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jeudi, 30 mai 2013

Col de l'ange de Simonetta Greggio.

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On entre dans ce roman comme au milieu d'une ambiance lourde et mystérieuse. C'est Nunzio qui prend la parole. La mémoire d'outre-tombe du narrateur omniscient. Mort depuis dix-sept jours, Nunzio remonte le fil des souvenirs et nous permet de prendre connaissance de l'existence de Blue et Marcus. Les premières pages évoquent le singulier triangle relationnel qui unit ces personnes. Blue, amie de Nunzio, rentre au Col de l'ange, lieu de son enfance et retrouve Marcus, le frère de Nunzio. Elle cherche à comprendre.

"Rien n'expliquerait jamais ma sortie ultime dans la nuit, personne ne raconterait jamais autre chose que ce qui était resté enregistré dans les cellules de mes cheveux, dans les parcelles de ma peau. Dans mon coeur invisible qui n'en revient pas, qui continue de saigner devant cette fin à laquelle il ne s'habitue pas. Cette mort à laquelle je ne comprends rien, cet état auquel je ne peux m'accoutumer. Je me demande, de la même manière que vous vous le demandez, Marcus et toi, quelle absurde cruauté, quelle banale et horrible mise à mort m'a frappé. Je suis là, près de vous, de votre chaleur et de vos pensées qui montent vers moi, mais est-ce vous qui avez besoin de moi, ou moi qui ai besoin de vous?"

Le Col de l'ange où la montagne se fait refuge. Simonetta Greggio décrit avec beaucoup de talent l'âpreté des nuits en haute montagne. Nunzio s'apparente à l'ange gardien. Blue est à nouveau un personnage très sensuel sous la plume de Greggio et cette histoire, sous couvert d'une noirceur thématique, illumine le roman au fil des pages. La nature est omniprésente. Le souvenir de la lecture d'un texte de Giono Batailles dans la montagne m'est revenue en mémoire. Les personnages sont complexes et se dévoilent petit à petit. Les souvenirs d'enfance construisent des êtres à la Colette où la psychologie pleine de profondeur leur permet de croire au bonheur, malgré tout.

"Ton père t'a adorée. A sa façon impure, malade, corrompue. Il t'a aimée comme un pauvre être peut trop et mal aimer. Mais ça, les petites filles ne peuvent pas le comprendre." 

Roman sensuel que je vous invite vivement à découvrir.

mercredi, 29 mai 2013

Happy 6!

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         Le monde de Mirontaine a six ans!


lundi, 27 mai 2013

Nina de Simonetta Greggio et Frédéric Lenoir.

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"La pendule sonne vingt coups. Huit heures du soir, sa dernière soirée sur terre. Les minutes se bousculent, le temps se fige un instant puis accélère. Comme son coeur, un poing qui s'ouvre et se ferme, qui va s'affoler avant de se calmer à jamais."

J'étais très enthousiaste de découvrir cette nouvelle parution de Simonetta Greggio, co-écrite avec Frédéric Lenoir. Le roman Nina raconte l'histoire d'Adrien. Il n'en peut plus de la vie et décide de mettre fin à ses jours. Tandis qu'il s'apprête à avaler un mélange de médicaments surgit le souvenir de Nina, son amour d'enfance. Les premières pages du roman relatent les étés sur la côte amalfitaine, lieu des premiers émois amoureux. Il décide d'écrire une ultime lettre à Nina, pour évoquer une dernière fois la puissance du premier amour. Cet amour qu'il a tu, au fil des ans. Les réminiscences d'Adrien dans les premiers chapitres sont teintées d'une luminosité chère à Simonetta Greggio dans ses descriptions, je me suis amusée à reconnaître la typologie d'écriture propre à chacun de ces écrivains, en avouant toutefois avoir très peu lu Frédéric Lenoir. Chaque auteur apporte une touche singulière à cette histoire qui aborde non seulement la beauté des premières amours mais aussi un sujet beaucoup plus lourd qu'est celui de la fin de vie. La question de la réception d'un texte est brillamment abordée dans ce roman. Réception de la lettre par la famille d'Adrien, réception de la lettre par Nina mais aussi réception de la diffusion de cette lettre dans le monde de l'édition. Les auteurs s'amusent également à dépeindre l'envers des maisons d'édition.

La première partie consacrée à l'enfance d'Adrien est magnifiée par les descriptions pittoresques et aussi l'amour de la langue italienne distillée par petites touches. Chaque évènement apporte une dynamique à l'ensemble mais je suis restée perplexe pour la chute du roman et sur certains événements métaphysiques.

Cependant, je garde en mémoire la subtile force du pouvoir d'écriture qui émane au fil des pages. Un très beau roman où la dimension olfactive prend tout son sens.

"Les douleurs, les joies, s'inscrivent d'une étrange manière dans notre mémoire. On pense les avoir dépassées, on s'imagine qu'elles ne nous déchirent plus comme au début, mais il suffit d'une odeur, d'une chanson, pour y replonger."

Je remercie la maison d'édition Stock.

dimanche, 19 mai 2013

Les Mains nues de Simonetta Greggio.

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"Il y a des corps sans tête, des têtes sans coeur, des corps sans coeur, des coeurs sans tête et sans corps. Nous avions tout. J'ai payé cher le deuil de l'enfance de Gio, mais je serai prête à recommencer."

Retrouver la plume sensuelle de Simonetta Greggio dans Les Mains nues, publié en 2009.C'est à mains nues qu'Emma, la quarantaine, aide les bêtes à mettre bas, soigne les animaux depuis sa campagne isolée. Tout passe par les mains dans ce roman. Les mots décrivent habilement le mouvement des mains, la tâche à accomplir, le sang sur les mains à laver, les mains dans l'utérus de la vache...les mains tendres qui accueillent avec bienveillance Gio. L'adolescent fugueur vient se réfugier chez Emma. Les mains seront tour à tour réconfortantes, apaisantes...mais aussi sensuelles. L'histoire devient fiévreuse tant par la force des sentiments qui unit Emma et Gio que dans sa non-conformité. L'anormalité est partout ou nulle part. Simonetta Greggio crée une atmosphère de bonheur simple dans la gestuelle des mains. Les mains nues sont les mains libres, sans bagues ni entraves. La vie d'Emma, recluse au bord des champs est un cadre agréable pour cet amour sacrilège. La plume est pudique sur cet Oedipe inversé. Ce roman transcende la question du jugement tant la présence permanente des corps et du toucher est la plus simple des manières d'approcher l'âme de l'autre.

Sublime roman.

mercredi, 15 mai 2013

En passant...

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"On peut poser la question de savoir si le temps virtuel, qui devient chaque jour davantage la matrice de l'existence de l'homme moderne, ne risque pas, avec le déphasage qu'il provoque, de porter atteinte à la nature profonde de l'être humain. Je demandais un jour à des amis si leur fils étudiant était chez eux. Ils m'ont répondu qu'il était en effet chez eux, sans l'être vraiment... J'ai fini par comprendre qu'il était physiquement sous leur toit, mais que, son esprit étant entièrement accaparé par le clavier, la souris et l'écran, il était en fait très loin d'eux. Il était grisé jusqu'à l'envoûtement par ces outils prodigieux. Il s'était rallié à une confrérie de fantômes d'un nouveau genre, avec lesquels il entretenait le dialogue qu'il n'arrivait pas à établir avec sa famille. Mais comme le repas virtuel n'a pas encore été inventé, sa présence furtive à table était le seul moment convivial qu'il lui concédait."

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi, Actes Sud, coll. Babel, Avril 2013.


PIERRE RABHI AU NOM DE LA TERRE - Bande-annonce VF par CoteCine

 

mardi, 14 mai 2013

Comment j'ai appris à lire d'Agnès Desarthe.

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Je ne connais l'auteur qu'en littérature jeunesse mais le titre de cette dernière parution m'intriguait beaucoup. Pour celle qui publie de très beaux textes pour la jeunesse, je suis très surprise d'apprendre que pendant très longtemps, lire l'ennuyait profondément.

"Je n'ai aucun problème avec la lecture. J'ai un problème avec les livres."

Petite, Agnès Desarthe déclarait à qui voulait l'entendre que lire ne servait à rien. Son souhait, dès sa prime enfance, est d'écrire. Seulement, il est difficilement concevable d'écrire sans maîtriser la faculté de lire. Pour une élève appliquée, cette position semble plutôt saugrenue et surprenante. C'est ce cheminement sur la question de la lecture et de l'écriture que nous confie ce récit.

"Lire, c'est mourir un peu".

Elle tente d'expliquer aux lecteurs les raisons pour lesquelles la lecture lui paraît ennuyeuse. En fait, sa préférence repose sur le fait de raconter elle-même des histoires. L'anecdote  de sa première tentative d'écrit avec un pseudo plagiat d'une oeuvre de  Druon, cette aptitude très tôt à vénérer l'objet livre mais aussi ce rapport malicieux avec les livres viennent truffer le cheminement de notre apprentie lectrice de manière très sincère. Elle a aussi l'humour pour allié. Toute petite, Agnès Desarthe fait preuve d'une imagination très riche. Elle évolue dans un milieu bourgeois et ce désinterêt pour la lecture fut indubitablement une faille dans l'éducation de cette jeune fille brillante qui s'orientera ensuite dans des études de lettres supérieures.

"A chaque livre, j'espère. A chaque livre, je suis déçue. Je veux que ça sonne, je veux que ça ne ressemble à rien, je veux qu'on m'en mette plein la vue".

Agnès Desarthe raconte les sources de cette mésentente avec la lecture. Comment est-elle parvenue à aimer les livres? Elle est prête à "avaler des kilomètres de phrases, pourvu qu'un décalage avec le quotidien s'exhibe". Elle développe longuement sur les livres qui ont su éveiller sa curiosité notamment Tistou les pouces verts de Maurice Druon, puis ensuite les poèmes de Prévert, les textes de Faulkner, Duras, Camus... Dans une dernière partie, elle évoque brillamment le lien entre l'écriture et la traduction. Cette démonstration est riche de sens.

Très jolie confession qui est venue compléter dans ma bibliothèque le petit fascicule de l'Ecole des loisirs. Le parcours de cette enfant sage qui tourne le dos à la lecture est passionnant et servi par une stylistique très étoffée.

Comment j'ai appris à lire d'Agnès Desarthe, Stock, mai 2013. 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

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lundi, 13 mai 2013

Retour à Yvetot d'Annie Ernaux.

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L'écrivain et son territoire est un thème qui a accompagné mes années d'études supérieures. Grande admiratrice du talent d'Annie Ernaux, auteure que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle fut mon enseignante de lettres, puis ma collègue par correspondance, c'est avec grand plaisir que j'ai ouvert cette nouvelle parution aux éditions du Mauconduit.

Retour à Yvetot est la transcription d'une conférence donnée le 13 Octobre 2012, à Yvetot, par Annie Ernaux. Au delà d'une évocation des souvenirs d'enfance, Annie Ernaux développe le phénomène de transformation de ces souvenirs en matériau pour une oeuvre de portée universelle.

L'auteur, depuis la première publication Les Armoires vides (1974) n'est jamais revenue en tant qu'écrivain sur les lieux de son enfance. Pourquoi? "Simplement parce qu'elle [la ville d'Yvetot] est, comme ne l'est aucune autre ville pour moi, le lieu de ma mémoire la plus essentielle, celle de mes années d'enfance et de formation, que cette mémoire-là est liée à ce que j'écris, de façon  consubstancielle. Je peux même dire: indélébile".

 

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L'auteure évoque ce lien qui unit sa mémoire de la ville à son écriture. Une mémoire de la ville fortement marquée par l'Histoire, de l'automne 1945 aux Trente Glorieuses. Elle dessine les contours de la ville, qui n'ont jamais existé matériellement mais étaient bien réeles dans le langage "je vais en ville". Se rendre sur un territoire qui n'est pas vraiment celui de la famille Ernaux, là où le culte de l'apparence est à son apogée. C'est "le territoire où, parce qu'on croise le plus de monde, on est le plus susceptible d'être jugé, évalué. Le territoire du regard des autres et donc, parfois, le territoire de la honte."

Elle évoque tour à tour son quartier, son école du pensionnat Saint-Michel, là où elle découvre que l'odeur de l'eau de Javel n'est pas seulement synonyme de propreté mais représente aux yeux de ses camarades, l'odeur de la femme de ménage, le signe d'appartenance à un mileu très simple.

Les passages sur la lecture comme source d'évasion et de savoir nous montrent à quel point il est difficile de faire entrer les livres dans le milieu social où elle évolue. Disposer d'une bibliothèque apparaît comme "un privilège inouï".

On évolue au fil des pages en suivant la transformation de l'auteure par la culture, et par le monde bourgeois dans lequel son mariage la fait entrer.

Comment la petite fille de la rue du Clos-des-Parts, immergée dans une langue parlée populaire va-t-elle écrire, prendre ses modèles, dans la langue littéraire acquise, apprise, la langue qu'elle enseigne puisqu'elle est devenue professeur de lettres? C'est ce cheminement qu'invite à découvrir ce joli livre paru aux Editions Mauconduit (Mai 2013).

"Tout écrivain, même quand il invente une histoire, se fonde sur sa mémoire."

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce joli trésor.

 

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samedi, 11 mai 2013

Six femmes au foot de Luigi Carletti.

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"-Tu vois, Lola, le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une vaste foire aux apparences. Chacun de nous, au fond, aimerait passer pour quelqu'un d'autre. C'est un mécanisme naturel, même les plantes et les animaux y obéissent. En général, on le fait pour améliorer son existence. Parfois, c'est une question de survie. Pour moi, c'est autre chose. Une mission. Je dois l'accomplir pour le bien de tous."

Voici un roman époustouflant! Pourtant, le thème n'est pas vraiment en adéquation avec mes affinités de lecture.J'ai vraiment bien apprécié l'univers de ce roman. Première rencontre avec la plume de Luigi Carletti, qui a déjà publié en France Prison avec piscine, que je n'ai pas encore lu.

La toile de fond c'est le huis clos brûlant du match Milan AC et l'Inter (non, ne partez pas...le foot en littérature offre de belles surprises). L'incipit du roman s'ouvre sur une ambiance lourde d'attente. Les deux équipes s'échauffent, les supporters soutiennent leurs équipes avec ferveur. Dans cette liesse, les femmes sont aussi présentes à leur manière: celles comme Annarosa qui suivent leur mari avec ennui, d'autres comme Renata, de ferventes admiratrices dont le rêve est d'approcher Materazzi, mais aussi Lola la chroniqueuse radio qui commente le match.On accompagne également Gemma, âgée de quatre-vingts ans. Elle a connu son mari Attilio au stade. Même mort, elle n'est jamais parvenue à le quitter et c'est tout naturellement qu'elle prend une place sur les gradins à son attention et continue à lui commenter le match.

 Ce roman dribble entre comédie et mystère et prend doucement le chemin du polar. Certaines femmes ne sont pas là pour le match, certaines sont en mission et observent les hommes, prêtes à tuer.

Ce qui m'a particulièrement plu dans ce roman, c'est l'esprit de la tragi-comédie à l'italienne. La plume de Luigi Carletti est tour à tour élégante et satirique. L'auteur nous présente un concentré de l'Italie d'aujourd'hui: l'immigration mal digérée, les systèmes mafieux, la corruption...et cette formidable aptitude à rire de ce spectacle désolant.

"Renata soupire et secoue la tête: l'amnésie de ce pays est un véritable handicap. C'est désolant, sur ce point, la gauche a raison, avouons-le: une nation sans mémoire est une nation sans avenir. Nous aurions donc tout oublié? Vraiment, plus personne ne se souvient de l'époque où, dans ce virage, on sifflait les joueurs noirs des équipes adverses? Et ces cris de singes qui fusaient, sonores, de toutes parts? On les voyait chanceler sous la bourrasque, et certains d'entre eux ne touchaient plus la balle. C'est fini tout ça? C'est du passé?"

Roman machiavélique dont la vivacité du rythme  vous emporte sur la voie d'un thriller.

Six femmes au foot de Luigi Carletti,traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Liana Levi,Mai 2013.

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour cette bonne découverte.

 

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lundi, 06 mai 2013

L'Odeur du figuier de Simonetta Greggio.

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Simonetta Greggio sera présente dans ma région lors d'une résidence littéraire organisée par Escales des lettres. J'ai déjà lu La Douceur des hommes et Etoiles . Elle est née à Padoue, en Italie mais écrit en français.

L'Odeur du figuier réunit cinq nouvelles dont le point commun est l'évocation dans chacune d'elles du parfum de figuier sauvage. Au delà de cette senteur d'été, ce qui à mon sens relie davantage ces histoires c'est la place du livre pour les personnages de Simonetta Greggio.

La première histoire "Acquascura" n'est pas sans rappeler Le Mépris d'Alberto Moravia et la mise en scène de Godard. La petite phrase en exergue de l'incipit nous le rappelle. C'est l'histoire d'un couple qui chaque été se retrouve dans une bicoque près de la mer. Sous couvert d'innocence  et de nostalgie estivales, cette nouvelle évoque avec brio le délitement du couple. C'est très judicieux de placer cette nouvelle en ouverture du livre.

Les nouvelles sont parfois inégales, j'ai moins aimé par exemple "L'année 82" mais beaucoup aimé "Quand les gros seront maigres, les maigres seront morts". L'histoire d'un homme seul, enfermé dans un ascenseur, qui livrera tel un diariste le quotidien de ce huis-clos, en référence à Mario Rigoni Stern. Les thèmes récurrents sont ceux de l'amour, la séparation, la solitude sempiternelle... Ce que j'ai apprécié surtout c'est ce voyage olfactif sous la douceur de l'Italie en plein été. Simonetta Greggio a un très beau talent de narratrice, sa plume est vive, le choix des mots judicieux et j'aime particulièrement les textes plus sensuels comme "Plus chaud que braise".

Chacune de ces nouvelles nous offre la douceur d'une figue tiède, juteuse à souhait, à déguster avec plaisir.

vendredi, 03 mai 2013

La Mer, le matin de Margaret Mazzantini.

 

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J'ai lu Ecoute-moi de Margaret Mazzantini et j'étais heureuse de retrouver sa plume. Je n'ai pas lu Venir au monde parce que le thème ne m'attirait pas forcément. 

La Mer, le matin s'ouvre sur l'oasis du Sahara.Comme un écho au Désert de Le Clézio, un petit garçon découvre le lieu. Une ville du désert, très éloignée de la mer qu'il aimerait connaître. Son oasis nous apparaît comme un lieu austère et le climat ne suffit pas pour rendre chaleureux cet oasis. Farid joue avec des camarades même s'il s'amuse davantage avec la gazelle venue du désert. En toile de fond, Margaret Mazzantini présente quelques touches éparses du printemps lybien. La guerre touche les plus faibles.

« Quand il voit Misrata détruite par les tirs, grand-père Mussa arrache du mur l'affiche du Caïd, il en fait une boule et la jette sous le lit. »

De l'autre côté de la Méditerranée, un autre jeune homme, Vito.Il observe sur son île, proche de la Sicile, Lampedusa sans doute, les flux des réfugiés, ayant traversé la mer, bravé la mort pour trouver leur salut. Ils sont malades et affaiblis très souvent, au bout de leur périple. La mère de Vito  a grandi en Lybie avec sa famille, avant d'en être chassés par Khadafi dans les années 1970. Elle évoque avec nostalgie ses jeunes années à Tripoli, l'odeur des figuiers, ses premières amours et l'amertume du miel amer de Cyrénaïque(en référence à la conquête italienne de 1911 lorsque la Tripolitaine et Cyrénaïque font partie intégrante de l'Italie*)Vito espère beaucoup lorsqu'il observe cette mer. Il pense à son avenir.

Un roman très joliment écrit sur le thème du déracinement. Malgré le sujet assez difficile, beaucoup d'humanité ressort de cette narration au présent.L'auteur donne un temps de parole à ceux qui d'ordinaire n'en ont pas. J'ai beaucoup appris sur l'histoire commune entre ce pays africain et l'Italie. Leur passé colonial, la vie des colons avant que Khadafi ne les condamne à quitter le pays. Puis, la réconciliation en demi-teinte sous Berlusconi, vingt ans plus tard.

Jamila va emmener son fils Farid loin des violences de son pays en guerre.Ils espèrent regagner les côtes italiennes.Pour le protéger, elle lui fera porter une amulette autour du cou. Vito nous contera l'histoire de sa mère Angelina, une italienne née à Tripoli et expulsée à l'âge de onze ans.

Deux femmes et leurs enfants, brisées par le destin, et leur courage de mère quand le désespoir les assomme.

"Vito regarde la mer. Un jour sa mère le lui a dit. Sous les fondations de toutes les civilisations occidentales, il y a une blessure, une faute collective. Sa mère n'aime pas ceux qui revendiquent leur innocence. Elle fait partie de ces gens qui veulent assumer les actes commis. Victo pense que c'est une forme d'orgueil. Angelina dit qu'elle n'est pas innocente.Elle dit qu'aucun peuple qui en a colonisé un autre n'est innocent. Elle dit qu'elle ne ne veut plus nager dans cette mer où des bateaux coulent."

Merci Catherine M.,* Merci Mireille.

 

mardi, 30 avril 2013

Une Faiblesse de Carlotta Delmont de Fanny Chiarello.

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(Dessin: Audrey Calléja)

J'ai découvert la plume de Fanny Chiarello avec son précédent roman publié aux Editions de l'Olivier L'Eternité n'est pas si longue. Les titres de ses romans sont toujours des phrases surprenantes, comme une entrée dans le roman, non exempt de poésie. Dans L'Eternité n'est pas si longue, Fanny Chiarello mettait en scène une jeune femme miraculée, sortie du coma malgré les effets délétères d'une épidémie. Les personnages de Fanny Chiarello vivent toujours un peu en marge de la société. Loin des moutons de Panurge, ils semblent en apesanteur, très éloignés de la réalité.

Dans Une Faiblesse de Carlotta Delmont, j'aime beaucoup la faculté de l'auteur à créer des personnages qui ont leurs propres idéaux. Dans ce roman protéiforme qui réunit tour à tour articles de journaux, fragments du journal intime de Carlotta, pièce de théâtre, on entre dans la vie d'une cantatrice. Dès l'incipit, Carlotta Demont est aphone, elle cherche à retrouver sa voix mais par-dessus tout  sa voie de femme. Carlotta est une brillante cantatrice, elle se sent elle-même dans ses rôles. Lorsqu'elle décide de partir à la connaissance d'elle-même, elle se perd. Le roman s'ouvre sur les multiples articles de presse dans les années 20 lors de sa disparition.  Elle vit  en union libre jusqu'alors avec son impresario Gabriel, un homme plus âgé qu'elle. Mais mentalement, elle est très seule. Elle se projette dans la vie des héroïnes du grand opéra.

Carlotta Delmont incarne-t-elle la faiblesse féminine, la force tragique d'une héroïne ou l'échec d'une féministe? Elle semble engluée dans son sort, vouée à l'échec pour avoir voulu dépasser le conformisme lié à son succès de l'époque. Carlotta Delmont est une femme inadaptée à la société dans laquelle elle évolue. Elle trouve une complice dans le personnage d'Ida, sa gouvernante. Ida semble être à l'origine de sa faiblesse, celle de passer une nuit avec Anselmo, le ténor qui l'accompagne sur scène.

"Carlotta Delmont est allée chercher dans les rues de Paris ce que le Ritz ne pouvait lui proposer, de même qu'elle est allée chercher dans l'opéra ce que la vie ne pouvait lui offrir. Une exaltation si forte qu'elle lui ferait oublier sa condition de mortelle et le caractère éphémère de toutes choses. L'opéra n'est-il pas depuis l'âge tendre  le refuge de la si belle Carlotta?"

La beauté des descriptions de l'ambiance bohème des années 1920 est richement documentée, Fanny Chiarello dépeint brillamment le monde de l'opéra.   J'ai particulièrement aimé l'analyse très fine du personnage sensible de Carlotta, cette femme qui ne veut connaître le plaisir charnel. Elle ne voit dans la chair que le début de la putréfaction. De cette crainte du corps, elle trouvera un subterfuge en se réfugiant dans le monde de l'opéra, dans son atmosphère de fiction. L'opéra met en scène des passions fortes où l'intellect transcende la chair. Carlotta Delmont rêve sa vie et ne souhaite pas ternir l'amour par l'activité de la chair. L'amour est sublimé dans la passion de l'opéra. Sa disparition reflète la possibilité d'un être incarné, réel et non plus fantasmé.

Voilà un personnage très étrange et envoûtant, mis en scène avec brio par Fanny Chiarello. Toutes les phrases sont ourlées de poésie. La voix narrative est précieuse à l'image de la voix de la cantatrice. Un joli roman sur l'apothéose artistique d'une cantatrice dont la faiblesse la mènera à sa perte. La fin du livre donne tout le sel littéraire de l'histoire de Carlotta Delmont, le rideau se referme sur une pièce de théâtre. Miroir de son succès ou de sa tragédie?

samedi, 27 avril 2013

Le Cherche Bonheur de Michael Zadoorian.

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"Comme je l'ai déjà dit, j'ai évacué depuis longtemps toute notion de religion et de paradis: les anges, les harpes, les nuages et toutes ces fariboles. Et cependant mon côté idiot et puéril veut toujours y croire. A un univers étincelant d'énergie et de lumière, où rien ne serait exactement de la même teinte qu'ici-bas: plus bleu, plus vert, plus rouge. Ou bien on devient des couleurs, ces lumières célestes qui saupoudrent le château. C'est peut-être un endroit que nous connaissons déjà, là où nous étions avant notre naissance, si bien que la mort est un simple retour aux sources. Auquel cas, j'imagine que nous en gardons une trace quelque part. Voilà qui expliquerait ce voyage, la recherche d'un lieu parmi mes souvenirs, perdu au fond d'une crevasse de mon âme. Qui sait?" 

D'une période plutôt tragique,la vieillesse et la fin de vie inéluctable, Zadoorian parvient à construire un roman drôle où l'on se retient parfois de rire. Un couple de quadragénaire, maladie d'Alzheimer et cancer en bandoulière, décide de prendre la Route 66 aussi décrépie qu'eux, pour un road movie extraordinaire. A bord de leur camping-car, nommé très justement "le Cherche Bonheur", Ella et John Robina se font la malle malgré l'opposition ferme de leurs enfants à ce périple. On les accompagne sur la route comme des funambules sur leur fil, dans un juste équilibre entre tragique et comédie. Ils avancent sur le chemin de la vie, profite des rencontres offertes sur la route et regarde leurs diapositives de famille à chacune des étapes sur les aires de camping.

Le message de ce livre est très troublant...et si c'était ça la vieillesse? Se donner toutes les libertés possibles pour cette fin de vie? L'indicible en littérature est un thème que j'affectionne particulièrement lorsqu'il est aussi joliment abordé à la lisière du jubilatoire malgré le tragique de la situation.

Sous couvert du road movie, une très belle leçon de vie émane au fil des pages.

Le Cherche Bonheur, Michael Zadoorian chez Fleuve Noir, Octobre 2010.

vendredi, 26 avril 2013

La Silencieuse d'Ariane Schréder.

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Dessin: Catherine M.

"Vous êtes où à la campagne? C'est un fleuve magnifique. Vous ne vous ennuyez pas? Vous n'avez pas peur? Lâcher Paris, comme ça, sur un coup de tête? ça vous a pris comment? Je ne sais pas comment vous faites, moi je ne supporterais pas de vivre ailleurs qu'en ville. Je ne parle pas des vacances, évidemment, mais c'est différent, n'est-ce-pas. Et l'hiver? Vous allez faire comment? Vous rentrez souvent à Paris j'imagine?". 

C'est dans une grande bâtisse isolée au bord d'un fleuve que Clara tente de se reconstruire après une rupture amoureuse. Pour cela, elle s'adonne à sa passion: la sculpture. Elle sculpte des silhouettes aériennes, des mobiles qui touchent terre.

"Dans une lettre à Matisse, Giacometti raconte comment ses sculptures n'ont cessé de lui échapper. Par tous les bouts. D'abord les sculptures se sont mises à rétrécir jusqu'à devenir miniatures. Puis, quand il s'est interdit de les laisser disparaître, elles se sont mises à s'llonger démesurément. Et quand il a réussi à contenir cette poussée qui les rendait filiformes, il n'a plus réussi à les terminer. Quête et lutte incessantes. Elles m'encouragent."

Récit intime de l'artiste qui au contact des villageois se reconstruit peu à peu et s'ouvre davantage au monde extérieur. Une vie si intense au dedans et si minimale au dehors. Ce roman délicat met en scène un joli portrait de femme qui au fil des saisons, retrouve le bonheur dans le parfum de l'infiniment petit, celui des fraises des bois mêlé à la fraîcheur des pins. Lire Ariane Schréder c'est apprécier à nouveau la blancheur immaculée d'une neige fraîchement tombée.

Les mots comme le souffle deviennent aussi aériens que les silhouettes sculptées. Le silence donne une nouvelle perspective dans la vie de Clara. Mais assez rapidement, elle unira ce silence à celui des voisins. Omar, par exemple, vieil homme d'origine algérienne dont les mots restent bloqués à l'intérieur, "des blocs de peine comme des bouts de banquise". Il sort très peu, Clara décide alors de promener son chien Belle au bord du fleuve. Et puis, il y a aussi l'Adorateur, homme taciturne et sauvage, qui vit à l'extérieur.

Clara fréquente Ameline la pharmacienne qui ne supporte plus la vie à la campagne et recherche le bonheur dans la futilité des mondanités.

La Silencieuse est une jolie quête intérieure qui peu à peu se tourne vers autrui. Elle affronte avec pugnacité les épreuves que Dame Nature lui inflige dans cette force des quatre éléments.

J'ai beaucoup aimé la grâce de ce roman, frais et tendre comme le Printemps, une très jolie parenthèse. Les réflexions sur l'art sont d'une belle intensité poétique.Le retrait à la campagne pourrait sembler ennuyeux mais ce livre nous emporte littéralement car la plume est dense, subtile. Le rythme des phrases est lent comme pour refléter la rupture dans le temps.

Normalienne et agrégée de lettres modernes, Ariane Schréder livre un premier roman emprunt d'authenticité, de finesse sur l'ancrage de cette jeune artiste à la nature environnante.

La Silencieuse d'Ariane Schréder, Philippe Rey, février 2013.

Merci Charlotte.

 

mardi, 23 avril 2013

Renaître de Susan Sontag.

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La vie émotionnelle est un système d’égout complexe

 

Premier des trois volumes de carnets de Susan Sontag, essayiste et romancière américaine. Publiés à titre posthume grâce au travail de son fils David Rieff, on découvre Susan jeune fille velléitaire, très déterminée, éprise de liberté. On apprend sa volonté affirmée de vivre pleinement son homosexualité. Elle évoque ses erreurs notamment son mariage. "Le mariage est une sorte de chasse tacite en couples. Le monde est tout en couples, chaque couple dans sa petite maison, qui veille à ses petits intérêts et qui marine dans sa petite intimité –c’est la chose la plus répugnante au monde."

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les bribes de ses écrits intimes, ses réfexions très pertinentes sur l'amour notamment: "Il est douloureux d’aimer. C’est comme se donner à dépecer, en sachant qu’à tout moment l’autre personne peut très bien partir avec votre peau."

Renaître couvre la période 1947-1963 et porte à la lumière la trajectoire intellectuelle et créatrice de cet écrivain d'importance aux Etats-Unis.

Susan Sontag aime les listes notamment la liste des livres lus, les films à voir, la musique à écouter. Ses écrits permettent d'apprécier son acuité de pensée, son désir de réussite sociale... Comme l’écrit son fils David Rieff dans sa préface à Renaître : « Ceci est un journal dans lequel l’art est vu comme une affaire de vie et de mort, où l’ironie est considérée comme un vice et non une vertu et où le sérieux est le bien suprême. […]

C'est toujours une démarche un peu empreinte de voyeurisme que de son plonger dans les journaux intimes des auteurs, je me remémorre le plaisir ressenti à la lecture des journaux de Simone de Beauvoir. Curieuse de connaître son rapport à la vie, à l'existence en parallèle de ses publications. Les livres sont souvent des machines à analyser la vie, et observer les rouages intérieurs d'une créatrice m'ont beaucoup fascinée. Une intelligence brute nous est offerte: "Pour écrire, vous devez vous autoriser à être la personne que vous ne voulez pas être (de toutes les personnes que vous êtes)."

Susan se prend comme sujet de pensée, se regarde vivre et médite sur l'existence. Pénétrer dans "sa chambre à soi" est un réel bonheur de lecture. J'attends les autres tomes avec impatience. Ce matériau... les livres, la vie, les vicissitudes de l'esprit et du corps sont d'une belle profondeur.

Renaître (Christian Bourgois éditeur), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke.

lundi, 22 avril 2013

Désordres, lettre à un père d'Elsa Montensi.

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"Autres allers-retours. Entre les pages d'encre et l'extérieur. Je découvre la vie, me rencontre, me reconnais dans les livres. La musique des mots, espace vital où je reprends mon souffle, puise des forces pour aller de l'avant. Je les attrappe au vol, m'en saisis, les brandis comme un étendard. La littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde." 

Tendre récit d'une femme sur ce que fut son enfance suite au divorce de ses parents. Une fracture s'est opérée. Une lettre à un père, homosexuel dans les années 70, au plus profond de la France rurale. Un choc important qui signe l'exclusion du monde doux et tendre de l'enfance. Le monde des faux-semblants et de la dure réalité voit le jour. La quête de l'enfant né d'un mensonge prend forme dans ce récit intime.

Le style d'Elsa Montensi est une formidable poésie des mots.

"Face à l'âpreté du dehors restent les plaisirs minuscules, démultiplication de ces poignées de secondes savourées à la dérobée. A l'ombre des haies, sous les herbes folles, dans les champs abandonnés, je suis protégée. Nuages m'entraînant dans leur course folle, coccinelles à apprivoiser. Rares instants éclaboussés de rires. La nature ne juge pas."

Sans fioriture, la plume d'Elsa Montensi est délicate, les mots revendiquent l'essentiel. Les émotions se bousculent.

"La vie, je la regarde de l'extérieur, derrière de grands murs. Je la vis à contre-courant, dans les pages noircies de mes cahiers, par procuration dans les mots des autres. L'écriture, une arme contre les lâchetés de la vie. Bouclier magique, invisible. L'encre demeure l'instrument privilégié pour aplanir, effacer les aspérités du dehors. Le courage, la force pour faire face aux anfractuosités du monde. Puisées à la source. Dans la solitude. " 

Court texte, tout en finesse et délicatesse.Les phrases sont puissantes et cette lettre restera présente dans ma mémoire fort longtemps. Un grand coup de coeur.

Désordres, Lettre à un père, L'Harmattan, collection Amarante, Août 2012.  

Merci à Charlotte de m'avoir mise sur la voie  de ce très beau livre.

 

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vendredi, 12 avril 2013

La Maternité de Mathieu Simonet.

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Refermer ce livre, un peu secouée, bouleversée. Pas forcément par le sujet difficile, celui de la mort d'un être proche...non plutôt par la beauté des mots choisis dans ce moment si doux en émotions.

Réussir le pari de mettre de la vie dans les derniers jours d'existence, brosser le portrait d'une femme atypique, intègre, révoltée, un peu à l'image de Goliarda Sapienza.

La Maternité n'est pas seulement un livre sur la fin de vie,  un livre sur ce mal terrible qui chamboule nos vies, sur cette maladie qui décime...c'est un livre plein de vie qui bouscule la nôtre. 

Mathieu aime beaucoup recueillir les propos des gens, les manifestations de la souffrance brute, le désarroi émotionnel. Ces confidences sont réunies dans des petits carnets. C'est probablement la source de son travail littéraire, une sorte de collage des échantillons de vies. Cette vie surprenante, sans pitié parfois. La mère de Mathieu souffre d'un cancer, une première alarme. Une année singulière puis la rémission. Il comprend dès lors que la parole de sa mère doit être recueillie à son tour dans les petits carnets. Puiser l'inspiration dans la parole de cette femme avant que le crabe ne soit de retour. Pascale Simonet souhaite surtout parler de l'après maladie, cette période où tout redevient normal aux yeux de l'entourage.

Fidèle  à sa démarche singulière de recueillir les témoignages, Mathieu Simonet donne la parole aux professionnels de la fin de vie et transcende l'indicible grâce aux propos d'une bénévole en soins palliatifs, d'un prêtre, d'un embaumeur. Le récit est assez ludique parfois par son côté protéiforme qui oscille entre l'entrée dans un établissement de soins palliatifs, les réminiscences de l'enfance chamboulée et le questionnement d'anonymes sur le thème de la mort. Lire attentivement les visions oniriques, fantasmées, enfantines de la représentation de la mort, une grande lecture visuelle des gens en somme qui autorise l'intéraction entre l'imaginaire et le symbolique, faire face à la résurgence des croyances magiques.

Comment répondre au flot de questions et aux angoisses suscitées par ce qui n'est, en principe, que l'aboutissement normal de toute vie?

Entrer dans l'établissement de soins palliatifs, autrefois une maternité...parce qu'un accouchement c'est un peu comme la mort, après le tumulte s'invite le temps de l'apaisement.

Lire La Maternité c'est sublimer la dramaturgie lacrymale au-delà de la souffrance initiale. Nous ne sommes pas préparés à la douleur brutale, incompréhensible, ressentie où la mort fait irruption dans notre vie. Acquise une certaine maturité, la mort de l'autre devient indubitablement un peu notre propre mort. Intégrer la mort de l'autre est une démarche conceptuelle ardue, passer par le filtre de la littérature nous permet alors d'en parler, avec les mots des autres. Le postulat de la mort suggère des échanges difficiles et esquivés entre Mathieu et sa mère. Dans une société soumise au refoulement de ces questionnements, l'incertitude et l'errance résonnent d'autant plus fortement lorsque surgit l'épreuve du deuil, soudaine ou attendue.

Le roman se referme sur la mort de Pascale Simonet le 4 Juillet 2009. C'était un samedi. Telle une autobiographie collective ou une natation synchronisée, La Maternité a profondément résonné en moi. Ce samedi- là, un autre exemplaire de Paris Match sur la mort de Mickaël Jackson trônait sur la table de nuit d'une chambre aseptisée du Nord de la France, la bête venait d'être délogée.

Merci Sophie Andriansen pour m'avoir mise sur la voie, merci Mathieu. 

 

jeudi, 11 avril 2013

Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse.

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"Du jour où j'ai pu vivre ailleurs, j'ai choisi des lieux où la vie ne s'arrête jamais, rassuré par la disponibilité, l'abondance des êtres et des choses, par l'illusion des innombrables possibles à portée de main, et par l'irremplaçable liberté de l'anonymat." 

Il est velléitaire cet homme...François Vallier, jeune pianiste célèbre. Il court le monde, donne des concerts chaque soir. Le portrait de cet homme, à l'affût du must-have, n'avait rien pour me plaire. Un éternel insatisfait... parce qu'il pense que l'eau est sans doute plus fraîche ailleurs, que la joie de vivre repose sur les biens matériels. 

Sauf qu'il sera contacté par un homme, un soignant à qui le talent de François Vallier fut porté à la lumière grâce à une jeune femme internée. Cette jeune femme c'est Sophie, que François a aimée passionnément puis abandonnée, juste après une interruption médicale de grossesse. Elle écoute en boucle ses enregistrements, peint une toile gigantesque dans sa chambre, une oeuvre manichéenne qui oscille entre le blanc et le noir, le reflet indubitablement de sa propre vie. Il décide de tout quitter pour la retrouver.

C'est à ce moment-là que la narration se fait plus douce...on entre lentement dans l'introspection, dans le dénuement d'un homme. Confronté à un univers inconnu, celui de la campagne où est internée Sophie, François va devoir se dépouiller de son personnage. Se regarder en face n'est pas chose simple pour un artiste, pour cet écorché vif en particulier...

Est-on invincible en amour? La musicalité de l'amour peut-elle revenir dans la routine de nos vies? Comment retrouver un amour perdu dans ce temps suspendu? Où puiser la sérénité lorsqu'on est désarmé?

La plume de Gaëlle Josse offre de beaux portraits, en demi-teintes d'un homme et d'une femme, perdus et vaincus par la passion amoureuse. Sous couvert d'une nonchalance, la narration ne m'a pas toujours emportée...

Je tenterai la lecture de son premier roman Les Heures silencieuses

Merci Catherine, pensée pour Frédéric A.

vendredi, 05 avril 2013

La Voie Marion de Jean-Philippe Mégnin.

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Fille d'Annecy, Marion vient d'ouvrir une librairie à Chamonix, lieu de ses vacances de petite fille, plaisir et défi tout à la fois.

Un jour, dans la porte s'encadre Pierre, colosse timide qui, peu à peu, l'entraîne dans ce qui lui sert d'élément et d'horizon: la haute montagne.

 A la cordée succède le lien amoureux. Mais le ciel s'assombrit au dessus-des neiges éternelles...

Roman court et ténu, servi par une écriture qui oscille entre rudesse et finesse rudesse comme l'est parfois la montagne.

J'ai bien aimé ce roman tragique d'une cordée amoureuse qui cède. Suivre ces personnages dans l'ascension de leur amour fut très agréable dans la première partie du roman. Ensuite, le trouble s'installe et je n'ai pas réussi à maintenir cette excitation dans la lecture, comme un parallèle au désenchantement du couple.

"Sans doute, cette impossibilité d'avoir un enfant, ça nous avait déchirés, mais il n'y avait pas que ça...Il y avait ce désamour, ce lent délitement qui s'est installé dès les premières années, surtout de ma part, je pense, cette sensation envahissante que je m'étais trompée, que j'y avais cru trop vite, que cet homme-là, sans que j'aie rien à lui reprocher, rien n'était pas celui que j'avais cherché..." 

jeudi, 28 mars 2013

Je t'aime maintenant de Sandra Reinflet.

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Beaucoup de fraîcheur dans ce bel objet! Vous ajoutez un soupçon d'originalité, quelques grammes de fantaisie et de la subtilité en abondance et vous obtenez cette très belle publication chez Michalon.

Je t'aime maintenant retrace un cadran composé de vingt-quatre moments liés par un fil: celui d'une même histoire avec l'amour. L'histoire désirée, aboutie ou non. Sandra Reinflet a souhaité retrouver la trace des différents acteurs de sa vie sentimentale, de son père à l'icône derrière l'écran en passant par l'amant du collège au monde du travail, de la tentation homosexuelle. Elle offre des instantanées de vies, de retrouvailles... Le projet est original, évoquer cette heure de la première rencontre, du premier baiser, du chagrin, de la passion, des rêves et des espoirs déçus, de ses hommes qui ont peuplé ses nuits, de cette femme à peine effleurée... Beaucoup de sensualité émane au fil des pages et il ne suffit pas de voir la plastique de Sandra pour en être convaincue. L'écriture suffit à elle-même pour sublimer tous ces rendez-vous avec l'amour. La mise en scène photographique ponctue chaque heure: l'homme naturel, en chemise ou torse nu, sans articices. Des lieux, des objets , un vêtement comme la simple illustration d'une rencontre.

Un jeu de miroir, en somme, où Sandra Reinflet nous offre le portrait  éphémère d'une génération. Celle qui souhaite vivre l'instant présent, sans engagement, mais qui attend sa vingt-cinquième heure, malgré tout.

Le plaisir s'invite aussi lorsque nous convoquons nos propres souvenirs d'anciens amants car son histoire d'amour, celle de ses amants est un peu la nôtre aussi. Et puis à chaque description d'un moment fort de sa vie sentimentale, confortée par la beauté de l'amant (Rok....quand même...),tu voudrais arrêter l'horloge pour elle. Mais sa vingt-cinquième heure est très jolie alors tu lui pardonnes ses libertés, sa désinvolture et ses choix sur ce fil de vie.

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Alors, on se rappelle toutes les bribes, tous les souvenirs, les pépites qui tissent ce joli fil d'amour qui nous unit et nous relie à cette jeune femme talentueuse. 

 

 

mercredi, 27 mars 2013

Le Premier été d'Anne Percin.

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Une fin d'été en Haute-Saône. Deux soeurs que tout semble opposer se retrouvent pour vider la maison de leurs grands-parents décédés. 

Catherine, la benjamine, se remémore l'été de ses seize ans. Elle se réfugiait dans la lecture, isolée au grenier. Elle est devenue libraire, tandis que sa soeur a fondé une famille. Un été fort singulier. Quinze ans après, elle revient sur les joies de l'enfance, la découverte de l'autre, les plaisirs adolescents et  la sexualité. L'année où la complicité des deux soeurs s'est estompée.

Quel terrible secret cache Catherine au plus profond d'elle-même? Celui qui a stoppé le temps, qui la poursuit la nuit.

Quand l'innocence rencontre la cruauté sous la plume d'Anne Percin, c'est un très beau roman sur l'indicible qui s'offre à nous. Une histoire douce-amère que j'ai eu quelques difficultés à quitter. Les descriptions tour à tour  sensuelles et cruelles de l'adolescence sont très puissantes.  Le drame est décrit avec beaucoup de distance, de recul et la métaphore du chat qu'on a "zoqué" est d'une implacable lucidité. Le poids de l'éducation sexuelle inculquée aux filles dans les campagnes profondes est joliment raconté.

"Mais j’avais seize ans, et s’il y a un âge où il faut faire des efforts, c’est bien, celui-là. A seize ans, la peau n’est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu’on ignore totalement à quoi on peut ressembler."

Le Premier été, Anne Percin, Rouergue, 2011.

 

Les Séparées de Kéthévane Davrichewy.

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"Alice, notre génération n'était pas engagée, disais-tu, tu aurais voulu avoir vingt ans en Mai 68 ou avoir connu une guerre comme tes parents. Rien ne nous arrivait jamais, nous cherchions une bataille à mener. Il n'y avait que l'amour, comme dans la chanson de Jacques Brel, nous en avions fait notre inaccessible étoile. Et nous avions la littérature, l'art pour nous élever. Je trouvais que nous accumulions plus de théories sur l'esthétique  que d'émotions. Nous pensions trop, nous parlions trop. Tu voulais aller au fond des choses, disséquer la moindre de nos pensées. Ce fut un tort".

Douces voix féminines. Celles d' Alice et Cécile, deux amies d'enfance. Une narratrice omnisciente. Le roman s'ouvre, le 10 Mai 1981, quand apparaît dans le petit écran le portrait du nouveau président. C'est le temps du partage, des premiers émois amoureux, leurs familles aux antipodes l'une de l'autre, la passion commune pour la littérature, la bande-son des années 80/90.

Trente ans plus tard...elles sont séparées. Alice, en plein divorce, laisse vagabonder son esprit dans un café. A l'autre bout de la ville, Cécile, plongée dans un semi-coma à la Pitié-Salpêtrière, envoie des lettres imaginaires à son ancienne amie.

Quelles sont les raisons de cette rupture amicale? Kéthévane Davrichewy offre le portrait lumineux de ces deux jeunes femmes, dans leurs élans de joie, leurs espoirs et leurs quête communes jusqu'au délitement des sentiments qui les unissent. La plume est subtile , elle cherche à confronter les points de vue, les secrets et les non-dits dans cette amitié fusionnelle.

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Un roman dense sur la fin de l'enfance qui rime avec la fin des illusions.

J'ai beaucoup aimé les fausses pistes sur les relations amoureuses et fraternelles. On avance dans la lecture avec persuasion et l'autour nous surprend, nous bouscule avec des thèmes forts comme la drogue, le sida, l'inceste.Un grand coup de coeur!

Les Séparées de Kéthévane Davrichewy, Ed. Sabine Wespieser, Janvier 2012. 

lundi, 25 mars 2013

Tempête au haras de Chris Donner.

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Jean-Philippe est né sur la même paille qu'un poulain, le même jour, au haras de son père. Il grandit en compagnie des chevaux, apprend à marcher grâce à la jument qui l'a vu naître. L'osmose entre l'enfant et l'animal est très singulière. Un rêve l'obsède, celui de devenir jockey. Le destin s'en mêle et le prive de ses capacités physiques lorsque Tempête la jeune pouliche lui brise la colonne vertébrale. Fort d'une abnégation sans faille, Jean-Philippe poursuivra ses efforts pour mener à bien son rêve.

Chris Donner nous offre une très belle histoire de complicité entre l'enfant et l'animal, un grand moment de bravoure et la chute inattendue est très belle. Le message de ce livre parle, j'en suis convaincue, aux jeunes lecteurs comme aux moins jeunes. J'ai particulièrement apprécié l'acceptation du jeune garçon sur son handicap qu'il surmonte avec sagesse.

Livre lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et Ecole des Loisirs pour cette belle découverte.

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vendredi, 22 mars 2013

L'Amour commence en hiver de Simon Van Booy.

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Oui...c'est le printemps et pourtant...j'avais envie d'une douce lecture et ce court roman m'a enchantée.

Simon Van Booy raconte l'histoire de la rencontre entre Bruno et Hannah. Le roman s'ouvre sur la vie de Bruno. Musicien, dans l'étui de son violoncelle, Bruno conserve un talisman. Une moufle, celle que portait une enfant, morte il y  a vingt ans.

Hannah, quant à elle, collectionne les glands, fruits cueillis sur l'arbre aux oiseaux, qu'aimait son frère Jonathan.

L'ambiance est douce, feutrée, sous un ciel laiteux. L'écriture est envoûtante. On se questionne beaucoup sur l'enchaînement des situations entre ces deux personnages, sur ce qui les relie. On avance à tâtons dans l'univers de cet écrivain qui réenchante le monde. Fantômes du passé, réminescences , ombres du souvenir peuplent les pages de ce court texte.

J'aime beaucoup ces univers mélancoliques servis par une écriture métaphorique. L'ellipse et les non-dits apportent une ambiance toute particulière, de celle que je préfère en littérature.Un très beau texte traduit de l'anglais par Micha Venaille  où l'amour s'entremêle avec la disparition d'un être cher.

 

mardi, 19 mars 2013

Le Panier de Jean Leroy, illustré par Matthieu Maudet.

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L'univers du conte plein de noirceur est revisité sous la plume de Jean Leroy. Le texte très épuré nous emporte sur le chemin du conte classique. On découvre une vieille sorcière, laide et méchante qui aime à sortir de chez elle, uniquement pour ramasser des champignons empoisonnés. Lors d'une sortie, elle découvre dans un sentier, un panier abandonné. Quelle ne fut la surprise de cette vilaine sorcière en découvrant au creux du panier un bébé?! Elle prend la fuite devant ce bébé effrayé par son nez crochu. Une fois chez elle, fera-t-elle preuve d'un infime instinct maternel? Après avoir joué avec les caractères de l'ogre et de la sorcière, personnages typiques du conte classique, Jean Leroy s'amuse à aller au delà des apparences. La sorcière menaçante avec sa sempiternelle ritournelle "Moi qui n'aime rien ni personne, comme d'habitude, on me le rend bien" va envoûter nos apprentis lecteurs jusqu'au surprenant dénouement.

Les images découpées en ombres de Matthieu Maudet apportent beaucoup de force au propos et éveillent à l'imagination.

La chute est très jolie, après avoir frissonné, les auteurs privilégient l'innocence du bébé souriant.

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Livre lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et  Ecole des Loisirs pour cette belle découverte.

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Les Cadavres en fleurs d'Elodie Soury-Lavergne.

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Je vous emmène faire la connaissance de Fulbert. C'est un homme qui vit à la lisière du monde, un inadapté aux fragments du quotidien. Il est rentier,solitaire,il déteste les vieilles peaux probablement parce que sa mère n'a pas eu le temps d'en devenir une.

"Des tas de vieilles peaux ont cherché à me consoler de la mort de maman. En m'affirmant que les artistes s'immortalisent par leurs oeuvres. Faut pas être très malin pour y croire. Même à l'âge de dix ans, je ne me suis pas laissé avoir. Si c'était vrai, tout le monde chercherait à écrire des bouquins, des chansons, se mettrait à peindre ou à danser, au lieu de consacrer toute une vie à un boulot ingrat, à l'éducation de quelques marmots qui, soit dit en passant, conduisent plus à la folie qu'à l'immortalité.[...] La seule chose immuable en ce monde, c'est l'argent. Et tout l'intérêt qu'il suscite." 

A mi-chemin entre la fable et le conte, Elodie Soury-Lavergne brosse le portrait d'individus fantaisistes: une sirène amatrice de parties de pêche à la canne à strophes, un steward cannibale, un Blobfish inutile, un porc populiste et une girafe complexée. Sans oublier Rabbin, le chien juif circoncis. La galerie des personnages propose une critique acerbe de la société  dans un langage oralisé, poétique et imagé.

Sous couvert d'humour noir, l'écriture est ciselée, elle s'unit à la métaphore et en ce sens me rappelle la plume de Boris Vian.

 Fulbert aime les fleurs " On peut les garder près de soi. Les aimer. Les préférer comme ça aussi. Maman a dû partir. Maman n'était pas une fleur. Rien ne ressemble plus à une femme qu'une fleur. Pourtant, rien ne ressemble moins à une fleur qu'une femme. Sauf maman."

J'aime beaucoup son analyse de la mort et de ce qui l'entoure. Le spectre de la mort est désacralisé "Il n'y a pas de raisons pour que le temps s'arrête à cause d'un oiseau mort. Il ne le fait déjà pas pour un homme. Pas même une petite pause."

Fulbert et ses compères sont d'une charmante compagnie sur le chemin mystérieux de la vie, mais aussi de la mort. Je vous invite à découvrir le pays fleuri de Fulbert.

Elody Souris-Lavergne a reçu le Prix du Jeune Ecrivain en 2011 et signe avec ce roman une écriture comme "une épluchure de sa singularité".

Roman publié chez Dub Editions, Janvier 2013.

 

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lundi, 18 mars 2013

Que nos vies aient l'air d'un film parfait de Carole Fives.

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Evoquer le thème du divorce, voilà qui n'est pas chose simple. Carole Fives réussit brillamment l'exercice dans Que nos vies aient l'air d'un film parfait grâce à de délicates pépites d'humour distillées dans le texte. Le ton est juste pour évoquer  cette "famille qui déjà n'en est plus une et où il n'y a plus grand chose à se dire.  A moins que ce ne soit une famille où il y ait tellement de choses à dire que plus aucun mot n'en sorte."

Les points du vue diffèrent au fil des chapitres, celui de la mère, du père, de la soeur aînée...le grand absent demeure le frère Tom. Ce procédé singulier permet aux personnages l'absence de jugement. Pourtant, chacun d'entre eux subit le poids de la culpabilité. Celle de quitter un foyer pour le père, celle de sombrer dans la dépression pour la mère et sans doute celle qui m'a le plus touchée, la culpabilité de la soeur d'avoir un jour permis à sa mère de la séparer de Tom.

"T'as huit ans et bientôt tu vas entendre la nouvelle qui va te coincer les mots dans la gorge pour longtemps. Cette nouvelle, tu ne seras pas le premier enfant à l'entendre. Ni le premier, ni le dernier. Des milliers d'enfants, peut-être des millions, qui l'ont entendue et l'entendront encore. Des millions d'enfants du divorce."

Tom devient la béquille de la mère. Ce n'est pas tant le thème du divorce qui est joliment raconté mais plutôt celui du déracinement  et du choc. "Qu'est-ce qu'on prend comme chocs dans une seule vie. Les médecins disent que les cancers et les maladies, c'est à cause de tous ces chocs qu'on se ramasse dans la figure et puis, sur le coup, on ne réagit pas."

Les enfants sont alors éloignés comme le soulignent les titres des chapitres: Nord/ Sud/ Les Pôles magnétiques.

J'ai beaucoup apprécié la mise à distance des sentiments et le pathos inhérent à la situation. Les références socio-culturelles des années 80 offrent un bel écho à notre propre enfance et c'est avec délice que j'ai repensé aux collections d'images d'animaux sauvages dans les plaques de chocolat, au générique de fin de Benny Hill le dimanche qui sonnait notre départ pour le lit, les soucoupes au goût d'hostie, le Top 50, Gainsbourg et bien d'autres références encore... 

Un roman puissant qui signe la fin de l'insouciance. J'ai parsemé deci delà un post-it dans ce très bon roman polyphonique qui m'a secouée autant qu'émue. Un grand coup de coeur! 

Publié chez Le Passage.

Black out de Brian Selznick.

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Brian Selznick est l'auteur du célèbre roman  L'Invention d'Hugo Cabret. L'histoire se passe aux Etats-Unis à deux époques différentes.

Nous rencontrons, Ben, en 1977.Il vit chez son oncle et sa tante depuis la mort de sa mère. Orphelin de père qu'il ne connaît pas , sourd d'une oreille, il fait ce rêve incessant d'être poursuivi par des loups. Soucieux de renouer avec ses origines, il retourne dans la maison maternelle où il découvre "Le Cabinet des curiosités". Son désir de rejoindre la ville de New-York se réalise et il part sur les traces de son père.

L'histoire est entrecoupée par des pages illustrées, un peu à la manière de Lorenzo  Mattotti.

 

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Rose vit en 1927, elle est sourde. Elle se passionne pour l'actrice  Lillian Mayhew. Elle apprend dans un article de presse sa venue à New-York pour un concert. Elle souhaite plus que tout se rendre à ce concert. Qui est Lillian Mayhew?

On suit l'aventure de ces deux jeunes gens, à des époques différentes mais reliées entre elles par cette quête d'identité. Le roman graphique sublime la narration, la succession texte/image prend tout son sens et révèle une maîtrise parfaite de l'intrigue. Les illustrations sont très riches tant dans les scènes de la ville de New-York avec un angle de vue cinématographique que dans les portraits rapprochés des personnages. Le thème de la surdité est très documenté et finement analysé.

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Partez à la découverte de secrets de familles, de recherches au Musée d'histoire naturelle pour une très jolie aventure en compagnie de Ben et Rose.

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Black out, Brian Selznick, mars 2012.

 Roman lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Bayard jeunesse pour cette belle découverte.

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mercredi, 13 mars 2013

Emile est invisible de Vincent Cuvellier et Ronan Badel.

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Voilà un album fort pertinent! Emile est un petit garçon, très impertinent. Soucieux d'échapper au plat d'endives au jambon de sa maman, il se persuade qu'il est invisible. Il observe donc les plats préparés et louche déjà sur la mousse au chocolat. Il ne se contente pas seulement de la regarder et sa maman le rappelle à l'ordre. Surpris d'être encore visible, il condamne sa moustache au chocolat. Mais très vite, il se rend compte qu'il demeure toujours visible aux yeux de sa maman.

Il décide alors de se déshabiller, convaincu que ses vêtements le trahissent.Persuadé qu'il est dès lors invisible, il répond à l'appel de sa maman qui l'informe d'une surprise au salon: la visite de sa copine!

 

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Emile a des lubies qui plaisent beaucoup aux enfants. L'identification permet aux apprentis lecteurs de porter un grand intérêt aux aventures du petit garçon. Il semble persuadé qu'en voulant quelque chose, tout de suite ses voeux sont exaucés. J'aime beaucoup la cocasserie de cet album!

Album  lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Gallimard pour cette belle découverte.

 

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L'Enfant bleu d'Henri Bauchau.

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(Là où l'on apprend que la couette à mouettes est réversible...)

C'est le premier livre d'Henri Bauchau que je lis. J'ai tout de suite su que "je serai bien" dans ce livre. Pourtant l'histoire est plutôt bouleversante, celle d'Orion, enfant psychopathe placé en hôpital de jour, à Paris. Là, il sera pris en charge par Véronique, psychanalyste. On pourrait croire que la narration devienne vite pesante puisque Bauchau décrit chacune des entrevues entre Véronique et le jeune  adolescent perturbé. Seulement, malgré ses difficultés, la psychanalyste va très vite se rendre compte de l'imagination puissante et tente d'orienter Orion vers le dessin, puis la sculpture.

"-Je ne sais pas, avec Orion tout est si obscur, si imprévisible.

-C'est cette obscurité qui t'attire?

Il voit que je ne puis répondre. Il sourit, je ne suis pas seule, nous sommes deux."

Partir à la rencontre d'Orion, c'est prendre connnaissance de ses dictées d'angoisse, de ses dessins du Minotaure  assassiné et de l'Ile Paradis numéro 2, de la Harpe éolienne et de la statue en bois d'arbre. Orion est le déshérité, il a "sans doute été choisi, au fond du ténébreux inconscient familial pour être le symptôme de son mal. Il est aussi un produit d'une certaine pensée que façonnent à travers le monde la télévision et la publicité[...]Son malheur, ses handicaps bouleversent en moi la femme profonde, car il y a dans notre commune aventure quelque chose de fondamental. Quoi? C'est ce que je ne parviens pas à me formuler quand soudain une certitude surgit: Orion et moi, nous sommes du même peuple. Quel peuple? Le peuple du désastre.Qu'est-ce que ça veut dire le peuple du désastre? La réponse, imparable, avec la voix d'Orion dit: "On ne sait pas."

 

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On accompagne Orion sur le chemin des Arts. Il va au fil du temps, avec une sûreté singulière, partir à la rencontre des objets, des scènes, des tableaux qui le concernent intérieurement.

Bauchau décrit avec beaucoup de finesse et de subtilité le parcours d'Orion vers les chemins de la création. Les voies sont semeés d'incertitudes et d'échecs mais peu à peu, Orion réussit à s'ouvrir à la parole grâce à l'Art. L'oeuvre intérieure et artistique ne font plus qu'une, cette dernière éclot au fil des pages dans une langue poétique.

Bauchau dans ce livre, aborde les thèmes délicats du peuple du désastre et la patience des déliants. S'affrontent alors, dans un manichéisme bouleversant, la mystérieuse force de la souffrance face à l'espérance.

Je vous invite vivement à rencontrer l'enfant bleu, figure fugitive de l'espoir.

Merci à Sylire de m'avoir mise sur la voie de ce talentueux écrivain.

L'Enfant bleu d'Henri Bauchau,Actes Sud, collection Babel, 2006.

mercredi, 06 mars 2013

Les Monstres de là-bas d'Hubert Ben Kemoun.

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Je participe aux lectures communes proposées par Libfly dans le cadre du Prix sorcière 2013. 

La remise des Prix Sorcières décernés par un Jury composé de membres de l’ASLJ et de l’ABF aura lieu à Villeurbanne, lors de la journée professionnelle de la Fête du Livre jeunesse, le vendredi 12 avil à 17 heures.

LES NOMINÉS AUX PRIX SORCIÈRES 2013 SONT…

Albums tout-petits
• ABC Bestiaire, Janik Coat – Autrement
• Plus, I.C. Springman et Brian Lies – Minedition
Fourmi, Olivier Douzou – Rouergue
• Super Nino, Michaël Escoffier et Mathieu Maudet – Frimousse
• 2 yeux ?, Lucie Félix – Les Grandes Personnes

Albums
• Akim court, Claude K Dubois – L’école des loisirs et Amnesty international
• La maison en petits cubes, Kenya Hirata et Kunio Kato – Nobi-Nobi
• Les lettres de l’ourse, David Gauthier et Marie Caudry – Autrement
• Le facteur Quifaiquoi, Ruth Vilar et Arnal Ballester – La Joie de lire
• Le mille-pattes, on le dessine comme on veut, Jean Gourounas – Rouergue

Premières lectures
• Le panier, Jean Leroy et Mathieu Maudet – L’école des loisirs
• Emile est invisible, Vincent Cuvellier et Ronan Badel – Gallimard Jeunesse Giboulées
• Les monstres de là-bas, Hubert Ben Kemoun – Éditions Thierry Magnier
• Meslama la sorcière, Jennifer Dalrymple et Julia Wauters – Escabelle
• Lulu et le brontosaure, Judith Viorst et Lane Smith – Milan

Romans junior
• Black-out, Brian Selznick – Bayard jeunesse
• Je m’appelle Mina, David Almond – Gallimard
• Tempête au haras, Chris Donner et Adrien Albert – L’école des loisirs
• Le cœur en braille, Pascal Ruter – Didier jeunesse
• La Bande à Grimme, Aurélien Loncke et Adrien Albert – L’école des loisirs

Romans ados
• Quelques minutes après minuit, Patrick Ness et Jim Kay – Gallimard jeunesse
• Max, Sarah Cohen-Scali – Gallimard
• Revolver, Marcus Sedgwick – Éditions Thierry Magnier
• Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs – Bayard
• Les trois vies d’Antoine Anacharsis, Alex Cousseau – Rouergue

Documentaires
• Cartes – voyage parmi mille curiosités et merveilles du Monde, Aleksandra Mizielinska et Daniel
Mizielinski, – Rue du monde
• La mémoire de l’éléphant, Sophie Strady et Jean-François Martin – Hélium
• Dictionnaire fou du corps, Katy Couprie – Éditions Thierry Magnier
• Toutes les maisons sont dans la nature, Didier Cornille – Hélium
• Prises de vue, David Groison et Pierangélique Schouler – Actes Sud junior

Je vais découvrir les titres dans les catégories Premières lectures et Romans 9/12 ans.

Je commence aujourd'hui par vous présenter Les Monstres de là-bas d'Hubert Ben Kemoun, paru aux Editions Thierry Magnier en Septembre 2012.

Nelson voyage seul pour la première fois sur un grand bateau. Il va se rendre chez Fubalys, sa correspondante.Il fait la traversée de l'estuaire en deux heures.Il découvre ensuite la famille de Fubalys, qu'il trouve encore plus jolie que sur les photos.Mais une atmosphère pesante se profile. Lors de la découverte de la ville de Brick-City, quelques détails étranges vont intriguer de plus en plus Nelson.

"Elle ne lui en avait pas parlé dans ses lettres. Il pensa qu’il ne serait pas très poli d’y faire la moindre allusion alors qu’il venait d’arriver."

Passée la magie des premiers instants, Nelson découvre que le père de Fubalys a six doigts à chaque main.Puis très vite, il se rend compte que Fubalys a également douze doigts.Il ne dit rien...

Lors d'une sortie à la plage, Nelson est de plus en plus perturbé. Sa correspondante a deux nombrils.

"Il ne voyait plus la ravissante fille qui lui plaisait tant à la lecture de ses lettres, mais une fille différente...Monstrueuse!"

Comment avait-elle pu lui cacher de telles horreurs? devant l'étonnement de Nelson, Fubalys le questionne sur sa difformité à lui, celle de ne pas avoir deux pouces comme tout le monde.

Perturbé, Nelson décide de s'enfuir, de retourner chez lui, là où les gens sont normaux.

Ce petit roman évoque brillamment la question de la normalité, en littérature jeunesse. La focalisation externe donne au texte toute sa tonalité humoristique. Je reprocherais cependant la difficulté du lexique, parfois, pour de jeunes lecteurs. Ce court texte permet la réflexion sur la différence entre les individus et sa chute est surprenante, elle fait tout le sel de ce roman.

Roman lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Thierry Magnier pour cette belle découverte.

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