors Lili rêve dans des lieux surpeuplés et s'égare du réel.

Le récit délirant et syncopé laisse peu à peu place à la pesanteur du passé de Lili.Un passé qui l'attire comme un aimant vers Yoïm, l'homme pantagruélique et pervers.

L'écriture de Véronique Ovaldé est singulière , elle explore avec brio l'univers de la folie amoureuse et de la dépendance. 

L'évocation de l'enfermement avec le petit frère ressemble au récit de Valérie Valère dans Malika ou un jour comme tous les autres. Le thème de l'enfermement est le leïtmotiv de ce très beau texte, enfermement physique et moral.

Surprenant mais envoûtant! 

mercredi, 05 février 2014

Sept jours à l'envers de Thomas Gornet.

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La vie surprend parfois. En une semaine, tout est chamboulé: le quotidien ordinaire, ses banalités et son tempo régulier.Le narrateur remonte le cours des jours, pour revenir sur ce dimanche après-midi où un événement s'est produit.

Livre inversé où le récit débute par sa fin, il pourrait presque se lire à l'envers. Thomas Gornet utilise une structure surprenante et malicieuse pour apprendre à connaître notre jeune narrateur de douze ans.On remonte le fil des jours, cherchant à comprendre quelle personne est morte. On émet des hypothèses, très vite anéanties par  quelques expressions qui nous rappelle qu'il est fils unique, la présence du père mais aussi celle de la mère. 

L'écriture est judicieuse, on accompagne chacun des protagonistes dans la douleur, on oscille sur le fil de la vie et la bobine s'enroule à nouveau, dans l'autre sens.

Les personnages ne sont pas nommés, alors nous tentons de dénouer la boucle petit à petit avec beaucoup d'empathie.

Le procédé est judicieux et permet d'évoquer l'indicible. Cette immersion dans la famille marquée par le chagrin est drôlement habile puisqu'elle ne tombe jamais dans l'écueil du pathos. La forme du récit adoucit presque la tristesse du sujet, un beau livre délicat propice au dialogue.

Encore une jolie pépite chez Doado, Rouergue.