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mardi, 04 février 2014

Fugueuses de Sylvie Deshors.

 

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Une collection Doado chez Rouergue que j'aime particulièrement. Une libraire m'a vivement recommandé sa lecture après nos échanges sur le dernier livre de Jeanne Benameur.

J'aime les récits féminins, le parcours de femmes déterminées alors je suis partie à la rencontre des fugueuses.

Lisa a seize ans, Laurie dix-sept. Amies depuis le collège, elles harmonisent leurs différences de caractères, l'une révoltée, l'autre rêveuse pour s'unir dans une même cause. Les deux amies fuguent et trouvent refuge à Notre-Dame-des-Landes, elles retrouvent des opposants à la construction d'un aéroport au coeur d'une forêt.

Inspirée de faits réels, l'histoire évoque la vie communautaire et militante. Loin du quotidien banal, les deux jeunes filles feront l'apprentissage des prises de position, de l'engagement, de certains choix pour changer le monde.

Une militante, Jeanne, plus âgée vient ponctuer le récit de sa propre expérience de vie dans les réminiscences de Mai 68.

Le combat écologique dans cet univers collectif nous apprend beaucoup sur ce que les médias ont tu.

L'histoire de ces deux jeunes filles, forgeant leurs propres convictions en puisant ici ou là, s'initiant à la marche du monde contemporain selon leurs propres désirs, sans maître à penser ou gourous tente de convaincre les femmes à prendre leur existence en main. 

Fugueuses permet de s'informer sur la division du monde entre capitalistes et altermondialistes et éveiller les consciences sur le monde contemporain. Un beau texte offensif sur le thème de la rébellion, la quête de liberté et la construction de soi. Sylvie Deshors cite les textes de Rosa Luxemburg, Nâzim Hikmet et Aimé Césaire pour enrichir la réflexion.

 Pour mieux connaître la collection Doado, chez Rouergue.


Sylvie Gracia - Collection doado des éditions... par Librairie_Mollat

lundi, 03 février 2014

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis.

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Quelle claque...C'est le genre de livre que tu refermes avec la tête pleine d'images, les plus déroutantes les unes que les autres.Tu ne peux pas reposer ce livre sans être habité(e) par les propos violents, les scènes insoutenables comme il est rare de les lire en littérature.

Eddy, le jeune garçon se construit dans le reflet des propos des autres: "pédé, tapette, enculé, pédale". La violence verbale se mêle à la violence physique auxquelles Eddy répond en souriant. 

Dans ce village picard, un homme doit être un dur et cette démarche et ces manières efféminées ne sont pas conformes à ce que l'homme représente dans les esprits étriqués des villageois. Oui...l'histoire se déroule en Picardie, dans un milieu où la misère devient ordinaire mais je pense que partout en France et ailleurs encore, il existe des tas d'Eddy Bellegueule.

Eddy tente de se conformer à la norme en s'imbibant d'alcool, en cognant, en baisant des femmes, en vain.

La famille d'Eddy s'abrutit devant la télévision, seule ouverture possible sur le monde extérieur, celui des apparences, du simulacre.

Eddy rêve  de côtoyer la sphère des idées et on l'accompagne sur le chemin de son émancipation, de sa quête de liberté, de sa fuite...

Edouard Louis utilise ses ressources sociologiques pour nous délivrer une souffrance légitime, telle qu'il l'a perçue, vécue et enfouie. C'est un roman choc, un coup de canif dans la bienséance littéraire.

Racisme rime avec bêtise partout en France, pas seulement dans cette région du Nord de la France.

Ce texte bouleverse, l'émotion est grande en le refermant... et plutôt que de stigmatiser une région c'est la parole du rejet et de la torture qui prime. Chercher à comprendre, à analyser, à vérifier c'est aussi juger. 


Les matins - Quand l’écriture de soi devient un... par franceculture

vendredi, 31 janvier 2014

Coeur de Lhasa de Sela.

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Elle hante toujours mon esprit.Un petit livre d'artiste vient d'être publié à titre posthume chez Orbis Pictus Club. Coeur est un conte accompagné de douze linogravures de Lhasa de Sela. Les collages sont signés de la chanteuse.

 

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Coeur est publié également en version anglaise à la fin du livre.

Le texte s'ouvre sur des collines ondulantes où le coeur de la narratrice vit avec la douceur du vent sous la lumière du ciel. Le décor est vaste, à l'image du dénuement, près de Sacramento où Lhasa a vécu enfant, dans l'autobus familial.Tel était le pays de son coeur. Le pays de la quiétude.

 Mais comme dans tous les contes, la narratrice semble être à l'heure de l'épreuve captive d'une gigantesque bouche d'ombre, au bout d'un énorme tuyau. Si l'on s'approche trop près, on disparaît.

Une sorte de frontière invisible pour la narratrice et son double: le coeur.

Le coeur s'échappe de la ville hostile mais à l'aide de la sorcière, peu à peu ils retrouveront les collines ondulantes, main dans la main car dans le puits des épreuves réside toujours  un soleil. C'est ainsi dans les contes et dans la vie.

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Un joli conte énigmatique et mystérieux sur la force de la faiblesse, sur ce besoin de Lhasa de Sela à communiquer et la nécessité absolue que ce soit en accord avec elle-même, que ce soit vrai, que ça vienne de loin.Ce conte est comme un rêve représenté par les linogravures mais pas seulement, le texte donne une large place aux émotions. La langue du rêve, celle de l'âme à l'image de Jung. Le rêve parle son propre langage, comme le conte. Un langage mystérieux mais pas impénétrable.

Comme dans ses chansons, Lhasa écrit une trame, un fil magique qu'on suit et on se laisse guider par ses univers visuels en libérant un petit espace pour la foi et la curiosité. 

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 Merci de ne pas évoquer en commentaires le motif de sa disparition, je ne le connais que trop...

Le Dernier jour d'un condamné Victor Hugo.

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Commencer le défi de relire un classique par mois chez Stephie  avec ce titre de Victor Hugo Le Dernier jour d'un condamné, choisi grâce à Elsa Montensi. Le poser sur sa table de nuit et le lire en quelques heures.

Le condamné dans sa cellule de Bicêtre à la veille de son exécution évoque ses états d'âme depuis sa condamnation à mort. On assiste à son cheminement de pensées.Pour permettre une plus grande implication du lecteur dans ce texte,Hugo rend le récit encore plus vivant en choisissant le  style direct, les phrases courtes. On évolue dans la progression du désespoir du condamné.On assiste au tragique de la situation: le tragique vise à susciter l’effroi du lecteur devant la condition humaine. Il accompagne le plus souvent les thèmes de la mort ou de l’impuissance de l’homme face à un destin qui le dépasse.Le condamné ne peut changer le cours de son destin.Le pathétique permet quant à lui de mettre en mots l'émotion douloureuse. Le lecteur partage sa douleur face à cet homme déterminé par une force supérieure, condamné à la justice des hommes.L'abondance des points d'interrogation marque l'étonnement de l'homme face à cette décision.

Le narrateur est énigmatique oscillant tour à tour entre le monologue intérieur, le journal intime et le récit autobiographique; permettant ainsi au lecteur l'identification au personnage et à Hugo de mettre en place un plaidoyer contre la peine de mort.

Le texte argumentatif permet la mise en scène du discours, stratégie d'écriture qui permet au lecteur de prendre place dans le débat.

La scène en miroir des galériens vise à prouver l'aspect voyeuriste et sinistre des spectateurs hypocrites. Face au malheur, certains éprouveront de la jouissance.

La souffrance s'accentue avec le temps qui passe et montre la volonté de Victor Hugo de rallier le lecteur à sa lutte.

Le texte se referme avec ces mots: QUATRE HEURES. Cette phrase nominale,écrite en majuscule, mise en avant typographiquement mime à sa façon le couperet de la guillotine et marque l'ellipse du cri ultime dans la bouche du condamné.

Cette relecture d'un texte classique m'a permis de dépoussiérer mes cours de fac, de chercher à comprendre pourquoi Elsa le laisse à disposition sur sa table de nuit...à m'interroger à nouveau sur notre rapport à la mort.

 

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jeudi, 16 janvier 2014

Henri, film de Yolande Moreau.

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En 2004, j'ai beaucoup aimé Quand la mer monte, réalisé avec Gilles Porte. J'avais très envie de découvrir ce nouveau film de Yolande Moreau.

Un autre duo est mis en scène, un duo improbable dont émane une jolie ronde de sentiments mystérieux.

Henri, immigré italien est un homme sombre, assez rustre derrière le bar de son restaurant belge. Le quotidien se déroule entre quelques assiettes servies, les moments de partage avec ses acolytes Bibi et René et puis la compagnie des pigeons voyageurs.

Il était déjà résigné... alors quand sa femme meurt subitement, il n'a plus qu'à baisser les bras devant la fatalité.

C'est l'arrivée d'un papillon qui va chambouler sa vie. Un papillon c'est le surnom donné aux résidents d'un centre pour handicapés. Rosette vient chaque jour l'aider pour le service en salle.

Rosette est une jeune femme rêveuse, enjouée et handicapée des mots. Elle parle peu et face à Henri, le taiseux, peu de dialogues. Ce duo évolue dans une économie des mots, dans le cadre plutôt glauque du restaurant défraîchi où la vieille guirlande de fleurs représente à sa manière le fil de la vie sur laquelle oscillent Henri et Rosette.

Le chagrin d'Henri va peu à peu se dissiper quand notre tandem décide de prendre la route pour la côte belge. Les écorchés vifs  retrouvent une certaine liberté matérialisée par ces belles plages du Nord. Les plans sont magnifiques. Yolande Moreau  réussit à nous émerveiller, sous couvert de plans qui évoluent tout au long du film: sombres et glauques comme pour mieux mimer le minimalisme positif du quotidien simple des gens de peu vers des plans beaucoup plus lumineux sublimés par la fugue de Rosette et Henri.

La sensibilité tour à tour visuelle et émotionnelle apporte beaucoup de densité aux personnages. Deux êtres qui résument la complexité de l'âme humaine et du sentiment amoureux.

J'aime quand Yolande Moreau donne à voir les taiseux, les éclopés, les canards boiteux, c'est l'humanité non lisse, sans jugement. Beaucoup de bienveillance chez cette réalisatrice dont la caméra est aussi chaleureuse que son sourire. C'est un film élégant avec  beaucoup de scènes délicates et poétiques.

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A Fréd et sa jolie Victoria à l'ours aux reflets dorés.

Film réalisé en 2013 par Yolande Moreau avec Pippo Delbono, Candy Ming.

 

Les Mains libres de Jeanne Benameur.

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 Voilà bientôt quatre ans que ce livre est sur ma pile. J'attendais le bon moment pour lui, comme si de toute évidence un Jeanne Benameur ne peut me décevoir.

Tout de suite, la prose de Jeanne Benameur est au rendez-vous, ce style si particulier, fin et poétique. Il est tout simplement sublime ce livre, tant par le fond que par la forme.

Il évoque l'histoire de madame Lure, épouse modèle, soumise. Désormais veuve, madame Lure dépoussière les livres de son défunt mari, sans même les ouvrir. Ce sont les livres de monsieur et son plaisir personnel se résume à rêver au dessus des belles photos de revues touristiques. Elle se plait à imaginer des vies, en surface. Comme si les vies en profondeur offertes dans les livres n'étaient pas pour elle. Elle vit dans le monde des apparences, du simulacre, s'accommode des petits gestes du quotidien, les mains emprisonnés dans ces gestes répétitifs de  l'infiniment petit.

Et puis, elle rencontre Vargas, le nomade.Celui qui voyage comme tous les êtres de papier observés longuement dans les magazines. Les mains de madame Lure vont alors se libérer en offrant un livre à Vargas, en offrant du temps, de l'attention et de riches lectures. C'est le début d'une nouvelle vie tissée par les silences, les gestes de deux individus qui ne communiquent pas la même langue.

Jeanne Benameur en peu de mots, réussit à créer une histoire douce et belle. Ce livre est un grand, très grand coup de coeur. Lisez-le car mes mots sont si peu en regard de la délicatesse et l'élégance du texte.

Merci Audrey.

 

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jeudi, 09 janvier 2014

Frida Kahlo La beauté terrible de Gérard de Cortanze.

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Une autre biographie de Frida Kahlo, que dire de plus, qu'a-t-on encore à apprendre de cette grande artiste? Gérard de Cortanze raconte son histoire avec la somme des recherches documentaires, citant deci delà les publications de JMG Le Clézio,  Hayden Herrera, Carlos Fuentes, Salomon Grimberg... 

Cette biographie se lit comme un roman et on comprend davantage encore la corrélation entre la passion amoureuse qui unit Frida Kahlo à Diego Rivera et la création artistique qui en émane. Cependant, je n'ai pas beaucoup apprécié la narration. Le parti pris de Bernadette Costa Prades, en utilisant le tutoiement à son adresse, me séduit davantage.

Néanmoins, je retiens ce beau passage pour évoquer la mémoire de l'artiste:

"La peinture de Frida Kahlo, c'est un peu comme la biographie d'une âme qui nous serait offerte. Avec une totale impudeur, une artiste se dévoile, se met parfois en colère, exhibe son désarroi. Ecorchée vive, fragile, Frida Kahlo  est une singulière étoile filante qui comprend à mesure qu'elle peint que son art ne la protège pas mais la met à nu. Lentement, la peinture se retourne contre elle qui étale à la face du monde son corps mutilé. L'art décidément ne guérit jamais de rien. Tout juste pose-t-il des questions et entretient-il des blessures peut-être nécessaires. Mais il serait faux de ne voir en Frida Kahlo qu'un être à jamais blessé qui n'a peint que de "l'espoir sans espoir", de "la mort qui pense dans la tête". A la regarder de près, on est frappé par l'amour démesuré qu'elle inspire, sa joie de vivre, sa lumière affichée "comme un  paon qui fait la roue".

 

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Je vous invite à suivre Des ailes de mouette noire/ Portrait en miroir de Laure Egoroff sur France culture.

mercredi, 08 janvier 2014

Un classique par mois.

 

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Je ne suis pas trop "challenge" mais celui-ci m'attire tout particulièrement, c’est celui de Stephie "Un classique par mois" ! J’ai envie de dépoussiérer mes classiques. Sortir de la bibliothèque mes livres d'étudiante en lettres modernes me réjouit déjà.

 

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A bientôt pour de belles (re)lectures accompagnées de ce logo.

 

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Mon Amour, ma vie de Claudie Gallay.

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" Je ne suis pas un brave, je suis un Rom. Je marche le front bas, comme une bête. Je déteste le monde, la vie, les fleurs.

J'ai peur qu'on m'attrape, qu'on m'emmène ailleurs, quelque part. Qu'on me brûle vivant comme on brûle les carcasses dans les bennes. Des veaux de vingt jours. Qu'on me transforme en poussière d'abattoir.

Je marche. Sans savoir où je vais."

Probablement le texte le plus âpre de Claudie Gallay. La famille Pazzati: Mam' et sa douceur abrupte, l'oncle Jo et son saxo, Pa' l'écorché vif, Zaza et son phrasé rongé...et puis Dan l'enfant unique de cette famille à la dérive.

Les personnages sont des ogres,sculptés dans la terre glaise. Roman sauvage d'un monde marginal où la violence se mêle à la folie.

Le père dresseur de fauves mène son cirque à la dérive. La guenon devient la confidente de Dan, l'ombre douce et chaude d'une mère farouche.

Les adultes sont cruels parfois. Ils fréquentent les églises, c'est la pierre, la honte des hommes qui viennent dans les églises pour oublier leurs péchés. Quand les hommes s'en vont, les péchés restent. A force ça remonte. L'humidité des églises, c'est toute la honte des hommes.

Claudie Gallay réussit à distiller de la poésie dans la misère pour nous emporter avec Dan vers cette quête merveilleuse de la mer.

"On se promet la mer.

On fait ça vite, sans réfléchir.

La mer".

mardi, 07 janvier 2014

Une saison avec Jane-Esther de Shaïne Cassim.

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Rentrer dans une petite librairie indépendante, toujours en Bretagne...se poser, prendre un thé et puis timidement aborder la libraire...lui demander enfin quel est son coup de coeur actuel en jeunesse...

Avoir le roman de Shaïne Cassim entre les mains, l'emporter et découvrir...

Près du fleuve, dans une petite ville du Mississipi, Eden Villette veut écrire des textes poétiques. Nous sommes en 1967, les Etats-Unis débattent autour du mouvement des droits civiques entre réformistes et partisans d'une action radicale.

Et Jane-Esther? Elle arrive en ville pour donner une conférence, forte de sa gloire littéraire. Elle retrouve ses amies de jeunesse à savoir Kate, la tante d'Eden et Edna Gardner. A la mort de Kitty (la mère d'Eden) toutes trois se sont promises de prendre sous leurs ailes la jeune Eden.

Le souhait de la jeune fille se réalisera-t-il cet été-là? Elle admire la talentueuse Jane-Esther, elle apprend grâce à elle à organiser ses idées. Roman d'apprentissage où la jeune Eden livre ses tourments telle une tempête sous un crâne. Cette faculté à s'épancher peut séduire les jeunes lecteurs même s'il peut laisser perplexe les lecteurs plus avertis.

Ce roman est un bel hymne à la création poétique, très loin des rebondissements qui caractérisent la littérature jeunesse actuelle. Shaïne Cassim choisit la magie des mots pour mettre en scène ses personnages. Sur fond d'Amérique divisée,avec les Blacks Panthers, on accompagne Eden sur le chemin des sentiments. L'adolescente cherche sa voie, s'interroge sur ses choix de vie. Elle cherche une façon  plus digne d'être au monde. Eden tente d'affronter le monde, le bouscule et le questionne à l'aide des mots, de la poésie où s'invitent des poules aux coudes pointus.

Nous sommes proches du fleuve, le temps passe, la maturité d'Eden s'affirme. Un roman féministe d'une beauté subtile mais parfois les turpitudes d'esprit de la jeune Eden rendent la narration confuse.

Beau roman qui me rappelle le film Bright Star de Jane Campion...

La couverture est illustée par la talentueuse Kitty Crowther.

Le Promeneur de la presqu'île de Jean-Luc Nativelle.

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 Recevoir un livre le soir de Noël, choisi par une dame de coeur à mon attention.

Lire quelques jours plus tard les mérites de la maison "Editions du petit véhicule", entreprise artisanale de Loire-Atlantique dirigée par Luc Vidal.

Emporter le livre au coeur de la maison de Jeanne, en Bretagne et découvrir...

Dans un village du Finistère, un homme fait sa balade chaque soir depuis vingt-cinq ans. Ce soir, il décide de la réaliser à l'envers.

La promenade est propice à l'introspection et notre personnage s'interroge sur sa propre vie. Très vite, on comprend qu'un événement tragique est au coeur du livre. On apprend que l'existence du promeneur est marquée par la disparition de sa femme et la mort accidentelle de son fils.

Avec Le Promeneur de la presqu'île, Jean-Luc Nativelle ne nous invite pas dans une histoire inutilement sombre mais plutôt vers un éloge funèbre où tout le village prend la parole.

L'événement fait rupture et l'environnement prend une nouvelle figure aux yeux du promeneur. Le paysage développe un lien intime et accorde davantage de valeur à l'événement tragique. 

La narration est subtile, nous entendons le point de vue des habitants au moment même où le promeneur passe devant chez eux. Le village est un lieu clos où les gens se connaissent tous et l'on apprend progressivement que tous sont concernés par ce tourment. Le drame dans la vie quotidienne d'une communauté.

On déambule avec le promeneur, on écoute la multitude des "je", le personnage central devient la somme des regards que les autres portent sur lui, sur nous. Une prise de conscience progressive. La réalité perd ainsi son objectivité et disparaît dans l'infini tourbillon des pensées.

Beaucoup d'intelligence et de finesse stylistiques dans ce très beau livre où l'on découvre que des liens nous attachent profondément en certains lieux et la phrase de Julien Gracq en exergue prend tout son sens "il arrive ainsi , il arrive plus d'une fois que, ce coeur, elle l'ait changé à sa manière, rien qu'en le soumettant tout neuf encore à son climat, à son paysage, en imposant à ses perspectives intimes comme à ses songeries le canevas de ses rues, de ses boulevards et de ses parcs."(in La Forme d'une ville).

Un joli cheminement, sans aucun doute ma plus belle lecture pour clore l'année 2013.
Merci à Mireille pour ce très beau cadeau. 

mardi, 31 décembre 2013

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jeudi, 26 décembre 2013

6H41 de Jean-Philippe Blondel.

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Voulez-vous me suivre dans le train de 6H41 ? Il est bondé...Nous sommes Lundi matin. Le train regagne Paris. A son bord, Cécile Duffaut, la quarantaine, femme sûre d'elle, au moins en apparence. Elle vient de passer le week-end chez ses parents en province, seule car ni sa fille, ni son mari n'ont voulu l'accompagner. Elle pourrait éventuellement lire un magazine, observer le paysage ou les autres passagers... mais dans ce train de 6H41 entre Philippe Leduc, ancien amant.

Philippe rend visite à Mathieu, son ami, ultime visite probablement. Il prend place à côté de cette femme qu'il reconnaît immédiatement. Ils avaient vingt ans,  vingt-sept années se sont écoulées...

Comment rétablir la communication suite à la rupture brutale lors d'un séjour londonien?

Jean-Philippe Blondel propose dans ce roman la rencontre improbable de ces deux vieux amants. Le temps d'un trajet, on découvre ce qui réunit ces deux individus, ce qui les oppose désormais. Telle une tempête sous un crâne, on accompagne les pensées des personnages, les mots se poseront-ils sur les lèvres de Cécile et de Philippe? Resteront-ils figés en pensées?

Prenez le train de 6H41 pour découvrir comment le passé peut à jamais déterminer une vie. Huis-clos surprenant qui nous emporte vers son point culminant: l'arrivée en gare à l'issue d'une troublante introspection de l'âme humaine.

La Forêt plénitude de Franck Andriat.

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La rivière ! Elle est souple et joyeuse. Lumineuse et rapide. Éblouissante à cause des doigts de soleil qui s’étirent dans ses eaux. Où me conduira-t-elle ? Je n’en sais rien et peu importe. Je suis le sens du courant. Je marche plus vite. Un écureuil surpris prend l’ascenseur express d’un bouleau. Il est blotti dans les feuilles avant que j’aie pris le temps de l’observer. Je ne m’attarde pas. J’ai envie d’aller plus loin, d’atteindre une courbe de la rivière où celle-ci me fera découvrir du nouveau, de l’inattendu.
Velours ! Une de vos phrases me hante : Va, va ton chemin, passe de présence en présence; chacune est un maillon du collier de ton coeur. C’est une des premières que j’ai lues de vous, dans le petit livre de quarante pages offert par l’oncle Louis. J’ai l’impression que c’est si vieux alors qu’il y a moins de quinze jours que je sais que vous existez. La vie est surprenante : sans votre livre, je serais sans doute sur la terrasse du Play Boy ou ailleurs, occupée à casser l’ennui en sirotant des cocktails et en lançant des remarques acides sur les vêtements et les corps des passants. Pour frimer, pour plaire aux copains, pour faire partie du groupe et en être acceptée.

"Le jour de ses 18 ans, Virginie reçoit un livre qui va bouleverser sa vie. Elle décide de partir, de tout quitter, pour aller réfléchir au coeur de la forêt.

Quel sens donner à sa vie ?

Faut-il poser les mêmes choix que ses parents ? Son univers n’est-il pas, jusque là, fait d’apparences ?

À 18 ans, au seuil de l’âge adulte, Virginie décide d’écouter ce qui vibre au plus profond d’elle.

Ce court roman est une ode à la nature, à l’amour, à la simplicité et à la liberté.

Dans un style épuré et imagé, l’auteur nous promène dans la forêt sauvage, mais soulève également des questions essentielles." (Présentation de l'éditeur)

Je ne sais pas si ces questions suscitent encore l'intérêt des jeunes adolescents mais ce livre fut pour moi une réelle pause, un moment de quiétude dans cette frénésie du mois de Décembre. 

Ce livre  publié en 1997 vient d'être ré-édité chez Mijade. On reconnaît la particularité de la plume de Franck Andriat, découvert grâce à Jolie libraire dans la lumière.

Seule Venise de Claudie Gallay.

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"Je suis une solitaire. De la pire espèce. Celle des taupes. Une inadaptée. J'ai besoin de ma tanière, mon trou de terre. "

Je n'ai jamais lu Les Déferlantes... Claudie Gallay a écrit Seule Venise juste après ce grand succès. Ce roman est très poétique. C'est le récit intime d'une femme qui s'isole dans une pension vénitienne, suite à une rupture. Venise au coeur de l'hiver, grise et silencieuse, la narratrice cherche à oublier son chagrin d'amour. Les pensionnaires tentent de rompre la solitude . L'aristocrate russe en fauteuil roulant nous emporte loin dans sa Russie natale, la jeune danseuse romaine partage sa fougue pour un amour naissant, puis un libraire mystérieux qui réussit par le biais des mots à faire renaître le désir de l'attente.

Le chemin emprunté par cette jeune femme, à la recherche d'elle-même, nous est offert dans une langue très proche des émotions. Venise en arrière plan est tour à tour troublante et mystérieuse. C'est un joli roman d'atmosphère sur la solitude et les déambulations des uns et des autres nous apprennent beaucoup sur l'union de tous ces pensionnaires, fantômes de la Lagune.

jeudi, 12 décembre 2013

Si même les arbres meurent de Jeanne Benameur.

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L'indicible en littérature jeunesse, voilà un thème qui attise beaucoup ma curiosité. Que dire, comment le dire, pourquoi le dire?

C'est à toutes ces interrogations que Jeanne Benameur répond joliment et poétiquement dans ce court texte.

Céline et Mathieu attendent dans les couloirs de l'hôpital. Leur papa est dans le coma. Leur maman est anéantie par le chagrin. Il pourrait être très triste ce texte mais il ne l'est pas car l'auteur réussit brillamment à inventer un univers, un monde imaginaire dans lequel évoluent les enfants.Leur père sera-t-il un héros plus fort que la mort?

Il est parfois difficile de trouver les mots face à la fatalité qui nous rend,nous les adultes, impuissants. C'est la force de l'imagination qui permet à Céline et Mathieu de surmonter la douloureuse attente.

Roman délicat qui se referme sur les douces paroles du sage Issaïa "on continue d’aimer parce que notre coeur de vivant continue de battre; Tu sais, les dates des venues au monde, des départs loin du monde, le coeur ne connait pas. Il ne lit pas les chiffres. Il sent seulement et c’est un bon guide pour le chemin. Mathieu écoute. Les paroles de l’homme ont rencontré son chagrin. Sans bruit, il s’est mis à pleurer."

Merci Christine.

 

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Lucia Antonia, funambule de Daniel Morvan.

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Lucia Antonia et Arthénice sont deux jeunes femmes funambules. Jumelles mais pas soeurs, non...elles sont juste nées le même jour. Dans le cirque d'Alcibiade, le grand-père de Lucia Antonia, elles marchent toutes les deux sur le fil... jusqu'à la chute mortelle d'Arthénice.

Lucia Antonia se voit contrainte de quitter le cirque. Sur une presqu'île, elle raconte des bribes de sa vie sous forme de fragments. Elle mène une double vie dans sa vie, double sang dans son coeur, la joie avec la peine, le rire avec les ombres.

La beauté du récit fragmentaire de Lucia Antonia nous émerveille. La parole d'une jeune femme endeuillée, taciturne. lucia Antonia est comme le loup: le feu coule dans ses veines, il remonte aux yeux mais rien pour les lèvres. Elle passe du fil à l'encre dans une jolie prouesse poétique. Daniel Morvan maîtrise l'art de la légèreté, de la beauté elliptique. L'amour réside dans les détails du quotidien auprès d'Arthénice avant que les cendres ne retombent sur elles.

Un joli livre onirique comme un subtil écho à La Folle Allure de Christian Bobin.

mercredi, 11 décembre 2013

Orphée Dilo et autres contes des Balkans Muriel Bloch/ Eric Slabiak/Gérard Dubois

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Je vous emmène à la rencontre d'Orphée Dilo. Joli nom pour un musicien errant. Muriel Bloch, la conteuse, l'a croisé avec son chien et son accordéon. Sa voix nous emporte et nous conte avec délice l'odyssée de cet homme sorti tout droit de la mythologie. 

"Les Balkans souffrent d'un trop plein d'histoire. [...]

Ici chaque peuple se croit forcé de faire quelque chose de grand. La seule chose de grand que nous ayons à faire c'est de vivre ensemble."

Paroles d'un macédonien, Balkans-transit, François Maspéro, Points Seuil.

 

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Un peu d'Occident, un peu d'Orient, Juifs, Orthodoxes, Musulmans, de la Thrace aux Carpates...tant de belles histoires nous sont contées de l'immense Empire Ottoman. Les tsiganes y avaient trouvé leurs chimères, sans cesse les guerres ont défait les frontières.

La musique d'Eric Slabiak (Les yeux noirs)offre un beau voyage sonore aux influences tsiganes.

Les illustrations de Gérard Dubois donnent à voir des petits tableaux patinés par le temps pour cette Macédoine, terre de musique, de mélancolie et de joie.

Les motifs qui encadrent chaque texte rappellent les ornementations d'Orient. 

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Ce bel objet est l'illustration même du bonheur tangible pour un peuple marqué par la tragédie.

Melina Mercouri vient nicher au creux de cet écrin une sublime chanson en honneur à l'amour maternel de Vana.

Comment le hérisson parvint à empêcher le soleil de se marier, pourquoi les Tsiganes furent dispersés sur la terre, ou comment Mélina la maline, fille du tailleur, parvint à se faire épouser par le roi... sans oublier l'odyssée endiablée d'Orphée Dilo... 

C'est un grand coup de , publié chez Naïve.


mardi, 10 décembre 2013

Petits poèmes pour passer le temps de Carl Norac et Kitty Crowther.

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Pour passer le temps, en attendant Noël, lire les poèmes de Carl Norac, des petites pépites...

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Réussir à partager ce plaisir avec un korrigan de huit ans "mais c'est la dame qui a fait de la mort une petite dame gentille, c'est Kitty Crowther, la maman de Scritch Scratch Dip Clapote" ...

 

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"Tiens c'est Virgule..."

 

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"Ce poème là, il faudra le dire à papa quand il rentrera..."

 

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"Ta copine Isa, elle a un coeur comme ça..."

Merci à  Un autre endroit !

lundi, 09 décembre 2013

Gadji de Lucie Land

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"Ne te demande pas si tu dois vivre ou mourir- mieux vaut chanter." Proverbe Rrom.

L'histoire de Katarina est un joli conte initiatique. Elle quitte sa Roumanie natale pour rejoindre sa cousine à Paris et connaître les bancs de l'école. Gadji c'est le nom donné aux gens qui n'appartiennent pas à la communauté Rrom. La jeune narratrice ne souhaite pas s'affilier à cette catégorie là, mais espère seulement pouvoir aller à l'école.

On suit Katarina des camps de caravanes où elle a "grandi comme on respire". Lucie Land décrit avec beaucoup de justesse le quotidien de la communauté . La fratrie joue dans les décharges, le papa accordéoniste est souvent absent tandis que la mère rêve sa vie devant la télévision dans la caravane, ce petit écran qui lui coûtera la vie. Katarina rêve d'une autre vie après le drame. Elle part pour Paris, devient sédentaire. Le bonheur, enfin? Pas vraiment...Katarina va au collège mais s'interroge beaucoup sur cette société de consommation où l'hypocrisie règne.

Katarina gadjé parisienne ou résolument Rrom? Fuir la misère ne fait pas tout.Le roman exprime toute la question de l'identité au travers de ce voyage initiatique d'un peuple malmené par l'histoire. Katarina vit et devient au travers la boue un être épris de liberté, forte de ses rencontres.Adolescente subtile et révolutionnaire qu'il est interessant d'accompagner au fil des pages du roman comme dans les pages noircies par les enfants du voyage que j'accompagne au quotidien.

 

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Merci Vanessa.

Pour Lazar, Edessa et Caroline...

mercredi, 04 décembre 2013

L'Ultime secret de Frida K. de Gregorio Leòn.

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Un polar mexicain...je ne suis pas très polar mais la couverture m'a attirée.

"L'ange de la mort plane sur Mexico. La Santa Muerte, patronne des bas-fonds, est partout - même tatouée sur le sein gauche de stripteaseuses assassinées. En plongeant dans les arcanes de ce culte morbide, le policier Machuca ignore encore quel lien unit ces crimes au mystérieux tableau récemment volé : un autoportrait inconnu de Frida Kahlo dédié à son amant Léon Trotski. Une toile qui pourrait bien avoir tué ce dernier et qui poursuit aujourd'hui son sanglant parcours..."

L'action se déroule à Mexico là où des sites consacrés à la Santa Muerte sont détruits. Non reconnue par le Vatican, ferait-elle ombrage à l'Eglise officielle? A chacune des détériorations s'ensuit l'assassinat de prostituées dans les collines misérables de l'arrière pays. Entre en scène l'inspecteur Machuca, homme désabusé et nonchalant.

Arrive en ville Daniela Ackerman, à la recherche d'un tableau volé de Frida Kahlo.Ce tableau semble méconnu du grand public, il s'agit d'un cadeau de l'artiste à Trotski. Ce don serait le symbole de leur union cachée.

Machuca évolue parmi les narcotrafiquants mexicains, il tente d'éclaircir le mystère du culte de la Santa Muerte.

Thriller plutôt baroque à l'image de Frida Kahlo, l'auteur s'amuse avec les travers de la société mexicaine corrompue.

Un beau moment de lecture pour qui aime l'univers de Frida Kahlo mais les puristes seront forcément déçus par cette multitude d'informations controversées sur l'assassinat de Trotski, les relations tumultueuses de Diego Riviera ...
Les récits se croisent, celui de l'enquête se mêle au récit de la vie de Frida Kahlo en 1940. Histoire et fiction s'unissent, les pages se tournent, le chat s'endort...et moi aussi!

lundi, 18 novembre 2013

Une Part de ciel de Claudie Gallay.

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"Les pères sont les failles des filles".

Voilà quelques jours maintenant où j'ai refermé ce livre et il m'est difficile d'avoir un avis tranché sur le nouveau roman de Claudie Gallay. J'ai bien apprécié l'univers riche de sens du roman  Dans l'Or du temps, pas encore lu Les Déferlantes . J'étais très enthousiaste en ouvrant Une part de ciel.

C'est l'histoire d'un retour aux sources pour Carole, dans le massif de la Vanoise, où son père Curtil a donné rendez-vous à ses trois enfants: Carole, Philippe et Gaby. Le retour est annoncé par une boule en verre dans laquelle la neige s'agite sur un décor particulier, jolie mise en abyme pour ce roman d'atmosphère, où le mal d'autrui n'est qu'un songe.Les tanagras, petites statuettes simples, s'invitent ici comme un écho à Dans l'Or du temps.

Retour dans le village d'enfance, la narration se veut cyclique dans ce récit journalier des retrouvailles fraternelles.On s'attache au fil des pages aux habitants du Val-des-Seuls, pourtant Claudie Gallay raconte simplement l'infiniment petit du quotidien comme un éloge de la lenteur.

On serait tenté parfois de laisser là la quiétude routinière des personnages mais l'auteur réussit habilement à nous engluer dans ce lien familial, dans les non-dits. On avance dans la brume, on scrute la photo de la serveuse du bar à Francky, on pénètre dans le bungalow glauque de Gaby.

Le personnage de la Baronne est tout en délicatesse. Elle pense que l'homme n'est pas bon, que c'est pure hypocrisie  que de dire qu'il l'est, mais qu'admettre cela conduirait à remettre en question une part importante de notre système de relation aux autres. Admettre ce principe c'est courir vers la perte de l'humanité. "Il était essentiel donc que la société cultive cet angélisme aveugle".

L'univers est âpre, Une Part de ciel est sombre comme les mois d'hiver, surprenant comme le lac gelé. On avance...on s'essoufle dans la vallée enneigée mais quitter ce roman de Claudie Gallay laisse un sentiment d'ambiguité sur la quête d'absolu, d'humilité et les possibles chemins que l'on emprunte dans la vie."Le temps que l'on passe à se souvenir est du temps que l'on n'a plus pour vivre."

Cette lecture rentre dans le cadre des Matchs de la rentrée, Priceminister.

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lundi, 04 novembre 2013

Sanderling d'Anne Delaflotte Mehdevi.

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Je garde en mémoire un excellent souvenir du premier roman d'Anne Delaflotte Mehdevi Fugue.

Je me réjouissais pour cette rentrée littéraire 2013 de retrouver cette plume si singulière et cette faculté à créer des univers qui vous emportent loin du quotidien.

C'est au Groenland, dans les étendues du Grand Nord que l'auteur nous emmène. On suit les pas de Landry. Il est paysan et s'attarde dans cette immensité blanche et naturelle parce que sur ses terres, personne ne l'attend. Le portrait de cet homme solitaire le rend très attachant.

Lorsqu'il évoque la société occidentale, il la compare à un siphon, un siphon qui a aspiré et aspire, à coups d'argent, de germes, d'alcool, de technologie, d'humanisme-alibi, tout ce qui a vocation à être aspiré, c'est-à-dire tout.

L'espèce humaine prend des risques, qu'elle paie, collectivement, ou paiera. Lorsque Landry retrouve ses terres, un nuages de cendres s'épaissit dans le ciel. A la manière de Lee Seung-U dans Ici comme ailleurs, dans  l'enlisement ,il faut tout désapprendre de soi et des autres. Kafka et Camus s'invitent sous la plume d'Anne Delaflotte Mehdevi.

Un très bon roman sur le monde rural, sur la solidarité de l'homme face à la nature qui n'est pas sans rappeler le roman de Giono Batailles dans la montagne.

Un petit passage pour savourer l'univers chaleureux de ce roman malgré la catastrophe naturelle...

" La feue boîte de galettes bretonnes qui renferme maintenant les petits pavés de sucre tient la place d'honneur, au centre de la table. La boîte s'ouvre et se ferme maintes fois, du petit matin à l'heure du coucher, pour rabonnir un café, faire le petit canard dans la gnôle. Sa belle-fille prend des sucrettes, ersatz de sucre. Lucette fait mine d'être outrée de ces simagrées, mais profondément elle s'en moque, de cela et de beaucoup d'autres choses. Il y a longtemps que le sucre ne peut plus lui faire mal aux dents, elle porte un dentier. Pourvu qu'il y ait du sucre dans le sucrier et de l'électricité pour faire fonctionner son système de surveillance vidéo des étables, tout va bien."

L'environnement est un sujet à la mode, le considérer sérieusement une très vague option. Laissez vous emporter tel l'oiseau migrateur, le sanderling, au coeur de l'émerveillement que procure ce très beau roman.

Ringrazio mio fratello.


vendredi, 01 novembre 2013

Frida et Diego de Fabian Negrin.

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J'aime beaucoup ressortir cet album jeunesse à la fête des morts. Il évoque l'histoire de Frida Kahlo et Diego Rivera sous une allure enfantine.

A la fête des morts, une grande veillée est célébrée au cimetière. On apporte des offrandes aux défunts. Sur des morceaux de tissus rouges, ils disposent de façon géométrique les plats préférés des défunts et tout autour des vases débordant de fleurs jaune orangé.

Sur fond de culture mexicaine, on suit les aventures des jeunes Frida et Diego. L'auteur s'est amusé à reprendre les particularités de chacun, en cultivant pour Diego l'image du pachyderme gavé de têtes de mort en sucre et de la belle colombe . La réputation d'ogre et de séducteur de Diego est joliment mise en scène dans cet album aux couleurs chatoyantes. Frida poursuit Diego dans le cimetière, après l'avoir surpris  lorsqu'il embrassait Rosa Spinosa. Ils vont passer de l'autre côté du miroir et découvrir le monde des morts et ainsi apprendre à surmonter leur peur.

Voici un joli reflet de la culture mexicaine dans sa dualité originelle.

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 En attendant ma visite au Musée de l'Orangerie pour l'exposition Frida Kahlo/ Diego Rivera du 9 Octobre 2013  au 13 Janvier 2014, je m'enrichis de nouvelles lectures.

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jeudi, 31 octobre 2013

Double jeu de Jean-Philippe Blondel.

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"C'est ce que je veux faire.

C'est ce que je veux faire de ma vie.

Partir à l'autre bout du monde dans des peaux qui ne sont pas les miennes. Dans les peaux de papier qu'un écrivain mort a créées, des années avant ma naissance.
Incarner.

Je veux incarner." 

 Le lycée Clémenceau, chez les bourges. Voilà le sort réservé à Quentin, cet adolescent en rupture scolaire. Il tentera d'être discret dans ce nouveau lieu, transparent même, dans cet univers où son passé le poursuit.

Le narrateur Quentin, âgé de 16 ans, nous emporte dans la narration. Les phrases sont courtes, les dialogues incisifs.

Comment peut-on évoluer sereinement dans un nouveau cadre social où les codes nous échappent? Comment réagir dans ce nouvel environnement? S'adapter? Se révolter? Rester soi-même? Comment s'épanouir?

Comment  faire abstraction des préjugés? L'éducation nationale en est-elle capable?

C'est à toutes ces questions que Jean-Philippe Blondel  tente de répondre brillamment en soulignant les écueils du système éducatif.

Quentin attend la rencontre avec la personne qui surmontera les préjugés. C'est l'histoire d'une rencontre avec l'art,également, celui du théâtre et c'est un beau moment de lecture.

Je remercie Bouma.

vendredi, 18 octobre 2013

Le Bruit de tes pas de Valentina D'Urbano.

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La Forteresse, banlieue ouest de la ville, la colline où personne ne s'aventure, le ghetto des fauves.

"C'est peut-être le milieu qui nous avait produits. On avait peut-être ça dans le sang. C'étaient peut-être les gens qu'on fréquentait, l'ennui, l'absence de buts. La certitude de ne pas pouvoir évoluer, la prise de conscience de l'inéluctable. Dehors, les années se succédaient, et le monde changeait. Au fond de nous-mêmes, on restait figés. On n'avait pas de raison de vivre, on n'était pas capables d'en trouver une. On vivait, un point c'est tout."

Le délabrement, c'est sa faute...voilà le motif invoqué pour justifier cette exclusion de la société d'Alfredo et Beatrice. Lui est élevé par un père brutal et alcoolique, elle évolue dans une famille pauvre mais unie. Ils sont inséparables, jumeaux pour certains.

Roman semblable à D'Acier de Silvia Avallone, le roman décrit une jeunesse pauvre et paumée. Le Bruit de tes pas évoque le vide moral d'un pays désemparé. A l'après-fascisme  succède le terrorisme des années de plomb en Italie. Berlusconi arrive pour effacer ce poids douloureux du passé en brandissant l'idée mensongère d'un miracle économique.

Une vie heureuse est possible et les velléités de Beatrice en témoignent dans ce désir de fuite, d'exil. Les jeunes italiens ont envie de croire en une existence de jouissance. Berlusconi vend du rêve libéral, la sous-culture berlusconienne élimine dès lors l'idée d'effort et du sacrifice.

Pour Alfredo, il est licite de croire en la facilité. Sa fuite est différente, elle s'accomplit dans les effluves de la drogue.

Roman à la troisième personne, la voix n'est jamais totalement objective. L'auteur semble lutter avec ses personnages. Valentina D'Urbano raconte son monde de la manière la plus ample qui soit.

Les publications littéraires italiennes récentes redonnent force à la littérature et au pouvoir des mots. Dans l'atmosphère sombre, de délitement, ce roman dit beaucoup sur l'époque que la société italienne traverse. 

Un roman d'une grande force publié chez Philippe Rey et traduit par Nathalie Bauer.

Je remercie Marie-Florence.

 

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Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri De Luca.

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"J'avais la petite chambre où je dormais sous les châteaux de livres de mon père. Ils s'élevaient du sol au plafond, c'étaient les tours, les cavaliers et les pions d'un échiquier placé à la verticale. La nuit, des poussières de papier entraient dans mes rêves."

Le jeune garçon a dix ans. Il passe trois mois, chaque été, sur un petite île italienne. Cet été là, le rempart des livres s'est écroulé et il a commencé à pleurer. Il apprend la douleur de la vie. Cette sensibilité qui le rend tout à coup coupable face au monde. Il découvre l'amour, cette énergie qui a besoin d'autrui, sentiment étrange pour ce jeune solitaire qui se suffit à lui même.

C'est un très beau récit autobiographique sur la naissance du sentiment amoureux, la perception du corps mais aussi une jolie parabole de la justice. Erri De Luca nous conte l'opposition de l'enfant face au monde des adultes.

Sur l'île, la vie est sauvage, sans heures, l'hygiène simplifiée, la chevelure  est un  buisson indiscipliné. L'île étouffante devient le lieu de la liberté.

Livre gracieux qui ramène à l'enfance et invite une deuxième fois le passé. Erri de Luca convoque les absents, plante autour de lui les personnes d'une deuxième rencontre. Ce retour sur un événement du passé donne une allure plus vive et plus essentielle de la vie.

C'est un récit des sensations; les sensations qui à leur tour deviennent les formats propices aux apprentissages.

Sur l'île, on apprend en observant le métier noble des pêcheurs. La mer n'enseigne rien, elle fait à sa façon.

Roman publié chez Gallimard, traduit par Danièle Valin.

Merci à l'équipe de Libfly, livre lu pour le prix Jean Monnet 2013, Salon des littératures européennes de Cognac.

jeudi, 17 octobre 2013

Légère comme un papillon de Michela Marzano.

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Michela Marzano, philosophe italienne, nous livre dans Légère comme un papillon un texte fort singulier à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai philosophique.

"Car nous allons tous mal, chacun à notre manière. Et la nuit, je continue de me réveiller en sursaut. Je me prends à penser à tout ce que je n'ai pas fait, à tout ce que je devrais faire et que peut-être je ne ferai jamais. La peur de ne pas y arriver ne me lâche pas. Et parfois, je ne parviens pas à dormir."

Lorsqu'elle était jeune fille, son souhait était de devenir aussi légère qu'un papillon. Forte de sa propre expérience de l'anorexie, elle occulte toute la dimension dramatique du sujet, souvent distillée dans les écrits sur cette thématique. Je pense à Delphine de Vigan, Camille de Peretti, Nothomb qui se diffèrent à mon sens de l'écriture sublimée de Valérie Valère.

C'est toute la différence de Michela Marzano. Loin du rituel du vide et du plein, l'auteur raconte son quotidien auprès d'un père exigeant qu'elle cherche à satisfaire en se comportant en excellente élève.

"C'est le symptôme d'une parole qui ne parvient pas à s'exprimer autrement. D'un désir perdu dans la tentative désespérée de s'adapter aux attentes des autres."

Elle s'intéresse au corps, comme le vecteur d'ancrage au monde. L'anorexie est décrite comme un symptôme de l'idéal du moi, conforme aux attentes des autres. On oublie qui l'on est. Ce récit est celui d'un cri silencieux pour affirmer son propre désir en dépit du regard des autres.

Le récit est fragmentaire puisque Michela Marzano ne décrit pas les souffrances physiques anecdotiques mais accorde de l'importance aux mots qu'elle cherche. C'est un cri de vie, ce souhait de manifester la joie de vivre étouffée. C'est un langage qui surgit à la manière  de son propre parcours puisque l'auteur a appris la langue française pour fuir la langue des diktats de son père. Un très beau récit sur la force de l'être sur le paraître pour cette prisonnière du contrôle.

Certains livres vous touchent plus particulièrement et vous aident à arrêter de vous voir à travers le regard du père et de se détacher du scénario que nos parents ont écrit pour nous.

"Ce n'est pourtant qu'en tombant que l'on commence véritablement à vivre. Car on apprend alors à être vraiment présent. A côté de ce qu'il se passe. A côté de ses mots. A côté de notre désir."

Roman publié chez Grasset, puis Livre de poche, traduit par Camille Paul.


vendredi, 11 octobre 2013

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur.

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"Dans la lecture, je vais partir loin de ce qui me poursuit et qui n'a pas de visage."

A la manière d'un journal intime Jeanne Benameur évoque l'éveil à la féminité et la sensualité de Judith. Par petites phrases suggestives, on assiste à la découverte de l'amour par cette jeune étudiante dans les années 70. Les mots de Jeanne Benameur ne peuvent que résonner en nous dans cet appel à la liberté. La richesse de ce livre repose également dans la description du bonheur de lire. Les mots sont denses, sensibles, cotonneux, parfois, pour dire l'indicible.J'ai aimé cette façon toute particulière de décrire le mal-être de Judith dans cette famille tyrannique. Le portrait du père en pervers narcissique est bouleversant.

Et puis ce livre, c'est probablement un écho à notre propre vie...

"Dans les livres, j'oublie. Dans les livres, je respire. Il n'y a plus rien qui me menace à l'intérieur, je suis vraiment moi-même".

Un grand coup de coeur truffé de mots pépites à l'intérieur. Il y a tant à dire...mais je préfère vraiment qu'il soit lu plutôt que débattu...

 

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lundi, 23 septembre 2013

Kinderzimmer de Valentine Goby.

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"Mille ans la chaise roulante et grinçante, mille ans la vaisselle aux motifs de fleurs, mille ans les voilages  au crochet offerts par la tante de Mantes. Et identique le travail d'humain, de part et d'autre de la ligne de fracture, tous espaces et tous temps réunis: ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on."

"[...] elle lui dira que, par exemple, elle n'a pas oublié que le chien n'a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de chose, à un pari.La vie est une croyance."

"Là où il n'y avait qu'ignorance. Il faudra écrire des romans pour revenir en arrière, avant les événements, au début de tout."

...il faudra écrire et elle l'a écrit.

Je retrouve Valentine Goby, que j'aime particulièrement pour ses publications chez Autrement jeunesse, ses albums qui ne cessent de me rappeler chacun des enfants que j'accompagne, dans mon travail au quotidien.

Kinderzimmer évoque le quotidien d'une jeune femme déportée au camp de Ravensbrück, hiver 1944. Elle avance dans le froid, parmi les coeurs battants, ceux de ses soeurs de misère, "toutes haleines mêlées, épaule contre épaule, formant rempart autour de Mila", les vivantes mais aussi les ombres des disparues dans le Krematorium. Elles survivent avec cet espoir fou dans la Kinderzimmer, la salle dévolue aux nourrissons, seule lueur dans les ténèbres. Dans cette matrice de femmes enchevêtrées sur les paillasses du camp de concentration, l'histoire s'écrit au présent, le temps de l'ignorance, celui qui permet aux idées folles de subsister et à l'espérance de triompher. Très beau roman qui aborde le sujet de la vie qui perdure malgré la mort. La beauté de ce roman réside, à mon sens, dans toute la virtuosité à décrire ce sentiment perpétuel de vie parmi les cadavres, l'odeur de putréfaction et la morbidité qui règnent autour de la Kinderzimmer. La construction du roman souligne la nécessité permanente du devoir de mémoire. Exercice brillamment réussi sous la plume de Valentine Goby.

Je remercie Argalit.

 

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