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jeudi, 12 décembre 2013

Si même les arbres meurent de Jeanne Benameur.

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L'indicible en littérature jeunesse, voilà un thème qui attise beaucoup ma curiosité. Que dire, comment le dire, pourquoi le dire?

C'est à toutes ces interrogations que Jeanne Benameur répond joliment et poétiquement dans ce court texte.

Céline et Mathieu attendent dans les couloirs de l'hôpital. Leur papa est dans le coma. Leur maman est anéantie par le chagrin. Il pourrait être très triste ce texte mais il ne l'est pas car l'auteur réussit brillamment à inventer un univers, un monde imaginaire dans lequel évoluent les enfants.Leur père sera-t-il un héros plus fort que la mort?

Il est parfois difficile de trouver les mots face à la fatalité qui nous rend,nous les adultes, impuissants. C'est la force de l'imagination qui permet à Céline et Mathieu de surmonter la douloureuse attente.

Roman délicat qui se referme sur les douces paroles du sage Issaïa "on continue d’aimer parce que notre coeur de vivant continue de battre; Tu sais, les dates des venues au monde, des départs loin du monde, le coeur ne connait pas. Il ne lit pas les chiffres. Il sent seulement et c’est un bon guide pour le chemin. Mathieu écoute. Les paroles de l’homme ont rencontré son chagrin. Sans bruit, il s’est mis à pleurer."

Merci Christine.

 

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Lucia Antonia, funambule de Daniel Morvan.

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Lucia Antonia et Arthénice sont deux jeunes femmes funambules. Jumelles mais pas soeurs, non...elles sont juste nées le même jour. Dans le cirque d'Alcibiade, le grand-père de Lucia Antonia, elles marchent toutes les deux sur le fil... jusqu'à la chute mortelle d'Arthénice.

Lucia Antonia se voit contrainte de quitter le cirque. Sur une presqu'île, elle raconte des bribes de sa vie sous forme de fragments. Elle mène une double vie dans sa vie, double sang dans son coeur, la joie avec la peine, le rire avec les ombres.

La beauté du récit fragmentaire de Lucia Antonia nous émerveille. La parole d'une jeune femme endeuillée, taciturne. lucia Antonia est comme le loup: le feu coule dans ses veines, il remonte aux yeux mais rien pour les lèvres. Elle passe du fil à l'encre dans une jolie prouesse poétique. Daniel Morvan maîtrise l'art de la légèreté, de la beauté elliptique. L'amour réside dans les détails du quotidien auprès d'Arthénice avant que les cendres ne retombent sur elles.

Un joli livre onirique comme un subtil écho à La Folle Allure de Christian Bobin.

mercredi, 11 décembre 2013

Orphée Dilo et autres contes des Balkans Muriel Bloch/ Eric Slabiak/Gérard Dubois

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Je vous emmène à la rencontre d'Orphée Dilo. Joli nom pour un musicien errant. Muriel Bloch, la conteuse, l'a croisé avec son chien et son accordéon. Sa voix nous emporte et nous conte avec délice l'odyssée de cet homme sorti tout droit de la mythologie. 

"Les Balkans souffrent d'un trop plein d'histoire. [...]

Ici chaque peuple se croit forcé de faire quelque chose de grand. La seule chose de grand que nous ayons à faire c'est de vivre ensemble."

Paroles d'un macédonien, Balkans-transit, François Maspéro, Points Seuil.

 

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Un peu d'Occident, un peu d'Orient, Juifs, Orthodoxes, Musulmans, de la Thrace aux Carpates...tant de belles histoires nous sont contées de l'immense Empire Ottoman. Les tsiganes y avaient trouvé leurs chimères, sans cesse les guerres ont défait les frontières.

La musique d'Eric Slabiak (Les yeux noirs)offre un beau voyage sonore aux influences tsiganes.

Les illustrations de Gérard Dubois donnent à voir des petits tableaux patinés par le temps pour cette Macédoine, terre de musique, de mélancolie et de joie.

Les motifs qui encadrent chaque texte rappellent les ornementations d'Orient. 

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Ce bel objet est l'illustration même du bonheur tangible pour un peuple marqué par la tragédie.

Melina Mercouri vient nicher au creux de cet écrin une sublime chanson en honneur à l'amour maternel de Vana.

Comment le hérisson parvint à empêcher le soleil de se marier, pourquoi les Tsiganes furent dispersés sur la terre, ou comment Mélina la maline, fille du tailleur, parvint à se faire épouser par le roi... sans oublier l'odyssée endiablée d'Orphée Dilo... 

C'est un grand coup de , publié chez Naïve.


mardi, 10 décembre 2013

Petits poèmes pour passer le temps de Carl Norac et Kitty Crowther.

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Pour passer le temps, en attendant Noël, lire les poèmes de Carl Norac, des petites pépites...

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Réussir à partager ce plaisir avec un korrigan de huit ans "mais c'est la dame qui a fait de la mort une petite dame gentille, c'est Kitty Crowther, la maman de Scritch Scratch Dip Clapote" ...

 

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"Tiens c'est Virgule..."

 

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"Ce poème là, il faudra le dire à papa quand il rentrera..."

 

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"Ta copine Isa, elle a un coeur comme ça..."

Merci à  Un autre endroit !

lundi, 09 décembre 2013

Gadji de Lucie Land

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"Ne te demande pas si tu dois vivre ou mourir- mieux vaut chanter." Proverbe Rrom.

L'histoire de Katarina est un joli conte initiatique. Elle quitte sa Roumanie natale pour rejoindre sa cousine à Paris et connaître les bancs de l'école. Gadji c'est le nom donné aux gens qui n'appartiennent pas à la communauté Rrom. La jeune narratrice ne souhaite pas s'affilier à cette catégorie là, mais espère seulement pouvoir aller à l'école.

On suit Katarina des camps de caravanes où elle a "grandi comme on respire". Lucie Land décrit avec beaucoup de justesse le quotidien de la communauté . La fratrie joue dans les décharges, le papa accordéoniste est souvent absent tandis que la mère rêve sa vie devant la télévision dans la caravane, ce petit écran qui lui coûtera la vie. Katarina rêve d'une autre vie après le drame. Elle part pour Paris, devient sédentaire. Le bonheur, enfin? Pas vraiment...Katarina va au collège mais s'interroge beaucoup sur cette société de consommation où l'hypocrisie règne.

Katarina gadjé parisienne ou résolument Rrom? Fuir la misère ne fait pas tout.Le roman exprime toute la question de l'identité au travers de ce voyage initiatique d'un peuple malmené par l'histoire. Katarina vit et devient au travers la boue un être épris de liberté, forte de ses rencontres.Adolescente subtile et révolutionnaire qu'il est interessant d'accompagner au fil des pages du roman comme dans les pages noircies par les enfants du voyage que j'accompagne au quotidien.

 

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Merci Vanessa.

Pour Lazar, Edessa et Caroline...

mercredi, 04 décembre 2013

L'Ultime secret de Frida K. de Gregorio Leòn.

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Un polar mexicain...je ne suis pas très polar mais la couverture m'a attirée.

"L'ange de la mort plane sur Mexico. La Santa Muerte, patronne des bas-fonds, est partout - même tatouée sur le sein gauche de stripteaseuses assassinées. En plongeant dans les arcanes de ce culte morbide, le policier Machuca ignore encore quel lien unit ces crimes au mystérieux tableau récemment volé : un autoportrait inconnu de Frida Kahlo dédié à son amant Léon Trotski. Une toile qui pourrait bien avoir tué ce dernier et qui poursuit aujourd'hui son sanglant parcours..."

L'action se déroule à Mexico là où des sites consacrés à la Santa Muerte sont détruits. Non reconnue par le Vatican, ferait-elle ombrage à l'Eglise officielle? A chacune des détériorations s'ensuit l'assassinat de prostituées dans les collines misérables de l'arrière pays. Entre en scène l'inspecteur Machuca, homme désabusé et nonchalant.

Arrive en ville Daniela Ackerman, à la recherche d'un tableau volé de Frida Kahlo.Ce tableau semble méconnu du grand public, il s'agit d'un cadeau de l'artiste à Trotski. Ce don serait le symbole de leur union cachée.

Machuca évolue parmi les narcotrafiquants mexicains, il tente d'éclaircir le mystère du culte de la Santa Muerte.

Thriller plutôt baroque à l'image de Frida Kahlo, l'auteur s'amuse avec les travers de la société mexicaine corrompue.

Un beau moment de lecture pour qui aime l'univers de Frida Kahlo mais les puristes seront forcément déçus par cette multitude d'informations controversées sur l'assassinat de Trotski, les relations tumultueuses de Diego Riviera ...
Les récits se croisent, celui de l'enquête se mêle au récit de la vie de Frida Kahlo en 1940. Histoire et fiction s'unissent, les pages se tournent, le chat s'endort...et moi aussi!

lundi, 18 novembre 2013

Une Part de ciel de Claudie Gallay.

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"Les pères sont les failles des filles".

Voilà quelques jours maintenant où j'ai refermé ce livre et il m'est difficile d'avoir un avis tranché sur le nouveau roman de Claudie Gallay. J'ai bien apprécié l'univers riche de sens du roman  Dans l'Or du temps, pas encore lu Les Déferlantes . J'étais très enthousiaste en ouvrant Une part de ciel.

C'est l'histoire d'un retour aux sources pour Carole, dans le massif de la Vanoise, où son père Curtil a donné rendez-vous à ses trois enfants: Carole, Philippe et Gaby. Le retour est annoncé par une boule en verre dans laquelle la neige s'agite sur un décor particulier, jolie mise en abyme pour ce roman d'atmosphère, où le mal d'autrui n'est qu'un songe.Les tanagras, petites statuettes simples, s'invitent ici comme un écho à Dans l'Or du temps.

Retour dans le village d'enfance, la narration se veut cyclique dans ce récit journalier des retrouvailles fraternelles.On s'attache au fil des pages aux habitants du Val-des-Seuls, pourtant Claudie Gallay raconte simplement l'infiniment petit du quotidien comme un éloge de la lenteur.

On serait tenté parfois de laisser là la quiétude routinière des personnages mais l'auteur réussit habilement à nous engluer dans ce lien familial, dans les non-dits. On avance dans la brume, on scrute la photo de la serveuse du bar à Francky, on pénètre dans le bungalow glauque de Gaby.

Le personnage de la Baronne est tout en délicatesse. Elle pense que l'homme n'est pas bon, que c'est pure hypocrisie  que de dire qu'il l'est, mais qu'admettre cela conduirait à remettre en question une part importante de notre système de relation aux autres. Admettre ce principe c'est courir vers la perte de l'humanité. "Il était essentiel donc que la société cultive cet angélisme aveugle".

L'univers est âpre, Une Part de ciel est sombre comme les mois d'hiver, surprenant comme le lac gelé. On avance...on s'essoufle dans la vallée enneigée mais quitter ce roman de Claudie Gallay laisse un sentiment d'ambiguité sur la quête d'absolu, d'humilité et les possibles chemins que l'on emprunte dans la vie."Le temps que l'on passe à se souvenir est du temps que l'on n'a plus pour vivre."

Cette lecture rentre dans le cadre des Matchs de la rentrée, Priceminister.

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lundi, 04 novembre 2013

Sanderling d'Anne Delaflotte Mehdevi.

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Je garde en mémoire un excellent souvenir du premier roman d'Anne Delaflotte Mehdevi Fugue.

Je me réjouissais pour cette rentrée littéraire 2013 de retrouver cette plume si singulière et cette faculté à créer des univers qui vous emportent loin du quotidien.

C'est au Groenland, dans les étendues du Grand Nord que l'auteur nous emmène. On suit les pas de Landry. Il est paysan et s'attarde dans cette immensité blanche et naturelle parce que sur ses terres, personne ne l'attend. Le portrait de cet homme solitaire le rend très attachant.

Lorsqu'il évoque la société occidentale, il la compare à un siphon, un siphon qui a aspiré et aspire, à coups d'argent, de germes, d'alcool, de technologie, d'humanisme-alibi, tout ce qui a vocation à être aspiré, c'est-à-dire tout.

L'espèce humaine prend des risques, qu'elle paie, collectivement, ou paiera. Lorsque Landry retrouve ses terres, un nuages de cendres s'épaissit dans le ciel. A la manière de Lee Seung-U dans Ici comme ailleurs, dans  l'enlisement ,il faut tout désapprendre de soi et des autres. Kafka et Camus s'invitent sous la plume d'Anne Delaflotte Mehdevi.

Un très bon roman sur le monde rural, sur la solidarité de l'homme face à la nature qui n'est pas sans rappeler le roman de Giono Batailles dans la montagne.

Un petit passage pour savourer l'univers chaleureux de ce roman malgré la catastrophe naturelle...

" La feue boîte de galettes bretonnes qui renferme maintenant les petits pavés de sucre tient la place d'honneur, au centre de la table. La boîte s'ouvre et se ferme maintes fois, du petit matin à l'heure du coucher, pour rabonnir un café, faire le petit canard dans la gnôle. Sa belle-fille prend des sucrettes, ersatz de sucre. Lucette fait mine d'être outrée de ces simagrées, mais profondément elle s'en moque, de cela et de beaucoup d'autres choses. Il y a longtemps que le sucre ne peut plus lui faire mal aux dents, elle porte un dentier. Pourvu qu'il y ait du sucre dans le sucrier et de l'électricité pour faire fonctionner son système de surveillance vidéo des étables, tout va bien."

L'environnement est un sujet à la mode, le considérer sérieusement une très vague option. Laissez vous emporter tel l'oiseau migrateur, le sanderling, au coeur de l'émerveillement que procure ce très beau roman.

Ringrazio mio fratello.


vendredi, 01 novembre 2013

Frida et Diego de Fabian Negrin.

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J'aime beaucoup ressortir cet album jeunesse à la fête des morts. Il évoque l'histoire de Frida Kahlo et Diego Rivera sous une allure enfantine.

A la fête des morts, une grande veillée est célébrée au cimetière. On apporte des offrandes aux défunts. Sur des morceaux de tissus rouges, ils disposent de façon géométrique les plats préférés des défunts et tout autour des vases débordant de fleurs jaune orangé.

Sur fond de culture mexicaine, on suit les aventures des jeunes Frida et Diego. L'auteur s'est amusé à reprendre les particularités de chacun, en cultivant pour Diego l'image du pachyderme gavé de têtes de mort en sucre et de la belle colombe . La réputation d'ogre et de séducteur de Diego est joliment mise en scène dans cet album aux couleurs chatoyantes. Frida poursuit Diego dans le cimetière, après l'avoir surpris  lorsqu'il embrassait Rosa Spinosa. Ils vont passer de l'autre côté du miroir et découvrir le monde des morts et ainsi apprendre à surmonter leur peur.

Voici un joli reflet de la culture mexicaine dans sa dualité originelle.

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 En attendant ma visite au Musée de l'Orangerie pour l'exposition Frida Kahlo/ Diego Rivera du 9 Octobre 2013  au 13 Janvier 2014, je m'enrichis de nouvelles lectures.

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jeudi, 31 octobre 2013

Double jeu de Jean-Philippe Blondel.

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"C'est ce que je veux faire.

C'est ce que je veux faire de ma vie.

Partir à l'autre bout du monde dans des peaux qui ne sont pas les miennes. Dans les peaux de papier qu'un écrivain mort a créées, des années avant ma naissance.
Incarner.

Je veux incarner." 

 Le lycée Clémenceau, chez les bourges. Voilà le sort réservé à Quentin, cet adolescent en rupture scolaire. Il tentera d'être discret dans ce nouveau lieu, transparent même, dans cet univers où son passé le poursuit.

Le narrateur Quentin, âgé de 16 ans, nous emporte dans la narration. Les phrases sont courtes, les dialogues incisifs.

Comment peut-on évoluer sereinement dans un nouveau cadre social où les codes nous échappent? Comment réagir dans ce nouvel environnement? S'adapter? Se révolter? Rester soi-même? Comment s'épanouir?

Comment  faire abstraction des préjugés? L'éducation nationale en est-elle capable?

C'est à toutes ces questions que Jean-Philippe Blondel  tente de répondre brillamment en soulignant les écueils du système éducatif.

Quentin attend la rencontre avec la personne qui surmontera les préjugés. C'est l'histoire d'une rencontre avec l'art,également, celui du théâtre et c'est un beau moment de lecture.

Je remercie Bouma.

vendredi, 18 octobre 2013

Le Bruit de tes pas de Valentina D'Urbano.

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La Forteresse, banlieue ouest de la ville, la colline où personne ne s'aventure, le ghetto des fauves.

"C'est peut-être le milieu qui nous avait produits. On avait peut-être ça dans le sang. C'étaient peut-être les gens qu'on fréquentait, l'ennui, l'absence de buts. La certitude de ne pas pouvoir évoluer, la prise de conscience de l'inéluctable. Dehors, les années se succédaient, et le monde changeait. Au fond de nous-mêmes, on restait figés. On n'avait pas de raison de vivre, on n'était pas capables d'en trouver une. On vivait, un point c'est tout."

Le délabrement, c'est sa faute...voilà le motif invoqué pour justifier cette exclusion de la société d'Alfredo et Beatrice. Lui est élevé par un père brutal et alcoolique, elle évolue dans une famille pauvre mais unie. Ils sont inséparables, jumeaux pour certains.

Roman semblable à D'Acier de Silvia Avallone, le roman décrit une jeunesse pauvre et paumée. Le Bruit de tes pas évoque le vide moral d'un pays désemparé. A l'après-fascisme  succède le terrorisme des années de plomb en Italie. Berlusconi arrive pour effacer ce poids douloureux du passé en brandissant l'idée mensongère d'un miracle économique.

Une vie heureuse est possible et les velléités de Beatrice en témoignent dans ce désir de fuite, d'exil. Les jeunes italiens ont envie de croire en une existence de jouissance. Berlusconi vend du rêve libéral, la sous-culture berlusconienne élimine dès lors l'idée d'effort et du sacrifice.

Pour Alfredo, il est licite de croire en la facilité. Sa fuite est différente, elle s'accomplit dans les effluves de la drogue.

Roman à la troisième personne, la voix n'est jamais totalement objective. L'auteur semble lutter avec ses personnages. Valentina D'Urbano raconte son monde de la manière la plus ample qui soit.

Les publications littéraires italiennes récentes redonnent force à la littérature et au pouvoir des mots. Dans l'atmosphère sombre, de délitement, ce roman dit beaucoup sur l'époque que la société italienne traverse. 

Un roman d'une grande force publié chez Philippe Rey et traduit par Nathalie Bauer.

Je remercie Marie-Florence.

 

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Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri De Luca.

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"J'avais la petite chambre où je dormais sous les châteaux de livres de mon père. Ils s'élevaient du sol au plafond, c'étaient les tours, les cavaliers et les pions d'un échiquier placé à la verticale. La nuit, des poussières de papier entraient dans mes rêves."

Le jeune garçon a dix ans. Il passe trois mois, chaque été, sur un petite île italienne. Cet été là, le rempart des livres s'est écroulé et il a commencé à pleurer. Il apprend la douleur de la vie. Cette sensibilité qui le rend tout à coup coupable face au monde. Il découvre l'amour, cette énergie qui a besoin d'autrui, sentiment étrange pour ce jeune solitaire qui se suffit à lui même.

C'est un très beau récit autobiographique sur la naissance du sentiment amoureux, la perception du corps mais aussi une jolie parabole de la justice. Erri De Luca nous conte l'opposition de l'enfant face au monde des adultes.

Sur l'île, la vie est sauvage, sans heures, l'hygiène simplifiée, la chevelure  est un  buisson indiscipliné. L'île étouffante devient le lieu de la liberté.

Livre gracieux qui ramène à l'enfance et invite une deuxième fois le passé. Erri de Luca convoque les absents, plante autour de lui les personnes d'une deuxième rencontre. Ce retour sur un événement du passé donne une allure plus vive et plus essentielle de la vie.

C'est un récit des sensations; les sensations qui à leur tour deviennent les formats propices aux apprentissages.

Sur l'île, on apprend en observant le métier noble des pêcheurs. La mer n'enseigne rien, elle fait à sa façon.

Roman publié chez Gallimard, traduit par Danièle Valin.

Merci à l'équipe de Libfly, livre lu pour le prix Jean Monnet 2013, Salon des littératures européennes de Cognac.

jeudi, 17 octobre 2013

Légère comme un papillon de Michela Marzano.

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Michela Marzano, philosophe italienne, nous livre dans Légère comme un papillon un texte fort singulier à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai philosophique.

"Car nous allons tous mal, chacun à notre manière. Et la nuit, je continue de me réveiller en sursaut. Je me prends à penser à tout ce que je n'ai pas fait, à tout ce que je devrais faire et que peut-être je ne ferai jamais. La peur de ne pas y arriver ne me lâche pas. Et parfois, je ne parviens pas à dormir."

Lorsqu'elle était jeune fille, son souhait était de devenir aussi légère qu'un papillon. Forte de sa propre expérience de l'anorexie, elle occulte toute la dimension dramatique du sujet, souvent distillée dans les écrits sur cette thématique. Je pense à Delphine de Vigan, Camille de Peretti, Nothomb qui se diffèrent à mon sens de l'écriture sublimée de Valérie Valère.

C'est toute la différence de Michela Marzano. Loin du rituel du vide et du plein, l'auteur raconte son quotidien auprès d'un père exigeant qu'elle cherche à satisfaire en se comportant en excellente élève.

"C'est le symptôme d'une parole qui ne parvient pas à s'exprimer autrement. D'un désir perdu dans la tentative désespérée de s'adapter aux attentes des autres."

Elle s'intéresse au corps, comme le vecteur d'ancrage au monde. L'anorexie est décrite comme un symptôme de l'idéal du moi, conforme aux attentes des autres. On oublie qui l'on est. Ce récit est celui d'un cri silencieux pour affirmer son propre désir en dépit du regard des autres.

Le récit est fragmentaire puisque Michela Marzano ne décrit pas les souffrances physiques anecdotiques mais accorde de l'importance aux mots qu'elle cherche. C'est un cri de vie, ce souhait de manifester la joie de vivre étouffée. C'est un langage qui surgit à la manière  de son propre parcours puisque l'auteur a appris la langue française pour fuir la langue des diktats de son père. Un très beau récit sur la force de l'être sur le paraître pour cette prisonnière du contrôle.

Certains livres vous touchent plus particulièrement et vous aident à arrêter de vous voir à travers le regard du père et de se détacher du scénario que nos parents ont écrit pour nous.

"Ce n'est pourtant qu'en tombant que l'on commence véritablement à vivre. Car on apprend alors à être vraiment présent. A côté de ce qu'il se passe. A côté de ses mots. A côté de notre désir."

Roman publié chez Grasset, puis Livre de poche, traduit par Camille Paul.


vendredi, 11 octobre 2013

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur.

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"Dans la lecture, je vais partir loin de ce qui me poursuit et qui n'a pas de visage."

A la manière d'un journal intime Jeanne Benameur évoque l'éveil à la féminité et la sensualité de Judith. Par petites phrases suggestives, on assiste à la découverte de l'amour par cette jeune étudiante dans les années 70. Les mots de Jeanne Benameur ne peuvent que résonner en nous dans cet appel à la liberté. La richesse de ce livre repose également dans la description du bonheur de lire. Les mots sont denses, sensibles, cotonneux, parfois, pour dire l'indicible.J'ai aimé cette façon toute particulière de décrire le mal-être de Judith dans cette famille tyrannique. Le portrait du père en pervers narcissique est bouleversant.

Et puis ce livre, c'est probablement un écho à notre propre vie...

"Dans les livres, j'oublie. Dans les livres, je respire. Il n'y a plus rien qui me menace à l'intérieur, je suis vraiment moi-même".

Un grand coup de coeur truffé de mots pépites à l'intérieur. Il y a tant à dire...mais je préfère vraiment qu'il soit lu plutôt que débattu...

 

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lundi, 23 septembre 2013

Kinderzimmer de Valentine Goby.

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"Mille ans la chaise roulante et grinçante, mille ans la vaisselle aux motifs de fleurs, mille ans les voilages  au crochet offerts par la tante de Mantes. Et identique le travail d'humain, de part et d'autre de la ligne de fracture, tous espaces et tous temps réunis: ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on."

"[...] elle lui dira que, par exemple, elle n'a pas oublié que le chien n'a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de chose, à un pari.La vie est une croyance."

"Là où il n'y avait qu'ignorance. Il faudra écrire des romans pour revenir en arrière, avant les événements, au début de tout."

...il faudra écrire et elle l'a écrit.

Je retrouve Valentine Goby, que j'aime particulièrement pour ses publications chez Autrement jeunesse, ses albums qui ne cessent de me rappeler chacun des enfants que j'accompagne, dans mon travail au quotidien.

Kinderzimmer évoque le quotidien d'une jeune femme déportée au camp de Ravensbrück, hiver 1944. Elle avance dans le froid, parmi les coeurs battants, ceux de ses soeurs de misère, "toutes haleines mêlées, épaule contre épaule, formant rempart autour de Mila", les vivantes mais aussi les ombres des disparues dans le Krematorium. Elles survivent avec cet espoir fou dans la Kinderzimmer, la salle dévolue aux nourrissons, seule lueur dans les ténèbres. Dans cette matrice de femmes enchevêtrées sur les paillasses du camp de concentration, l'histoire s'écrit au présent, le temps de l'ignorance, celui qui permet aux idées folles de subsister et à l'espérance de triompher. Très beau roman qui aborde le sujet de la vie qui perdure malgré la mort. La beauté de ce roman réside, à mon sens, dans toute la virtuosité à décrire ce sentiment perpétuel de vie parmi les cadavres, l'odeur de putréfaction et la morbidité qui règnent autour de la Kinderzimmer. La construction du roman souligne la nécessité permanente du devoir de mémoire. Exercice brillamment réussi sous la plume de Valentine Goby.

Je remercie Argalit.

 

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mardi, 17 septembre 2013

Le Corps humain de Paolo Giordano.

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Afghanistan, le peloton Charlie, envoyé en mission de paix. Certains mots peuvent faire fuir...et pourtant. Loin du traité d'anatomie, voici ce que nous livre le physicien et romancier Paolo Giordano après l'immense succès de son premier roman La Solitude des nombres premiers, une histoire tragique, celle de la guerre. Les corps et la chair sont omniprésents.Des corps jeunes qui partent pour la première mission de leur vie. Ils partent loin de leurs villes et de leurs vies. Paolo Giordano utilise la guerre comme symbole d'une transformation de ces jeunes gens qui ont entre vingt et trente ans.L'âge des choses vraies, d'une responsabilité naissante.

Les corps deviennent une entité compacte sous le nom de peloton Charlie. Ces corps qui ne font plus qu'un, qui exploseront sous les bombes, comme explose à son tour la notion de groupe. Des hommes comme Cederna, Mitrano, Torsu pleins d'espoirs, de rêves pour l'avenir. Une femme singulière Zampieri, parmi ces hommes, parmi cette guerre qui fera voler en éclats leurs certitudes.

Le Corps humain n'est pas simplement un roman sur la guerre. C'est un roman sur la métamorphose de l'être humain, la transformation. La difficulté de grandir et de passer au monde adulte devient le leïtmotiv de ce roman.

Texte puissant , d'une grande sensibilité sur la natation synchronisée des combats armés et ceux du quotidien. On ne peut que ressentir une empathie profonde pour ces hommes qui ne nous laissent pas indifférents, à l'heure des choix de vie.

A l'automne 2010, l'auteur fait un voyage d'une dizaine de jours en Afghanistan, avec des troupes italiennes.Voici les images...

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

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jeudi, 29 août 2013

L'Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza.

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Retrouver la plume de Goliarda Sapienza est toujours une promesse d’un grand moment de lecture. L’Université de Rebibbia retrace le séjour que fit Goliarda dans une prison en 1980.  Epuisée par les refus des maisons d’édition pour son texte L’Art de la joie  , Goliarda souhaite plus que tout se soustraire au monde du dehors et provoque son enfermement en commettant un vol de bijoux. Est-ce le désespoir qui mène cette femme sicilienne de soixante ans dans les couloirs de la prison de Rebibbia? 

L’acte de désespoir se transforme en ouverture d’esprit chez ces femmes emprisonnées mais éprises de liberté. Ce gynécée moral offre un bel hymne à la liberté, à la connaissance du monde, des femmes, de la prostituée à la voleuse et aux jeunes révolutionnaires. Goliarda Sapienza illumine le microcosme carcéral de sa plume virtuose. En grande observatrice, l’enfermement lui offre cette possibilité d’observer et d’apprendre le monde qui l’entoure. Elle emprunte les chemins de traverse, conformément à son idéologie anarchiste de ne pas être le mouton de Panurge. Sa différence est le fruit de sa richesse culturelle.

Démunie face à cette différence aux autres, elle commet ce vol pour se soustraire à la morosité de sa vie.

Face à la singularité de ses congénères, Goliarda Sapienza apprendra à mieux se connaître elle-même. L’incarcération s’apparente à l’apprentissage en plusieurs étapes de l’isolement où elle apprend à gérer son imagination à l’intégration parmi les autres détenues. Elle s’efforcera de s’adapter aux autres, au dialecte des campagnes siciliennes pour ne pas paraître trop différente des autres. Goliarda brosse des portraits attendrissants de femmes qui émeuvent par leur parcours. Giovanella qui commet un délit pour pouvoir avorter en prison notamment, Ramona et la puissance de son chant nomade féru de liberté, Roberta l’intellectuelle révolutionnaire  qui inspire énormément Goliarda. Porte voix d’une Italie en pleine mutation, Goliarda dénonce avec brio les conséquences d’une éducation de masse, dépourvue d’idéaux sociaux. La prison est la vitrine d’une Italie malade. Lieu de connaissances, Rebibbia s’apparente à une université où l’on apprend dans le dénuement. Un très beau livre humaniste à l’image de son auteur.

Roman en publication chez Attila/ Le Tripode , Septembre 2013.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

 

 

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Le Don du passeur de Belinda Cannone.

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Belinda Cannone rend hommage à l’homme qui a râté sa vie, l’homme déraciné de la Sicile à la Tunisie, en passant par Marseille, ce père inadapté à la société. La seule chose réussie est l’ éducation de ses enfants auxquels il apprend à voir les choses et les nommer.

Ce sont les carnets intimes réunis à la mort de son père qui inspireront cette ode à la filiation tout en pudeur,au moment même où Belinda Cannone perd une malle de textes intimes.

Formidable support d’écriture pour rendre hommage à « cette fleur sauvage poussée sur le terreau de l’humanisme » dans « cette chute radicale du désir de vivre et cette utilisation du corps pour signifier ».Un homme de feu qui tombe dans la négativité pure, plus proche d’un héros de roman que d’une personne réelle. Un beau roman, tendre, sur la transmission, loin d’une simple biographie, elle souligne avec simplicité la puissance du faible proche de L’Idiot de Dostoïewski tout au long des treize chapitres. Ce père qui lui donne l’impulsion d’écrire, pour maîtriser et demeurer en équilibre. 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

 

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dimanche, 25 août 2013

La Vie à côté de Mariapia Veladiano.

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Rebecca en hébreu signifie « jeune et belle » mais la jeune héroïne du roman de Veladiano souligne le paradoxe de ce prénom. Rebecca est née laide et n’a pas le recul nécessaire pour commenter sa propre vie ébréchée. L’objectivité manque à Rebecca et c’est sous l’angle où  la vie l’a contrainte, par la brèche que la honte et la peur l’ont laissée  qu’elle nous conte son histoire. «  Une petite fille laide n’a pas de projets pour son avenir. Elle le craint et ne le désire pas car elle ne peut l’imaginer meilleur que son présent. »

 

Dans la maison au bord du fleuve, Rebecca vit en silence. Son père, médecin, est très souvent absent et sa mère a pris le deuil à sa naissance. La mère et la fille ne se parlent pas. Quel douloureux secret cache ce mutisme de part et d’autre? C’est grâce à l’apprentissage du piano que Rebecca perçoit la vie à côté, celle du langage, de la parole au travers des mains. Veladiano offre un roman troublant sur le dépassement de soi et la maîtrise de son destin. La musique est un formidable échappatoire à la monotonie du quotidien et donne voix à la différence.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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Mobiles de Sandra Lucbert.

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Roman polyphonique où l'on part à la rencontre de  Méta (thésard), Marianne (psychologue), Mathias (artiste) , Raphaël (cinéaste et magasinier à la BNF) et leurs amis. Ces jeunes trentenaires débutent leur vie professionnelle et on assiste aux tumultes de leurs vies actives. Résolument moderne, la plume de Sandra Lucbert brosse le portrait de jeunes gens, pétris d'idéaux face à une société qui va mal. Leurs études ont façonné ces jeunes gens de telle sorte que leurs velléités ne sont plus tout à fait en adéquation avec la société.
Sous couvert d'une quête très nombriliste qui se résume à la question suivante "Tu crois que je suis entrain de rater ma vie?", chacun des personnages tente de s'adapter ou de s'opposer à sa manière à ce monde incompréhensible. Sandra Lucbert évoque l'âpreté du quotidien dans le monde du travail où de plus en plus l'asservissement ne permet plus la réflexion et toutes les tentatives de fuite du monde réel, propice à l'aliénation, sont vaines. Comment surmonter les doutes d'une certaine jeunesse dans cette époque troublée? Voici tout l'enjeu de ce premier roman de Sandra Lucbert.
Livre lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et le Furet du Nord.

 

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Sous la terre de Courtney Collins.

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Le roman s'ouvre sur un déluge, celui de la naissance d'une petite fille,  bercée par sa mère, dans la boue et l'obscurité. Quelques instants plus tard, elle lui tranche la gorge et l'enterre. Nous sommes en Australie, en 1921. La jeune Jessie a tué quelques heures plus tôt son mari honni. Avant de prendre la fuite, elle a mis le feu à la ferme, lieu de leur habitation, lieu de ses souffrances.
 
Sous une prose lumineuse, c'est la voix de l'enfant d'outre-tombe qui nous conte l'échappée de sa mère, Jessie Hickman, première femme bushranger. "Vous aimeriez peut-être imaginer votre mère occupée à tricoter des plaids qui grandissaient dans tous les sens et toutes les couleurs pendant qu'elle vous portait dans son sein. Ou, au pis, à vomir dans un seau. La veille de ma naissance, ma mère dessouda mon père pendant que je reposais en elle."
 
Très vite traquée par son ancien amant Jack Brown et un sergent héroïnomane Andrew Barlow, elle croisera au cours de sa cavale des filles de joie, des voleurs de chevaux, des enfants nomades...
 
L'histoire vraie de Jessie Hickman, première femme hors-la-loi du XIX ème siècle, est joliment romancée dans ce premier roman de Courtney Collins. Jessie commença à gagner sa vie à l'âge de huit ans dans un cirque où elle apprit à dresser les chevaux avec beaucoup d'habileté. Une fois le cirque vendu, elle gagna sa vie en volant les cheveux. Elle fut emprisonnée puis mariée à Fitz, son tuteur, un homme violent.
 
C'est là le point de départ du roman même si la narration relate des événements de la prime enfance de Jessie. Cette voix d'outre-tombe nous emporte au fil de la narration.
"La terre, telle que je la perçois, est tassée à certains endroits et brisée à d'autres. Les événements semblent donc se télescoper. Ainsi, la mise en terre et la mise au monde. Ce n'est pas la beauté lisse et ondoyante du ruban qui se déploie. Non. La terre se gondole sous l'effet de toutes les histoires qu'elle recèle, histoires de ceux qui vagissent et de ceux qui crèvent."
 
Ce roman offre un merveilleux voyage dans les grands espaces de l'Australie, les paysages sont décrits avec précision, les  montagnes et les rivières de la Nouvelle Galles du Sud sont un cadre splendide pour ces longues chevauchées  au travers de la région. On suit les traces laissées par les oiseaux et le bétail et les chevaux et les humains qui partout s'entrecroisent. Les histoires se chevauchent, comme les corps en terre, tissant entre elles les intimités les plus insolites.
 

 

Roman lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et Le Furet du Nord.

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lundi, 08 juillet 2013

Dans ma valise...

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Des livres voyageurs, des emprunts...des pépites pour passer un bel été!

jeudi, 27 juin 2013

La tête dans les choux de Gaia Guasti.

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La quatrième de couverture nous annonce un retour à la terre: les péripéties de la famille de Margotte, des néo-ruraux. Programme très prometteur et joliment mené sous la plume de Gaia Guasti.

Et pourtant Margotte, treize ans, semble très mécontente du choix de vie de ses parents. Quel est l' intérêt de moisir au fin fond de l'Ardèche comme les pâtes de fruits que sa mère s'entête à fabriquer "homemade"?

Margotte se joue de toutes les manies des objecteurs de croissance. Non sans ironie, Gaia Guasti souligne avec brio la cocasserie des situations de ce couple de néo-ruraux.

Dans le hameau de dix-sept habitants, Margotte fait la connaissance d'une jeune fille plutôt mystérieuse, nommée Justine. Lors des trajets en bus que Margotte supporte difficilement malgré l'enthousiasme du chauffeur Chérif pour la soutenir, elle prendra connaissance de ses congénères grâce aux propos très peu rassurants de Justine.

Elle rencontre également le beau Théo et ses dreadlocks et le hameau prend tout à coup une couleur plus sympathique.

Malgré les joies des découvertes de la nature, Margotte craint que sa soeur, petite fille à paillettes de quatre ans, ne perde de sa splendeur dans cette campagne.

C'est pourtant grâce à Clairette que Margotte apprendra les mystères du hameau des Chastaniers.

La voix de Margotte, narratrice, nous emporte dans les péripéties de la petite famille. Même si la succession des événements est plutôt sobre, le lecteur s'amuse beaucoup avec l'ironie des propos. L'humour de l'auteur ne manquera pas de charmer les jeunes (et moins jeunes) lecteurs.

Le portrait de Margotte, assez renfrognée, jeune fille qui réfléchit beaucoup (trop?) peut permettre avec aisance une certaine identification. Elle cultive l'ironie à son propos et le bain de paroles qu'elle nous livre ne peut que laisser sur nos lèvres un doux sourire.

J'ai très envie de découvrir Mayo, ketchup ou lait de soja et La dame aux Chamélias de Gaia Guasti.

Roman publié chez Thierry Magnier, Avril 2013.

lundi, 24 juin 2013

Silhouette de Jean-Claude Mourlevat.

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Jean-Claude Mourlevat...je garde un très bon souvenir de cet auteur grâce à une lecture oralisée pendant mes études de L'Enfant Océan.

Je recherchais un texte dôté d'un grand pouvoir imaginaire et j'étais certaine de profiter de ce voyage avec cette dernière parution de Mourlevat.

Silhouette est composé de dix nouvelles.Des nouvelles fortes et cruelles, avec des personnages qui s'apparentent à des héros ordinaires.

Les situations sont mystérieuses et les velléités des différents personnages sont vouées à l'échec. Les chutes de chacune des nouvelles vont clore de manière brutale et pleine de sens l'univers que l'auteur réussit brillamment à mettre en place.

J'ai ressenti parfois le vertige qu'offre la littérature lorsqu'elle nous emporte très loin du quotidien. Chaque nouvelle renferme le désir ou la quête d'un personnage qui seront anéantis. Les personnages sont plutôt mélancoliques mais l'humour noir apporte beaucoup de vivacité à la narration.

On assiste, dans un climat étrange, aux vanités des uns et des autres, qui ne nous sont pas totalement étrangères.

La narration très réaliste avec des lieux précisément décrits nous confortent dans l'idée que ce peut être l'histoire de Monsieur ou Madame tout le monde. La fatum frappe, la chute tel un couperet tombe sur le destin des personnages.

La dernière nouvelle est une très belle mise en abyme du pouvoir narratif et du sentiment d'injustice.

Silhouette de Jean-Claude Mourlevat, Scripto Gallimard, Janvier 2013.

vendredi, 21 juin 2013

Swap "Des mots et des notes"

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Que cachent ces jolis paquets de bigoudènes et notes de musique?

Premier indice ma swappée est une bretonne et n'est autre que Fransoaz.

Le swap Des mots et des notes proposait le doux mariage de la littérature et de la musique.

Fransoaz et moi avons beaucoup d'affinités de lecture et nous avons beaucoup apprécié les recherches sur ce thème.

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 Côté lecture, voici les choix de Fransoaz:

Prodige de Nancy Huston 

Corps et âme de Franck Conroy.

Je voulais lire le roman de Franck Conroy, depuis bien longtemps, nous allons faire une lecture commune puisque j'ai offert le même roman à ma swappée!

J'aime bien l'écriture de Nancy Huston et suis ravie de découvrir Prodige.

Côté musique, je suis une fan de piano. Fransoaz a trouvé deux sublimes albums qui accompagneront mes longues heures de lecture.

Night book d'Einaudi.

Molène de Didier Squiban (accompagné d'un très beau livret de photos de paysages bretons).

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Côté délices, ma swappée a pris bonne note de mon éviction gluten/ lactose et a pris son temps pour trouver mon bonheur!

-Chocolat Dardenne gluten free,car je suis une grande adepte, j'ai pu découvrir celui aux fruits secs et vais de ce pas passer la commande à ma coop bio, c'est une tuerie!

-Chocolat au caramel beurre salé pour mes hommes

-Un délicieux thé vert aux agrumes des Jardins de Gaïa  que je vais déguster dans un joli mug!

-Une petite préparation de La Paimpolaise, qui a ravi le palais de mes deux bretons.

Et puis un torchon avec bigoudènes qui me plait beaucoup!

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 Et puis un petit korrigan que Fransoaz a rencontré dans la forêt d'Huelgoat, en Août 2011, fut très surpris que quelques paquets lui soient adressés! Il garde précieusement sa sucette au chocolat à tremper pour un goûter de grande occasion! Les marque-pages se sont déjà glissés au creux de ses livres.

Me voici ravie pour ce jour de fête de la musique! Fransoaz a réussi à cerner mes goûts littéraires et musicaux avec brio. Je remercie vivement Fransoaz et Anne notre gentille organisatrice pour ce délicieux moment de partage autour de la littérature et la musique.

 

                                                          

     

jeudi, 06 juin 2013

Inassouvies nos vies de Fatou Diome.

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Première rencontre avec Fatou Diome et je ne suis pas déçue de ce beau voyage et cette expérience enrichissante. Ouvrir Inassouvies, nos vies c'est un peu commencer un dialogue avec Fatou Diome, le temps d'un thé pour infuser nos vies et partager leur saveur. L'espace de la feuille blanche  est donné comme une ouverture au dialogue avec son lecteur car "Que garde-t-on des humains? Que gardent-ils de nous? Que reste-t-il de nos rencontres?[...]L'ordinateur véhicule des amitiés dyslexiques. Derrière l'écran, les tendresses sont des mets succulents sous cloche, hors d'atteinte."

C'est l'histoire de Betty, une jeune femme, qui vit un peu en marge de la société, venue d'Afrique, elle s'est installée à Strasbourg. Elle semble désabusée par le quotidien et trouve refuge dans son appartement où elle passe le plus clair de son temps à épier ses voisins de l'immeuble d'en face avec une curiosité toute émoussée. Une sorte de Fenêtre sur cours , mais en beaucoup plus poétique.

L'immeuble est cossu, la population est plutôt riche. Parmi elle, vit une vieille dame qui soliloque avec son chat. Elle tente d'interpréter le quotidien de ses voisins par ce qu'ils donnent à voir depuis l'angle de vue de sa fenêtre. Petit à petit, Betty va apprivoiser Félicité, la vieille dame, veuve de guerre. Très rapidement, à la demande de la famille, Félicité sera internée en maison de retraite.

"Incroyable, ce que l'absence d'une personne qui ne vous est rien peut, soudain, bouleverser l'équilibre de votre vie. Comme la façade des immeubles et les arbres, que nous remarquons à peine en traversant la rue, les visages familiers sont des repères sans lesquels le cerveau se trouve désorienté et opère des vrilles sur lui-même." Betty lui rendra visite, lui fera la lecture.

La plume de Fatou Diome enchante le quotidien, dans son caractère inassouvi: inassouvies nos attentes, inassouvies nos rencontres, inassouvi notre désir de communion avec autrui...

" Nous sommes là, comme des petits poissons jetés dans la nacelle du monde."

Toutes les anecdotes du voisinage de Betty résonnent en nous. On accompagne les pérégrinations de l'esprit de Betty sur des sujets tels que la vieillesse, la mort, l'amour, l'attente... la vie en somme.

"La facilité des échanges est une illusion de notre époque. En multipliant les moyens de communication, la société moderne a rehaussé, proportionnellement, ses barrières."

Des barques se croisent sur l'océan de la vie, je remercie vivement Clara et Sabeli d'avoir mis celle-ci sur mon chemin. Je n'écouterai plus jamais Djelimoussa Cissoko et la Kora sans penser à ce magnifique roman.

Analyser la violence de certains courants de la vie avec Fatou Diome est un formidable voyage poétique. "Tant qu'on respire, chaque jour mérite d'être joliment habillé". Vivre est un condiment étrange, indispensable à toutes les sauces, mais qui ne révèle sa saveur qu'au contact d'autres épices.


mardi, 04 juin 2013

Le Génie de l'éléphant de Marco Missiroli.

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Un grand coup de coeur! Pourtant, j'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre. Missiroli  enchaîne les ellipses dans la narration et distille de petits indices au fil des pages pour découvrir petit à petit les secrets et mystères de ses personnages.

Pietro, ancien prêtre, propose sa candidature pour un poste de concierge dans un immeuble de Naples. L'avocat Poppi a convaincu les autres propriétaires de choisir cet ancien serviteur de Dieu comme concierge. On découvre les habitants de l'immeuble cossu par petites touches. On rencontre Fernando, jeune homme déficient mental, sous le joug d'une mamma castratrice nommée Paola. On pénètre dans l'intimité des familles notamment celles du docteur Luca Martini et son ami l'échographiste Riccardo Lisi. On apprend beaucoup grâce à l'extravagant avocat Poppi, homosexuel et fantasque, qui sous couvert d'un masque vénitien, garde secrètement les confidences de ses voisins.

Pietro n'a pas choisi son destin de prêtre. Il a passé toute sa prime enfance au sein de l'église, celle-là même qui l'a recueilli. La narration est entrecoupée de souvenirs lointains, ceux de sa jeunesse et de sa rencontre avec une mystérieuse Céleste.

Avant de mourir, Céleste lui apprend que de leur idylle de jeunesse est né un fils. Ce fils vit dans la résidence milanaise. Dès lors, Pietro  va scruter le quotidien de son fils. Il cherchera à comprendre son activité de docteur, sa mission de sauver des vies...ou d'abréger les souffrances qu'elle impose.

Ce roman est dense, riche par les thèmes abordés, parfois décousu mais en le refermant, se déroule à nouveau le fil des évènements.

La galerie des personnages est très fellinienne, haute en couleurs: Paola, dans sa démesure de l'amour filial, Poppi, dans son extravagance...


Et l'éléphant dans tout ça? L'éléphant est celui qui soigne ses congénères, les observe et les assiste. Pietro tient honorablement ce rôle dans le roman de Marco Missiroli, il devient l'essence même de la résilience. Celui qui veille sur les autres, sur l'enfant, tel un père.

Roman traduit de l'italien par Sophie Royère, éd. Payot-Rivages, juin 2012.

jeudi, 30 mai 2013

Col de l'ange de Simonetta Greggio.

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On entre dans ce roman comme au milieu d'une ambiance lourde et mystérieuse. C'est Nunzio qui prend la parole. La mémoire d'outre-tombe du narrateur omniscient. Mort depuis dix-sept jours, Nunzio remonte le fil des souvenirs et nous permet de prendre connaissance de l'existence de Blue et Marcus. Les premières pages évoquent le singulier triangle relationnel qui unit ces personnes. Blue, amie de Nunzio, rentre au Col de l'ange, lieu de son enfance et retrouve Marcus, le frère de Nunzio. Elle cherche à comprendre.

"Rien n'expliquerait jamais ma sortie ultime dans la nuit, personne ne raconterait jamais autre chose que ce qui était resté enregistré dans les cellules de mes cheveux, dans les parcelles de ma peau. Dans mon coeur invisible qui n'en revient pas, qui continue de saigner devant cette fin à laquelle il ne s'habitue pas. Cette mort à laquelle je ne comprends rien, cet état auquel je ne peux m'accoutumer. Je me demande, de la même manière que vous vous le demandez, Marcus et toi, quelle absurde cruauté, quelle banale et horrible mise à mort m'a frappé. Je suis là, près de vous, de votre chaleur et de vos pensées qui montent vers moi, mais est-ce vous qui avez besoin de moi, ou moi qui ai besoin de vous?"

Le Col de l'ange où la montagne se fait refuge. Simonetta Greggio décrit avec beaucoup de talent l'âpreté des nuits en haute montagne. Nunzio s'apparente à l'ange gardien. Blue est à nouveau un personnage très sensuel sous la plume de Greggio et cette histoire, sous couvert d'une noirceur thématique, illumine le roman au fil des pages. La nature est omniprésente. Le souvenir de la lecture d'un texte de Giono Batailles dans la montagne m'est revenue en mémoire. Les personnages sont complexes et se dévoilent petit à petit. Les souvenirs d'enfance construisent des êtres à la Colette où la psychologie pleine de profondeur leur permet de croire au bonheur, malgré tout.

"Ton père t'a adorée. A sa façon impure, malade, corrompue. Il t'a aimée comme un pauvre être peut trop et mal aimer. Mais ça, les petites filles ne peuvent pas le comprendre." 

Roman sensuel que je vous invite vivement à découvrir.

mercredi, 29 mai 2013

Happy 6!

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         Le monde de Mirontaine a six ans!


lundi, 27 mai 2013

Nina de Simonetta Greggio et Frédéric Lenoir.

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"La pendule sonne vingt coups. Huit heures du soir, sa dernière soirée sur terre. Les minutes se bousculent, le temps se fige un instant puis accélère. Comme son coeur, un poing qui s'ouvre et se ferme, qui va s'affoler avant de se calmer à jamais."

J'étais très enthousiaste de découvrir cette nouvelle parution de Simonetta Greggio, co-écrite avec Frédéric Lenoir. Le roman Nina raconte l'histoire d'Adrien. Il n'en peut plus de la vie et décide de mettre fin à ses jours. Tandis qu'il s'apprête à avaler un mélange de médicaments surgit le souvenir de Nina, son amour d'enfance. Les premières pages du roman relatent les étés sur la côte amalfitaine, lieu des premiers émois amoureux. Il décide d'écrire une ultime lettre à Nina, pour évoquer une dernière fois la puissance du premier amour. Cet amour qu'il a tu, au fil des ans. Les réminiscences d'Adrien dans les premiers chapitres sont teintées d'une luminosité chère à Simonetta Greggio dans ses descriptions, je me suis amusée à reconnaître la typologie d'écriture propre à chacun de ces écrivains, en avouant toutefois avoir très peu lu Frédéric Lenoir. Chaque auteur apporte une touche singulière à cette histoire qui aborde non seulement la beauté des premières amours mais aussi un sujet beaucoup plus lourd qu'est celui de la fin de vie. La question de la réception d'un texte est brillamment abordée dans ce roman. Réception de la lettre par la famille d'Adrien, réception de la lettre par Nina mais aussi réception de la diffusion de cette lettre dans le monde de l'édition. Les auteurs s'amusent également à dépeindre l'envers des maisons d'édition.

La première partie consacrée à l'enfance d'Adrien est magnifiée par les descriptions pittoresques et aussi l'amour de la langue italienne distillée par petites touches. Chaque évènement apporte une dynamique à l'ensemble mais je suis restée perplexe pour la chute du roman et sur certains événements métaphysiques.

Cependant, je garde en mémoire la subtile force du pouvoir d'écriture qui émane au fil des pages. Un très beau roman où la dimension olfactive prend tout son sens.

"Les douleurs, les joies, s'inscrivent d'une étrange manière dans notre mémoire. On pense les avoir dépassées, on s'imagine qu'elles ne nous déchirent plus comme au début, mais il suffit d'une odeur, d'une chanson, pour y replonger."

Je remercie la maison d'édition Stock.