lundi, 21 mai 2012

La Mémoire des autres d'Annelise Corbrion.

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Commencez par vous préparer une bonne tasse de thé anglais et pénétrez dans l'ambiance de ce premier roman d'Annelise Corbrion.

L'histoire se passe à Londres. Emma est infographiste, spécialisée dans la retouche des photos anciennes. Elle vient de perdre ses parents et se réfugie bien souvent chez son amie Lexie.  Elle aime à inventer des vies aux personnes figées sur le papier photo. Son métier est de rendre l'éclat à ses vies passées. Mais si, un jour on lui donnait l'opportunité d'entrer en communication avec toutes ces personnes inconnues? Par une trame narrative plutôt bien construite, Annelise Corbrion parvient à nous emporter dans cette histoire surréaliste.

Les courriels deviennent le fil qui relie les morts et les vivants. Les fantômes sont tous figés sur le papier qu'elle prend plaisir à restaurer. En même temps qu'elle donne de la vivacité aux couleurs, les fantômes du passé la hantent. Leur but: restaurer la vérité sur un meurtre, offrir la lumière sur une étrange disparition, permettre de retrouver une broche si importante dans la vie d'un homme décédé dans les années 40.

Un très bon roman, comme un défi à l'oubli, dont j'ai particulièrement apprécié l'ambiance. Quand le passé a rendez-vous avec les technologies récentes, c'est très réussi chez Annelise Corbrion!

Depuis 2008, le Prix Nouveau Talent distingue chaque année un auteur en lui permettant de publier son premier roman dans une grande maison d'édition et d'être reconnu. L'autre particularité de ce prix littéraire est de récompenser un récit dans lequel  les modes de communication et déchanges sont un élément déterminant de la trame narrative. J'avais beaucoup aimé en 2009 le roman de Caroline Vermalle L'Avant-dernère chance.

Je remercie Dorothée Corbier de la Fondation Bouygues Telecom et Sarah Durieux pour l'envoi du livre.


Interview Annelise Corbrion, lauréate 2012 du... par LesNouveauxTalents

 

mercredi, 25 avril 2012

Banquises de Valentine Goby.

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Voici un très bon roman sur le thème de la disparition et la découverte d'une très belle plume, celle de Valentine Goby. 

C'est un roman très sensible qui aborde la détresse d'une famille suite à la disparition de Sarah à l'âge de 22 ans. Depuis qu'elle a pris un avion pour le Groenland trente ans plus tôt, sa soeur Lisa tente de marcher sur les pas de la disparue. En 1982, personne ne sait ce qui est arrivé à cette jeune fille et le sac à dos retrouvé sur un bateau ne peuvent aider sa famille à élucider le mystère de cette disparition. La mère se noie dans le chagrin, le père dans la culture de l'oignon et Lisa dans l'anorexie. Depuis lors, Lisa est devenue transparente aux yeux de sa mère au sens propre comme au figuré.

Valentine Goby commente le voyage de Lisa au Groenland sur les traces de sa soeur aînée. Un très beau voyage sur la banquise avec des paysages malmenés par le réchauffement climatique et l'âpreté des scènes de vie à Uunmmannaq. Les flashs back retracent le bouleversement familial suite à la disparition. J'ai apprécié davantage encore le voyage immobile des pensées de Lisa dans ce processus de reconstruction.

Cette femme se sent vide, à tout moment, elle risque de se briser à la manière des banquises. Ces étendues de glace du Groenland laissent à leur surface tout ce qu'elles engloutissent au fil des années, comme la métaphore des désespoirs de Lisa.

« Vingt-sept ans d’absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n’ont plus compté l’âge écoulé de Sarah mais mesuré l’attente. Vingt-sept ans, donc. Depuis longtemps Lisa déserte le rituel du 11 juillet, le repas maigre chez ses parents avec lumignon sous la photo de sa sœur. Désertion, c’est exactement ça, jeune femme elle a pensé je sèche, maintenant elle ne craint pas les mots et, en effet, elle quitte le front, elle ne lutte plus que dans le cercle étroit de sa propre famille, nucléaire, et tout de suite ça la protège du reste du monde. »

Banquises, de Valentine Goby, éditions Albin Michel. 

Valentine Goby sera présente au salon du livre de la ville d'Arras ce premier mai, toutes les infos sur le site:http://www.coleresdupresent.com/ 

Un grand merci à l'équipe de  Libfly  pour l'envoi.

Libfly_Club

 

lundi, 23 avril 2012

Pertes humaines de Marc Molk.

 

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Marc Molk est peintre, Pertes humaines est son premier roman. Oeuvre très originale dans laquelle l'auteur évoque sous forme de fiches les disparitions humaines qui ont marqué sa vie selon trois critères: coefficient de perte, part de responsabilité et chances de renouer. C'est un devoir de mémoire pour ce trentenaire sensible où la question de l'intime a rendez-vous avec celle d'autrui. C'est une véritable histoire qu'il nous raconte au fil des fiches à la manière d'un exercice de style à la Queneau.

« Il y a des gens comme cela qui savent de vous des choses si fondamentales qu’ils en tirent un ascendant sur le reste de vos jours dont il est nécessaire de se tenir éloigné » (page 91). 

Roman autobiographique ou auto-fictionnel dans lequel on s'amuse beaucoup avec les différents personnages: Aurélie, Nadine, la petite fille rousse, Alcor, Valérie, Raymond, Miloud...L'auteur fait l'inventaire des personnes absentes de sa vie. Il brosse un très beau portrait de lui-même dans cette force plurielle des personnages manquants.

 

Trente-trois fiches comme autant de portraits ciselés, classées par ordre chronologique, avec des flashs back entre l'enfance et l'âge adulte.

Voici un texte très original, un humour corrosif allié à une sensibilité toute particulière (comme celle de Martin Page) sur les conditions qui mènent certaines personnes à quitter le fil de notre vie.

Son site: www.molk.fr
« Pertes humaines »: Publié le 15/8/2006 chez Arléa.

mercredi, 18 avril 2012

On s'habitue aux fins du monde de Martin Page.

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Suite à une rencontre avec Martin Page et Jakuta  Alikavazovic organisée par Escales des lettres, j'ai eu très envie de poursuivre ma lecture des oeuvres de Martin Page. Entré d'une manière fracassante en littérature avec Comment je suis devenu stupide, un très bon roman poétique et fantaisiste, j'ai choisi cette fois On s'habitue aux fins du monde .

Elias Carnel reçoit un prix pour l'ensemble de ses financements cinématographiques, à l'âge de vingt-huit ans. Il va pourtant jeter son prestigieux trophée à la Seine et s'ouvrir aux aventures les plus inattendues. Il jette sa vie en somme.Il a d'ailleurs passé plus de temps à s'occuper de la vie des autres que de chercher à remplir sa propre vie.C'est une manière  pour lui de se protéger. Son petit monde va peu à peu s'écrouler: sa compagne alcoolique Clarisse le quitte, Arden Gaste son supérieur le malmène, Martial Caldeira l'ami-gourou du cinéma l'écrase... Les personnages ubuesques remplissent sa vie hantée de vides. Meurtri, Elias s'entoure d'un petit monde désenchanté tels Margot, Darius, Marie la secrétaire, Victor et ce détective qu’il paye pour enquêter sur lui-même. Toute sa vie se délite dans les impasses et les désillusions.

Tel Buster Keaton, Martin Page brosse des portraits inconvenants dans un registre burlesque mélancolique*. Les situations surréalistes se multiplient.J'aime beaucoup ce style drôle et piquant des tous ces personnages en dérive. Au delà du cynisme, les anti-héros de Martin Page nous semblent très proches. La déjantée Zoé (amoureuse des bibliothèques et des cimetières) illumine cette toile romanesque utopiste.  L'écriture dénonce la société arriviste et met en garde sur les éventuels dangers sous-jacents dans le monde du cinéma (métaphore vivante du faux-semblant) mais pas seulement.Le monde du cinéma semble être le microcosme idéal pour cette mise en abyme de la superficialité sociale.

Un grand coup de coeur pour ce roman publié aux éditions Le Dilettante et paru en poche.

J'aime beaucoup la sincérité des mots de Martin Page et sa sensibilité. Lors de cette rencontre organisée par   http://www.escalesdeslettres.com/, il a évoqué le livre Pertes humaines de Marc Molk dont je vous reparle prochainement ainsi que le livre co-écrit avec Jakuta Alikavazovic Nous avons des armes et nous ne savons pas nous en servir publié chez Nuit myrtide.

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 * Petit aparté, je suis allée voir récemment la pièce "Memory" de Vincent Delerm, spectacle original, nostalgique d'un type, Simon, qui a des difficultés avec le temps qui passe. Je trouve des similitudes entre Elias et Simon pas seulement pour la toile de fond avec Woody Allen et Buster Keaton mais surtout pour leur côté cocasse et mélancolique. 

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  Un très beau clin d'oeil à la chanteuse Lhasa est venu parfaire ce spectacle drôle et sensible comme peuvent l'être les romans de Martin Page.

 

mardi, 17 avril 2012

Sollicciano d'Ingrid Thobois.

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 Norma-Jean, quinquagénaire, se rend chaque Jeudi à la prison de Sollicciano en Toscane. Elle rend visite à son ancien élève Marco. Cette femme reste un  mystère pour son entourage. Cette femme a fui son refuge confortable à Paris pour un modeste appartement près de Florence.

Ce roman renferme de multiples récits croisés, quelques bribes de vies décousues. Le personnage de Norma-Jean est fascinant. Elle est professeur de philosophie à Paris et épouse de Jean, son psychanalyste. L'auteure offre un portrait cinématographique à la Hitchcock, avec une ampleur psychologique angoissante.

La progression dramatique est constante, Ingrid Thobois emprunte la voix de chacun de ses personnages, tour à tour. Elle délivre les secrets pas à pas de ce triangle amoureux.C'est un très bon roman sur l'enfermenent, celui de derrière les barreaux mais également l'enfermement en soi.L'intrigue oscille entre passé et présent et donne plus d'intensité encore à ce drame psychologique.

« Je partageais avec Norma-Jean un immense besoin d’autonomie et de solitude, aussi avions nous choisi un appartement où deux couples auraient presque pu vivre sans se croiser.
Au bord du sommeil ma respiration était forte, celle de Norma-Jean irrégulière ; il me fallait changer vingt fois de position tandis que son cuir chevelu la démangeait ; je rejetais la couette – j’avais chaud -, et elle la ramenait – elle avait froid. Épuisés, nous finissions par allumer nos lampes de chevet. Assis contre la tête du lit, pantins bordés, les mains de part et d’autre des sarcophages formés par nos jambes, nous évitions de nous regarder. Les paupières gonflées, nous fixions sur le mur d’en face la sérigraphie de Marilyn par Andy Warhol, cherchant la clef de notre repos dans cette figure bleue, son teint et sa chevelure de noyée.
Nous avions beau nous respecter, nous aimer peut-être – si seulement les années n’écornaient pas ce mot – nous nous encombrions. A vingt ans, nous nous serions séparés pour cette unique raison. A près de cinquante ans, nous avions trouvé la solution : investir dans la literie en quantité et qualité. Nous installâmes des lits un peu partout dans l’appartement, qui nous garantissaient de pouvoir nous endormir seuls, et surtout de nous réveiller seuls – le poids du monde se rappelle si vite à nous le matin ».

J'ai bien aimé l'ellipse autour de ce mystérieux secret même si parfois je me suis perdue au fil des pages dans les flashbacks.

Roman lu dans le cadre du Prix Biblioblog.

lundi, 16 avril 2012

Assommons les pauvres de Shumona Sinha.

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Ce roman a des accents baudelairiens. Son titre est emprunté aux Petits poèmes en prose,  où Baudelaire avait imaginé qu’il donnait une correction à un vieux mendiant faisant l’aumône afin de s’assurer de la capacité de réaction de celui-ci.

Etrangère en France, le personnage principal de Sinha assomme un immigré un peu trop entreprenant avec une bouteille de vin.  Elle est interprète auprès de demandeurs d'asile :" Mon devoir se limite à traduire les propos des uns et des autres, ni plus ni moins".

Conduite au commissariat où elle est interrogée par un policier répondant au nom kafkaïen de Monsieur K., celle-ci raconte sur près de 150 pages comment elle en est arrivée là.

Son récit est composé de retours récurrents entre hier et aujourd'hui, entre l’intime et le public avec une succession de portraits.

 Interprète depuis plusieurs années à la division Asie de l’Ofpra, Shumona Sinha expose le malheur des demandeurs d'asile venus du Sud comme une allégorie de la condition humaine: le droit à la liberté, la misère intellectuelle et spirituelle, les mensonges de ses compatriotes bengalis prêts à tout pour rester en France, leurs "rêves tristes comme des chiffons" .

Chaque matin, en arrivant à son travail, elle retrouve cette misère du monde. Comment subir cette violence sans tomber dans l'écueil de la rudesse d'un exil? L'errance des demandeurs d'asile est réduite aux formulaires administratifs.

 

"Je sais combien le sentiment de lassitude, d'inutilité nous accablait ces jours-là. Toujours le même jeu qui recommençait. Les requérants, les officiers et moi, nous étions tous assommés, cerveau engourdi et bouche fade. Je me vois lever mes yeux rouges au-dessus des papiers miteux qui seront grignotés par les rats, couverts de larves, engloutis par la terre et la boue."

Au fil des pages, l'atmosphère devient de plus en plus étouffante comme pour mimer la douleur de l'errance. L'auteur analyse un milieu entier, la machine des demandes d’asile et en saisit les paradoxe de ses rouages. Ni la misère ni la "nature vengeresse" ne sont des raisons valables pour permettre l'asile politique.

 

J'ai frissonné en refermant ce livre, poignant de vérité. Ce roman n'est pas sans rappeler Celles qui attendent de Fatou Diome où les personnages étaient plus nuancés. L'écriture de Sinha est poétique et imagée, elle offre un regard cynique sur l'expérience migratoire, la misère des prétendants à l'asile. 

 Roman lu dans le cadre du Prix Biblioblog.

Shumona Sinha sera présente au Salon du livre d'Arras ce premier Mai.

dimanche, 08 avril 2012

Journal d'un corps de Daniel Pennac.

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J'aime beaucoup l'écriture de Daniel Pennac notamment la saga des Mallaussène et j'étais assez curieuse de découvrir sa dernière parution Journal d'un corps  publié chez Gallimard. 

D'ordinaire, il aime enchanter l'enfance et la poésie des mots avec nostalgie et dérision. Le sujet de son dernier roman est de raconter la vie d'un homme, par le biais du corps. Nous avons entre les mains le journal de cet homme qui nous confie ses découvertes sexuelles, ses déceptions amoureuses et toutes les expressions de son corps de sa prime enfance (13 ans) à son dernier souffle(87 ans).

Comment tenir en haleine le lecteur avec le journal d'un corps? Pennac réussit habilement à décrire les turpitudes du corps, la fierté masculine, l'angoissante question féminine. Le corps velléitaire dépasse la banalité du propos grâce à une écriture fluide où l'intime est dévoilé.

J'aime beaucoup le récit sans artifices de la vie d'un homme ordinaire, néanmoins imaginaire puisqu'il meurt en 2010. La question de l'authenticité est éludée. La littérature atteint dès lors la vérité profonde comme celle de la peur originelle qui ouvre le roman.La peur du jeune garçon de se faire dévorer par les fourmis. Face au miroir, il se trouve inexistant.Il doit donc se construire un corps, une enveloppe charnelle.Il va remplir sa vie de mille morts et renaissances.

La découverte de la sexualité m'a beaucoup fait rire mais ce roman m'a émue également au delà des détails triviaux. Ce qui d'ordinaire est tu, s'inscrit noir sur blanc. Ecrire à partir de l'élément physique, non plus seulement de l'intellect, voilà un pari très réussi sous la plume de Pennac. 

mardi, 13 mars 2012

Pas revoir et Neige rien de Valérie Rouzeau.

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Très récemment, un billet chez Cathulu a attiré mon attention. Elle évoquait la sortie d'un numéro consacré à la poétesse contemporaine Valérie Rouzeau dans Le Matricule des anges.

Je me suis procurée ce magazine et très vite j'ai souhaité découvrir les textes de Valérie Rouzeau. J'ai choisi Pas Revoir et Neige rien réédités chez La Table ronde.

Avec Pas revoir, la poète(sse) se dévoile inventrice talentueuse. Elle met en mots le départ de son père ferrailleur, on entend au présent la douleur d'une perte. Elle parle le langage rude des banlieux et convertit en écriture ses images. Son travail de traductrice (les poèmes de Sylvia Plath notamment) l'amène à triturer la langue et donne sens et vivacité aux mots.

Donner du sens aux thèmes comme l'enfance, la mort, l'amitié, la vie, l'amour et le rien, l'écriture de Valérie Rouzeaus s'inscrit comme une manière d'être au monde. Elle offre des pirouettes verbales qui s'incarnent en une image choc. Lire les textes de Valérie Rouzeau c'est osciller entre tendresse et drôlerie.L'humour devient "un cache-tristesse" (Thierry Guichard).

 

Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
Depuis quoi j'ai rêvé que je te relevais que je te relevais et que tu retombais.
Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
Quand bien même je t'aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l'oreille apporté des lilas ça n'aurait pas marché.
D'ailleurs je t'ai pleuré dessus ça ne t'a pas remué ni quand j'ai pris ta main dans mes mains bonnes à rien ni rien.
Tu te serais cassé.
Trêve d'éternité.

Je vous invite vivement à écouter cette lecture de Pas Revoir.→ (sur le site de Libération) Valérie Rouzeau lisant des extraits de Pas Revoir


Buissonnnière de l'école poétique, Valérie Rouzeau aligne des vers très longs, des groupes de "souffle essouflé". Ses textes s'animent par un ton en rupture et un langage précipité.Les poèmes de Pas Revoir jouent sur la négation "pas" répétée et le mot "papa".

Neige rien explore le quotidien, notamment celui des démunis. C'est le rendez-vous de la poésie avec une critique sociale. La colère s'exprime par la couleur rouge lors d'une première impression aux Editions Unes.

Les mots deviennent des béquilles nécessaires pour tenter d'avancer.

 Dehors 

Un mot sans savoir où on est trop
Yeux feuilles vin rouges
Sentiment serrement dans sa cage
Etoiles: décrochez-moi ça. 

Une très belle découverte, merci Cathulu! 

mardi, 06 mars 2012

ça nous apprendra à naître dans le Nord d'Amandine Dhée et Carole Fives.

 

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Je l'ai bien aimé ce petit livre publié dans la maison d'éditions La Contre Allée. C'est une oeuvre de commande sur un quartier ouvrier de Lille, celui de Fives. Ce quartier est en pleine mutation, il suscite le respect et l'admiration pour le passé lillois ouvrier. Mais le regard posé sur ce quartier est tour à tour sensible mais aussi comique. Au fil des bistros, Amandine et Carole entrent dans le quotidien de la culture populaire au delà des friches industrielles. Elles proposent des lectures chez l'habitant et au fil des rencontres, le récit se construit.

J'ai beaucoup aimé la parole donnée aux femmes de ce monde ouvrier porté par les hommes. L'une cherche des informations inexistantes sur les femmes de l'industrie textile à Fives. Elle joue sur le fait qu'elle ne trouve pas d'informations à ce sujet et cette absence d'archives en révèle encore davantage sur le quartier.

L'humour est très subtil pour outrepasser l'admiration. Le passage entre le passé récent et les habitants d'aujourd'hui témoigne de la mutation du quartier. Les habitants se cherchent.

C'est un très bel exercice d'écriture sur le quotidien, ni historique, ni sociologique mais un regard subjectif pour mettre en lumière un quartier.

J'ai apprécié également les propos des auteurs sur la commande en écriture et la difficulté d'écrire sur un sujet imposé.

C'est un très beau cadeau de la part de Liliba, un livre qui me touche tout particulièrement puisque ma mère était ouvrière en filature dans ce quartier lillois dans les années 70!

Ce livre m'a donné l'envie de découvrir D'Azur et d'acier de Lucien Suel.

mercredi, 29 février 2012

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

 

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J'étais plutôt frileuse en commençant ce roman. J'ai donc préféré attendre que la pression médiatique s'estompe afin de l'apprécier à sa juste valeur.

C'est le premier livre de Delphine De Vigan que je découvre. Elle choisit ici d'écrire sur sa mère et sa nécessité(ou plutôt sa difficulté) d'écrire sa famille. C'est ce dernier point qui m'attirait vraiment en ouvrant ce roman.

Lucile, la mère de l'auteure, s'est suicidée quelques années plus tôt et Delphine De Vigan tente de remonter le fil émotionnel de sa propre enfance mais aussi celle de Lucile. Elle mène l'enquête auprès des siens en les interrogeant, en enregistrant leurs paroles, en consultant les photos et les souvenirs de cette famille dans les années 70.

Elle reconstruit le lourd passé de sa famille et simultanément quelques chapitres évoquent son rapport à l'écriture. Une sorte de "work in progress" entrecoupe le récit et apporte beaucoup de densité au propos de Delphine de Vigan. L'enfance de Lucile,au coeur d'une famille nombreuse,verra surgir de nombreux drames: décès, incestes et silences pesants.

L'écriture de Delphine est toute en contraste saisissant entre l'effervescence émotionnelle de sa famille et le choix des mots. Une tonalité très sobre virevolte avec une grande douleur, sourde et profonde.

Comme de nombreux lecteurs avec ce type de récit, je craignais l'excès de pathos.Il n'en est rien. La bipolarité de Lucile, par la magie des mots, nous emporte dans une dimension cathartique.

"J'éprouve encore des sentiments pour mes enfants, mais je ne peux pas l'exprimer. Je n'exprime plus rien. Je suis devenue laide, je m'en fous, rien ne m'intéresse sinon d'arriver enfin à l'heure de dormir avec les médicaments. Le réveil est horrible. Le moment où je passe de l'inconscient au conscient est un déchirement. Se forcer à prendre une douche, trouver des oripeaux acceptables."

Tout au long de ce roman, je me suis interrogée sur la nécessité pour les auteurs de se livrer. J'ai trouvé quelques réponses dans l'introspection de l'auteure sur son travail d'écriture. 

"A une amie avec laquelle je déjeunais, alors que je terminais ces retranscriptions, toujours à l'arrêt dans l'écriture, je m'entendis expliquer: ma mère est morte mais je manipule un matériau vivant."

Comme le désirait Justine, la soeur de l'auteure, le roman se termine de manière positive puisque ...

"Lucile[Poirier] est morte comme elle le souhaitait: vivante." 

Merci  Melo !

vendredi, 20 janvier 2012

L'Autre moitié de moi-même d'Anne-Laure Bondoux.

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C'est simple, tu déambules au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, tu t'arrêtes sur le stand Bayard et tu apprends qu'Anne-Laure Bondoux sera présente. Son écriture t'a tellement charmée dans Le Temps des miracles que tu ne peux reposer son dernier livre. Tu sais qu'il ne s'agit pas cette fois d'un livre pour la jeunesse. Tu découvres un écrit beaucoup plus personnel, un peu à la manière d'Annie Ernaux. Tu parcours rapidement les pages, tu t'arrêtes sur quelques photos qui te rappellent tes propres photos d'enfance dans les années 70. Des bulletins scolaires prometteurs, des endroits insolites et importants dans la vie de cette femme écrivain. Tu penses que ce roman nécessaire pour comprendre, analyser et remédier à une panne d'inspiration sera sans nul doute une charmante compagnie pour débuter l'année.

Tu échanges quelques mots avec l'auteur sur les enfants du voyage que tu accompagnes, sur l'adaptation avec la communauté Rom du roman Le Temps des miracles. Mais c'est un autre voyage que me promet Anne-Laure Bondoux, plus intimiste, très constructif .

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"Jusqu'ici, j'aimais écrire des romans. J'aimais inventer des intrigues, explorer des contrées lointaines, donner  vie à des personnages perdus qui cherchaient un sens à leur existence.

 Aujourd'hui, c'est moi qui suis perdue, et c'est moi qui pars en voyage..."

 

J'ai refermé ce livre, en pensant que j'aimerais revoir Anne-Laure Bondoux pour parler, non plus des enfants du voyage, mais de ce magnifique roman. Est-elle si différente de la nôtre son histoire? On ne peut s'empêcher de s'identifier à ce passé identitaire commun, ces rituels familiaux de province. Sa plume dans ce qu'elle a de plus intime m'a rappelé celle d'Annie Ernaux dans Les Années.

Ce roman est essentiel, je vous invite vraiment à découvrir ce voyage d'Anne-Laure Bondoux. 


Interview Anne-Laure Bondoux : L'autre moitié de... par Bayard_Editions

jeudi, 25 août 2011

Un Refrain sur les murs de Murielle Magellan.

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Mon roman coup de coeur de cet été! Et pourtant je ne l'avais pas emporté dans mes valises!

Roman à deux voix, celle d'Isabelle, maman divorcée de deux enfants Adrien et Romane. Elle vit mal, plutôt du tempérament réservé, neutre et ne sachant pas trop affirmer ses réelles volontés. Puis Romane, sa fille, prend la parole. On découvre une jeune fille fougueuse au tempérament de feu. Deux femmes , l'une aussi froide que la glace et l'autre aussi vive qu'une flemme.

C'est l'histoire d'un été particulier dans la vie d'une femme, celui où on laisse pour la première fois ses enfants à l'autre conjoint. Isabelle va apprendre au cours de ce mois singulier à se découvrir notamment grâce à l'arrivée de So What, personnage si mystérieux.

Murielle Magellan a une très belle plume, elle utilise beaucoup de métaphores où le roman prend tout son sens.

J'aime beaucoup les romans d'apprentissage et la manière de décrire les changements de personnalité chez Isabelle m'ont charmée. Ce roman se joue aussi de la fiction comme une mise en abyme d'un secret de femme, de mère.

« Toutes les vies permettent de défaillir si toutefois on sait les regarder à la bonne hauteur. Il y a dans chaque journée, dans chaque rencontre, des raisons de défaillir. Il faut juste en prendre la mesure. Le risque. Regarder la peau. Le souffle. L'impermanence de celui qui nous fait face. Alors oui, on est au bord de défaillir. »

Un très grand merci à Clara pour le prêt!

mardi, 05 juillet 2011

Sauvage de Nina Bouraoui.

 

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À la fin des années 1970, Sami, un jeune garçon, disparaît au centre de la campagne algéroise. Pour ne jamais l’oublier, Alya, son amie d’enfance, écrit chaque jour son histoire, leur histoire, réinventant le passé, fixant le présent, temps de l’attente et de l'imagination.

« C’est arrivé dans l’attente d’un amour qui ne reviendrait pas. C’est arrivé dans l’espoir de devenir une personne qui trouverait sa place dans le monde. C’est arrivé tous les soirs, quand je regardais le soleil tomber derrière les plaines de la Mitidja. Chaque fois je me disais qu’il emportait une part de moi-même. Tout tourne, tout s’efface et tout recommence et je ne sais pas si l’on retrouve un jour ce que l’on a perdu ».

Sauvage est le récit de cette année-là . Dans Sauvage, son 13ème roman paru aux éditions Stock, Nina Bouraoui nous raconte les liens parfois indéfectibles entre elle et le personnage principal, joliment nommée Alya.

Il est question d'amour, d'un amour ambigü voilé sous un désir masqué entre Alya et Sami. Alya, la jeune fille sauvage, nous livre ses questionnements, une recherche omniprésente d'elle-même, sa quête spirituelle. La nature est voluptueuse dans ce roman notamment lors de la visite de la grotte. Expérience unique pour Sami qui rappelle à Alya la possibilité de mourir après avoir vu ce don de la nature.

J'admire cette soif d'absolu chez cette jeune femme qui s'éveille à l'écriture, sous couvert de recherches métaphysiques à cet âge « sauvage » de tous les possibles.

Les phrases de Nina Bouraoui sont comme des vagues violentes , elles brassent des idées sombres pour honorer un merveilleux retour aux sources.

Livre lu grâce à la Librairie Dialogues de Brest dans le cadre de Lectures croisées.

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mercredi, 08 juin 2011

Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner.

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Voilà plusieurs jours passés avec Laura Willowes. Nous sommes au début du siècle en Angleterre. Laura a 28 ans, elle n'est pas mariée. A la mort de son père, elle s'installe chez son frère et sa belle soeur à Londres. Elle devient très vite la douce tante « Lolly » qui s'occupe de tout ce petit monde sans penser à ses propres désirs.

Le quotidien est parsemé de petits bonheurs ordinaires, quelques excentricités langagières parfois au cours des repas mais Laura occupe ses journées entre broderies, réalisation de bouquets de fleurs et tea-time.Il est loin le temps de la communion avec la nature dans sa campagne natale, à la recherche des fleurs sauvages pour réaliser des philtres dont elle a le secret. La ville de Londres est caractérisée par sa grisaille, la monotonie s'invite dans ce quotidien et Laura Willowes s'ennuie.

«Son esprit tâtonnait à la recherche de quelque chose qui échappait à son expérience, quelque chose d’obscur et de menaçant, mais en même temps de séduisant ; quelque chose qui se cachait dans les lieux déserts, qui ressemblait au bruit de l’eau gargouillant au fond d’une gorge encaissée ou au cri d’un oiseau de mauvais augure. »

Et puis vint le moment de la découverte dans Moscow road, d'une petite échoppe fantaisiste où sont réunies des fleurs, des fruits, des légumes, dans un désordre de bric et de broc campagnard.

« Elle oublia la boutique, les autres clients, les chandeliers. Elle oublia l’air de froid de l’hiver, les gens qui marchaient sur les trottoirs mouillés. Elle oublia qu’elle était à Londres, elle oublia toute sa vie à Londres. Elle avait l’impression de se trouver seule dans un verger à la nuit tombante, les bras tendus vers le canevas de feuilles et de fruits, cherchant des doigts les courbes rebondies des fruits parmi les courbes sans relief des feuilles. »

Quelques branches de hêtres qu'elle harmonise en bouquets lui feront découvrir Great Mop. Elle oublie dès lors la monotonie de Londres et n'a plus qu'un seul souhait: s'exiler à Great Mop où les sorcières, les nuits de sabbat s'accorderont à son caractère mystérieux.

L'exil à Great Mop dévoile une rupture dans la narration et devient de plus en plus fantastique. J'aurais aimé connaître l'élan du personnage vers sa réalisation personnelle mais Sylvia Towsend Warner a choisi de conter les péripéties nosturnes de Laura, ses mystères et sa foi absolue en la liberté.

C'est un très bon roman publié chez Arcanes aux Editions Joëlle Losfeld, préfacée ici par Geneviève Brisac.

 

jeudi, 28 avril 2011

Où on va papa? de Jean-Louis Fournier.

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Le narrateur, Jean-Louis Fournier, a deux enfants handicapés. Tout au long de ce cours roman, primé en 2008 pour le Prix Femina et en 2010 pour le Prix des Lecteurs, il raconte cette réalité quotidienne avec ses deux fils.

A travers son regard de père, il écrit une longue lettre d'amour, sans véritable destinataire, puisque ceux pour qui cette lettre est écrite ne pourront jamais en apprécier la teneur. C'est une formidable leçon de vie, teintée d'un humour cocasse et caustique propre à Jean-Louis Fournier. Pas de mélodrame mais des phrases justes, incisives qui bousculent nos préjugés et touchent le lecteur. L'humour est corrosif mais nécessaire pour affronter la réalité d'un quotidien peu banal entre Mathieu et Thomas. « Où on va papa? », cette phrase est inlassablement répétée par Thomas, tandis que son frère Mathieu jette un ballon, seul lien créé entre ses parents et lui pour établir un contact. Réalité et vérité sont les deux maîtres mots de ce petit roman. Certes, l'espoir d'un bel avenir pour ces deux fils est vain, vivre une existence paisible devient difficile. Seul l'humour pourra embellir cette leçon de vie. Là où certains lecteurs soulignent la cruauté des propos de Jean-Louis Fournier, je ne relève que poésie et infinie tendresse pour Mathieu et Thomas.

« Cher Mathieu, Cher Thomas,

Quand vous étiez petit, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je  les ai lus tous plusieurs fois.

Je ne l’ai jamais fait, ce n’était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu’à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…

Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l’aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même vous offrir un livre. Un livre que j’ai écrit pour vous. Pour qu’on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d’invalidité. Pour écrire des choses que je n’ai jamais dites. Peut-être des remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne vous supportais pas, vous étiez difficiles à aimer. Avec vous, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange.

Vous dire que je regrette qu’on n’ait pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés.

On n’a pas eu de chance, vous et nous. C’est tombé du Ciel, ça s’appelle une tuile.

J’arrête de me plaindre.

Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire. Vous m’avez fait rire, et pas toujours invonlontairement.

Grâce à vous, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien.

Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à vous, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. »

                          

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vendredi, 22 avril 2011

La Reine Alice de Lydia Flem.

 

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Photo issue du blog de l'auteur.

 

Voici un conte élégant et bouleversant, pas simplement l'histoire triste sortie de l'esprit d'un être qui a souffert inutilement. Face au miroir, la reine Alice découvre une boule sur un sein... un crabe sous le rocher. Alice passe dès lors de l'autre côté du miroir. Elle entre dans un monde dénué de confort où l'ordre des choses est inversé. Elle doit consentir par obligation pour chasser l'intrus et sublimer ce crabe en le transposant au pays des merveilles. Alice épouse le déséquilibre, elle cherche des forces alliées sur ce sentier jalonné de piques cruelles. Son périple l'emmènera dans le labyrinthe des agitations vaines puis dans la forêt du pas à pas de la convalescence. La reine Alice , comme un funambule sur son fil*, traverse de l'autre côté de soi. Elle croisera sur ce fil de la vie un ver à soie alias Cherubino Balbozar, une licorne qui lui offre un attrape -lumière (les photos vestiges du temps), sa fidèle amie la plume- stylo mais aussi de nombreuses lectures. Docteur Home lui confie une ordonnance d'une page quotidienne de Proust car il sait l'importance du minimalisme positif face au crabe. La reine Alice pénètre dans la Maison du Miroir « Hélas, il ne s'agissait en rien d'un jeu d'enfant ». Elle fait face aux assauts du chimiste, de Lady Cobalt et des mauvaises reines. Lydia Flem nous emporte dans cette fantasmagorie où la fiction sert à supplanter la réalité . La reine Alice devient la femme au turban, la quintessence d'elle-même, cette part indestructible qui avance pas à pas. Les choses sont humaines, les êtres se chosifient.

Voici un livre qui touche et émeut. Un témoignage personnel et délicat en apparence mais surtout une féérie à la Lewis Carroll, un conte en abyme , des images et des rêves familiers, cette quête entre le désir d'écrire et l'épuisement inhérent à la maladie. Lydia Flem manie la catharsis pour nous mener sur ce chemin de la renaissance et de la joie de vivre. La fiction et le réel s'entremêlent comme le turban sur la tête chauve de la Reine Alice. Avec sa plume-stylo et son attrape lumière, Lydia Flem fait tourbillonner les sentiments et les sensations pour ne retenir que la douceur de l'instant présent.

Je remercie infiniment Lydia Flem d'avoir su mettre en mots avec beaucoup de talent littéraire cette parenthèse intime.

Je vous invite à observer les photos « still life » prises grâce à l'attrape-lumière sur le blog de l'auteur.

Roman publié au Seuil , La Librairie du XXIème siècle. Février 2011.

* Toute ressemblance avec une bannière évocatrice est purement volontaire...

dimanche, 10 avril 2011

Si loin, si près de Catherine Leblanc.

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Nous sommes en 2009, l'année de la crise. Adèle a quarante-six ans, elle est directrice de collection pour une petite maison d'édition. Elle habite la ville lumineuse d'Angers. Elle vit seule depuis sa séparation avec Luca et son fils Bruno a quitté l'appartement. Elle s'habitue à la solitude. La crise bouleverse le monde et celui d'Adèle s'effondre lorsque sa chef Florence lui annonce son licenciement. Au-delà de la désespérance, Adèle s'accroche à la vie. Ce personnage qui au fil des pages nous semble de plus en plus familier a un profond désir de vivre. L'ardeur de son désir ponctue ce roman de mille feux métaphorisés par les nombreux incendies. Adèle est un personnage sensible, on l'accompagne au fil des jours dans ce monde de la précarité, de l'injustice où la violence et la perte s'entremêlent. Catherine Leblanc possède cette délicatesse des mots pour soulever des questions qui font  échos dans nos propres vies.

Formidable roman sur une femme « qui n'attend rien d'autre que l'instant même ». Cet instant comme la plus belle étincelle de vie nous emporte tout au long du roman.

Je remercie Catherine Leblanc pour l'envoi de ce livre et les Editions du Petit Pavé.

vendredi, 11 mars 2011

L'Eternité n'est pas de trop de François Cheng.

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Les arbres se dépouillent de leur habillage, traçant dans le ciel uniformément gris leur calligraphie aux traits essentiels. La vie des hommes, elle, devient chaque jour plus éprouvante. Hors du monastère, quand l'hiver s'installe enfin, on doit souvent balayer la neige pour que soit praticable le sentier qui mène au puits. Et, avant de puiser l'eau, on doit casser la glace qui encombre la margelle. Parfois, on peut s'offrir d'agréables surprises, tant il est vrai que l'hiver recèle aussi des sortilèges. Il suffit, par exemple, de pousser plus loin, jusqu'à la grotte des Immortels où, à la belle saison, les pèlerins venaient en masse pour brûler de l'encens et boire de l'eau de la source miraculeuse. Au plus fort de l'hiver, comme pour consoler les humains délaissés, la grotte se mue en une présence féerique, avec son rideau de cristal formé par des stalactites. De l'intérieur de la grotte, où l'on jouit de la douceur, on peut, à travers ce rideau, contempler d'un autre oeil l'immensité scellée de blanc qui s'étend en bas à perte de vue. En réalité, cette immensité scintille d'une flamme bleue ou rose, aussi ardente que les feux de l'été. L'âme en peine croit alors entendre une voix qui lui susurre à l'oreille : " Tout est métamorphose; il y a merveille au sein de la désolation même." L'Eternité n'est pas de trop de François Cheng.

 

Merci à toi Mingingi des prairies, j'ai beaucoup aimé ce livre à la sagesse toute platonicienne et cette passion amoureuse à la fin de la dynastie Ming (XVIIème siècle). Dao-Sheng vit dans un monastère en pleine montagne, à la fois médecin et devin, il oscille entre bouddhisme et taoïsme, retenu de tout engagement définitif par un secret vieux de trente ans : son amour toujours vivace pour une jeune fille juste entraperçue alors qu’il avait 20 ans. Aussi décide-t-il de mettre fin à cette obsession en descendant dans la plaine pour tenter d’y rencontrer celle qu’il a aimée. Et la rencontre a lieu, la passion est partagée meme si épreuves et obstacles attendent les amants. L'amour est source de sagesse.Les descriptions sont magnifiques, servies par une écriture toute magistrale.Un très beau conte sur le dépassement de soi où j'ai aimé me réfugier, appréciant tour à tour la beauté du message et la quiétude offerte au fil des pages.

Albin Michel, 2002. 

mercredi, 09 mars 2011

L'Autre fille d'Annie Ernaux.

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La collection « Les Affranchis » fait cette demande aux auteurs:

«  Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite ».

 

J'ai choisi de lire la lettre d'Annie Ernaux. Une lettre qu'elle adresse à sa soeur aînée. L'inconnue.

C'est lors d'une conversation, un dimanche d'Août 1950, entre sa mère et une cliente de l'épicerie qu'Annie Ernaux découvrira le lourd secret de ses parents. Quelques années plus tôt, les Ernaux ont perdu leur fille à l'âge de six ans d'une diphtérie.

Voilà comment, elle fera naître cette inconnue dont les bribes de conversation ne lui étaient pas destinées. Depuis lors, plus jamais le nom de Ginette ne sera prononcé.

Annie Ernaux tente de donner une épaisseur à cette petite fille morte. On suit sa trajectoire au fil des objets retrouvés, des anecdotes enfouies et d'un silence pesant.

« Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuse incohérence: toi la bonne fille, tu n'as pas été sauvée, moi le démon j'étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée. »

J'ai toujours autant de plaisir à retrouver la belle plume d'Annie Ernaux. Elle nous confie son cheminement de pensée face à ce trio familial reconstitué à l'identique. Réelle ou imaginaire, la distance entre Annie et la soeur aînée nous trouble.

Une très belle quête identitaire au fil des confessions.

Roman publié chez Nil éditions, collection Les Affranchis.

 

lundi, 07 mars 2011

La ballade de Sean Hopper de Martine Pouchain.

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Voici l'histoire d'un homme fermé à la vie.

Sean Hopper travaille dans un abattoir, au comté de Springfield. C'est un homme très taciturne. Un handicapé de la parole. Il maltraite sa compagne Bonnie, relègue son père sénile dans une cabane au fond du jardin et n'a aucun intérêt pour son jeune voisin Bud. Réfugié chez sa grand-mère, Bud sera le narrateur omniscient de cette histoire.

 

Martine Pouchain utilise un vocabulaire sauvage, bestial pour décrire son personnage. L'intrigue s'intensifie au fil des pages. L'histoire est émouvante et très bien écrite.Jusqu'au bout, on s'interroge sur la destinée du personnage. On tente de deviner son lourd secret. On avance au fur et à mesure des confessions de Bud.

 Bauchette a choisi ce roman et je suis toujours touchée par un choix de lecture à mon attention.Je me suis intéressée à cette collection Exprim' chez Sarbacane et à l'auteur Martine Pouchain (Site officiel).

Je suis heureuse que ce livre soit mis sur mon chemin. Petite, j'ai grandi à côté d'un abattoir. Certains descriptions de La Ballade de Sean Hopper m'ont rappelé ces soirées à surveiller l'arrivée des bestiaux pour leur dernier voyage.

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Un grand merci à Bauchette pour ce très beau colis dans ma boîte aux lettres: un très bon roman, de jolies boîtes en origami et une carte réalisée à la main.J'enviais Noël dernier ses jolis paquets cadeaux et je fus très heureuse de cette très belle attention. Beaucoup de talent et un grand coeur.

samedi, 12 février 2011

Tout près le bout du monde de Maud Lethielleux.

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Je viens de passer la semaine avec Jul, Solam et Malo. Trois jeunes gens réfugiés chez Marlène pour réaliser un chantier. Trois jeunes écorchés vifs, blessés par la vie et qui tentent de renouer avec le quotidien par l'écriture. Marlène telle Julia Cameron suscite chez eux le désir d'écrire une page chaque jour. Ce sont donc les pages écrites par Jul, Solam et Malo qui nous sont offertes à la lecture.

Roman polyphonique dans lequel on apprend, petit à petit, les vies cabossées de chacun. Ils réapprennent à vivre  au bout du monde, auprès de la mystérieuse Marlène, qui cache un lourd secret. Au coeur du chalet, Jul ,Solam et Malo s'interrogent sur la vie, celles de leurs parents et  rêvent d'un monde meilleur.

 Le talent de Maud Lethielleux est une fois encore au rendez-vous, dans cette habileté si singulière à donner la parole aux petits canards boîteux, désireux de s'en sortir. Au fil des pages, des petits bonnets de laine, le  douloureux voyage au pays de l'anorexie, Billy Elliot, l'écriture, un shoot aux étoiles, l'arbre nu vous emportent sur le chemin du bonheur. 

"Dans mes rêves, il y a un arbre, seul, immobile et majestueux dans un champ, je m'approche, je me souviens de lui quand je suis arrivée, il perdait encore ses feuilles. Je me souviens de lui décoré de guirlandes puis tournoyant au-dessus de nos têtes. Je m'avance doucement. De loin, il semble nu, je m'approche pour caresser son tronc et j'aperçois, minuscules, des milliers de petits bourgeons qui recouvrent les branches. Dans mon rêve, il y a le printemps, et dans mon printemps, tu es là."

Roman publié chez Flammarion, dans la collection Tribal. 

dimanche, 06 février 2011

Un Jardin sur le ventre de Fabienne Berthaud.

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Ce roman s'ouvre sur la mort de Suzanne à l'âge de soixante-dix ans. Cette mort est brutale puisqu' elle a succombé à un arrêt cérébral. Les premières pages décrivent ses dernières heures en compagnie de son chien et de son mari égocentrique. J'ai beaucoup souri dès l'incipit. La mise en scène des émois de chacun face à cette perte est décrite avec beaucoup de subtilité. L'auteur réussit à amuser son lecteur en nous contant un évènement sombre.

Tu souffles un nuage couleur framboise sur ton oreiller blanc (…) Toi qui as toujours cru que la vie continue, tu seras oiseau, fleurs, vent, mer, terre. Meurs, Suzanne. Meurs. Ta petit Gabrielle te prend la main. Elle t’encourage à partir sans te faire de soucis. Tu te libères de tes chaînes. Tu reprends ta liberté. Un océan rouge dans la tête.

Puis, la tonalité diffère. L'une des filles de Suzanne va nous raconter la vie de cette femme. Une vie mouvementée avec une mère indigne, qui préfère les plaisirs de la chair à ceux de la maternité. On apprendra les année de bonheur auprès de Mémère et une tante bienveillantes. Gabrielle, la fille de Suzanne, nous emmène sur le chemin d'une vie fort singulière, cherchant à comprendre la soumission de sa mère à cet homme si égoïste auprès de qui elle partagea cinquante années de sa vie.

Narratrice omnisciente, Gabrielle détricote la vie de sa mère. A l'aide de phrases courtes, poétiques, nous reconstruisons le chemin de vie d'une femme dévouée. Elle passera sa vie à servir les autres.

Voici un roman qui bouscule comme bien souvent, il nous émeut et renvoie à certains schémas de vie que nous connaissons. Un livre qui perturbe, très joliment écrit .

Merci Clara. 

mercredi, 12 janvier 2011

Sous la pluie d'Olivier Adam.

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De nos jours, Antoine, enfant asthmatique d'environ dix ans, est élevé entre une mère dépressive et un père croyant cette dernière folle.J'ai tout de suite pensé à la chanson de William Sheller "Maman est folle" citée plus tard dans la texte.

 De plus, Antoine commence à entrer dans l'adolescence et personne ne fait attention à lui pas même ses camarades . A l'école aussi , tout le monde le néglige y compris, Chloé, celle dont il est amoureux et qui se moque sans cesse de lui. Le thème abordé m'a semblé plat au début car tout au long du récit, Olivier Adam raconte des péripéties tirées de la vie quotidienne. Mais très vite, sa jolie plume nous emporte!

Peu à peu , éclairé, Antoine apprend à connaître sa mère lors de ses escapades nocturnes dans la forêt. Il la prend même comme exemple et décide de la suivre ce qui lui permet de se rapprocher d'elle. Nous aussi en tant que lecteurs , on s'attache à elle et on reste émus quand on croit qu'elle va se séparer du père d'Antoine...

 «J'ai trempé mon pinceau dans la peinture rose et j'ai dessiné une maison des bonhommes , un dinosaure (...) .Je n'ai rien entendu de ce qui se passait en bas. Je voulais surtout ne rien entendre.»

Ce roman est poignant car il nous rappelle l'importance du lien familial. L'intrigue est très captivante car on se demande jusqu'au bout si la famille va rester unie ou si elle va se disloquer .

J'ai aussi beaucoup aimé ce livre pour la simplicité des faits, le bonheur des petites choses quotidiennes. La simplicité du  vocabulaire permet une lecture aisée pour les adolescents.

 J'ai très envie de lire A l'abri de rien, je me souviens d'une très belle adaptation de Jean-Pierre Améris avec Isabelle Carré.

jeudi, 06 janvier 2011

Ruines de Vienne de Judith Brouste.

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Suite à la lecture d'un court texte de Christian Bobin "Mina" (L'Inespérée), je souhaitais découvrir la plume de Judith Brouste. Le portrait saisi dans "Mina" m'a intriguée. J'ai choisi de lire le dernier roman de cet auteur Ruines de Vienne.

Judith Brouste nous emporte de Paris à Vienne. Le sujet de ce roman repose sur l'amour et ses limites, la liberté, la féminité, le jazz et les peintres autrichiens. Dès l'incipit, j'ai trouvé quelques similitudes avec les écrits de Sandra Jayat La Zingarina ou l'herbe sauvage mais aussi avec Annie Ernaux pour de multiples raisons.

Le roman s'ouvre sur une amputation: une femme vient de subir l'ablation du symbole de la féminité. Grâce aux multiples références mythologiques, elle s'interroge sur le devenir de sa propre féminité:

 "Désespérée, Ariane continue de regarder au loin, vers l'absent, et songe à la perfection de sa trahison. C'est alors que, sur l'ordre de Dyonisos, une flèche d'Artémis, la vierge guerrière, protectrice des Amazones, lui transperce le sein".

Elle décide de rompre avec Christian, l'homme fuyant, le philosophe hédoniste qui fréquente Guy Debord. Quelle était leur relation? Judith Brouste nous entraîne dans les années 50 et 80, trente ans d'obsession pour un philosophe bohème. A la manière d'Annie Ernaux, on revisite ces années au fil des réminiscences et souvenirs partagés. On se promène au Quartier Latin, au temps des bistrots et des bouquinistes. La précision des lieux, le nom des rues nous mènent aux secrets de cette vie de femme, une "ancienne fille facile à l'insociabilité radicale". On découvre la ville de Vienne décrite par les yeux de cette femme, au doux temps de l'enfance. Son interprétation des toiles de Klimt et de Schiele sont très poétiques. Libérée du nazisme et de l'occupation soviétique, la ville tente de réapprendre à vivre. Toutes les émotions inondent la toile de son enfance auprès de sa mère Maria.

J'ai beaucoup aimé ce roman parce qu'il  aborde trois thèmes que j'affectionne: l'art, la féminité et la musique. Ruines de Vienne semble répondre en écho au roman de Modiano Dans le café de la jeunesse perdue.

 Un très joli constat de vie, sans concession, sur le chemin parcouru, la vie d'une femme en vingt-cinq ans.

 

mardi, 07 décembre 2010

Le Voisin de Tatiana de Rosnay.

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    J'ai choisi ce roman réédité chez Héloïse d'Ormesson Le Voisin  de Tatiana De Rosnay pour découvir le talent de cette auteur. 

Colombe Barou s'installe avec mari et enfants dans un nouvel appartement. Le roman s'ouvre sur une anti-héroïne désabusée par le quotidien. Sa vie se résume à "une série grise de joies calmes, de tranquilité ankylosée. Un bonheur engourdi, embourbé dans le rituel du quotidien."

Au coeur de ces appartements confinés, se trouve le voisin glamour et attendrissant Docteur Faucleroy. A trois heures du matin, ce charmant voisin qu'elle n'a jamais vu, aime écouter les Rolling Stones. Colombe Barou sombre dans la paranoïa au fil des nuits agités par un bruit qui revient toujours à la même heure. Les bruits s'adressent à elle. Dans ce huis-clos, l'obsession s'installe. Le bruit devient insupportable, de la même manière que la routine du quotidien pèse sur la vie de Colombe. C'est une femme de l'ombre. Elle a des ambitions d'écriture mais elle est nègre. Son mariage est au point mort.Ce voisin va l'emmener sur les sentiers bien singuliers de l'obsession.

Tatiana de Rosnay s'est inspirée de "Fenêtre sur cour" d'Alfred Hitchcock. Dans ce thriller domestique, elle réussit à installer un suspens et joue avec nos peurs d'enfants. Elle prend une situation ordinaire, banale et la rend terriblement angoissante.

Ce thriller urbain rappelle au lecteur que nous sommes tous observés et espionnés. La manière dont cette femme lisse et terne évoluera au fil des pages m'a tenue en alerte et je n'ai pas réussi à reposer ce livre avant la dernière page!

"Et si elle partait? Partir. S'en aller. Se casser, comme diraient les garçons. Colombe s'est cassée. Colombe s'est tirée. Un baluchon, quelques affaires, et hop, elle filerait, le nez au vent. Une petite auberge, au bord de la mer. Dormir une semaine d'affilée. Plus de rapas à préparer, de provisions à acheter, de sols à lessiver, de chemises à repasser, de chaussettes à repriser, de leçons à faire réciter. Plus de" qu'est-ce qu'on mange ce soir?". Plus de "Balthazar m'a piqué mes écouteurs, il veut pas me les rendre". Plus de "Coco, mon pantalon gris est toujours chez le teinturier?". Partir, oui mais comment? Le gros break qui dort dans le garage, elle n'a jamais su le conduire. Sourire amer."

Tatiana de Rosnay s'illustre ici dans un autre registre, elle n'est pas dans l'émotion, semble-t-il comme dans ses autres livres et je me suis laissée emporter avec plaisir par cette plume machiavélique.

J'ai revu ce chef d'oeuvre d'Alfred Hitchcock une fois le livre reposé.

Challenge rentrée littéraire n°11.

 

mardi, 23 novembre 2010

L'Amour est une île de Claudie Gallay.

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(Image de fond Histoire du théâtre dessinée d'André Degaine)

Grég rejoint Marie.

-Moi, je vis en imaginant, il dit à voix basse.

Elle ne sait pas pourquoi il dit cela.

Elle, elle imagine comment vivre.

Sous une chaleur accablante, le festival d'Avignon est perturbé par la grève des artistes et intermittents. Odon Schnadel, propriétaire d'un petit théâtre, a décidé cette année de monter et jouer, tant bien que mal, Nuit rouge, pièce de Paul Selliès, jeune auteur mort il y a quelques années. La petite soeur de ce dernier, Marie, écorchée vive, est venue voir les mots de son frère mis en scène. Cet été voit aussi le retour de Mathilde, avec qui Odon a vécu une histoire passionnelle, et qui, devenue une grande comédienne célèbre et reconnue, se fait appeler la Jogar. Ces corps qui jouent, qui souffrent et qui supplient vont se croiser dans l'enclos fortifié de la cité des papes pour révéler un secret trop longtemps enfoui.

Si comme moi, vous aimez le monde du théâtre, ce livre est fait pour vous. Tout au long du roman, Claudie Gallay nous plonge au coeur des passions où se mêlent la vengeance, la trahison, le sentiment de culpabilité. L'univers est pesant, les petites fleurs sont dangereuses, les souffrances de Marie sont immenses. L'histoire se déroule pendant l'été caniculaire de 2003.

Je suis ravie de retrouver la plume de Claudie Gallay. Elle signe cette fois encore un très beau roman. Mon intérêt s'est porté davantage sur les personnages de second rôle comme Jeff,un rêveur bon à tout faire ou Isabelle, grande dame du théâtre. Isabelle est plus importante à mon sens dans l'histoire que la Jogar, elle est l'incarnation même de la comédienne. Elle a par ailleurs fréquenté les plus grandes personnalités du monde du théâtre comme Vilar ou Varda.

Je referme ce roman avec le même enthousiasme qu'en quittant une salle de spectacle, subjuguée par la beauté de la langue et le talent mis en scène par Claudie Gallay.

Merci Clara!

mardi, 16 novembre 2010

Le Coeur régulier d'Olivier Adam.

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  Voici mon deuxième rendez-vous avec cet auteur: Olivier Adam. Je n'avais lu jusqu'alors qu'une parution en collection jeunesse Sous la pluie. Je sais l'univers de cet écrivain assez sombre, pour autant son dernier roman m'intriguait.

 Sarah est bouleversée par la mort de son frère. Nathan était un homme différent des autres, un écorché vif. Un homme qui ne trouvait pas sa place dans la société, un homme en mal de vivre. Cette dualité fraternelle repose sur un manichéisme assez surprenant. La complicité qui unit Nathan et Sarah au fil des années s'intensifie alors même que leurs styles de vie diffèrent profondément.

Nathan ne travaille pas, il mène une vie de bohème. Sarah a une vie rangée, elle a une vie parfaite avec mari et enfants...mais une vie qui finit par l'user. Elle choisit à la mort de son frère de fuir au Japon. Un petit village au pied des falaises sera son refuge. Un lieu de partage puisque quelques temps plus tôt Nathan a trouvé la quiétude auprès de Natsume dans ce lieu. Sarah part en quête des réminiscences de son frère. De cette manière, elle pense pouvoir se rapprocher de lui. Est-ce réellement possible? Comment fait-on pour passer à côté du mal être d'un proche?

"Vu de loin, on ne voit rien."

Le style d'Olivier Adam puise sa force dans l'évocation. Les descriptions sont si haletantes que le battement des coeurs n'est plus si régulier. La plume enchaîne les impressions et les sensations propres aux paysages et aux tourments du coeur.

Ce roman me rappelle celui d'Ogawa Les Tendres plaintes pour le côté apaisant du refuge au Japon. C'est une lecture assez âpre pour les longues soirées d'automne mais avec Olivier Adam, on oublie très vite la rudesse des vies pour ne s'attacher qu'à la beauté de l'écriture.

Je remercie vivement Griotte pour ce partage.

 

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 N°9

dimanche, 07 novembre 2010

Qu'avez-vous fait de moi? d'Erwan Larher.

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Léopold Fleury est écrivain. Il s'en persuade en tous les cas. C'est un personnage assez prétentieux. Il souhaite évoluer dans le milieu mondain. Il finira par le rejoindre mais de manière assez étrange, à la suite de retrouvailles avec un vieil ami de fac. Il est difficile de résumer ce livre tellement la narration prend plusieurs chemins. A mi parcours entre le polar et le roman, ce premier roman est servi par une plume très impertinente.

Léopold est un peu le "Frédéric Moreau" du 21ème siècle. Un individu très velléitaire, agaçant parfois. Il n'en demeure pas moins que Léopold a beaucoup à dire sur notre société. La critique évoque tour à tour le monde du travail, l'écologie, l'élite.  En fréquentant le grand monde, il ne finit par souligner que sa bassesse.

L'écriture est très ciselée, les sauts entre réel et imaginaire perturbent assez le lecteur. Erwan Larher offre un bon "pamphlet" sur les travers de notre société. Il utilise à ses fins un humour assez caustique. Cependant les ruptures dans la narration ont perturbé ma lecture.

Je remercie Keisha pour le prêt. J'aime beaucoup cette possibilité d'élargir mes horizons littéraires grâce au livre voyageur. 

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              N°8, on continue l'aventure du Challenge rentrée littéraire!

 

lundi, 01 novembre 2010

Je voudrais tant que tu te souviennes de Dominique Mainard.

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Ce livre est un grand coup de coeur. Albanala est cartomancienne. Elle repart dans son pays et confie à sa nièce Julide, une vieille amie. Julide est déjà promise au mariage selon les traditions de son pays. Mado, la vieille dame, est une source d'ouverture sur le monde extérieur. Elle vit dans une maison minuscule où seuls les chants du canari et la sonnerie du petit réveil rouge ponctuent sa journée. Sa passion est la photographie et elle saisit l'infiniment petit, un certain minimalisme positif des choses. Elle prend en photo les aspérités de la terre, le sol de son jardin. Au départ, Dominique Mainard attache beaucoup d'importance à la relation entre les personnages, davantage qu'à la narration. L'histoire est teintée de croyances et de magie!

Un étranger, l'indien, va perturber le quotidien de ces deux femmes. Ce personnage est une sorte de funambule qui consigne dans ses carnets le secret des étoiles. Un quotidien ordinaire mais magnifié sous la plume de Dominique Mainard. Dès l'instant où Mado aperçoit l'indien, elle en tombe amoureuse. Pour quelles raisons alors, Julide tente de les éloigner?

Secret, mensonge, exil et rencontres fortuites construisent ce sublime roman.La plume de l'auteur m'a emportée dans les lieux et j'aurais vraiment aimé habiter la maison de Mado.Un très joli conte romanesque que j'ai quitté à regret.

Un grand merci à Katell et Mammig.

J'ai pensé en refermant ce livre à  La chanson de Prévert...

lundi, 25 octobre 2010

Des Fleurs pour Zoë d'Antonia Kerr.

Zoë.jpgC'est l'histoire de Richard, la soixantaine, que j'ai tout de suite comparée à Woody Allen. Il est trader. Quant à l'intrigue, elle rappelle celle de Lolita de Nabokov.

A l'aube de la retraite, Richard s'ennuie. Sa femme l'a quitté et la déprime s'installe. Cet état mental n'est pas sans rappeler celui du personnage Nathan Zuckerman de Philip Roth.

Que va -t-il faire de ce temps livre? Il décide de tout quitter ( son appartement à Manhattan, sa maîtresse...) et part pour la Floride. Il fera alors la rencontre de Zoë.Une bahamienne de 22 ans.

Commence alors un road-movie haletant entre ce sexagénaire et cette jeune fille pétillante, vive et dôtée d'un grand appétit sexuel.

Antonia Kerr met en place une satire assez grinçante, où l'humour ponctue la narration. Cependant,je suis restée assez perplexe en refermant ce livre.

On peut souligner les jolies influences pour ce roman (Philip Roth, Nabokov, Woody Allen...) mais je suis vraiment restée sur ma faim. Nous sommes loin du talent de la Beat Generation ou du sublime Sailor et Lula.

Certaines expressions du registre sexuel sont assez désuètes.Le style est assez surprenant. Antonia Kerr multiplie les grandes références et puis dans certains passages elle se contente d'un style plutôt léger.

Premier roman publié chez Gallimard.

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