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lundi, 12 septembre 2016

Frères d'exil de Kochka.

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"Il y a des moments dans la vie où ce qu'on croyait solide s'effondre...

Où que la vie t'emmène, Nani, n'oublie jamais d'où tu viens, mais va!"

Kochka signe un texte sur le pas lent de ceux qui fuient leur île vers une planète meilleure, le pays de nulle part.

Après la tempête qui a inondé l'île, la famille de Nani est courbée sous le poids de la tragédie. Enoha, son grand-père, décide de rester et confie à sa petite fille des lettres afin qu'elle connaisse son histoire.

La famille de Nani fait face aux morsures de la nature. On accompagne ce  long périple de voyageurs, telle une armée silencieuse, visages impénétrables et cheveux de jais.

Quand les lieux habités tremblent sous les forces hostiles, lorsque chez soi devient une tombe, où trouver le refuge?

Kochka propose une histoire bouleversante sur ces dizaines de millions de déplacés qui fuient les cataclysmes naturels (ou pour d'autres, les guerres, les dictatures...) ce grand trou noir où les hommes disparaissent sans que l'on sache qui ils étaient.

C'est une très belle histoire poétique sur la possibilité de fraternité où s'entremêlent les histoires des générations et des familles. La volonté de connaître ceux que l'on identifie sous les chiffres, face aux fermetures guerrières du monde actuel.

Est-il condamnable de chercher ailleurs des opportunités de vie meilleure? C'est avec beaucoup de sagesse que le vieil homme, Enoha, répond à sa petite fille. Les lois de l'hospitalité reprennent vie au milieu du campement, là où ailleurs l'argent domine un monde sans parole ni honneur.

Ce récit d'actualité sur ces générations qui naissent en exil et en misère montre à quel point le monde les blesse mais l'Histoire ne les efface pas totalement.

Flammarion jeunesse, Septembre 2016.

Les illustrations de Tom Haugomat  subliment ce message d'amour et d'ouverture à l'autre.

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lundi, 09 mai 2016

L'Arbre et le fruit de Jean-François Chabas.

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"A la télévision les papas ne font jamais ça, mais moi, je crois que c'est parce que la télévision ce n'est pas vrai. C'est un faux monde."
Oregon, les années 80.
Jewel a une petite soeur, Esther. A l'heure où leur papa rentre, les deux soeurs deviennent blanches. Tout s'arrête, comme quand on est une souris et que tout à coup on entend le miaulement du chat. La souris veut s' échapper mais le corps est une cage serrée. Le papa, tel un félin, est assez rusé et possède de be...aux atours en société.
La mère, souvent hospitalisée, demeure muette face à la honte.En fuyant l'indicible, on peut créer des foudres encore pires que celles déjà subies par le père tyran, régnant sur son univers de boue.
Nous avons tous un trou dans le coeur, un peu comme Joe, le seul homme en qui Jewel accorde sa confiance. Loin d'être alourdi de rancoeur et de dégoût face au racisme, Joe n'oublie pas le mauvais, il le relativise.
L'abominable pouvoir du père violent et raciste se coupe de la respiration du monde.
"Le raciste, c'est quelqu'un qui se découvre une bonne raison pour sa haine au lieu d'essayer de la faire partir: la différence."
La force diabolique du père ne peut héberger en soi une telle haine pour des gens différents et en même temps aimer ses proches sans que l'ombre de cette haine plane sur eux.
Jean-François Chabas stylise les émotions et la question de la filiation. La lecture de ce texte permet un surcroît de vigilance et de s'arracher à l'illusion référentielle, provoquée par l'épaisseur du langage et son étrangeté désirable. Une lecture qu'il est urgent de promouvoir, dans des sociétés fondées sur le respect de l'individu, la valorisation de son autonomie et de sa liberté-de conscience, de sentiment.
Une très belle manière de tisser des liens sur l'indicible sous couvert des mots écrits qui, chacun à leur manière, nous renvoient le drame du monde.
Les mots transportent aussi en eux de quoi réparer le réel traumatique qui circule invisiblement dans le temps.

L'Age d'ange d'Anne Percin.

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"La naïveté... C'est ce qu'on invoque, quand on a peur d'être généreux."

C'est beau quand la vie gronde de plus en plus fort pour quelques égarés du ruisseau. Une violente piqure au cœur pour une Esmeralda ou un Gavroche, amoureux d'un livre emprunté au lycée: Amours des dieux et des héros.
Entre les pages , les traces d'un autre lecteur. À l'intérieur de lui, un organisme fiévreux. L'ecorché vif cultive le mystère.
Et le fatum impose des secousses violentes pour détendre le...s cœurs.
Parfois, pour éviter que les forts ne soient forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer, il faut sortir du rêve, quitter le livre et aller vers la vie.

Un très beau texte sur l'indicible des esprits et l'ambiguïté des corps.

mardi, 05 avril 2016

Mon Pays en partage d'Yves Pinguilly, illustrations de Sandra Poirot Cherif.

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Trente poèmes dans une généreuse corbeille pour parler avec les enfants d'ici de ceux qui fuient leur maison, forcés de se réfugier.

Une maison, des habitudes et un avenir.

Des mots sensibles pour donner une épaisseur à ceux qui sont masqués derrière des chiffres.

Et tant d'espoir pour ceux qui fuient, loin, très loin.

La lune entre les bras, l'enfant espère.

Sur le petit bateau, on imagine l'autre pays comme un eldorado. Des promesses de bonheur qui font surmonter toutes les peurs.

L'enfant sera-t-il le bienvenu, lui qui à cloche-pied a déjà franchi trente-six frontières?

Connaître quelqu'un c'est connaître son pays, malgré les vents d'infortune.

Les murs sont dressés pour faire de l'ombre aux uns et aux autres. On empêche de "se métisser".

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Les contes de fées sont tributaires des chiffres, pourtant "c'est avec son coeur qu'on apprend le monde".

 On attrape au lasso l'histoire de tous ces enfants restés debouts.

Un très bel album pour détendre les coeurs, laisser la porte ouverte aux enfants qui voyagent, chahutés par les vents contraires. 

Les mains pleines de sortilèges, l'enfant est un passeur de mots.

Ce sont souvent des fantômes sans visages mais sous la plume d'Yves Pinguilly, ils deviennent des rois mages, loin des fleurs du malheur.

Les illustrations aux couleurs pastel adoucissent les genoux écorchés et les yeux rougis de ceux qui portent encore le dur nom d'"immigrés".

Sublime publication chez Rue du Monde, Avril 2016.

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mercredi, 09 mars 2016

Bouche cousue de Marion Muller-Colard.

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(Toile réalisée par mon amie canadienne  Nolwenn Petitbois)

La bouche cousue de celle qui grandit dans une famille immigrée italienne.

Le silence en retour d'une éducation méditerranéenne archaïque, où les hématomes se cachent dans dans la mémoire sensorielle des peines.

Les non-dits dans le lieu clos du Lavomatique, entreprise familiale,  là où tout se doit d'être propre, lisse, sur plis. C'est un mode de vie. Et cette mère qui nettoie tous les désirs des autres corps dans les interstices de chaque tissu.

Amandana a trente ans. Dans sa tête, c'est encore le jour de ses quinze ans. Le jour d'une gifle sous un ciel dépourvu d'horizon. Le temps, depuis, s'est arrêté.

Quinze ans, c'est aussi l'âge de son neveu Tom. Comme chaque dimanche, la narratrice subit ,comme elle le peut, le repas familial.

Le linge sale se lave en famille. La perfide Eva-Paola s'empresse de raconter que Tom a embrassé un garçon.

La gifle claque à nouveau, à quinze ans d'intervalle. Une autre génération, un autre temps mais toujours les mêmes moeurs et interdits.

Amandana s'empresse d'écrire une longue lettre à Tom. Le passé lui revient en mémoire, sa douleur, l'humiliation et l'enfermement. Le déni de soi. Elle lui confie son amour pour celle qui est venue chercher ses lèvres un peu par jeu.

 

Marion Muller-Colard  tisse la métaphore tout au long du texte. Et j'ai trouvé la confession de l'adulte troublante dans tous ses interdits. Elle est celle qui ne vit pas car elle ne sait pas. Et prendre la parole, livrer sa propre histoire, ce n'est pas voler, à mon sens, la douleur de Tom, c'est la faire sienne pour la transcender, ensemble. Remettre un peu de baume.

Autour du corps, beaucoup d'amour et de l'or dans les élans du coeur. Certains rêves non assouvis, enfouis, un peu comme la saleté tout au fond du bac à linge sale. La saleté que l'on chasse à grands jets, à grandes claques.

Un roman pudique où le théâtre permet à bouche cousue de se livrer un peu et d'exprimer ses émotions.

Très émue en refermant ce texte et l'histoire singulière de celle qui souhaite se faire tambouriner comme le linge, se faire étourdir de tours et d'accélérations, de vapeurs.

"Mais ma tête à moi restait vissée aux épaules pendant que les molettes des programmes tournaient toutes seules et que les tambours jouaient leur danse puissante d'annulation."

Juste sublime et d'une profonde finesse psychologique.

Gallimard, Scripto, Février 2016.

 

 

dimanche, 21 février 2016

Les Maisons des autres enfants de Luca Tortolini et Claudia Palmarucci.

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"Nous ne quittons jamais les maisons de notre enfance: elles restent toujours en nous, même quand elles n'existent plus, même quand les tractopelles et les bulldozers viennent les détruire."

Ferzan öztepek.

Pour l'enfant, la maison représente à la fois la famille et le moi, l'arbre, la croissance, le rêve, le chemin et la communication.

Dans ce bel album au doux parfum de l'Italie, on s'invite dans les maisons des autres enfants.Celle de Giacomo dans le quartier Monti où toutes les richesses affichées au mur l'empêchent d'avoir son propre refuge; puis celle de Matteo, une maison toute petite dans un quartier populaire où onze personnes vivent dedans.

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On peut observer dans les illustrations de Claudia Palmarucci les cordes à linge tendues au travers des ruelles où pendent comme les oriflammes les lessives de toute la famille.

Les femmes s'affairent en cuisine, les hommes sont plus oisifs.

La double page offre un plan large pour chaque intérieur puis sur les pages suivantes, la focale attire l'attention sur un détail caractéristique du lieu.

L'utilisation des couleurs chez Claudia Palmarucci sous-entend un enfant qui est libre, les fenêtres représentent l'ouverture sur le mode, qu'il soit imaginaire comme pour Ottavio, qui aime à imaginer les images des films dont il n'entend que la bande-son depuis son appartement au dessus du cinéma L'Amérique, ou encore Lillo et sa maison de vacances où chaque pièce ressemble aux fonds marins.

L'illustratrice offre un souci d'esthétisme dans chaque détail pour intégrer chacune des valeurs familiales.

Chaque maison est un refuge idéal, un cocon protecteur comme la maison de Sindel qui n'est pas une vraie maison "avec des briques, des chambres et tout le reste".

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C'est la maison de l'enfant du voyage, une maison avec des roues. Comme une villa qui bouge au gré des envies des fils et filles du vent.Une maison aux fenêtres ouvertes où les familles sont unies et en liberté. Probablement ma maison préférée dans ce très bel album publié en 2016 chez Cambourakis. Chaque maison a une âme secrète, qu'elle soit moderne ou antique, populaire ou luxueuse, en brique ou en paille. Ses murs veillent sur les rires et les rêves de l'enfant, en son coeur.

 

 

 

 

mercredi, 03 février 2016

Dans la caravana de Catherine Anne.

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Toujours à la recherche de textes à offrir aux enfants du voyage, je suis tombée sur ce texte théâtral assez curieux et insolite de Catherine Anne.

C'est l'histoire d'une famille itinérante, trimballée sur les routes, dans une caravana.

Le père Milan raconte à ses trois enfants qu'ils ont tous été chassés d'un pays où ils vivaient dans un splendide palais.

La fille Dora s'en fiche un peu de ses origines et des histoires farfelues du paternel. Elle souhaite plus que tout aller à l'école. S'immobiliser pour voir grandir les arbres.

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Pavel, le petit "print" boit les paroles de son papa et continue de rêver au palais enchanté, là-bas, dans le pays splendide.

Clow, le frère, décide de révéler la "vraierité" et celle-ci fait mal.

Catherine Anne joue avec les mots qui emplissent le coeur de la familie. La langue est foisonnante pour mettre en mots les turbulences de la vie. La caravane doit poursuivre sa route, continuer à avancer malgré tout, même si l'entente est explosive.La belle-mère s'inquiète du sentiment qu'éprouvent les enfants à son égard et le papa roi balaie tous les propos d'un geste.

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Ce texte a été mis en scène joliment et poétiquement par Christelle Melen sous le nom La Petite Reine, par la compagnie Hélice théâtre. Au guidon de son vélo, tirant une carriole-castelet,armée d'une trompette pour faire entendre le sublime Ederlezi, le spectacle a fait le tour de France.

https://spectaclepetitereine.wordpress.com/

  

jeudi, 28 janvier 2016

La Fée de Verdun de Philippe Nessmann.

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"Il se passe une drôle de chose.

Un peu comme quand je lis un livre.

Quand je lis un roman, les mots sur la page se transforment en images dans ma tête. Les personnages deviennent réels, vivent, bougent, parlent. Je vois des forêts et des villes, je sens l'odeur de ruelles obscures, j'entends le bruit du vent dans les feuillages, je ressens le picotement froid de la neige. Je combats avec les chevaliers et vivre avec les amoureux.

C'est la magie des livres.

La même chose est en train de se produire avec Nelly."

Le narrateur parle de Nelly Martyl et son destin hors du commun pendant la première guerre mondiale. L'histoire est celle d'un jeune étudiant en histoire qui confie à sa grand-mère le fruit de ses recherches historiques. On accompagne ses pas dans les recherches documentaires depuis la destruction prochaine d'un dispensaire où a travaillé Nelly Martyl à la lecture de l'album rouge, retrouvé à la Bibliothèque nationale de France, seule trace personnelle de l'existence de cette femme engagée.

Le procédé narratif mis en place par Philippe Nessmann est judicieux: au fil des pages l'histoire vraie de Nelly reprend vie.

Document après document, des confidences à son aïeule,des lettres parsemées dans le récit historique, quelques photographies; voilà Nelly Martyl qui réapparaît. 

Celle qui rêvait de devenir chanteuse à l'Opéra de paris devient très vite l'emblème de sa génération. Nelly atteint son rêve lorsqu' éclate la guerre entre la France et l'Allemagne.

Désireuse de servir sa patrie Nelly Martyl abandonne sa carrière pour s'engager dans l'armée comme infirmière.

Philippe Nessmann parvient à livrer le portrait d'une femme singulière, couronnée par quatre Croix de Guerre et la Légion d'Honneur en honorant le devoir de mémoire, la mine d'or des anciens comme la grand-mère du narrateur et sa vie pleine de souvenirs. Les supports d'apprentissage oscillent du vieux livre rouge, à la cassette, en quête de traces pour offrir aux jeunes lecteurs une lecture très documentée de la Bataille de Verdun dont nous célébrerons le 29 Mai 2016 le centenaire.

Flammarion Jeunesse, Janvier 2016.

Illustration de couverture: François Roca.

jeudi, 07 janvier 2016

J'atteste contre la barbarie d'Abdellatif Laâbi, Illustrations Zaü.

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Offrir ses mots d'espérance aux enfants, voici le vœu du poète Abdellatif Laâbi.

Un bel album pour grandir libres, illustré par la palette de Zaü aux couleurs vives, pétillantes d' humanité.

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J'atteste qu'il n'y a d'Être humain
que Celui dont le cœur tremble d'amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la Vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités
J'atteste qu'il n'y a d'Être humain
que Celui qui combat sans relâche la Haine
en lui et autour de lui
Celui qui dès qu'il ouvre les yeux au matin
se pose la question :
Que vais-je faire aujourd'hui pour ne pas perdre
ma qualité et ma fierté
d'être homme ?

 Cet album de 40 pages permet aux parents et aux enfants de réfléchir ensemble sur le phénomène de la barbarie terroriste et sur les valeurs humanistes que nous devons lui opposer. C'est une jolie prière laïque, prière d'amour et d'espoir. C'est un beau support pour permettre aux jeunes lecteurs de surmonter l'indicible des événements de l'année 2015, de Charlie Hebdo au Bataclan, de l'hyper casher aux multiples autres endroits au monde visés par le terrorisme. Le dossier d' Alain Serres réunit des éléments de réflexion et permet la lecture d'images. La lumière des images et illustrations choisies  permet de fuir d'autres images effroyables pour continuer à avancer.

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La littérature de jeunesse comme un vecteur d'espoirs, ancrée dans la réalité sociale autour de la laïcité et la tolérance,  chez Rue du Monde, Décembre 2015.

mardi, 15 décembre 2015

Passeuse de rêves de Lois Lowry.

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"Nous sommes faits de la substance dont se forment les songes, et notre courte vie est bordée par le sommeil."

William Shakespeare, La Tempête, acte IV, scène 1.

Petite est nouvelle au Tas. C'est un monde imaginaire qui s'ouvre à vous, celui des rêves. Petite est passeuse de rêves, en effleurant objets et tissus, elle fabrique les doux rêves, tendres utopies dans le monde réel et terne des humains.

Elle est missionnée chez une vieille femme et son chien. La dame doit accueillir John, un jeune garçon, séparé d'une mère trop fragile, soumise à la violence et à la bêtise d'un mari dont le poing cogne encore très fort et résonne  dans le cœur trop lourd de l'enfant.

C'est un pays enchanteur que décrit Lois Lowry mais très proche du sombre quotidien et son talent est d'osciller avec grâce du monde poétique de la langue à la banalité violente des mots dans la tête d'un petit garçon confronté aux services sociaux.

"Petite est toute nouvelle, mais elle est très douée. Quand elle effleure de ses doigts translucides le bouton d'un pull, elle capte l'histoire de ce bouton : un pique-nique sur une colline, une nuit d'hiver au coin du feu, et même la fois où on lui a renversé dessus un peu de thé…"

La colère de l'enfant est telle qu'il se voit chaque nuit confronté aux cruels Saboteurs, ceux qui remplacent les doux songes par des cauchemars horribles, dans des cavernes bruissantes de mots douloureux et gris.

La passeuse de rêves répare à tâtons sur le fil des rêves les traumatismes d'une vie chaotique, celle du poids de la solitude chez la vieille femme depuis la mort de son mari à la guerre, celle des humiliations subies par l'enfant, celle des déboires d'une femme fatiguée de se battre pour avoir à nouveau l'enfant à ses côtés.

A la lisière du fantastique, les touches poétiques de Lois Lowry parsèment un élan de beauté sur ce chemin vers la petite flamme du bonheur. Petite est une jolie messagère de la grande nuit des contes. Ce livre est une sorte de lanterne magique qui distille des pépites lumineuses sur le chemin du jeune ou moins jeune lecteur.

Médium poche, , Novembre 2015, traduit de l'anglais par Frédérique Pressmann. 

vendredi, 04 décembre 2015

Eux, c'est nous.

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   "Dès qu'il s'agit de ne pas aider quelqu'un, on entend tout. A commencer par le silence".

J'ai lu ce livre à un petit bout d'homme, en e-learning. Un primo-arrivant de treize ans, qui vient du Kosovo, scolarisé dans une UPE2A. 

"Rassemblés dans l'écoute, enfants dans l'attente de la becquetée verbale, dociles. Aimer la langue. Aimer le pays qui vous accueille. Entrer dans les chairs de la France à travers des mots aux contours de beurre fondu, aux accents d'étoupe." Paola PIGANI, Venus d'ailleurs.

J'ai lu les mots "exode, masses, hordes, déferlement, multitude, invasion"; ses yeux se sont embués et les sourcils froncés. Lassé lui aussi par les mêmes images à la télévision, celles de grappes humaines accrochées à des bateaux qui coulent, des foules parquées dans des camps qui ne peuvent pas les contenir.

Ensuite, on a parlé des guêpes, vous savez ces phrases qui bourdonnent autour des images "pas la même culture, pas la même religion, menaces pour nos travailleurs". Alors le regard de l'enfant face à moi s'est assombri. 

On a parlé du mot peur, peur de l'autre, du changement. On a rappelé l'histoire où à différentes périodes les mêmes voix cherchaient à fermer la porte aux autres. Les autres,  ce sont les Juifs d'Europe centrale au début du 20ème siècle, puis les Arméniens dans les années 1915 qui fuyaient les massacres turcs, les Russes dans les années 1920 fuyaient la Révolution, les Espagnols en 1930 fuyaient le franquisme et la guerre, puis les Italiens qui fuyaient la misère. C'était mon grand-père sicilien, parmi eux.

Et tant d'autres ethnies ensuite, les Polonais, les Portugais, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains...

Tous ces gens, nous les avons accueillis pourtant. Tous ces réfugiés du vingtième siècle font la France d'aujourd'hui.

Alors ensemble on a réfléchi au sens du mot "REFUGIES" en huit lettres: Réfugié, Etranger, Frontière, Urgence, Guerre, Immigration, Economie, Solidarité.

On a lu les chiffres, un français sur quatre est d'origine étrangère par ses grands-parents, j'ai expliqué à Artan que j'en fais partie, nous avons ri de mon surnom en cours de récré: la macaroni.

"Eux, c'est nous, c'est moi, c'est toi  aussi alors maîtresse. C'est nous tous..."

La solidarité c'est aussi réfléchir au sens des mots et les propos de Daniel Pennac suscitent de beaux échanges, ensemble nous avons écouté un autre silence: celui dont nous avons besoin pour réfléchir un peu.

J'espère  simplement qu'Artan a quitté le collège, les yeux un peu plus brillants d'espoir ce jour-là...

C'est un tout petit livre illustré par Serge Bloch, préfacé par Daniel Pennac, Jessie Magana et Carole Saturno, qui coûte 3 euros, reversés à La Cimade, association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile.

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mercredi, 21 octobre 2015

La Révolte d'Eva d'Elise Fontenaille.

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Evidemment, j'ai lu ce dernier titre d'Elise Fontenaille. Je guettais sa sortie. Un nouveau texte d'Elise, c'est toujours une belle  promesse. 

Voici un texte fort qui débute comme un conte: au coeur d'un village, l'isolement d'Eva et ses soeurs, confrontées à un père violent, à la lisière de la forêt où seul Le Chien apporte un peu de douceur dans ce gynécée machiavélique.

Eva c'est un peu le pendant de Diana,la petite soeur découverte sous la plume d'Alexandre Seurat, roman publié également chez Rouergue, dans la collection La Brune.

Des terres brunes, Eva ne veut garder que le souvenir des terres humides, celles qui s'accrochent au pied et font les doux souvenirs. Mais la violence s'accroche comme la terre. Le sol peut trembler, l'amour disparaître, Eva demeure forte dans sa volonté de vivre, loin de l'ennemi féroce. 

C'est une confession bouleversante d'un quotidien qui manque de respect et de fraternité, adoubée d'une lumineuse et farouche révolte.

Une voix qui s'arrache à l'horreur douloureuse, celle d'Eva, adolescente, qui veut s'envoler vers les plus belles lueurs de la vie et d'un futur désiré.

Elle s'isole au coeur de la forêt pour échapper à la folie de l'homme et cette sombre peur qui la poursuit. Lorsque les coups bas jouent à guichet fermé, la jeunesse meurtrie se révolte.

Alors un coup de trop, un coup de tonnerre, c'est un bruit , l'écho du coup de fusil. Pour contrer l'oubli des bruits, des coups qui menacent inlassablement. Et enfin taire les violences, définitivement jusqu'à l'infini.

Doado Noir, Octobre 2015.

 

jeudi, 08 octobre 2015

Le Grand et le petit de Catherine Leblanc et Jean-François Martin, Seuil Jeunesse.

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 Il est précieux ce petit album, il aborde avec élégance le thème de l'amitié et de la différence.

Le grand et le petit sont inséparables, amis pour la vie. Ils agissent toujours par mimétisme. Lorsque le Grand décide de construire un bateau, le petit souhaite faire pareil.

Un sentiment de concurrence et de jalousie vient ternir le beau duo. Le plus grand est forcément le plus fort et le premier en tout. La colère naît chez le petit, conséquence indubitable de la frustration.

Le grand ne supporte plus la nervosité du petit, conscient de sa force, il préfère fuir afin de ne pas "écrabouiller" le petit.

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La typographie mime adéquatement le rapport d'ascendance entre les deux garçons, les illustrations  dans l'esprit du théâtre d'ombre donnent à l'ensemble de l'album une tonalité singulière et plaisante.

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Les illustrations permettent l'identification du jeune lecteur dans chaque esquisse. L'inquiétude existe tant chez le petit que chez le grand dont l'assurance lui fait défaut, et voilà qui est rassurant pour tous.

Précieux cadeau publié au Seuil Jeunesse, Septembre 2015.

mercredi, 16 septembre 2015

Ma Mère, le crabe et moi d'Anne Percin.

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L'adolescence, n'est pas l'âge le plus simple pour porter un regard bienveillant sur sa mère. Tania, 14 ans et demi, raille un peu les super potes virtuels qui peuplent le désert affectif de sa mère. Il n'est pas simple de dialoguer à cet âge dans une famille ordinaire, il l'est encore moins quand on vit avec une maman solo, quand le frère aîné a quitté la maison et qu'un autre invité s'invite sous le toit: le crabe.

Celui qui s'immisce sous les rochers des femmes, à n'importe quel âge.  Anne Percin utilise cette langue actuelle, celle à laquelle les adolescents peuvent s'identifier et parvient brillamment à manier l'humour pour décrire cette parenthèse singulière dans la vie de Tania et sa mère. La difficulté des traitements, le regard des autres, leur bêtise parfois, la chute des cheveux...tout est commenté mais l'humour et la distance nécessaires permettent de donner à l'ensemble du texte une tonalité joyeuse et positive. L'humour balaie les peurs et les angoisses. Les troubles causés par la maladie sont décrits avec subtilité quand on a passé l'âge de témoigner l'amour envers sa mère par le biais d'un dessin avec des cœurs.

Et puis malgré le tourbillon, l'auteur a voulu montrer que la vie continue, les projets aussi. Des petits bouts de promesses comme participer au cross du collège, tomber amoureuse...montrent à quel point le crabe ne parvient pas à tout stigmatiser.

Ce texte , je l'avais déjà apprécié sous sa forme initiale dans la revue Je bouquine de Mai2014.C'est probablement le texte que j'aurais aimé écrire pour mon fils, j'attends  un peu avant de lui donner à lire car il a encore l'âge des petits cœurs...

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Le roman d'Anne Percin, édité dans la collection Doado chez Rouerge, est partenaire de la campagne officielle de sensibilisation de l'Association "Le Cancer du sein, Parlons-en!".

Merci infiniment Anne Percin,  ces textes sur le vilain crustacé sont de précieux supports lorsqu'on se retrouve démuni(e)s face aux craintes des enfants. Il est formidable de parvenir à mettre des mots, quelques notes d'humour, de poésie et de rage sur ce sujet là.

C'est désormais un cauchemar lointain qui peuple encore mes nuits, dans cette douloureuse beauté mise en scène avec subtilité et pertinence chez Stromae:

 

 

vendredi, 15 mai 2015

Zamir de Josette Wouters

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"J'ai faim, j'ai froid, j'ai peur."

Cette parole n'est pas formulée mais ressentie par Zamir. Tapi au creux d'un buisson, ce jeune garçon, sans âge, se cache avec ses parents et son petit frère. Il ne connaît pas la langue du territoire où il se trouve. Il suit ses parents dans cette quête d'eldorado. Après un long périple, il a faim, froid et peur.

Depuis qu'ils n'ont plus de maison, ils se perdent souvent. Zamir s'interroge...Est-ce que sa mère fera comme celle du Petit Poucet? L'abandonnera-t-elle puisqu'elle n'a plus rien pour le nourrir et le loger...

Zamir et sa famille seront pris en charge par les compagnons d'Emmaüs. Le papa travaille en cuisine pour nourrir les compagnons et bénévoles, la maman s'occupe du petit frère. Nostalgique de son pays d'origine, elle cherche en vain à renouer le contact avec la famille, laissée au pays.

Loin de tout a priori et de tout  discours moralisant, Josette Wouters donne à voir cette tranche de vie d'un enfant migrant sous le prisme de l'innocence inhérente à son âge. Le point de vue de l'enfant permet une vision plus juste et nuancée des motivations parentales dans cette fuite du pays d'origine. Les adultes font parfois des choix de vie dont la pertinence n'échappe pas à l'œil de l'enfant.

"Nous allons, pleins de nos espérances, sur les chemins d'errances."

La phrase en exergue sur la première de couverture résume à elle seule la valise d'espoirs que traîne Zamir sur son chemin.

Au milieu des hommes rudes, Zamir fera ses premiers pas à l'école. Unique lieu d'une intégration possible et essentielle. Une jolie pépite à découvrir chez Oskar Editeur, Janvier2015.

 

jeudi, 23 avril 2015

Lily de Cécile Roumiguière.

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Les rues de Paris...on imagine la rue de Rivoli, un appartement sur la rive gauche, la gare Montparnasse, le parc Montsouris peut-être...à la manière d'un film en noir et blanc d'Agnès Varda...on déambule dans le Paris des années 1960 et puis l'opéra.

Lily a seize ans , elle fréquente peu les cafés où Les Chats sauvages susurrent des mots doux dans le juke-box. Lily enchaîne les pas de deux pour réussir le concours d'admission dans les ballets de l'opéra. Jeune fille modèle, elle s'acharne en souplesse et martyrise son corps pour satisfaire un frère parti faire la guerre en Algérie et devenir ballerine. La passion se délite à mesure que l'absence de Michel se fait de plus en plus pesante.

L'histoire de Lily est narrée par Philippe, un septuagénaire. Loin des années où il tombait les filles, "daddy" confie à sa petite fille l'histoire de sa marraine Lily.

Lily apprend à dire non à la vie qu'on a choisie pour elle. Le départ de Michel nuance le parcours du petit rat depuis cette allocution "J'ai à vous parler", parole de sa prof de danse  qui claque comme une  porte, un ultime point de non-retour sur la route toute tracée.

"Imagine...la vie c'est énorme, ça ne peut pas être un seul fil qui se déroule sous tes doigts. Il en faut plusieurs, qui se tressent, se nouent. Qui cassent, parfois. D'autres s'effilochent. "

Cécile Roumiguière se fait déesse fileuse et fabrique pour Lily l'étoffe de son existence. Une symbolique charnelle multiple associe des amours naissantes, scabreuses parfois, à peine esquissées  avec Nino, l'ouvrier funambule , fantôme de l'opéra,qui va et vient au gré du récit pour mieux consolider la toile où Lily cherche à s'affranchir.

L'histoire prend toute son ampleur avec l'arrière-plan de la guerre d'Algérie où la communauté des hommes tente de tisser des liens avec des fils symboliques. Sur son fil de vie, Lily avance et son action prend valeur de parole. 

La matrice de l'imaginaire nous emporte dans une autre époque, portée par la richesse cinématographique de la Nouvelle vague où certains drames se devinent dans les hors champs par la voix céleste de Nino.

Lily déambule dans les tableaux d'une époque, celle de Jacques Demy, de Truffaut et tourbillonne à la manière de Cléo entre candeur et détermination.

Edition Joie de lire, collection Encrage, Janvier 2015.

 

jeudi, 09 avril 2015

Refuges d'Annelise Heurtier

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Lampedusa , l'île du Salut.

Comme chaque été, Mila jeune adolescente romaine, retourne dans la maison della nonna pour savourer les joies et les plaisirs de l'île. Depuis quelques années pourtant, la maison est désertée, suite au 18 JUillet, date de la mort de son frère âgé de quelques mois. Son papa artisan verrier porte toute la famille à bout de bras, face à une maman mutique et dépressive. Mila a choisi l'internat comme une fuite salutaire pour elle.
Que faire de ces trois semaines dans le huis-clos pesant d'une famille détruite?

Mila décide de parcourir l'île, s'intéresse aux coutumes, aux sourires, elle lâche les amarres du navire familial. Peu à peu, elle se lie d'amitié avec Paola, une jeune étudiante. Une profonde amitié naît entre les deux jeunes filles. Elle flotte un peu au dessus du sol, grâce à cette nouvelle confidente dans ce lieu où les langues frétillent plus que des anguilles.

 Pour Mila, les planètes s'alignent peu à peu...

Sur l'île déserte, elle pense à ce symbole du bonheur ultime alors qu'en réalité, l'isolement et le manque d'espace vous condamnent à vivre enfermé à l'intérieur de vous-même, avec vos pensées.

"J'avais onze ans et c'est la première giffa dont je me souvienne.

J'avais onze ans et c'est la première fois que je me suis posé la question. 

La vie était-elle la même ailleurs, par-delà les frontières de mon pays?"

Cette voix est celle d'Amir 15 ans et 2 mois depuis l'Erythrée. S'ensuivent les nombreuses voix de ceux qui gagnent les montagnes avant le lever du jour et s'y terrent comme le putain d'animal traqué qu'ils sont devenus à l'instant même où ils ont franchi le seuil de leur maison qu'ils ne reverront jamais plus. Un récit choral d'immigrants clandestins fuyant l'Erythrée, en quête de refuge.

Et puis un matin si les Dieux sont avec eux, ils aperçoivent enfin la terre dont ils ont rêvé et constatent qu'elle ressemble en tout point à celle qu'ils viennent de quitter. Ils courent sans un regard sur leur pays qu'ils auraient voulu aimer.Puis ce sable qui s'insinue partout. Les gorges et les yeux qui brûlent.Les formes desséchées qu'il ne faut pas regarder et ce chapelet égréné entre les doigts avec cette prière incessante de ne pas être le prochain.


Lampedusa est un pont entre l'Afrique et l'Europe. Lieu de refuge pour s'attirer la clémence de la mer.Auparavant, avant la loi Bossi-Fini, les villageois laissaient des vivres pour ceux qui s'étaient échoués. Terre de salut, d'hospitalité.

L'Europe c'est la promesse d'une vie meilleure.

Auront-ils la possibilité là-bas de se montrer discrets, laborieux et d'effectuer les travaux dont personne ne veut?

"Je serai heureux de ce qu'on me donnera. Je n'irai pas pour prendre la place de qui que ce soit. J'irai parce que je suis né au mauvais endroit. J'irai parce que j'ai envie de vivre."

Du paradis à l'enfer, tout est question de perspective. Le destin d'une adolescente d'aujourd'hui face au drame en contrepoint de ceux qui rêvent d'une vie meilleure.
J'ai ouvert ce livre et n'ai pu le reposer, la gorge serrée. Annelise Heurtier signe un roman puissant que j'ai refermé avec une profonde émotion doublée d'une grande admiration pour la richesse stylistique et la sensibilité accordée au drame de l'immigration clandestine.

Publication chez Casterman, le 15 Avril 2015.

jeudi, 05 mars 2015

Adam et Thomas d'Aharon Appelfeld.

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Adam est déposé à l'orée de la forêt par sa mère qui lui promet de venir le rechercher. Echappés du ghetto, elle doit cacher les grands-parents et laisse à l'enfant un sac avec les vivres nécessaires pour les premiers jours au cœur de la forêt.

Adam a neuf ans, il est exfiltré du ghetto pour échapper aux rafles.

Il lui faut survivre dans la forêt, quand Thomas, un camarade de classe, le rejoint dans son exil, pour les mêmes raisons. "Une pensée le traversa: c'était étrange que Dieu ait précisément mis Thomas sur son chemin."

De nombreuses questions surgissent dans l'esprit des deux garçons. Sous couvert de naïveté, les enfants s'interrogent sur l'animosité envers la communauté juive. Pourquoi la haine existe au cœur de certains êtres humains?

Thomas, très scolaire, est convaincu que l'étude protège. Il faut prendre soin des âmes en étudiant.

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Dans son premier roman pour la jeunesse, Aharon appelfeld propose une réécriture de Tsili et donc de sa propre histoire, lui aussi obligé de survivre après s'être échappé d'un camp nazi, à l'âge de huit ans.

On s'interroge avec les enfants, l'un croyant, l'autre non. Ils se font les dépositaires des paroles des aînés.Celles de la sagesse: "Mon grand-père dit que tout est entre les mains du ciel." "Mon père dit que tout est entre les mains de l'homme". Chaque famille possède ses expressions.

On a de mauvaises pensées quand on reste assis trop longtemps. Alors on s'active pour survivre...

Ce conte mêle la tragédie des destinées humaines et l'espoir d'un éveil communautaire. Du haut de leur cabane, au sommet de l'arbre, nos deux compères s'interrogent sur la dualité des choses, tantôt graves, tantôt légères.

C'est un livre que j'ai envie d'offrir à tous les enfants que je croise, dans mon métier d'enseignante. C'est un cadeau rare et précieux.

Une singulière plongée dans le monde de l'enfance, richement illustrée par Philippe Dumas, traduite de l'hébreu par la talentueuse valérie Zenatti Ecole des Loisirs.

 

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mardi, 10 février 2015

Le Voyage de Fatimzahra de Kochka.

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Retrouver la jolie plume de Kochka,quel plaisir! J'utilise régulièrement son court texte Caravane avec les enfants comme support d'apprentissages.
L'illustration de Daphné Collignon a attiré de suite ma curiosité sur le parcours de Fatimzahra.

Jeune marocaine de quatorze ans, Fatimzahra vit au bled avec ses parents. Elle lie une amitié sincère avec Ikram. Sa soeur Hayat vit avec Pierre en France. Elle est sur le point de donner naissance à son premier enfant. La famille de Fatimzahra se doit d'être auprès d'elle, comme bien souvent dans les cultures méditerranéennes. Les parents aident la parturiente. Toute la famille se prépare pour le séjour en France.

Un séjour sans retour?

On accompagne l'émerveillement de Fatimzahra à Paris face à la Tour Eiffel, la surprise des us et coutumes françaises et la différence scolaire dans les établissements.

" Et Pierre lui a fait un sapin surmonté d'une étoile, alors que parfois, l'air de rien comme une fine pâtissière, Hayat saupoudre sur lui quelques versets du Coran..."


Kochka souligne la difficulté de l'intégration entre les deux cultures, le bel apprentissage de la langue française grâce aux textes de Victor Hugo et au professeur de français très sympathique, patient et avenant.

C'est un très bon roman sur le thème du partage et de la tolérance.

Fatimzahra, la resplendissante, comme la fille du prophète Mahomet, digne de confiance et de persévérance,est un modèle d'intégration pour tous les enfants, francophones ou non. Ce récit de vie est un très bon support pour les primo-arrivants dans les classes d'intégration.On porte la vie de nos ancêtres en soi; on est rempli de leur histoire et de leur géographie.

Kochka montre à quel point l'apprentissage de la langue est gage d'intégration. 

"C'est sans doute la barrière de la langue dont mon père m'a souvent parlé, et ça dure toute la journée: moi, derrière la barrière de la langue, seule dans la classe, la cour et à la cantine, seule derrière la barrière qui s'est dressée."

 Flammarion, Février 2015.

jeudi, 05 février 2015

Eben ou les yeux de la nuit d'Elise Fontenaille-N'Diaye.

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...La Namibie, c'est là où Eben vit. Eben s'interroge souvent sur la couleur de ses yeux. Sa peau noir de jais contraste avec la clarté de ses yeux bleus.La lumière de son iris révèle pourtant la noirceur de son passé. 

Autour de lui, on s'apprête à fêter la Nuit Rouge, en l'honneur des Hereros.

Eben signifie "Pierre de mémoire". Ce devoir de mémoire que les Blancs de Namibie préfèrent taire.

Le désert du Kalahari emporte avec lui ses secrets. C'est Isaac, l'oncle d'Eben et son tuteur depuis la mort mystérieuse de ses parents, qui brise le silence sur la colonisation de la Namibie. Elise Fontenaille N'Diaye évoque le premier génocide, précurseur de l'horreur, sous l'égide du général allemand Von Trotha, l'homme aux yeux bleus. 

L'ignominie s'inscrit dans l'iris d'Eben mais pas dans l'esprit des gens.Les faits sont tus, le feu des massacres s'essouffle et plus rien ne demeure de cette terreur. Eben souhaite raviver la flamme en l'honneur des hommes noirs de la tribu des Herreros, et porter à la lumière cette barbarie du début du XXème siècle.

Comme très souvent dans les textes d'Elise Fontenaille N'Diaye, la puissance du récit emporte le lecteur sur la découverte d'un fait peu connu. Elle distille des pépites d'éveil et d'intérêt et attise la curiosité sur les noirceurs de notre société. Il faut garder des traces du passé, nous susurre l'auteur.

En parallèle, l'auteur publie chez Calmann-Lévy Blue Book qui raconte la même histoire mais d'un point de vue différent. Elle relate l'histoire de la colonisation de la Namibie par les Allemands et le génocide qui s'ensuit.

Publication Rouergue, dans la subtile collection Doado, janvier 2015.

 

Léna ou la vraie vie de Yaël Hassan.

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......Léna est malheureuse, mal aimée, mal dans ses pompes, en plein malaise dans sa famille. Elle décide de changer en s'inscrivant dans un pensionnat.Surprenante cette velléité chez l'enfant d'émettre le souhait de quitter l'univers familial. Pour respirer loin des parents? Pour s'amuser entre ami(e)s? Pour s'émanciper? Probablement pour Léna un moyen de fuir un environnement où l'on ne désire pas sa présence. 

Le pensionnat n'offre pas le réel cocon souhaité, certes il apporte de belles amitiés mais il propose à Léa de se confronter à la perfide Marine. Jeune fille pernicieuse, capricieuse et envieuse, Marine, essaie par tous les moyens d'attirer l'attention sur elle, au détriment de la quiétude des autres pensionnaires.

Léna est pleine de sagesse et part du postulat qu'on ne peut être méchant sans raison. Elle tente de comprendre la souffrance de Marine.
Beaucoup de péripéties viennent perturber l'année scolaire de Léa mais celle qui attire le plus mon attention est indubitablement sa résilience face à l'adversité grâce au théâtre.
Comme bien souvent dans les textes de Yaël Hassan, un texte de littérature française ou un auteur est mis à l'honneur. Chez Léna et la vraie vie , c'est Antigone de Jean Anouilh  qui permet à la jeune fille de s'émanciper et se construire.Léna puise sa force dans cette figure emblématique d'Antigone et parvient petit à petit à se dévêtir de sa naïveté pour incarner une jeune femme déterminée.

 

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Publication chez Seuil.

mardi, 03 février 2015

Momo, petit prince des Bleuets de Yaël Hassan.

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...Momo, petit prince d'une famille nombreuse. Son papa est en invalidité, son handicap semble le dispenser de prendre part à la gestion de la famille. Sa maman s'active en tous sens et en son absence c'est le frère aîné qui décide et fait la loi. Les vacances commencent et Momo s'ennuie déjà dans cette famille nombreuse de la cité des Bleuets, sa cité toute grise. La rentrée prochaine c'est la sixième et ce que tait Momo c'est qu'il aime lire.
Un jour la directrice s'invite dans la cité, frappe à la porte de la famille de Momo, devant une famille surprise et toute gênée. La directrice donne à l'enfant prometteur une liste de livres à lire et lui recommande de s'inscrire dans la bibliothèque du quartier. Le lendemain, accompagné de sa soeur, Momo réunit tous les papiers nécessaires  pour obtenir le précieux sésame.

Commence un délicieux rituel pour l'enfant qui s'isole chaque jour sur le banc en haut de la butte.Il découvre la beauté du texte de Saint-Exupéry et s'invente un nouveau monde. Un jour, le banc est occupé par Monsieur Edouard, un enseignant à la retraite. Les échanges au sujet des livres se densifient avec son nouvel ami. Momo va évoluer dans une autre sphère, grâce à Souad qui s'occupe du Bibliobus.

Beaucoup de candeur dans ce texte de Yaël hassan, qui souligne subtilement le pouvoir des livres offerts à l'enfant, celui du monde des possibles. L'amitié intergénérationnelle est mise à l'honneur, sans occulter l'indicible de la mort.

Sous la plume de Yaël hassan, la cité refleurit et dans la tête de Momo , riche de toutes ces histoires inventées, tous les rêves sont possibles.

Et j'ai hâte de retrouver Momo et les coquelicots...

Pour mon petit M., en homeschooling dans une cité toute grise, pour que dans ta tête refleurissent toutes les couleurs offertes dans les livres.

vendredi, 30 janvier 2015

Frangine de Marion Brunet.

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Ce texte a une puissance narrative extraordinaire. J'ai lu beaucoup d'éloges lors de sa parution et effectivement il mérite d'être lu par le plus grand nombre.

L'histoire est celle de Joachim et sa soeur Pauline, tous deux lycéens, élevés par un couple homosexuel composé de Maline et Maman. L'homoparentalité n'est pas le seul thème abordé dans ce roman. Marion Brunet évoque la relation toute particulière qui unit Joachim à sa soeur, elle enrichit l'histoire avec toutes les composantes de la vie lycéenne dans toute sa rudesse, parfois, mais aussi sa légèreté. Elle ancre son récit dans la société actuelle face aux questionnements et jugements sur les choix de vie.

Le procédé narratif est subtil puisque c'est la voix de Joachim qui se fait le porte-parole du ressenti des voix féminines.

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Le langage est simple mais la puissance évocatrice est très étoffée.Le sentiment d'injustice et d'intolérance vécus par les enfants renforcent la qualité de ce roman, extrêmement sensible. Le harcèlement vécu par Pauline est décrit de manière la plus juste, de sorte que le lecteur  referme ce livre avec une profonde émotion.
Excellent roman publié chez sarbacane.

 

mardi, 27 janvier 2015

Sans Défense d'Yves Pinguilly.

 

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Partons pour la République Centrafricaine. Une double page nous laisse admirer sur un nuancier de verts la végétation et un groupe d'éléphants.

L'histoire est celle d'Elle Donali, une belle femme africaine aux cheveux très longs et son mari Pougaza, le plus grand cueilleur de miel du village. Elle Donali pourra prochainement couper ses cheveux qu'elle utilisait comme pagne puisqu'elle va donner la vie à Zotizo. Les dessins de Florence Koenig oscillent entre la chaleur des bruns colorés des peaux, des bois et le contraste avec le vert des végétations. Les paysages sont lumineux et chaleureux et laissent admirer la quiétude au village.

En parallèle à la naissance de Zotizo, une maman éléphant met au monde son éléphanteau Doli Kôli. L'enfant crée une complicité avec l'animal.

"Mais un jour, au village et dans la forêt, ce fut comme si le père du vent et le père du tonnerre étaient devenus fous! Comme si la mère du jour et la mère de la nuit étaient devenues folles!"

 

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La peur de la guerre vient se fracasser dans le vert de la quiétude pour ne laisser place qu'au dégradé de gris et de couleurs sombres.Des corps de papas, de mamans, d'enfants vont tomber au pied des arbres, telles des feuilles mortes. 

La famille de Zotizo, bien cachée regagne un jour son village. L'école est morte, ravagée et sur la page un amoncellement de défenses d'éléphants montrent les conséquences du braconnage. Les soldats ou les rebelles ont tué les éléphants.  S'ouvre un dialogue entre l'enfant et les parents et ce constat :c'est la guerre et rien n'est plus méchant que la guerre.

 

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L'indicible en littérature jeunesse n'est pas chose aisée mais l'album d'Yves Pinguilly et les illustrations de Florence Koenig apportent une lueur d'espoir qui rassure les plus petits lorsque l'album se referme sur l'apparition d'un petit éléphant, un survivant qui écoute la sagesse de la parole de Djonimama sur une forêt luxuriante. La forêt reprend ses droits malgré le chaos.Le langage est poétique et mime le dialecte africain.

Un très bel album pour comprendre et apprendre, tout en permettant le dialogue sur l'indicible de la vie.

Publication Casterman, Autrement Jeunesse, 2015.

vendredi, 16 janvier 2015

De l'autre côté du mur de Yaël Hassan.

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..."Je ne peux voir ni entendre personne. Même le chant des oiseaux m'est insupportable. Leurs sautillements de branche en branche me vrillent les nerfs. Alors qu'il leur suffit d'un battement d'ailes pour être libres, moi, clouée à mon fauteuil roulant, je ne chanterai plus, je ne sautillerai plus, je ne serai plus jamais libre."

Louise observe la vie depuis sa fenêtre. Depuis sa chute de cheval, clouée au fauteuil roulant, elle vit recluse dans sa maison, déscolarisée.

Le regard de l'autre, elle ne veut pas s'y soumettre. Sous couvert de la bienveillance de sa nounou Bénédicte, forte d'un humour qui ne lui fait pas défaut, Louise s'aventure au fond du jardin, intriguée par une voix mystérieuse de l'autre côté du mur. Cet extérieur qui lui offre, l'espace d'un moment, une fraction de seconde de bonheur. L'impression d'être séduite par un mauvais génie. Cet état de grâce lui semble anormal.

"Pourquoi me sentirais-je mieux qu'hier? Pourquoi aurais-je soudain envie de renouer avec la vie?"

Cette voix va la porter pour rompre son isolement et aller vers la vie, dans ses secrets les plus enfouis de l'Histoire, celle d'un voisinage fort singulier marqué par la Guerre et les camps, celle d'une émotion naissante avec Léo...

Comment réapprendre à vivre suite à l'accident? Comment reprendre confiance en soi lorsque le corps fait défaut?

Yaël Hassan réussit brillamment à mettre en scène les difficultés de communication au moment de l'adolescence et cette rupture sociale engendrée par l'accident. On referme le livre, sourire aux lèvres, avec une profonde conviction que l'adulte en devenir a besoin de cette socialisation pour ré-apprendre à apprécier les joies de la vie.

Formidable support pour les enfants en rupture scolaire dont la nécessité d'une socialisation bienveillante n'est plus perçue comme telle.

Publication Casterman, sous une nouvelle couverture de Julien Castanié, Janvier 2015.

mardi, 23 décembre 2014

Mère Méduse de Kitty Crowther.

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Ouvrir un album de Kitty Crowther c'est partir pour un délicat voyage au coeur des mots et des émotions. Sur une palette de couleurs ocres, Mère Méduse apparaît au milieu d'un paysage maritime pour mettre au monde sa perle Irisée. Mère Méduse protège son enfant dans le doux cocon de ses cheveux longs.

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Mère Méduse surprotège Irisée, l'empêchant d'aller à l'école, elle lui fait classe elle-même. Ses cheveux servent tour à tour de berceau, de mains pour nourrir la petite fille, de bras pour la hisser aux cimes des arbres pour observer les nids d'oiseaux, de lettres pour apprendre à lire...mais parfois la chevelure foisonnante serre le petit corps d'Irisée. L'enfant veut plus de liberté et les regards sombres de Mère Méduse en disent long sur la crainte des mamans. Mère Méduse pense détenir dans sa chevelure tous les pouvoirs pour combler son enfant mais la petite Irisée porte son regard vers l'extérieur et les autres enfants. La chevelure, gage de sécurité, peut aussi étouffer.

Mère Méduse sous le crayon de Kitty Crowther me rappelle cette autre maman dessinée par Audrey Calleja sur un texte de Michel Piquemal "Les mamans qui couvent trop leurs enfants oublient de leur apprendre à s'envoler."

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Les peurs des mamans sont légitimes et les dessins de Kitty Crowther créent un univers très doux avec des personnages ambigus et magiques. Leurs visages caricaturent les émotions les plus simples.

Les cheveux sont une armure pour se protéger du regard des autres, parfois il est utile de se libérer des carcans. Magnifique portrait de maman dans ce lien unique  avec l'enfant et le pouvoir qu'il engendre pour faire éclore le coeur de fleur dans le corps transparent.

Publication chez Pastel, Ecole des Loisirs.

vendredi, 26 septembre 2014

Une Arme dans la tête de Claire Mazard.

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"Je suis fatigué. Dégoûté.Marre de cette vie.

Je dors toujours aussi peu.

Mes démons, mes visions, mes remords ne m'ont pas quitté depuis trois ans. Ils sont plus présents que jamais.

Pas un seul jour, depuis mon arrivée à Roissy, je n'ai pu effacer de ma tête, ne serait-ce qu'un moment, les horreurs que j'ai commises.

Conan l'Effaceur.

Je voudrais être maintenant "Conan l'Effaçable".

M'effacer de la surface de la terre."

Cette voix est celle d'Apollinaire Mayembé. Il réside dans un foyer pour jeunes adolescents en région parisienne. Il va bientôt devoir quitter ce lieu , le jour de ses dix-huit ans. En cours, il s'ennuie un peu. Un professeur lui remet entre les mains les textes poétiques d'un auteur éponyme. Apollinaire trouvera dans certains vers d'Alcools un mimétisme étrange entre le lyrisme poétique et l'indicible de sa vie.

Quête d'une identité pour Apollinaire ou Conan l'Effaceur, l'adolescent tente de retrouver un sens à sa vie, meurtrie à jamais par la guerre. Enlevé à sa famille pour devenir enfant-soldat aux côtés de groupes militaires rebelles, Apollinaire chasse de son esprit l'indicible du combat, la noirceur des  drogues et de la manipulation infligées par Caporal, les cibles humaines accumulées au fil des jours.

Claire Mazard met en scène l'habileté des manipulateurs, la force de l'endoctrinement sur la naïveté de l'enfant, fasciné par les armes et prêt à tout pour servir sa patrie.L'écriture est fragmentaire au début du texte comme pour mieux mimer le trouble dans l'esprit du jeune adolescent.

Apollinaire fera les bonnes rencontres pour trouver le chemin de la résilience mais combien de Conan et de Wamba n'auront pas cette chance?

Texte fort, publié chez Flammarion, collection Tribal.

 

mercredi, 17 septembre 2014

La Cité des filles choisies d''Elise Fontenaille N' Diaye.

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A la manière du conte oralisé, Elise Fontenaille N'Diaye nous confie l'histoire merveilleuse et tragique de Nina. Loin de notre époque contemporaine, nous partons à la découverte du destin singulier d'une jeune fille Inca sous l'Empire d'Atahualpa.

Le procédé narratif est judicieux puisque l'histoire nous est révélée par une jeune Péruvienne Mina, suite à une visite dans un musée où est exposé le corps de la jeune Nina qui dort depuis cinq siècles sous la glace.

 

Joli voyage sur les terres des Incas en compagnie de Nina. Elevée sur les terres du nord, petite fille d'un cultivateur de Coca, la feuille qui enivrera ses jours jusqu'à son dernier souffle, cette petite flamme est emmenée à Cuzco, capitale de l'Empire. A la demande de l'Inca, elle doit abandonner ses talents de brodeuse pour entrer dans la cité des jeunes filles-choisies.

La cité des filles-choisies est un gynécée moral pour les jeunes filles nobles, promises à l'Inca et au sacrifice.Honneur suprême, Nina doit sacrifier sa vie pour sauver celle de l'Inca. Le sacrifice apporte beaucoup d'ampleur au récit et l'auteur nous emporte dans l'histoire secrète, teintée de rites du grand Empire des Amériques.Empire disparu sous la hargne des Conquistadores, avides de sang.

Publication chez Rouergue, collection Doado.

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Image à l'origine de cette histoire: La Doncella Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta Argentina.

lundi, 15 septembre 2014

Lyuba ou la tête dans les étoiles Valentine Goby/ Ronan Bodel.

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Lyuba a quatorze ans. Son espace de vie est celui des bidonvilles de la périphérie parisienne. Elle connaît la misère, les insultes, les camps sordides et insalubres. L'humiliation est son pain quotidien. Quand on appartient à l'ethnie Rom et malgré l'entrée de la Roumanie dans l'Europe, la jeune Lyuba doit faire face au racisme européen.

On accompagne Lyuba de la fuite du temps du régime communiste qu'a connu la Roumanie quelques années auparavant, à la persévérance démesurée pour surmonter sa situation précaire et réussir sa vie.

Sa volonté de mener à bien une lutte contre les préjugés dont elle souffre personnellement au nom de toute la communauté a eu raison de sa pudeur.

Il est difficile de défendre les droits d'un peuple sans territoire.

Par le travail, la persévérance et la confiance, on peut se créer son propre chemin et façonner sa propre vie: Lyuba va rencontrer Jocelyne, une infirmière passionnée d'astronomie.

Main dans la main, Lyuba retrouve l'espoir. Ce livre est un beau témoignage sur l'insoumission et la culture de tout un peuple: une ethnie affamée de liberté, fascinante et pourtant si méconnue.

Nous sommes tous des nomades contrariés et le récit de Lyuba rejoint nos rêves censurés de fugue et de fuite.

 Réédition au format poche chez Autrement, collection Français d'Ailleurs. 

mardi, 08 juillet 2014

L'Eté des gitans de Sylvie Fournout.

 

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Un village du Sud, la chaleur d'un ciel de plomb, la douceur d'une maison, celle de Maria la grand-mère de Julie. Les cigales chantent, les vergers offrent des fruits délicieux, les vignes sont abondantes, c'est l'heure des vendanges. Comme chaque été, Maria accueille des gitans pour récolter le raisin. Nad est un fils du vent, le regard sombre comme celui d'un loup, très séduisant. Nad le gitan plaît à Sarah, la cousine de Julie mais aussi à Noah, la fille du maire. Une amourette d'été? Un roman du terroir? Un texte sur le racisme?

L'Eté des gitans est une leçon sur l'histoire d'une intégration difficile des peuples nomades. Les romans de littérature jeunesse évoquent souvent sur cette thématique la difficile intégration des enfants du voyage au sein des écoles. Sylvie Fournout choisit le temps d'un été, loin de l'espace clos des écoles. Le texte souligne la faculté du peuple gitan tel le loup intelligent qui réussit à survivre par une sorte d'adaptation naturelle, d'ajustement au milieu ambiant. Nad se sent chez lui dehors, lorsque la lune est solitaire, la fraîcheur se déploie , l'odeur des résineux devient intense et son coeur s'allège des paroles douloureuses .Tel le loup il n'y a plus rien entre le ciel et lui. C'est un beau roman sur la peur parce que "la haine, ça trouve son chemin tout seul".  Les histoires et les secrets s'entremêlent, celle de Nad et celle de Baptiste , le grand-père, sauvagement abattu. Autre temps, autre époque et les histoires se perpétuent de la même manière et l'on entend encore le vol noir des corbeaux. 

Très belle parution avec une densité romanesque remarquable et un talent descriptif  subtil chez Oskar Editeur.